Tuesday, November 17, 2020

D ureté proverbiale


Oui, vous avez raison, mais comment faire ? La rencontre entre Lily-Lucy et moi a eu lieu pendant les deux répétitions. Il y a eu bien sûr des clins d’œil échangés pendant la représentation, mais qui découlaient de cette complicité.  J’ai manqué de répétitions avec Adélie et, pendant la représentation — c’était celle où il y avait le plus de « bordel » (du public, en particulier) alors que celle de Lily-Lucy a été celle où il y avait le moins de monde —, j’ai été débordé, enfin, il ne faut rien exagérer, mais bien occupé à canaliser le débordement justement (qui en a fait aussi une très belle représentation, mais qui me dépassait certainement). Donc j’ai manqué ce contact avec Adélie et par manque du calme de la répétition et par manque de calme dans la représentation. Vous pouvez lui expliquer ça ? Je suis absolument touché qu’elle soit venue, et qu’elle se soit presque directement plongée avec un tel courage, une telle disponibilité dans la représentation la plus chaotique de la série où j’ai eu tant à faire alors que j’aurais voulu contempler sa danse magnifique. Que ces deux adolescentes apprennent à ne pas être jalouse l’une de l’autre, à ne pas se comparer l'une à l'autre, c’est tellement beau d’avoir une sœur et si banal, répandue, comme vous le dites, la rivalité, ça n’a aucun intérêt. Je ne suis pas candide, je sais bien que la danse classique est un monde d’affreuses et célèbres rivalités (en tout cas à l’opéra de Paris), mais je rencontre par ailleurs tellement de danseurs sublimes qui sont aussi des monstres de tendresse et de douceur que je me dis que cette dureté proverbiale est peut-être en train de passer de mode…

Avec amitié, 

Yves-Noël 

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Thursday, November 05, 2020

L e bonheur est parfois caché dans l'inconnu (pour parler encore avec vous)


J’entends à la radio (des émissions anciennes) l’écrivain argentin Jorge Luis Borges dire : « L’étonnement n’est pas créé par la fiction, c’est la source aussi ». Oui, la troupe idéale que vous avez formée, qui s’est formée, en fait, un peu toute seule — de manière, comment dire le contraire ? organique —, je crois que sa qualité principale, c’est qu’elle est, qu’elle a été douée d’étonnement. Oui, m’a bouleversé cette présence étonnée à ce qui se passait, à ce qui se rencontrait, cette bienveillance, cette acceptation de cet espace il est vrai : étonnant (ces lumières indépendantes toujours changeantes), cet espace où on pouvait, oui, occuper toute la place. Je me revois me balader dans cet espace de rêve et croiser vos regards étonnés, habités et sentir votre complicité, chacun et tous en train de fabriquer un spectacle, une soirée en direct. L'étonnement, c’est une qualité d'enfance qui s’use facilement pour la plupart d'entre nous, mais, l’étonnement, mes plus belles réussites en débordent. Voilà le secret de ce que vous avez compris. Le soir de cette dernière, le regard de deux enfants ont énormément compté, celui du rêveur Elie et celui des yeux écarquillés (n’en croyant pas ses yeux) d’Inaya… (Je me souviens encore des prénoms...) La splendeur de ce spectacle, l’égoïsme de ce spectacle, ça a été ça : on peut encore s’étonner des choses, des gens que l’on croise…


Merci donc à chacun de m’avoir fait confiance, vous savez, c’est grâce à cette confiance que ça s’est fait, parce qu’on ne sait pas d’avance. On voit les choses apparaître, mais on ne sait pas décider d’avance — en tout cas, moi, je ne le sais pas — de l’efficacité ou pas de ce qu’on propose. J’ai adoré voir se constituer soir après soir votre troupe virtuose, d’un grand savoir, celle qui, au soir du dimanche, après cette « dernière » aurait dû continuer la tournée mondiale ! J’ai adoré voir Marie-Madeleine continuer à balayer encore dans son costume, n’ayant pas même quitté son chapeau multicolore et encombrant (mais il y en a eu aussi la troupe idéale du samedi, la troupe idéale du vendredi, la troupe idéale du jeudi, etc. (Déjà le début de ma semaine se perd un peu pour moi, se mélange, mais c’est ainsi…)

  

En tout cas, j’ai vécu ce spectacle comme une chance, un ensemble de chances, une démultiplication des chances : celle de jouer chaque soir — jusqu’à l’invention de ces sept représentations — et celles de vous avoir rencontré chacun. J’aime faire des spectacles qui reposent sur la rencontre dans un lieu donné, à un moment donné, dans un contexte donné, de personnes qui auraient pu, dû, ne jamais se croiser et qui, se croisant, trouvent un intérêt ensemble presque par hasard, à ce moment de leur vie. Avec ce projet, j’ai été gâté ! Ce n’était que ça, je m’en suis donné à cœur joie... On appelait chez les Grecs « kaïros » le dieu de la bonne occasion (faire le bon acte, la bonne rencontre au bon moment) représenté souvent par un adolescent qui passait en courant et qu’il fallait alors retenir par les cheveux (qu’il avait longs, faits pour l'attraper) si on ne voulait pas le perdre. Encore fallait-il la voir passer, cette belle occasion… La troupe idéale, celle que vous avez formée, est faite d'individus capables de saisir les opportunités tombées du ciel.


La troupe idéale, c'est celle qui a le plus de plaisir à être là. Cette loi (générale : le meilleur danseur, c’est toujours celui qui a le plus de plaisir à danser, etc.) s’est vérifiée expérimentalement : venez si ça vous fait plaisir, ne venez que si ça vous fait plaisir. On peut insister un peu, on peut soutenir, on peut montrer « comment ça marche dans l’espace », on peut chercher à intéresser (je l’ai beaucoup fait, comme un démarcheur de commerce), mais, au final, je n’ai pu que faire allusion au plaisir qui vous appartient en propre, à chacun, votre plaisir créatif. C’est ce plaisir que vous avez délivré, répandu, celui qui aime dribbler, ceux qui aiment lancer des drapeaux, celle qui aime jouer du Tchekhov, cette autre qui aime danser du classique, celui-ci jouer du hautbois, cet Aurélien-ci parler avec Redwan-là, ce Redwan-ci parler avec cet Aurélien-là, etc. Ceux-ci de s’embrasser, celui-ci d’amener sa paille et sa vie dans les champs, celui-là son rapport aux plantes, etc. Et la sagesse des vieilles dames, comme j'en étais fier... La liste de chacune des figures a une tendance à l’infinie — et pourtant si précise, j’ai adoré, chaque soir, égrener vos prénoms…


Jean Daive demande à Jorge Luis Borges (à la radio) : « Votre œuvre est-elle métaphysique ? » et il répond : « Je crois qu’elle est essentiellement métaphysique ». Plus tard, Jean Daive demande encore : « Mais comment pourriez-vous définir la métaphysique ? » Et Borges répond : « C’est la recherche de l’absolu, non ? Ou la recherche des choses essentielles. Savoir qui nous sommes, que nous sommes, s’émerveiller des choses, tacher d’en trouver une explication, savoir qu’on ne la trouvera pas. Aristote disait que l’étonnement était le commencement de la philosophie. Et c’est très bien, hein, l’idée de s’étonner. Il y a bien des gens qui ne s’étonnent pas, qui acceptent l’univers, tandis que, moi, je suis toujours étonné, étonné d’être dans un corps, étonné d’avoir une voix, d’avoir des yeux, d’avoir un passé… d’être en France, de parler avec vous, tout ça m’étonne continuellement. Et dans un long voyage on est plus étonné que chez soi. Parce que, Bueno Aires, enfin, je le connais trop, je ne me sens pas tellement étonné, mais me trouver dans un autre pays, parlant une autre langue ou tachant de la parler plutôt, cela m’étonne. Chesterton disait qu’il savait qu’il allait tout perdre sauf la faculté de s’étonner. Il disait : « Je sais que je vieillis pour l’amour, pour le mensonge, mais non pas pour cesser de m’étonner ». Et alors il emploie une métaphore très belle, il dit : « La nuit m’étonnera toujours, c’est ce nuage plus grand que la Terre », « A cloud that is larger than the Earth* / And a monster made of eyes », « Et un monstre fait d’yeux », non pas plein, mais fait d’yeux. Ceci me rappelle une métaphore encore plus belle de Victor Hugo. Je crois que c’est la métaphore la plus étonnante que j’ai lue de ma vie. Victor Hugo dit : « L’hydre Univers tordant son corps écaillé d’astre ». Voyez, vous avez : « L’hydre Univers », et le mot est déjà monstrueux, non ? Et puis « tordant »,  le mouvement que cela donne. Et puis le « corps écaillé », cela est précis. Et puis : « écaillé d’astres ». « L’hydre Univers tordant son corps écaillé d’astres ». Cela se trouve dans : Ce que dit la bouche d’ombre. Une autre métaphore étonnante : « bouche d’ombre ». Non pas bouche sombre, mais bouche d’ombre… » 


Le neveu de Marie-Madeleine qui est bouddhiste me parle du « sentiment de reconnaissance envers toute chose ». Si c’est cela, oui, C’est le silence qui répond est un spectacle à tendance bouddhique ! « Tous les êtres de ce monde sont égaux », me dit-il encore (êtres incluant choses) ; oui, c’est tout à fait sympathique, la charité bouddhique ; si elle n’existait pas, il faudrait l’inventer ! Mais déjà tout existe. On m’a raconté hier que, du temps de Jérôme Bosch, il y avait des sectes « adamites », inspirée de la nostalgie de l’Eden, des végétariens qui se promenaient tout nu comme Adam et Eve (les ancêtres des naturistes, donc) et prônaient l’amour libre. Le fond de leur proposition était que « l'homme doit être aussi heureux ici-bas qu'il sera un jour dans le ciel ». C’est tout ce que je vous souhaite, mes bons et bonnes amies !


Yves-Noël




* Borges se trompe un peu, remplace « world » par « Earth » : «  larger than the world ».

Voici le magnifique poème de G. K. Chesterton : 


« A Second Childhood


When all my days are ending

And I have no song to sing,

I think that I shall not be too old

To stare at everything;

As I stared once at a nursery door

Or a tall tree and a swing.


Wherein God’s ponderous mercy hangs

On all my sins and me,

Because He does not take away

The terror from the tree

And stones still shine along the road

That are and cannot be.


Men grow too old for love, my love,

Men grow too old for wine,

But I shall not grow too old to see

Unearthly daylight shine,

Changing my chamber’s dust to snow

Till I doubt if it be mine.


Behold, the crowning mercies melt,

The first surprises stay;

And in my dross is dropped a gift

For which I dare not pray:

That a man grow used to grief and joy

But not to night and day.


Men grow too old for love, my love,

Men grow too old for lies;

But I shall not grow too old to see

Enormous night arise,

A cloud that is larger than the world

And a monster made of eyes.


Nor am I worthy to unloose

The latchet of my shoe;

Or shake the dust from off my feet

Or the staff that bears me through

On ground that is too good to last,

Too solid to be true.


Men grow too old to woo, my love,

Men grow too old to wed;

But I shall not grow too old to see

Hung crazily overhead

Incredible rafters when I wake

And I find that I am not dead.


A thrill of thunder in my hair:

Though blackening clouds be plain,

Still I am stung and startled

By the first drop of the rain:

Romance and pride and passion pass

And these are what remain.


Strange crawling carpets of the grass,

Wide windows of the sky;

So in this perilous grace of God

With all my sins go I:

And things grow new though I grow old,

Though I grow old and die. »

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Tuesday, November 03, 2020

Merci. Nos autorités annoncent en ce moment même la fermeture des lieux de culture. Votre spectacle  était donc le dernier avant une durée que nous espérons la plus courte possible. Je vous suis très reconnaissant d’avoir donné cette chance à mes filles, qui vivent par et pour la scène. Prenez bien soin de vous et de vos proches, et continuez de nous faire réfléchir et rêver ! Amicalement, Philippe


Merci, Philippe ! Oui, c'est une époque terrible (pour la culture). Moi aussi, j'ai vécu ce spectacle comme une chance, un ensemble de chances — dont celle de rencontrer vos deux merveilles n'a pas été la moindre ! C'était des images dont je rêvais depuis longtemps sans avoir jamais eu l'occasion de les voir surgir (sauf un garçon très fort en danse classique lui aussi avec qui j'ai plusieurs fois travaillé) — et, là, comme ça, en liberté, à l'état d'amusement (presque de récréation), ç'a été un émerveillement de les voir apparaître sous ces lumières changeantes. Je garderai par exemple longtemps dans mon cœur les regards et sourires de complicité qu'a échangé avec moi Lili-Lucie quand elle me croisait sur scène : merveilleux ! Ça a été aussi un réel plaisir de vous rencontrer, Sylvie et vous, si amicaux ! Bon courage à vous quatre, portez-vous bien ! et continuez à encourager vos jeunes filles à l'exigence (de cette discipline si difficile), ça en vaut la peine ! Yves-Noël

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Wednesday, October 14, 2020


Envoyé à Pierre Mifsud (pour exemple) : En fait, c'est un spectacle d'invités, c'est-à-dire d'amis, pas un spectacle de plus, mais the last one. Bien sûr, je pourrais parler, faire un workshop en direct (c'est probablement malheureusement ce qui va se passer, tant l'enthousiasme manque dans cette population de fin du monde), mais j'aurais voulu parler le moins possible et que les gens ressentent seulement les choses, sans explication, l'espace, la lumière, le rêve, la vie (nocturne), que des choses naturelles pourtant — et que ces soirées de partage s'organisent, s'improvisent avec ceux qui sont là de passage ce soir-là (chaque soirée unique). Un boulanger partage son pain, un éleveur de bêtes témoigne ou vient avec un agneau, un adolescent qui fait du basket vient avec son ballon et se met à dribbler, une personne âgée vient avec la splendeur de son âge — et un comédien vient aussi bien sûr avec quelque chose à offrir, ce qu'il sait offrir, une citation, une impro, un costume, un personnage, une idée. Un danseur se met à danser... C'est tout naturel, en fait, mais il faut trouver des gens capables de ce naturel. Des « justes ». Qui entraîneraient la masse qui ne le sera pas, elle, naturelle (la masse diabolique). Si tu as des idées de gens sur Lausanne et environs assez magiques (extraordinaires et ordinaires) pour avoir envie de tenter l'aventure, dis-moi vite. Tu fais pour moi (évidemment pour beaucoup d'autres) partie de ces gens magiques. Pas seulement un interprète — ou bien un interprète assez puissant pour rejoindre ce naturel. Viens comme tu peux quand tu peux. Si tu peux venir une fois en amont des représentations, c'est super (te rendre compte du contexte), mais si tu n'as pas le temps, viens en direct. Et suggère-nous des noms de gens qui pourraient se croiser dans cet endroit improbable, nocturne et onirique, des spectres bien vivants ! Bises, YN

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Tuesday, October 13, 2020


Afin de t'aider à trouver des participantes et participants magiques, sais-tu en quelques mots me dire ce que tu attendrais d'elles et eux (je t'imagine me répondre qu'il s'agira d'être, et je me vois te dire « évidemment ») ? La semaine précédente, j'aurai l'honneur de mener un entretien avec toi, cela me réjouit. Je t'embrasse.


Oui, bien sûr, malin comme tu es (et répétitif comme je suis), il s'agit d' « être ». Bref, ce que nous faisons tous tout le temps (et pas que nous). C'est un espace d'une grande beauté qui sublime — si on joue le jeu d'accepter la beauté, justement, d'accepter de participer à une œuvre d'art très belle, immersive. Mais pour en parler, on peut, selon les cas, parler de « faire ». À un boxeur, on proposera, quand il le sent, de boxer ; à un avocat, peut-être de s'enflammer pour un cas imaginaire ou simplement de porter la robe, à quelqu'un qui n'a aucune idée, de garder ces propres vêtement (et d'habiter l'espace comme un vêtement) ou/et peut-être de se déguiser. Etc. Quelqu'un, peut-être, simplement, portera des fleurs, une fille, peut-être, sanglotera. Je dis ce qui me passe par la tête, ce ne sont que des exemples, des prétextes à une EXPÉRIENCE de rencontres, mais nocturne, spectrale. Accepter cette nuit, être vivant dans la nuit, immergé (comme dit Proust). Dès que tu sauras si tu peux te libérer un soir, on trouvera une idée (je pensais à la peluche du chien de Lætitia — ou n'importe quelle perruque, mais c'est vrai que je ne m'inquiète pas pour toi !) C'est comme un rêve ou des gens se trouvent réunis qui n'ont rien à faire ensemble (surtout pas regarder un spectacle) ou, s'ils pourraient avoir un lien, il y a tout un tas de décalages (une perruque, un déguisement de chien...) qui fait qu'on sent qu'on est dans les régions du rêve. Voilà, mon capitaine

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R êve de vol


Je suis en train de. A Lausanne. Première le 26 octobre. Moi aussi, c’est une pièce de fin. C’est pas facile parce que les gens veulent continuer ! (surtout les Suisses : avoir ou pas avoir). J’ai vidé la salle de ces gradins et j’ai demandé à Philippe de faire des nébuleuses, des planètes, des trous noirs. C’est très coloré, vraiment très très beau, c’est une œuvre plastique qu’on pourrait présenter en expo, seulement voilà, on va en faire des soirées. Alors des soirées comme des poèmes sans mots, des spectacles sans interprètes — et, nom de Dieu, ça va pas être facile ! Travailler direct sur les spectateurs (comme s’il n’y avait plus qu’eux) parce que, bien sûr, ils ne veulent pas (la plupart), ils veulent VOIR ! Eh bien, il n’y a plus rien à voir, triples buses ! J’ai rêvé (comme très souvent dans ma vie immergée) que je volais — et je lis ce matin sur le site « Psychologie » que ce n’est pas très bon signe : on veut fuir la difficulté. Léviter = éviter… Mon Dieu, c’est pourtant bien agréable de rêver que l’on vole. J’ai tellement voler toute ma vie que je crois bien que je crois en avoir la capacité.

J’ai noté le 19 février, 

Yvno

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Monday, October 12, 2020

 

Autres éléments de langage possibles :


C’est un spectacle à vivre et non pas à regarder. C’est une cérémonie. Enrichissement du cœur. Il faut que le public active la pièce pour qu’elle existe
Développement personnel : devenez un acteur.


« « Je veux me trouver là où la vie se transforme en aventure et où je peux m’immergée… », dit une publicité que j’ai coupé à 5s sur YouTube (je ne connais pas la suite). C’est exactement ce que je propose au public. »


Yves-Noël Genod propose d’entraîner les spectateurs — pas pour devenir interprètes, pour devenir spectateurs. Parce que, pour ce spectacle, il n’y en aura pas, d'interprètes. Il n’y aura — sur scène — que des spectateurs. Tout le monde participe. Tout le monde est sur scène. C’est comme un rêve (ou un cauchemar) : on y est, on doit faire avec. Pas d’échappatoire. On est obligé de jouer de sa propre présence. Tout le monde joue. On a le droit de venir répéter. Yves-Noël Genod propose d’entraîner les spectateurs.

« Le sujet c’est vous »
Les répétitions sont ouvertes à qui veut y participer.


Le spectacle d’Yves-Noël Genod cette année à l’Arsenic est une installation plastique de l’éclairagiste Philippe Gladieux. Cette installation existe dans l’univers de façon autonome, robotique, dans un mouvement perpétuel. C’est une installation de théâtre sans le théâtre. Un poème sans les mots, un théâtre sans interprètes. Il n’y a pas de gradin, le public, les spectateurs sont les ombres sur scène. Il n’y a rien à jouer, mais aussi rien à voir. Cette installation est un refuge dans la vie.

« Quand on protège la biodiversité, elle nous le rend », dit-on dans « Libération » aujourd’hui.


« Le spectacle qui sera créé à l’Arsenic à l’automne 2020 pourrait s’appeler Soudaine beauté de l’éphémère. Il consisterait, c’est en tout cas l’idée que j’ai exprimée à Patrick quand nous avons finaliser les dates (du 29 octobre au 1er novembre) à utiliser la grande salle sans les gradins comme je l’avais fait pour Phèdre, mais, cette fois, en laissant le public errant au milieu de la salle sans sièges et, souvent, plongé dans le noir. A partir de ce nocturne, la lumière (de Philippe Gladieux) naît, comme des cosmos, des visions qui retournent à la nuit. On peut tout jouer de cette manière. Des pièces et des pièces apparaissent. Démultiplication poétique à la Rimbaud. Ce qui m’intéresse, toujours, si je réfléchis à un spectacle, c’est d’imaginer un piège qui force les spectateurs à vivre l’expérience même du spectacle. »

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 Yves-Noël Genod propose d’entraîner les spectateurs — pas pour devenir interprètes, pour devenir spectateurs. Parce que, pour ce spectacle, il n’y en aura pas, d'interprètes. Il n’y aura — sur scène — que des spectateurs. Tout le monde participe. Tout le monde est sur scène. C’est comme un rêve (ou un cauchemar) : on y est, on doit faire avec. Pas d’échappatoire. On est obligé de jouer de sa propre présence. Tout le monde joue. On a le droit de venir répéter. Yves-Noël Genod propose d’entraîner les spectateurs.

« Le sujet c’est vous »
Les répétitions sont ouvertes à qui veut y participer.

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Sunday, October 11, 2020

« L'unique joie au monde est de commencer. Il est beau de vivre car vivre c'est commencer, toujours, à chaque instant. » Cesare Pavese, Le Métier de vivre

C’est un spectacle qu’Yves-Noël Genod propose à « faire » au spectateur. C’est comme un rêve. Il n’y a plus les gradins. Tout le monde est sur scène. Il n’y a pas d’interprètes, il n’y a que les spectateurs sur scène. La scène est un cosmos de lumière, pas d’autre spectacle. Il y a les présences, les ombres dans un espace de lumière. Yves-Noël Genod propose au public de venir pratiquer au moins une fois avant la représentation. La représentation est une cérémonie, un rituel de rencontre, de partage. 
« Qu’avons-nous à apporter ? Notre simple présence ? Et pourquoi ne pas apporter un objet ? Des fleurs ? Et comment s’habiller ? Robe du soir ? Smoking ? Déguisement de bal masqué ? Une danse ? Une chanson ? Une phrase ? Une langue étrangère ? Il n’y aura rien à voir que ce que le spectateur, c’est-à-dire le rêveur éveillé, apportera. Fragments de fiction, de vie. Il n’y a qu’à « être » (vivre) et la fiction se réveille. (Car c’est le secret du théâtre : il n’y a qu’à vivre.) « Réunion des scènes infinie », écrit Arthur Rimbaud dans un poème célèbre*. Le message politique — ou rimbaldien — que ce spectacle veut faire passer est simple : nous sommes tous dans le même bateau. Là où le monde dérive, il n’y a plus les spectateurs d’un côté et les acteurs de l’autre, les Blancs et les Noirs, les femmes et les hommes, les passifs et les actifs, les vieux et les enfants, les humains et les non-humains. Non, la situation est tous les jours plus claire : nous sommes tous dans le même bateau, pas sortis de l’auberge, et en métamorphose perpétuelle. Rien ne sépare. Nous sommes immergés dans la boîte noire du théâtre, mais cette nuit est lumineuse comme un tableau de Claude Monet. » (Yves-Noël Genod)

* « Boulevard sans mouvement ni commerce,
Muet, tout drame et toute comédie,
Réunion des scènes infinie
Je te connais et t’admire en silence. »


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Ça va, sinon, les PAR que te propose Duri à la place de ceux que tu voulais ? Je suis inquiet que tu ne puisses pas faire exactement ce que tu veux. Et leur nombre ? On peut demander qu’ils en louent 2 ou 4 de plus, non ? 

Ça repose vraiment sur une énergie très forte donnée par la lumière, ce spectacle, sinon ça ne marchera pas ; il faut que ce soit vraiment astonishing, que ça saisisse le quidam, le soulève (sinon ça ne marchera pas), le soulève et pas par la vue, par l’énergie même de la lumière…

Yves-No

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Un lieu-poème.

Yves-Noël Genod (metteur en scène) et Philippe Gladieux (éclairagiste) ont conçu, en collaboration avec l’Arsenic, un lieu-poème, un lieu contemplatif sans interprètes. Rien n’est fourni au spectateur de spectaculaire ; c’est comme un rêve : on se retrouve ensemble à un endroit à un moment donnés et que se passe-t-il ? Seulement le lieu…

Yves-Noël Genod et Philippe Gladieux ouvrent leur atelier. Yves-Noël Genod propose aux spectateurs de venir expérimenter en amont des représentations l’œuvre très sensible de Philippe Gladieux pour en comprendre les possibilités d’« être » et même éventuellement de « faire » qu’elle évoque et invoque — et préparer les représentations à venir — ou ne vaudrait-il pas mieux appeler ces représentations des « cérémonies » ?

Pratiquer. Au moins une fois.

Tous les soirs de la semaine sauf le lundi de 18h30 à 21h30 (on peut bien sûr partir avant la fin ou arriver en retard) et le samedi et dimanche de 14h30 à 17h30. (En dehors de ces horaires, possibilité aussi de prendre rendez-vous.)

Deux citations de deux poètes étasuniens éclairent ce projet.

Lune de Wallace Stevens, un poète du XXème siècle qui accompagne Yves-Noël Genod depuis très longtemps, depuis qu’il a joué, enfant, en compagnie de Claude Régy, l'une de ses pièces, Trois voyageurs regardent un lever de soleil — Wallace Stevens ayant d’ailleurs aussi écrit une pièce intitulée Cérémonie : « La vie est une affaire de personnes et non de lieux. Mais pour moi, la vie est une affaire de lieux et c’est là que réside le problème. »

Et lautre est de Louise Glück, la nouvelle prix Nobel de littérature (qu’Yves-Noël Genod ne connaissait pas), extraite dun article de 1993 intitulé Disruption, hésitation, silence : « Je suis attirée par les ellipses, les non-dits, les suggestions, les silences éloquents et délibérés. Le non-dit, pour moi, est doté d'un grand pouvoir. Souvent, je souhaite qu'un poème entier puisse être écrit dans ce vocabulaire. C'est la même chose avec le « non-vu ». Je pense par exemple à l'extraordinaire puissance des ruines, des œuvres d'art endommagées ou inachevées. »

C’est ce que Yves-Noël propose aux spectateurs, c’est très simple et très ambitieux : écrire en creux un poème sans mots, un spectacle sans interprètes où l’essentiel est l’espace, l’air, la gravité, la lumière et la rencontre — si rare dans l’univers. Un spectacle à pratiquer pour s’enrichir le cœur !



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C'était absolument merveilleux de te rencontrer hier, merci beaucoup ! Si tu avais été libre, je t'aurais engagée pour tous les soirs... Peut-être peux-tu m'aider à rencontrer des participants magiques (comme ce trio l'a été) parmi les danseurs.ses que tu connais ou autres professions. Si tu penses à des gens, dis-moi (ou propose leur). Il faut donc qu'ils aient au moins une soirée de libre entre le 26 octobre et le 1er novembre et qu'ils puissent répéter au moins une fois en amont. L'idée de départ, comme tu sais, est que tout le public est participant, comme une cérémonie, mais on s'est vu hier soir avec Patrick et Ana, c'est trop compliqué, ils ont besoin de billetterie, c'est très tard pour communiquer, etc., il y aura donc aussi du public lambda — mais qui risque d'écraser le travail, j'en ai peur, à moins peut-être que, chaque soir, le groupe des participants ne soient assez forts et/ou importants en nombre...  Bises, très chère, Yvno

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I mages de la NASA


Si tu pouvais faire des choses chaudes, un cosmos chaud, pas que, mais fais du chaud quand même, n’est-ce pas, cher ami, du féerique, du flamboyant (même à la naissance). J’ai vu Lazare Huet danser ce soir et je me suis souvenu d’Armentières. C’était certes très beau, mais froid, gris-bleu. Ici, c’est vraiment la naissance de la lumière (de la splendeur, immédiatement, grotte Chauvet). Lumière = Matisse = soleil. La lune aussi, bien sûr, mais nuits chaudes tropicales — glacées aussi, bien sûr. Le feu, certes, rajoutera ensuite du chaud.Voici quelques images rapidement chopées de la Nasa (j’ai mes entrées) — qui ressemblent d’ailleurs à ce que tu faisais dans 1er avril — pour t’encourager à l’impossible, au grand œuvre alchimique

T’embrasse, 

Yvno



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