Friday, December 07, 2012

Ce n’est pas mon cas


« Gere dit que la haine lui est un sentiment inconnu et que la colère, il a appris à la bloquer avant qu’elle ne l’envahisse. Il est par ailleurs en excellente santé. » Ce n’est pas mon cas. J’ai encore du chemin à parcourir avant de toucher la lumière (et ne pas m’y brûler les ailes). J’ai vu un spectacle sur le Rwanda, le génocide du Rwanda et je me suis reconnu. Catharsis. C’était la reconstitution d’une radio très populaire qui appelait aux meurtres au moment du génocide des Tutsis par les Hutus. On écoutait cette radio et les témoignages à travers une wifi. Caroline Breton enlevait son casque à la première horreur racontée, les seins coupés, les jambes des fillettes coupées, mais j’écoutais fasciné, bloqué dans la catharsis. Je revivais la haine et la colère qui m’avaient saisi — toute proportion gardée — à l’intervention et aux explications de Pierre Courcelle, mon ami absolu, contre le mariage gay — qui m’avaient mis hors de moi. Oui, j’étais capable de comprendre l’inconcevable (qui n’en restait pas moins inconcevable), reconnaître que le voisin pouvait tuer la voisine, ouvrir le ventre de la femme enceinte, ouvrir le ventre du fœtus ; l’écoute de ce spectacle me faisait moins mal que les récits de massacres réunis par Pierre Guyotat dans son anthologie de la langue française, mais j’allais quand même mettre plusieurs jours à m’endormir sans y penser. Le spectacle a lieu à la Villette jusqu’au 15 décembre, il s’appelle Hate Radio. Il est de Milau Rau, spécialiste d’un théâtre de reconstitution. Actuellement à Moscou pour un procès contre, pas les Pussy Riot, mais genre.

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Tuesday, November 27, 2012

Le Cheval de la philosophie


Thierry Collet me demande d’écrire des choses gentilles — ou pas des choses méchantes — parce qu’il lit le blog. C’est le magicien de la radio. Je l’ai surchargé de gentillesse à la radio. Je l’ai fait passer pour un clone d’Alain Delon jeune ou de Robert Redford. (Ça m’amuse toujours comme on peut avoir l’air beau à la radio, il suffit d’une voix.) Eric Didry m’a raconté une anecdote qui est la troisième qui pourrait participer de ce livre autobiographique dont je parlais — rempli uniquement d’anecdotes — rapportées par d’autres — dont je n’ai pas le souvenir. Il me raconte qu’à Chaillot (sans doute pendant que j’étais à l’école), je lui ai fait un tour de magie. Il ne savait pas que la tour Eiffel s’éteignait à minuit (s’éteint-elle à minuit ? je ne le sais plus non plus) et je lui avait dit que j’allais la faire disparaître. J’avais décompter à partir de dix.

Comme c’est difficile de lire ! Je m’en aperçois. Je fustigeais toujours les gens qui lisent mal mon blog, par exemple (qui y voient de la malice), comme, par exemple, Jérôme Bel ou, récemment, la mère de Bébé (les parents terribles). Mais voilà que ça m’arrive aussi. J’ai assez dit à quel point je me sens en phase avec ce qu’écrit Pierre Courcelle sur son blog. Les lecteurs assez vieux connaissent cette passion « parce que c’était lui, parce que c’était moi ». Et voilà que, moi non plus, je sens que je n’y comprends plus. En relisant ce qui bute, plusieurs fois, je peux juste comprendre que je pourrais comprendre, si mon cerveau n’était pas formaté différemment, ce qu’il comprend. Sur ce qui me semble un point, une veine (la veine « Philippe Muray »), je n’entends pas la polysémie, la résonance, les oiseaux de la vie et du monde, l’émerveillement. C’est le moment d’en venir à la philosophie. Pour débrouiller tout ça. « Mon royaume pour un cheval ! » Il y a cette rose bleue qui n’en finit pas de vivre — était-elle déjà morte quand on me l’a donnée ? Elle déteint un peu simplement.

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Sunday, September 23, 2012

Les Ecrivains


Olivier Steiner et Pierre Courcelle.

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Sunday, August 26, 2012

Article



Rencontré hier machin qui sortait du Printemps, il s’était acheté des chemises parce qu’il rejoignait le cabinet de Montebourg (l’habit, le moine). On s’était déjà vu il y a deux ans à Avignon, il travaillait déjà avec Montebourg puis il a pris une année sabbatique et, là, Montebourg lui a demandé de le rejoindre. Il avait vu mon spectacle d’Avignon, mais ne se souvient que d’une chose : qu’il y avait un type avec une grosse queue (dans son souvenir pendant tout le spectacle). On cherche un peu qui ça pouvait bien être puisque les invités changeaient tous les jours  est-ce celui qui avait pissé sur mon ordinateur ? Non, non… Alors Yvonnick ? mais Yvonnick, je ne sais plus s’il était dans le coup… On embraye sur le « Redressement productif ». Il me dit : « En plus, il s’appelle Monte-bourre et il a une collaboratrice qui s’appelle Pine-elle… » J’ai pensé à Pierre (encore lui)... Toutes les occas' ! Ensuite, j’ai pensé une deuxième fois à Pierre quand le vendeur m’a tendu le sac en me disant : « Voici votre article. »

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Friday, April 16, 2010

Sublime Nicolas Maury

Je découvre Nicolas Maury, cet acteur que Jonathan imite d'une manière si drôle dans Blektre - et aussi, je dois dire (à ma demande) dans l'Opération Opérette qui va sortir à la radio le 25 avril (France Culture vers 23h) - il dit : "Je me sens si étrangement en dehors de moi-même." Il le dit très bien. Très bon acteur. Il utilise sa voix grotesque comme un masque (comme disait hier midi Thomas Gonzalez). Du coup, il est capable de faire pleurer et rire en même temps. On ne voit que lui (presque). Il joue trop bien l'ado. Dans ce spectacle, on croit à tout ce qu'il dit (les autres qui jouent réaliste n'ont aucune consistance) (presque). Il faut dire qu'il dit de telles belles choses : "J'ai parcouru ta lettre comme une chouette effrayée une forêt en flamme (rire du public), bien que je croyais aussi la lire les yeux fermés." (je cite de mémoire). Il dit, par exemple : "Je n'attache pas tant de prix à me faire bousculer." Mais c'est la profondeur qui l'emporte : quelqu'un peut dire ça et que ce soit vrai, quelqu'un d'émouvant à ce point qu'on croit qu'il existe, qu'il est cela, Nicolas Maury. (Ainsi, aller l'attendre à la sortie comme me le proposait un peu insolemment une ado à qui j'avouais : "Surtout lui.", fait un peu peur.) Et il a un air de Jonathan entre les yeux. Je suis seul avec mon carnet, en ce moment, alors j'écris, peur de perdre le stylo, mais quand je l'ai, alors j'écris dans le noir idéal. Avec Pierre, c'est fini, alors je ne pense qu'à lui. Je n'arrive pas à gérer l'intrusion de son ex-femme, l'idée d'être surveillé comme ça jusqu'à la majorité de Clélie représente pour moi une telle horreur que j'ai préféré me retirer du jeu, rêvant vaguement que l'on se retrouverait, je ne sais comment, en cachette, dans une autre vie (notre vie heureuse), etc. Pierre, d'un côté (son âme, son génie artistique) n'appartient à personne et, de l'autre côté, sa vie est complètement cadenassée, c'est épouvantable. Je le vois, pour tenir, comme se suicider tous les jours un peu (principalement sur le plan artistique, dans son cas, le plan profond, tuer ses profondeurs à la demande). Donc j'écrivais sur Nicolas Maury et puis je viens de dévier, vous avez vu. Je recopiais ces notes du noir sur Nicolas Maury. Qu'est-ce qu'il devient ? Il dit maintenant quelque chose comme : "Il règne dans la nature une paix peu commune, rien de criard, d'agité, le ciel et la terre : une toile d'araignée transparente." Il (...), il va se tuer. On est sur la peau de son visage, il ressemble à Pierre aussi. Il parle un peu comme Grisélédis Real aussi, c'est à dire : vrai. Je commence (recommence) à aller voir des spectacles pour des acteurs, je suis content. Avec Pierre, on a vu le film de Pascal Thomas au titre un peu long me souviens plus, bon, c'était loin d'être sidérant, mais c'est vrai que Julien Doré était bien. Ici aussi, pas bouleversant, mais sublime quand Nicolas Maury est là. Sublime Nicolas Maury. Les acteurs font tout le travail, autant employer les bons. (Très beau décor et très bonne mise en scène.) Evidemment, je parle de mes goûts. Ces acteurs qui, moi, m'ennuient (je n'écoute pas) passionnent peut-être mon voisin et ma voisine. Certainement. Moi je suis rivé à Nicolas Maury, comme aimanté par la surprise, son visage blanc comme butoh, son corps dérisoire, son âme, son excellence... Si ça se trouve (me dis-je à moi-même), peut-être n'a-t-il même pas d'âme, peut-être est-il simplement excellent. Un pantin, comme Kean. Il dit : "Il suffisait d'un mot", avant de se tuer. Et encore quelque chose comme : "Je dirais, comme ça, que j'avais d'énormes miroirs de cristal au-dessus de mes lits, que je dressais, comme ça, un poulain indomptable." Et : "Je hurlais, hurlais être toi..." (toi = Pierre). Il raconte quelque chose qui est au-delà de ce que l'on pourrait dire de lui, jeune Kazuo Ohno - mais pas Duras, non, plus jeune. Il va se tuer : "La rivière se traîne comme du plomb fondu." Puis il brûle une lettre en disant : "Oh, il ne faut pas que j'oublie." Vous vous rendez compte ? Avant de mourir, il y a quelque chose qu'il ne fallait pas qu'il oublie.
Je suis parti à l'entracte, comme Brigitte Salino, parce que Nicolas Maury s'était tué.
Non, j'ai vérifié, j'ai demandé si Nicolas Maury ne revenait pas dans la deuxième partie, on m'a dit (deux personnes différentes) : "Mais si, mais je ne vous dis pas sous quelle forme, c'est encore plus étonnant, voyez, moi, j'entre justement pour le revoir." (Une ouvreuse.)
"Nous rôdons autour des arbres de mai, des chapelles isolées en forêt." Il revient en fantôme (après sa mort), on dirait Barbara, Nicolas Maury, l'acteur butoh que tous les autres acteurs imitent pour s'amuser (comme me disait aussi une amie (oublié son prénom) de Clément Sibony que je croisais à l'entracte). Il crie comme Frankenstein, aussi. (Si je pouvais dire cette phrase aussi dans Frankenstein... - quelle phrase ? La Chapelle Saint-Jean, puanteur sépulcrale, la riche rive de l'exil...)

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Saturday, January 23, 2010

Vitrine de satin




















Pierre a enregistré dans la soirée avec Philippe Katerine. Il plane un peu parce que quelqu'un qui s'y connaît le reconnaît. La plaie de la tentative musicale avortée avec un Anglais d'il y a quelques années semble se refermée... On est au Curio Parlor, la boîte où on nous trouve en ce moment parce qu'Olivier Casamayou y mixe (et bien que Pierre soit un peu gêné - énervé - qu'il n'y ait que des riches, des nappys, il aime les endroits où les milieux se mélangent - moi, j'aime les riches et je fais remarquer que le seul fait que je m'y trouve - et accepté - mélange le mileu). C'est drôle, au Théâtre de Vanves, ce soir, pour "l'hommage à Pina", je disais que j'étais "l'homme du milieu"... Mais ça n'a rien à voir... Là, Pierre, eh bien, il fume. Qu'est-ce que ça implique cette activité régulière dans sa vie ? Il fume. Il fume dehors. A quoi il pense ? Ça se voit. Il pense à son avenir dans la musique et il y croit.

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Wednesday, September 23, 2009

Noir et blanc



























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