Tuesday, July 24, 2018

A vec Laurent (et Boris) à Orléans


Photos du Centre Dramatique

Labels:

Saturday, May 26, 2018

N ous ne sommes pas symétriques


Laurent Chétouane voudrait travailler sur la « pensée de la fin ». Il y a cet opus 131, de Beethoven, une des dernières œuvres, Beethoven est sourd, complètement dans son monde, il détruit lui-même ce qu’il a composé. (Détruire, dit-elle.) Il essaye de trouver autre chose sans proposer autre chose. C’est une pièce de fin de carrière qui ne propose pas un avenir, une énergie qui ne dit pas sur quoi elle est. Laurent Chétouane voudrait travailler sur ce thème : en pensant sa propre fin, s’ouvrir à un avenir possible qu’on ne connaît pas. Dans les silences de la destruction, on entend ce qui va venir après. Comme un courant d’air qui veut circuler. Deux solutions : laisser l’avenir venir ou l’anticiper (ce qui implique des catastrophes, des « révolutions »). Comment s’ouvrir à un avenir sans proposer des solutions concrètes ? Eh bien, c’est sur quoi nous voulons travailler (ce sur quoi nous travaillons déjà). Beethoven amène à son apogée une forme et, à la fin, il la questionne. Le Dispariteur. Les formes peuvent disparaître. Cette énergie de brisures annonce Stravinsky. La musique, dit Jean-Luc Nancy, fait sens pour toi, mais ça n’a pas de sens — peut-être le seul élément qui pourrait faire démocratie (parce qu’elle ne fait pas sens). L’avenir ? comment le vois-tu ? Fin de partie. Beaucoup plus dans l’instant. Dépassé par la globalité. Entraide sur du local en dehors d'une sphère économique qui tournera toute seule. Façon de survivre qui, en même temps, pourrait être une belle forme de vie. La résistance au nouveau, c’est aussi parce qu’on n’est pas capable de penser le nouveau. On n'arrive pas à lire notre époque, on n’arrive pas à « distinguer » (disait César hier soir). Et si on apprenait à écouter notre cœur, à gauche ? 

Labels:

Saturday, February 17, 2018

Orléans, stage du 4 au 15 juin


Je crois qu’on ne peut pas imaginer de différence plus grande qu’entre les spectacles de Laurent Chétouane et les miens. Pourtant nous sommes amis. Il y a un passage. Nous sommes amis parce que je fais l’expérience de ses pièces (qui sont des pièces d’amitié). J’aime le travail de Laurent Chétouane parce qu’il est vrai. Il a découvert ça : que la danse pouvait se danser en vrai — pas en illusion, mais en vrai. Et c’est ce que j’essaye aussi de proposer : quelque chose, on peut dire, de naturel, de non spectaculaire, de mineur. On est dans un monde d’absolu mensonge donc c’est à la fois difficile et facile de proposer quelque chose de vrai. Souvent on entend un interprète dire dans mes spectacles qu’il n’y a pas de spectacle (c’est une phrase qui revient). Non, au fond, il n’y a pas de spectacle. Il n’y a pas ce dehors spectaculaire qu’on nous propose. « Le rose qu’on nous propose », comme le chante Alain Souchon dans Foule sentimentale. Ce dehors de carton-pâte. Mais, dans ce décor, il y a le réel. Il y a ce que les gnostiques appellent la divinité intérieure (j’avais appelé un spectacle — je crois que ça venait de Shakespeare — Le Parc intérieur), c’est-à-dire un endroit à l’air libre, vrai, mais qui est à l’intérieur, réel. Laurent Chétouane réussit à mettre le « inward » « outward » — comment le dire en français ? le « vers l’intérieur » « vers l’extérieur ». Il s’agit d’un stage absolument expérimental. Avec Laurent, c’est très facile, il est tout le temps dans l’« experiment » et, moi aussi, j’essaye d’inventer chaque fois une première fois. Tout se passe avant la mort. Alors. Etre Dieu (j’ai donné plusieurs stages sous ce titre : Jouer Dieu), c’est avant la mort. To be or not to be. Mais la divinité — la liberté —, elle est à délivrer, prisonnière. Faible, fragile, vivante. Vous êtes des animaux avec des vêtements posés sur vous en vrac, des singes habillés, des chiens habillés. C’est aussi bête que ça. Les spectacles de Laurent Chétouane, pourtant très beaux, ont peut-être peu à voir avec la beauté (la symétrie) — question centrale chez Pina Bausch, par exemple, et sans doute chez William Forsythe — ou la laideur. Je n’ai jamais rencontré cela nulle part ailleurs.
Yves-Noël Genod

Labels:

Friday, February 09, 2018

S tage exceptionnel du 4 au 15 juin à Orléans


Je crois qu’on ne peut pas imaginer de différences plus grandes qu’entre Laurent Chétouane et moi. Pourtant nous sommes amis. Il y a un passage. Nous sommes amis parce que je fais l’expérience de ses pièces (qui sont des pièces d’amitié). J’aime le travail de Laurent Chétouane parce qu’il est vrai. Il a découvert ça : que la danse pouvait se danser en vrai — pas en illusion — en vrai. Et c’est ce que j’essaye aussi de proposer, quelque chose, on peut dire, de naturel, de non spectaculaire, de mineur. On est dans un monde d’absolu mensonge donc c’est à la fois facile et difficile de proposer quelque chose de vrai. Souvent on entend un interprète dire dans mes spectacles qu’il n’y a pas de spectacle (c’est une phrase qui revient). Non, au fond, il n’y a pas de spectacle. Il n’y a pas ce dehors qu’on nous propose. Ce dehors de carton-pâte. Mais il y a un dedans, dans ce décor, qui s’appelle le réel. Il y a la divinité intérieure (j’avais appelé un spectacle — je crois que ça venait de Shakespeare — Le Parc intérieur). Il y a un endroit qui est vrai, à l’air libre, oui, et qui est à l’intérieur. Un peu comme le Jésus des gnostiques, Laurent Chétouane réussit à mettre le « inward » « outward » — comment le dire en français ? le « vers l’intérieur » « vers l’extérieur ». On pourrait se passer du « vers l’intérieur », d’ailleurs, mais la maladie de l’homme, ce n’est que ça… Il s’agira d’un stage absolument expérimental. Avec Laurent, c’est très facile, il est tout le temps dans l’« experiment » (selon le mot qu’affectionnait Marguerite Duras, je me souviens) et, moi aussi, j’essaye d’inventer chaque fois une première fois, la naissance, un premier geste. Tout se passe avant la mort. Alors. Etre Dieu (j’ai donné plusieurs stages sous ce titre : Jouer Dieu), c’est avant la mort qu’on en a la possibilité. To be or not to be. Mais la divinité — la liberté — elle est à délivrer, prisonnière. Faible, fragile, vivante. Vous êtes des animaux avec des vêtements posés sur vous en vrac, des singes habillés, des chiens habillés. C’est aussi bête que ça. Les spectacles de Laurent Chétouane, pourtant très beaux, ont peut-être peu à voir avec la beauté — question centrale chez Pina Bausch, par exemple, et sans doute chez William Forsythe — et donc avec la laideur. Je n’ai jamais rencontré cela nulle part ailleurs.

Yves-Noël Genod

« Celui à qui les choses cachées appartiennent est au-delà de tous les contraires »

Gérard Depardieu : « Je ne joue pas, je vis. »
Jeanne Moreau : « Il n’y a pas de mauvais acteurs, il n’y a que des acteurs qui ont peur. »
J’ai noté une des problématiques de Laurent : « Comprendre comment le regard extérieur (existant ou pas existant) t’organise dans l’espace inconsciemment. Et quand tu en deviens conscient, quand tu le sens, tu arrives à le dépasser…»
L’art décrasse. Nous serons deux pour guider et donc un troisième qui se matérialisera entre nous dirigera ce stage. 
Je propose un titre pour ce stage : Cœur contre cœur et âme pour âme 
Ou bien encore : Art minimum 

« Puisque ces mystères nous dépassent, feignons d’en être l’organisateur. »

Yves-Noël Genod

Labels: