Sunday, April 10, 2022

Yves-Noël Genod

Chorégraphe, metteur en scène 

8, rue Jacques Kablé

75018 Paris


Madame, Monsieur, 


Le spectacle chorégraphique que nous avons donné ensemble, Charly Molle-Cousin et moi, s’est déroulé à partir du 19 septembre 2020 pendant toute la période du confinement où il a été possible de répéter, mais pas de recevoir du public dans le lieu immense de la Grande Halle du Carreau du Temple, à Paris. Il s’est redonné en janvier dernier. Il a enflammé des centaines de participants amateurs ainsi que des solistes professionnels. Sa beauté a bénéficié de l'hiver du contexte. Comme nous n’étions jamais sûrs de nous revoir, nous avons transformé les « répétitions » en « représentations ». Chaque samedi et chaque dimanche, un spectacle émergeait, abouti dans l’état de l’apparition, comme souvent les petits d’animaux sont en quelques minutes de leur venue au monde déjà sur leurs pattes. Dans ce contexte paradoxal de fermeture, la bulle de liberté de la Grande Halle a aimanté des participants de toute la France, de l’école des beaux-arts de Nantes, en particulier. C’est ainsi, parmi la centaine, que j’ai rencontré Charly Molle-Cousin, immédiatement reconnaissable, à la fois caché et mis en valeur par la foule, altruiste par singularité puisqu’il faut qu’autour de soi, ça vive (il n’y a pas d’être sans êtres). Oui, l’image qui me vient est celle d’un chevalier des temps modernes, d’un Perceval précisément, immédiatement leader, physique, mais discret (secret), pas dictatorial (il n'y en a que trop), poète trop ému par trois gouttes de sang sur la neige... Son existence de frêle et fort chevalier, son rapport sensoriel au monde, peu filtré par l’intelligence ou l’habitude (qui nous déforment le monde, donnent le sentiment que ce que l’on voit n’est pas vraiment ce que c’est) m’ont enchanté et appris. Charly le dit : ce que je vous montre, c’est ce que c’est. Dans le même sens, à chaque séance cité, le titre d’un poème de Wallace Stevens : « Not Ideas About the Thing, But the Thing Itself ». Dans ce poème, on parle d’un cri « part of the colossal sun », un cri confondu avec le soleil de mars, du « début de la fin de l’hiver », un cri maigre, un cri d’oiseau sans doute, mais un cri qui indique « A new knowledge of reality ». Souvent dans une lingerie transparente, grise ou pâle comme une peau (une plume) légèrement décollée, ou en slip noir et débardeur blanc, Charly semblait, en dansant, apporter cette part du soleil ; oui, peut-être une nouvelle connaissance de la réalité. Ce que j’ai vu. Avec Charly Molle-Cousin, je suis peut-être moi-même devenu l’adolescent à armer ; au final, je ne sais pas qui a adoubé l’autre ! Je suis entré dans la légende et j’aimerais bien sûr le retrouver. (Il y avait un projet à la Ménagerie de verre dirigée par Marie-Thérèse Allier qui malheureusement vient de s’éteindre.)

Je vous encourage donc vivement à porter le plus grand intérêt à sa candidature. Sa sève est puissante et sa poésie immense. Ces deux fluides — puissance et immensité — accompliront sa destinée à P.A.R.T.S. autant et plus encore qu’il a renversé Paris d’une vraie révolution joyeuse et grave. 

Veuillez recevoir, Madame, Monsieur, l’assurance de mes sentiments les meilleurs, 


Yves-Noël Genod

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Wednesday, March 24, 2021

U n texte que je reçois de Clémentine Jacquemin (accompagné d'une vidéo)


20 janvier 2020, vers minuit


Il faut que je revienne sur le Carreau du temple. Mon activité extra scolaire favorite depuis longtemps, un tel sentiment de liberté, surtout en ce moment. Ça désacralise la scène, l’espace scénique, si angoissant normalement. Là, c’est un espace où l’on peut faire ce qu’on veut. Manger, s’asseoir, se rouler par terre. Aussi ne rien faire et prendre le temps de regarder. On vit avec notre corps. Aussi, on en parlait avec Théo dimanche soir, le fait de bouger son corps est beaucoup moins « angoissant » que de parler. Rien que dire une phrase est très difficile, on peut le faire, mais on n'ose pas. Alors que se mouvoir, on y arrive si bien finalement. Cette danse performance, c’est une question d’assurance, de confiance en soi, et surtout d’oser, tout le champ des possibles est ouvert. Et les gens sont tous animés sur scène, des regards animaux, des mouvement de trans. Quand je regarde, j’ai l’impression de voir une scène de fin de soirée, un espèce d’espace entre deux temps, le temps de la fête et le retour du jour. Des gens qui errent dans l’espace, encore un peu engourdis par la nuit. Comme des gens drogué en fin de soirée quand le jour c’est levé. Le même effet. Le plus dur, c’est d’y rentrer et, dès qu’on rentre sur la scène, on devient quelqu’un d’autre, le lâcher-prise, il faut se lâcher, et juste vivre l’espace. Comme dit Yves-Noël, il faut que chacun occupe tout l’espace, et que les autres soit comme des invités dans cet espace. Espace qui fait 1800m2. J’aime bien les histoire que nous raconte Yves-Noël, sur l’éclipse et les oiseau en Haute-Savoie, les troupeaux de vaches et la vache à l’écart, Marguerite Duras et la frontière dans L’Amour (estala ? retrouver le terme exact), Proust… Et aussi réussir à créer avec des inconnus, et les rencontrer sans paroles, échange de regards, échange de mouvements, se tenir la main, se sourire, danser ensemble sans se connaître. Sans jamais se connaître. Apprendre à rencontrer autrement que par les classiques questions des débuts, le corps figé, à se regarder dans le blanc des yeux. C’est rare de commencer une rencontre par le corps. Et les formes que ça crée, le mouvement des corps. Toute une partition de gens sans expérience pour la plupart qui arrivent à créer une chorégraphie, à chaque fois différente. Les corps se comprennent, créent comme une discussion. La dernière fois, on a créé une farandole, ce n’était pas écrit, mais c’était si évident. Une main qui en tient une autre et ainsi de suite. Pourtant, on est entre 50 et 100 personnes à danser. Mais les corps comprennent, pas besoin des mots. Les sons aussi, on danse sans musique et chaque bruit, bruissement devient un rythme sur lequel danser. Comme le bruit des pieds qui tapent sur le sol, claquer des doigts, taper dans les mains, et tout le monde commence à scander le même rythme. Aussi une fois une sonnerie de téléphone, la couverture de survie qui scratche scratche et qui m’a fait danser à son rythme. Il y a également le chanteur brésilien qui chante en portugais, c’est si beau quand il chante. Et, après, tout le monde commence à chanter « hmmmm » et cela crée un chant un peu comme dans un église ou comme un opéra. Pourtant, nous ne sommes ni danseurs, ni chanteurs, mais la création est si belle. 

Merci. 


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Sunday, February 07, 2021


Toucher le cœur des gens

Yves-Noël, je voudrais essayer de vous dire à quel point j'ai été bouleversée par les quelques w-e passés à danser au Carreau. Tenter de traduire cette liberté impensable, inespérée et cette douceur sans nom, seulement des caresses dans l'air.

Je voudrais me souvenir de tout, des échauffements de l'âme plutôt que des corps. Entrer en communion à ce moment là, c'était comme respirer le lait maternel : nourrissant jusqu'à l'ivresse. Re-boire les vers de Baudelaire qui se pâment dans l'onde, recevoir comme un boomerang l'autre fête au centre du vide de Roberto Juarroz, et même entendre les multiples visages, désaccordés, de Delon (qui remonte fissa dans mon estime amusée). Me souvenir encore du respect, profond, des balayeurs de la liberté. Il ne s'agit pas de prendre le pouvoir, mais de vivre pendant le voyage.

J'ai enregistré des morceaux de votre barre, à l'âme, donc. Je les garde bien au chaud, pour les jours perdus de solitude, qui ne manqueront pas de venir (on ne peut pas vivre dans les sommets sans appréhender la redescente). Quand une telle fulgurance nous traverse, on peut se sentir secouée comme une boule à neige et avoir besoin d'un temps de pause pour que les particules d'émotion retombent au sol. Mais en vrai, on se recompose autrement, plus riche, plus sensible et plus reliée aux cœurs des choses. 

Merci à vous.


Merci ! 

Je crains qu’on vive des temps difficiles…

On a eu de la chance d’avoir ce Carreau…

Il va nous falloir des forces pour s’inventer ce même présent dont on a besoin — à défaut du futur qui sera pire si j’en crois les journaux (aujourd’hui, par exemple) et du passé de la nostalgie…

Souhaitons-nous courage les uns les autres !

Yves-Noël

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Tuesday, February 02, 2021

T ouché !


Très, très touché par ton article, Guillaume ! J’ai eu l’impression de vivre dimanche quelque chose d’exceptionnel. Tout l’hiver (depuis le 19 septembre), à cause de ce projet étalé dans le luxe de cet espace, a été merveilleux pour moi. Mais, dimanche, je me suis surpris en pleine représentation à comparer ce que je voyais aux plus beaux spectacles qui m’ont marqué dans mon enfance (Pina et Klaus). Et ton témoignage — qui restera — est la preuve qui manquait que je ne suis pas tout seul à avoir rêvé ce spectacle ! Florence (Cognacq) me rapporte que tu as écrit ton article d’une traite, mais, ce qui me frappe, à part effectivement son très beau mouvement, c’est ton travail précis, documenté de recherche de citations qui me donne personnellement l’impression peut-être pas de l'intelligence, mais d’une certaine cohérence, de savoir précisément de quoi il est question et ce qu’il m'intéresse d’avancer. Cette cohérence que tu me donnes me trouble (moi qui ne me souviens de rien) et me redonne beaucoup de cette chose que l’on nomme simplement « confiance en soi ». L’idée que ce que je rêve est vrai, touche du vrai, que, le théâtre, c'est « prendre soin », pour une large part. Par exemple, je sais que, la peur, on peut la chasser ou la calmer. Une rare citation de Grüber (de mémoire, je ne la retrouve pas, peut-être inventée) m’avait frappée : « Les acteurs sont capables de choses magnifiques, seulement ils ont tellement peur ; tout mon travail consiste à calmer leur peur… ») Vraiment merci pour cette phrase : « Dans ses spectacles, vivre est un émerveillement. » 

Amitiés, 

Yves-Noël 

Bonsoir Yves-Noël, 


Merci pour ce mail. Et surtout merci de nous offrir la splendeur précisément au moment où elle semblait avoir définitivement disparue, engloutie dans la médiocrité ambiante. 

J’ai plutôt tendance à voir le monde avec les yeux de Thomas Bernhardt, de plus en plus depuis ces trois dernières années. Je croyais que finalement la fin de l’humanité à la faveur du covid était peut-être la solution à la renaissance du vivant. Tu m’as offert l’impossible dimanche, le réenchantement du monde, la possibilité d’une humanité magnifique dans ses doutes, sa fragilité. Une humanité qui tombe et à chaque fois se relève. Pina Bausch évidemment mais aussi pour moi, et tu trouveras sans doute la référence étrange, Lois Weinberger l’immense artiste autrichien disparu en février dernier qui toute sa vie n’a eu de cesse de remettre dans les villes les plantes rudérales, communément surnommées mauvaises herbes, chassées d’une nature urbaine totalement domestiquée. Comme lui, tu inventes des espaces de libertés dans lesquels tu autorises les humains à être vrais, à revendiquer une fragilité que la société leur a confisquée. C’est en ce sens qu’ils sont beaux. Que tu les rends beaux. 

Il va falloir que tu crées beaucoup de spectacles dans les années à venir. Nous avons besoin de toi ! 


Mille mercis, 


Guillaume Lasserre


Un certain regard sur la culture 


https://blogs.mediapart.fr/guillaume-lasserre/blog




Oui, Il y a tout. La lucidité désespérée et puis… la vie toujours ! Clément Rosset en parle bien à propos de son rapport à Cioran (ils pensent tous les deux la même chose, mais l’un en pleure quand l’autre en rit). On comprend un peu pourquoi : la vie a tout à voir avec l’être humain, mais sans doute très peu avec sa pensée. C’est plutôt le domaine de la névrose, la pensée… ou de la tristesse. (Enfin, je dis n’importe quoi, excuse-moi.)

Merci pour le lien avec Lois Weinberger que je ne connaissais pas, mais dont la référence ne me paraît pas étrange, au contraire, en plein dans le sujet. J’avais voulu travailler sur l’idée de jardin pour un spectacle au mois de juin à partir du moment où j’avais vu qu’il y avait, au théâtre du Rond-Point, des fenêtres à la salle qu’on m’offrait qui pouvaient faire entrer la lumière du soir. C'était Je m’occupe de vous personnellement, inspiré des idées de Gilles Clément (j’avais remarqué qu’en remplaçant le mot « jardin » par le mot « théâtre », dans ses citations, ça disait une part de mon rêve). Je me souviens que Patrice Chéreau l'avait vu, ce spectacle. Aussi Jean-Marie Patte qui m'avait écrit. Un jardinier à qui je m’étais adressé, Vincent Lahache (nom inoubliable pour un jardinier délicat), m’avait proposé, dans cette lumière de juin, un jardin de « mauvaises herbes ». Armelle Héliot (du « Figaro ») avait fait une critique malheureusement négative de ce spectacle qu’elle avait vu quand il était sans doute encore trop frais — heureusement on jouait trois semaines et ça avait fini — d’ailleurs du jour au lendemain — par devenir un succès —, mais j’avais pris le temps de la remercier pour une phrase qui, sans peut-être qu’elle en ait eu conscience, définissait exactement ce sur quoi nous avions travaillé (de mémoire) : « Les interprètes sont excellents ; le problème, c’est qu’Yves-Noël Genod les considère un peu comme des plantes humaines ». (Une justesse que d’autres critiques plus positives, comme il arrive, n’avaient pas touchée.)

Merci pour : « Il va falloir que tu crées beaucoup de spectacles dans les années à venir. Nous avons besoin de toi ! » Mais que pouvons-nous faire ? Il est possible que le temps présent soit plus ouvert aux gens de mon espèce (les transartistes, les bricolos…) qu’aux spécialistes qu’il semblerait qu’on écoute de moins en moins (qui sait ?), mais tu sais sans doute que je suis incapable de faire la moindre démarche dans un monde par ailleurs surpeuplé… Et ce travail du Carreau, finalement peu de gens l’ont vu… (Dimanche j’ai pensé à la théorie de Régy qui disait que l’importance et la renommée d’un spectacle ne dépend pas du nombres de gens qui le voient… théorie d’ailleurs corroborée par ton très bel article aussi enthousiaste que si je passais au Théâtre de la Ville…) Si tu as des idées pour que je rebondisse, pour que nous rebondissions, pour l’avenir, quoi, n’hésite pas, je n’en ai aucune. Le défaut de cette méthode, la mienne, que tu exposes très bien et qui peut faire des merveilles, c’est d'attendre que ça me tombe du ciel !


Amitiés, 


Yves-Noël

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Wednesday, January 27, 2021

S e définir


Difficile.

Moi, je me vois comme un interprète de la danse, vue que je transite parmi tous les styles. J’aime être appelé Danseur. Je n'ai aucune formation sinon celle de l’apprentissage sans fin. Je suis un artiste en expansion. J’ai grandi et je vis sur la scène. Au-dehors de la scène je suis perdu.

À Rio les danseurs classiques disent que je suis trop contemporain. Les danseurs contemporains me voient trop classique... Les artistes m’appellent Le Danseur. Je préfère. Puisque tout que je fais dans ma vie c’est pour et à travers les arts. Je mourrais Danseur, je crois.

Je ne sais pas quoi te dire, cher Yves.


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Tuesday, January 26, 2021

Je voudrais mettre sur mail ce que nous nous sommes dit au téléphone, à bâtons rompus, chère Maïa. Il y a un risque de destruction — en dernière ligne — d’une expérience exceptionnelle — une des plus belles de ma vie. Si jouer dimanche cette « représentation », c’est devant trois pelés et deux tondus de la Ville de Paris qui viennent vérifier les normes, alors il vaut mieux annuler cette « représentation pour les pros » et reporter ces personnes lors de la représentation publique de manière à les noyer dans la masse. Et faire alors ce que nous avons toujours fait depuis le 19 septembre : répéter, transformer (selon la méthode de Klaus Michael Grüber) la répétition en représentation — et si des gens veulent venir — y compris, bien sûr, des pros, mais pas pour nous emmerder de leur nihilisme — ils sont pris par cette expérience : ils PAR-TI-CI-PENT, ils regardent, ils sont actifs comme un ami me l’écrit : « Je crois que je commence à comprendre ce que tu veux dire. C'est le spectateur qui travaille. Comme un ornithologue aux bois. Ou un garde (champêtre). Armés de leurs fidèles jumelles ils scrutent l'orée et hument l'air, décelant la beauté là où elle est. J'ai cru me promener en forêt, et en ces jours emprisonnés dans nos urbaines cabanes c'est une aubaine non négligée. » Il est à noter qu’au départ — et pendant longtemps — je voulais même qu’ils se baladent au milieu, ne pas mettre de chaises. Il s’agit absolument — j’en ai conscience — de coincer l’être humain afin de le défaire de sa fonction et de lui faire retrouver, reconnaître, hurler enfin comme une bête sa condition de poète selon Hölderlin : « Plein de mérites, mais en poète, l’homme habite sur cette terre » — et c’est une guerre que je mène, j’en ai bien conscience. Bruno Latour dit dans « Libé » qu’un conflit existe entre les Extracteurs et les Ravaudeurs. Je suis ravaudeur. Et nous le sommes quand nous voulons bien l’être. Alors, il s’agit de trouver la bonne formule, légère QUI AIDE LE SPECTACLE. J’ai pensé que ce n’était pas mal de s’approcher d’une forme plus conventionnelle, avec un horaire et une invitation (jusqu’à maintenant ceux qui regardaient étaient comptés comme par-ti-ci-pants et entraient et sortaient quand ils le voulaient), mais j’ai vraiment peur que cette forme (avec tickets, etc.) nous ramène à ce satané « monde ancien » dont NOUS NE POUVONS PLUS. Ce qu’il s’est passé au Carreau appartient au monde qui est là, qui vient (celui des Ravaudeurs) et vous et moi pouvons en être vraiment fier ! S’il y a le moindre risque de destruction de cette avancée qu’il faut au contraire surprotéger tant elle est précieuse (il faudrait mettre des vigiles comme autour du Collier de la Reine), il vaut mieux annuler cette « représentation pros » — si elle ne nous aide pas par sa négativité à nous approcher de la représentation grand public que nous espérons un jour. Alors faire ce que nous avons fait tous les weekends est la meilleure solution pour nous en approcher.

Je te laisse Maïa, soumettre ce texte au reste de l’équipe, 


Yves-Noël Genod

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L a Farandole


Fellini

https://www.arte.tv/fr/videos/083883-027-A/blow-up-c-etait-quoi-federico-fellini/

C’est à 03:36

kiss

C


Que c’est beau ! C’est vraiment ce qu’il y a de plus beau, Fellini… YN


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Friday, January 22, 2021

L es Cocos et les cathos


Cher Yvno,

Depuis que nous nous sommes quittés, mille vies m’ont encore été offertes… Dans mon train retour, après ces danses, cette redécouverte de l'humain, de la foule au milieu de cet hiver de monde ; j’ai souhaité — moi aussi — remettre les corps en mouvement.

J’ai écrit une tribune sur l’état lycéen, un état des lieux pour un soulèvement général, adressé à mon ami Blanquer. Après avoir essuyé un refus de Libé, voilà que Mediapart publiait. En deux jours je recevais messages et réactions innombrables, par centaines. Lycéens en révolte, influenceurs Instagram en quête de cliques, partis politiques, maires, députés… Les cocos ont essayé de me racheter, puis les cathos aussi. EMULATION ! Alors que depuis six mois, professeurs et parents écrivent, paniquent et se plaignent ; hier soir, Blanquer annonçait l’annulation des épreuves du baccalauréat !

Je vous raconterai tout cela plus en détails, mais l’histoire est amusante. Devenir un contestataire politique quand on veut simplement combler l’attente du train (un type s’est jeté sous les rails à la sortie d’Angoulême).

https://blogs.mediapart.fr/zakary-bairi/blog/180121/ouvrez-les-fenetres-aerez-la-salle

Je dis « je vous raconterai » car je viens à l’instant de prendre des billets pour le dernier week-end dansé. Pourvu que rien ne nous arrête d’ici là ! Je ne sais où je dormirai, je ne sais même SI je dormirais, mais je serai là le week-end prochain.

Il me tarde, j’espère que tout va bien et que tout couvert de feu que vous êtes, rien ne vous empêche de vivre toutes ces vies, de peupler toutes ces morts et tous ces silences...

Je vous dis à très vite, je vous embrasse.

Zakary 




Comme vous écrivez bien, chaton !

Avec vous on ira loin, c’est bien de vous avoir comme ami… (comme on dit qu’il vaut mieux vous avoir comme ami…)

C’est curieux que « Libé » ne l’ait pas pris, ce texte. Cela dit, ça me rappelle que Duras avait écrit un texte sur une pièce mise en scène par Régy dans laquelle je jouais — elle avait adoré ce spectacle et elle avait écrit un texte qu’elle voulait refiler à un journal, et, à mon grand étonnement, « Le Monde » et « Libé » l’avait refusé, ce texte (Duras mondialement célèbre, pas qu’à mes yeux d’enfants). Je me souviens qu’on était en voiture, la nuit, à essayer de faire passer ce texte, d’abord au « Monde » puis à « Libé » — et finalement « La Croix » l’avait pris —, je ne sais pas où cet article aurait fini (elle était endurante, Duras) si les refus avaient continué, « Fripounet », « Topkapi »…

Il y a une satanée rumeur de confinement. Saleté de. 

Si on joue et que donc vous venez à Paris, vous pourrez dormir chez la fille de la coiffeuse, Fare. Selon la coiffeuse, il y aurait un dépannage possible, en tout cas…

J’ai moins de mille vies que vous, mais vous m’en donnez, 

YN

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Wednesday, January 20, 2021

Les vêtements, bien entendu, sont très importants. Ils permettent au public de vous repérer. Soyez à votre meilleur (si vous avez des dons de dandysme). Privilégiez les couleurs vives, fluos, pailletées (éventuellement : maquillage). Ou, au contraire, le noir, s’il vous va très bien. Ou le gris. Ou le banal. On peut aussi jouer des transformations, passer des vêtements d’hiver aux vêtements d’été, par exemple, du ski à la plage. Le vêtement n’est pas tout, il y a des stars qui s’en foutent (Depardieu), mais la majorité des stars en sont (avec raison) très préoccupées… Chaussures ou pieds nus ou les deux.
A noter que les couleurs cotons (délavées par le soleil et les lavages) peuvent être très belles, mais sont équivalentes (en effet) à des bruns ou a des bleus marines. Tout le monde est ce qu’il est. Les vêtements de travail (de vrai travail) sont aussi souvent intéressants. Ce ne sont que des idées. Tout sera bien. Pensez aux vêtements d’été… Amusez-vous, 

YNG

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P oème du lieu


Beaucoup de demandes, en ce moment, d’inscription, Maïa ne peut plus répondre individuellement. Nous accueillons — et nous accueillerons jusqu’au bout — c’est dans l’ADN du spectacle — de nouvelles personnes participantes. Nous en cherchons encore. Mais nous avons aussi besoin, maintenant, de constituer la troupe idéale, c’est-à-dire celle qui organiquement s’est constituée au fil du temps en vue des représentations. Celle qui permettra que le spectacle qui, certes, a eu lieu dès le 19 septembre et s’est renouvelé à chaque séance, puisse maintenant — c’est une nouvelle étape — être présenté devant du public en grand nombre. Nous insistons beaucoup sur les présences — autant que faire se peut — à chaque « répétition » « représentation ». Si le gouvernement nous les laisse, il en reste quatre pour janvier — puis deux au mois de mars. 


Yves-Noël

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Tuesday, January 19, 2021

P as homophobe

 

tu me dis

Je t'embrasse

                               jean baptiste




Très joli !

Très pédé !

Mais ça tombe bien, on n’est pas homophobe !

Bisous, 

Yvno

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K illian témoigne de son expérience (à la demande d'une journaliste)


A l’origine, je cherchais simplement un stage lié à mes études (master 1 aux Beaux-arts de Nantes). Connaissant le travail d’Yves-Noël Genod depuis quelque années, et ayant un grand fantasme de sa personne et de son travail, il représentait une forme de star pour moi (d’ailleurs, ça n’a pas trop changé). J’ai donc hésité longuement avant de le contacter et ai fini par oser lui envoyer une demande de stage, et contre toute attente, il a répondu positivement. C’est ainsi que nous sommes entrés en contact et qu’il m’a proposé de me joindre à ce bazar magnifique.

Le premier jour, c’était déroutant de se trouver dans cette foule d’identités, pour la plupart aux looks assez exceptionnels, et de devoir lâcher sa pudeur. Danser, sans musique. Yves-Noël Genod nous a tous mis très à l’aise, il instaure un climat de confiance, de bienveillance, et permets très vite un lâcher-prise. Le plus déstabilisant, finalement, c’était la présence de Bruno Cezario. Ce danseur brésilien au corps sculpté, à l’aura très puissante. Je crois que nous sommes beaucoup à être impressionnés par sa présence, ses mouvements. J’ai eu l’occasion, pendant ces quelques journées, qu’il vienne me chercher pour faire des duos. C’est très étonnant de danser avec quelqu’un comme lui, le rapport au corps n’est vraiment pas le même pour un amateur et pour un danseur professionnel, ma pudeur en a pris un coup. J’ai été obligé, je l’ai senti, de lâcher quelque chose. C’est terrifiant, mais très plaisant. Ils sont plusieurs danseurs professionnels et leur présence vient ajouter quelque chose de très fort au spectacle, tant pour le public, que pour les autres danseurs amateurs. Ils apparaissent pour nous comme des grands Autres de la danse, inquiétants, intriguant, ceux avec qui on aimerait danser mais qu’on refuse d’approcher ou bien qu’on défie. Ce n’est pas anodin ce qui se passe pendant ces journées, j’ai l’impression que c’est une provocation, voire un invocation à nous-même. C’est dur parfois, mais c’est superbe à vivre. Ça vient nous chercher. Et le metteur en scène n’y est pas pour rien.

Yves-Noël Genod est omniprésent pendant ces heures de danse. En effet, la grande enceinte diffuse sa voix dans tout l’espace, et la plupart du temps il ne s’agit que de petits « C’est bien ! Continuez… Oui ! C’est exactement ça ! ». Ou, de temps à autres, il nous fait des propositions de déplacements, de formes… Sa voix est donc là, mais quand on le cherche on ne sait jamais où il est. Sa voix résonne de partout, et son corps est caché dans un coin, contre un mur, sur une chaise. J’ai été très surpris à chaque fois que je l’ai cherché du regard, quand on le trouve ça fait presque l’effet d’un « Ah oui, c’est vrai, il est comme ça ! ». C’est sa voix qui existe le plus dans mon esprit pendant ses journées, et au-delà de sa voix je dirais ses mots. Ses mots sont tissés, soignés, il use d’un vocabulaire précis, d’une diction particulière qui rappelle les interviews des années 60. C’est lent, posé, doux et nonchalant. En discutant avec d’autres danseurs, nous étions surpris de réaliser à quel point les histoires qu’il nous raconte pendant les pauses, toujours au micro, sont très présentes dans nos têtes quand on danse. Il évoque, ou invoque, des images. Il nous parle de troupeaux de bêtes suicidaires en Afrique, des oiseaux silencieux pendant une éclipse, il nous raconte Marguerite Duras et Marlène Dietrich, Rimbaud, Depardieu, les morts et les vivants qui se mêlent… Ce sont ses mots qui viennent guidés mes gestes par la suite, ses anecdotes influencent les images que je tente d’incarner dans l’espace. Et le soir, quand je repense à la journée, j’ai l’impression de les avoir vu, ces oiseaux silencieux, planer près de Marguerite Duras. Yves-Noël Genod répète les mêmes histoires depuis le début, les même anecdotes. Mais c’est toujours un plaisir de les écouter, elles nous bercent et nous inspirent, je crois. Le résultat est à chaque fois différent, il y a toujours des nouveaux venus, des dizaines de nouveaux venus. Et je crois qu’on est soi-même jamais exactement pareil d’une semaine à l’autre. Il ne s’agit vraiment pas de répétitions, mais de spectacles, chaque fois proches et lointains les uns des autres. Les mêmes visages, les mêmes gestes parfois, mais quelque chose de différent toujours. C’est ça qu’il cherche, et qu’on se met à chercher nous même. Et en ce moment c’est ce dont on a besoin. La vie, la respiration, de l’espace, des autres par dizaines, et, surtout, l’impression de faire quelque chose qui compte vraiment.

Yves-Noël Genod a reconvoqué le hasard, alors qu’il n’existe presque plus ces derniers temps.

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Tuesday, January 12, 2021

L e jeune amant incassable de la liberté


Chers amis, 


Un ami me fait remarquer l’article du « Monde » sur Marlène Saldana (daté du 12) où l’on parle de moi : « l’inclassable Yves-Noël Genod ». Je plaisante en lui répondant : « Tu es sûr qu’il n’y a pas écrit «  l’incassable YNG » ? Ou même, peut-être, regarde bien : « le jeune amant incassable de la liberté… » — Ça fait un titre ! » me répond cet ami (qui travaille dans la com’).

Le spectacle que je présente aujourd’hui une fois encore ne veut pas en être un. Il ne veut pas en être un de plus, il veut en être un de moins. Combien de fois sur mes scènes n’a-t-on pas entendu répété : « Il n’y a pas de spectacle » ? Ce qu’on veut toucher, chaque fois, c’est « l’état de l’apparition » cher à Marguerite Duras (à la fin d’Emily L.). Un état d’émergence, quelque chose qui a à voir, c’est vrai, avec la création, mais, pour citer maintenant Nathalie Sarraute, Entre la vie et la mort. Je me suis toujours passionné du contexte : qu’est-ce qu’on peut faire apparaître — ou disparaître —, qu’est-ce qui va apparaître à ce moment-là — du kairos. Et puis les contraintes du contexte, il faut les retourner en sa faveur. Les deux projets de cette année, celui de l’Arsenic, à Lausanne, au moins d’octobre (intitulé C’est le silence qui répond) et, maintenant, celui du Carreau du Temple sont sur l’effacement des frontières (leur brouillage, en tout cas) entre auteur, acteur et spectateur, exactement comme ce qu’il se passe dans la création artistique la mieux partagée (chez les humains) : le rêve — mais qui se passe exactement sous ce terme, une seule instance, auteur-acteur-spectateur (un seul esprit), quand, au théâtre, « ça se passe bien ». Bref, pour aller vite, ce sont deux projets — l’un dans une installation lumineuse fastueuse et l’autre, celui-ci, dans un immense lieu en lumière du jour et sans non plus de sonorisation — auquel pour y accéder il faut par-ti-ci-per ! Ce qui est toujours le cas, mais, ici, aidé par le contexte, s’est radicalisé. On ne peut plus donner de représentations publiques, mais on peut encore répéter ces représentations futures (imaginaires), alors : transformons les répétitions en représentations. C’est aussi simple que ça. C’est le projet, ça a toujours été le projet. La nouveauté, c’est que cette méthode qui me vient de mon enfance mêlée aux spectacles sublimes de Klaus Michael Grüber est actuellement parfaitement comprise. Dès le 19 septembre, j’ai dit aux participants que le Carreau m’avait rassemblés : « C’est peut-être la dernière fois que nous nous voyons, alors considérez cette répétition non comme une répétition, mais comme une représentation ». Et ça a marché ! Nous avons inventé le spectacle immédiat. La naissance du monde. Je suis celui qui fait disparaître les frontières. Bien sûr, il faut chaque fois recommencer. Mais ne dit-on pas, dans le Talmud, je crois, qu’il faut chaque jour rebâtir le monde par la prière (sinon il s’effondre) ? Voilà, par exemple, un exemple où le contexte nous sert. J’essaye de coller à l’air du temps — que peut-on faire d’autre ? — ok, qui est sombre (et absurde) — et d’en soutirer, peut-être par l’alchimie, en tout cas une méthode très ancienne, quelque chose de vivant… 

Dans le même journal, un entretien avec Isabel Marant commence ainsi : « Comment abordez-vous cette nouvelle année compliquée ? — Plutôt pas mal ! [répond-elle] Je suis d’un naturel optimiste et terre-à-terre. J’essaye de ne pas aller contre la situation, mais plutôt de m’adapter. Quand on fait de la mode, on est bien obligé d’être hyper réactif et capable de résoudre les problèmes rapidement ! » Moi aussi, je fais de la mode. Tout le monde fait ça. Mais pas du tout commerciale, c’est vrai, c’est ma spécificité. 

Je me dis : Et si on inventait une nouvelle manière de faire les choses dégagées, dégagées peu à peu ou de plus en plus... Je sais, rien ne va dans ce sens… Mais il paraît aussi que le temps des spécialistes bloqués dans leur propre identité autrefois reconnue par leur hyper compétence est fini, que vient maintenant celui des bricoleurs, des improvisateurs, des transartistes, des multicultureux, des bouts de ficelle. J’en suis, bonne nouvelle ! Il se pourrait donc que je rentre plus en accord avec les spécificités du temps. Rien n’est fait, mais tout est à faire — et c’est cela le bonheur. Certains jours — comme le weekend dernier — le thème du spectacle était évident : la joie de vivre. Ça ne fait pas un spectacle ? Non, ça ne fait pas un spectacle, désolé. Ça fait quelque chose qui n’a peut-être pas encore de nom, un présent, un avenir, comme l’écrit Clarice Lispector à la dernière page de son Água Viva : « Ce qui s’ensuivra après — c’est maintenant. Maintenant est le domaine de maintenant. Et tant que dure l’improvisation, je nais ». 

Merci, chers amis, de relayer cette expérience et de lui donner son sens, 


Yves-Noël Genod 

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Friday, January 08, 2021

Tout va bien au Carré ?

— Vui, ça va bien. Je m’habitue très bien au luxe. J’y vais tous les jours, c’est mon bureau. 1800m2. Rien qu’à moi. Demain, je reçois !


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Wednesday, January 06, 2021

Salut Baptiste !

Tu es là ce weekend ? 

Je suis tombé sur Internet sur un bout de poème (que je trouve sublime) ; il est d’Alain Veinstein et me fait penser à toi, ce bout particulièrement (je te mets ensuite le morceau trouvé en entier) (décidément je t’associe à la poésie) : 



Ce jour, je ne sais pas si je rêve 

ou si je suis en train de courir à bout de forces 

dans le couloir sans fin, 

la dépouille d’un chien enveloppée d’un linge blanc 

serrée contre ma poitrine.  

Puis ma course disparaît dans la lenteur 

des mouvements 

qui semble simuler le retour de la paix, 

voire le rayonnement d’une certaine grâce. 

De loin, avec la complicité du noir,  

n’était l’immobilisation finale de la scène,  

comme dans une histoire ancienne,  

je pourrais passer pour un danseur. 



T’embrasse, 


Yvno


  




Aujourd’hui 

 
Dès que tombe la nuit, quand tout va bien,
comme je me refuse à parler,
je laisser résonner une corde secrète,
cachée au fond de moi,
une sorte de musique silencieuse,
quelque chose comme une voix muette
qui exalte ce qui ne veut pas mourir,
jusqu’à ce qu’un tel silence
me ramène à la nuit de ma propre voix.
C’est pour refouler ce silence, 
plus assourdissant que n’importe quel cri, 
que je serre les mâchoires
en me battant pour réprimer mes larmes. 
 
 
Au fond je ne demande pas l’impossible :
juste que le noir, de temps à autre,
soit lavé de rose et de quelques flammes orange,
qu’une salve de lueurs bleutées
le crible par intermittence.
Que j’en puisse retenir l’éclat
avant d’arriver en bas
où le noir n’a pas son pareil
pour que tout rentre enfin dans l’ordre.
Je sais de quoi je parle :
chaque fois que j’arrive en bas,
je suis frappé de cécité,
je dois rêver pour voir. 
 
 
Plus bas 

 
Ce jour, je ne sais pas si je rêve
ou si je suis en train de courir à bout de forces
dans le couloir sans fin,
la dépouille d’un chien enveloppée d’un linge blanc
serrée contre ma poitrine. 
Puis ma course disparaît dans la lenteur
des mouvements
qui semble simuler le retour de la paix,
voire le rayonnement d’une certaine grâce.
De loin, avec la complicité du noir, 
n’était l’immobilisation finale de la scène, 
comme dans une histoire ancienne, 
je pourrais passer pour un danseur. 

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Re-bonjour David Berillon !

Nous nous sommes croisés au Carreau tout à l’heure… J’ai admiré vos élèves, tous sont touchants et certains sont positivement magiques ! Je leur propose — à tous — de participer au spectacle que je travaille au Carreau depuis un certain temps. Officiellement les représentations sont les 30 et 31 janvier à 14h30 (le dernier week-end), je ne sais pas si nous pourrons y accueillir du public, nous verrons, mais, en tout cas, nous travaillons encore tous les week-ends de janvier (il y en a trois et donc quatre avec le tout dernier). Il faut être disponible, s’engager pour au moins l’une des représentations officielles et ensuite on vient répéter quand on le peut et qu’on le veut. D’ailleurs, les « répétitions » n’en sont pas vraiment, dû aux circonstances, nous disons que ce sont des « représentations » : c’est le spectacle immédiatement parce que, de toute façon, à chaque fois, on n’est pas sûr de se revoir. J’entends à la radio le titre d’un livre : Sauver le moment, c’est l’idée. Ça se joue dans l’espace entier du Carreau du Temple. C’est pour le plaisir de vivre, d’« atterrir » dans la vie de cet espace et d'y emmêler nos « points de vie ». Nous travaillons donc les samedis et les dimanches. Pour le week-end qui vient (au moins), l’horaire est 11h-15h. Nous souhaitons une centaine d’amateurs (pour le moment, il y en a une soixantaine, ce qui est déjà magnifique). Tous âges, toutes pratiques (ou pas de pratiques). Ce serait magnifique que vos élèves — au moins quelques-uns d’entre eux — se prennent au jeu, s’emparent de ce projet, de cette opportunité très belle de la splendeur de ce lieu. C’est en lumière du jour et sans musique, mais on peut apporter sa musique à se glisser dans l’oreille avec des écouteurs ou avec une enceinte légère avec laquelle on danse ou que l’on pose au sol. S’inscrire sur le mail du site du Carreau du Temple : mediation@carreaudutemple.org ou venir directement sur place (et s’inscrire alors)…

D’autres renseignements sur le site du Carreau du Temple : https://www.carreaudutemple.eu/spectacle-performance-sur-le-carreau-yves-noel-genod

Merci. 

Bien à vous, 

Yves-Noël Genod

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Thursday, July 23, 2020

A ppel à participation


Recherche des participants bénévoles au spectacle Sur le carreau

« La vérité n’est pas dans un seul rêve mais dans beaucoup  de rêves. » (Pier Paolo Pasolini.)

Tout profil. 
C’est-à-dire tout âge. Personnes âgées bienvenues. Si enfants, avec leur (ou un) parent(s). Les adolescents peuvent venir seuls, bien sûr. 
Pas de pratique exigée du tout. C’est même très bien d’arriver sans avoir jamais mis les pieds sur scène ni pratiquer aucune danse ou théâtre. De toute façon, pour tout le monde, c’est-à-dire aussi pour les gens — sans doute les plus nombreux — qui pratiquent ou ont pratiqué déjà quelque activité artistique, danse, théâtre, cirque, chant (etc.), le travail consistera à se défaire de son savoir pour « repartir à zéro », vivre la présence, l’instant, l’être plutôt que le faire.
Pratiques sportives bienvenues, mais, bien entendu, non obligatoires.

Inventer une forme furtive et douce dans un espace immense, métaphore du monde.
Il faut habiter cet espace. 
« Sentiment océanique ».

Disponibilité : non contraignante. Le plus possible bien sûr, mais, là aussi, rien n’est contraint. Chacun fait comme il peut. Il est possible de manquer des répétitions, d’arriver en cours de route. Il y a, de toute façon, des gens qui arriveront au spectacle sans avoir répété : les spectateurs. Les 30 et 31 janvier (et, je l’espère aussi le 29 janvier, à la générale) se mêleront donc des gens qui auront préparé la performance, — beaucoup ou peut-être seulement un peu —, et d’autres qui ne l’auront pas préparée du tout.

Nécessité de « se prendre au jeu ». Ce travail a à voir avec la joie (de vivre) ; c’est pour ça qu’il ne faut pas se forcer (ni forcer personne à vous accompagner). Il faut le « sentir », comprendre que là est sa place, tout simplement. 

Pour les hommes : barbus, chevelus bienvenus. Il ne s’agira pas d’exprimer « son époque » (qui s’exprime, mon Dieu ! bien assez dans les médias), mais toutes les époques, tout ce qui nous relie à l’histoire de l’Humanité et à l’histoire du Vivant en général, c’est-à-dire qu’il s’agit de milliards d’années.

Costumes : des costumes qui vont aux personnes qui les portent. Souples, permettant de bouger, mais élégants, comme lorsqu'on s'habille quotidiennement pour la ville (ou la campagne), peut-être même un peu chic, mais pas de « tenues de travail » pour la danse, genre vieux joggings…

Notes : 
Le sentiment océanique est une notion psychologique ou spirituelle formulée par Romain Rolland qui se rapporte à l'impression ou à la volonté de se ressentir en unité avec l'univers (ou avec ce qui est « plus grand que soi »), parfois hors de toute croyance religieuse. (Wikipédia.)

Les plus anciens micro-organismes fossiles sont datés d’au moins 3,5 milliards d’années, durant le Paléoarchéen. La plus ancienne forme de vie connue, une bactérie, provient de cette période. (Wikipédia.)

Donner mon email pour d’autres informations : ledispariteur@gmail.com (en plus de l'adresse email que vous créerez sûrement pour l'occasion).

Pour info, l’annonce concernant Hamlet, en 2018 : 
A L’occasion de la 20e édition du festival Artdanthé, le chorégraphe Yves-Noël Genod imagine un spectacle inspiré par — et titré — Hamlet, qui sera présenté au Théâtre de Vanves le 13 mars 2018 à 20h30.
Pour cette nouvelle création, le chorégraphe cherche des participants bénévoles masculins de tout âge, ayant de préférence une pratique régulière en danse ou en cirque (ce n’est pas obligatoire).
Chevelus et barbus sont les bienvenus en vue de constituer une troupe shakespearienne imaginaire.
Un premier rendez-vous qui permettra de sélectionner les participants aura lieu le 19 février à partir de 18h (sur inscription).
Information & inscription auprès de Sarah Becher : s.becher@ville-vanves.fr

La question de la sélection se pose. Est-ce que je sélectionne ? Pour le spectacle de Vanves, le premier jour, jour de la sélection, j’avais finalement pris tout le monde. (Certains avaient d'ailleurs peut-être été déçus de ne pas avoir été choisis.) Les personnalités complexes (dans le sens pénibles) s’étaient peu à peu, heureusement, dégagées d’elles-mêmes. Il y avait vingt-cinq personnes à l’audition et il en était resté dix au spectacle. Mais, là, c’est un beaucoup plus grand groupe que l’on désire… C’est tricky… Peut-être parler d'atelier (gratuit) qui se déroulera sur du temps. Enfin, il faut trouver ensemble comment on présente ça au mieux et avec le plus de chance de réussite (c'est-à-dire la satisfaction de tous).
Il faut aussi revoir le planning. 
Il faudrait que je me trouve un.e assistant.e. et, idéalement, que l’un.e — au moins — des danseur.se.s puisse participer à l’une ou l’autre — au moins — des répétitions (toujours)…

On va affiner peu à peu, mais voilà un premier jet. Donnez-moi votre avis (il faudra aussi celui de Sandrina…)

Bien à vous, 
Yves-Noël

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