Tuesday, May 31, 2011

Les Egorgeurs de vivants

Merci, merci et encore merci, Yves-Noël,
Il se trouve que, de mon côté, en me raccrochant aux souvenirs de mes sensations, j'étais arrivée à peu près aux mêmes conclusions que toi et ce qui m'était insupportable (et me donnait ce goût amer d'échec), c'est justement que je m'étais enivrée, près de toi, de cette possibilité de légèreté de l'existence, et que j'étais tout simplement en manque de ce shoot... Le lendemain, il y avait toute ma famille à la maison, et des amis de mes parents. Et parmi l'assistance, ma Tetka Mara (serbe) et Jasenka (une amie croate de ma mère) et Ratko Mladic et les massacres au-dessus de nos têtes. Mara m'a prise par le bras pour me souffler à l'oreille (avec un accent à peine plus prononcé que le mien dans le Tolstoï): « Les Croates, des égorgeurs de vivants ». Et, moi, j'avais voulu que Gennevilliers soit teinté de la légèreté magique dont tu as le secret ! J'ai parfois si peur de ne connaître que le poids du monde...
Mais, oui, en revanche ce serait magnifique tout de même de retrouver un peu de cette légèreté si on devait refaire ça.
Bon, je t'embrasse très, très fort et à bien vite !



(Marina Keltchewsky.)







I see... C'est dingue comme on est toujours au cœur du sujet, au théâtre (même si on n'en a pas conscience – tout le travail est peut-être – si on en a manqué – d'avoir conscience – mais le théâtre ne sert qu'à ça (et ne marche qu'à ça) : prendre conscience).
Bises de Pontempeyrat, dans le Forez où on recommence la légèreté à zéro, c'est plus simple, toujours, de recommencer, mais avec l'aide, encore, de Peter Handke, aussi... et de la nuit et des étoiles...

« Tu es né entre chien et loup. Ton père est mort entre la maison et la grange. Tu te trouvais orphelin entre l'heure des hirondelles et l'heure des chauves-souris. (...) Le jour a oscillé entre guerre et paix. Les canons faisaient un bruit entre têtes éclatées et guitares de flamenco. Ton travail était situé entre rêve et rêve. (...) Tu avais, enfant, un visage entre hérisson et ange exterminateur. Quand tu as battu ton frère, il est tombé entre orties et fraises des bois. Après avoir déclenché la bataille, ton voisin a apporter à ta mère des fruits entre pommes et figues et c'était entre Chandeleur et Pentecôte. Ta sœur est née entre trois guerres, dans une quatrième guerre. De ton dernier amour émana une odeur entre tilleul, carnet d'adresses, pain grillé, musc absent, craie d'écolière, paysanne de Thessalonique, et rien, et rien, et encore rien. (...) »

Bises

YN

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Sunday, May 29, 2011

Salut, Jean Biche, Y avait Bram, hier, avec sa mère, à mon spectacle et, après, à celui de Marlène. Il a dit (à sa mère) : « Le spectacle d'Yves-Noël, c'est comme boire de l'eau, de l'eau, de l'eau et, le spectacle de Marlène, c'est comme boire du coca, du coca, du coca... » Qu'il est malin, ce gosse... Je réécoute l'enregistrement console de ma performance qui est très bon, mais je ne sais pas comment le mettre en ligne (le sondier, à Gennevilliers, ne savait pas non plus) – toi qui sais (évidemment), y aurait une chose que tu pourrais m'expliquer facilement à distance où il vaut mieux que je trouve qq ici... ?

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Guerre et Paix

Marina, l’enregistrement console est très bon, en fait, la résonance est très belle et je vois mieux ce que nous avons fait. Je n’avais pas conscience que ça pouvait marcher si bien. Mais c’est à cause de la beauté de la salle (que je connaissais). C’est une salle virtuose qui détecte la moindre intention et l’amplifie, un outil extraordinaire. Elle a donc détecté, cette salle, cette personne, cette âme ce que je voulais dire, le sens profond et net de ce que je voulais dire et l’a – selon ses capacités – amplifié, porté généreusement vers le public. Et ce sens est glaçant. J’avais peur – je ne savais pas – que ce que j’avais écrit qui m’apparaissait comme une « dérive » n’ait pas de sens. Eh bien, on en est loin ! Le sens est massif. Et tu l’as très bien senti, intuitivement, très, très bien joué, même si ce n’était pas agréable (ce n’est pas un sens agréable). Bien sûr, si on reprenait cette performance, si on en faisait un spectacle, nul doute qu’on saurait garder ce sens – maintenant qu’on le connaît – mais qu’on arriverait aussi – sans l’édulcorer – à le recouvrir un peu de gaieté, de joie, de manière à ce que le public ne reparte pas malheureux… Mais je ne suis pas mécontent car j’arrive toujours à ce que le public reparte heureux, je connais les trucs (champagne et cadeaux…) La résonance est extraordinaire, glaçante, terrifiante quand tu reparles, à la fin, de Napoléon qui brûle ses vaisseaux et, rien que pour ça (qu’on n’avait pas entendu, bien sûr, ni à Berlin ni à Rennes), ça valait le coup. Très ému que tu m’aies assisté dans cette descente aux enfers. La chanson est sublime (et très bien enregistrée). Et la vie s’ouvre devant nous ! (Devant toi, surtout…)


Bises, bonnes vacances !

YvNo

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« Ma parole, j’y crois. »

Pourtant je suis tellement heureux. Maintenant que j’ai vidé le théâtre, le théâtre s’ouvre vivant et frais, neuf.

Pascal Rambert et Laurent Goumarre, toujours à la fois (et cela dure) très sincères et très mondains… C’est très curieux (et agréable), cette sensation d’un soutien à la fois réel et absent, réel et relatif. Ce qui me fait souvent dire (surtout dans le cas de Pascal), qu’il me flatte – mais j’ajoute toujours aussitôt : « J’aime la flatterie. » Et j’en demande encore. Et… ? Meilleur artiste et… ? Et alors… ? C’est tout ? Bon.
Rémy Héritier, mon frère, mon idole, part à Berlin au moment où j’en reviens et, en plus, pour travailler avec Laurent Chétouane, le génie du siècle (encore jeune, le siècle...) Le seul, en tout cas, à qui j’ai proposé une fois d’être son assistant. (Puisque je ne suis pas danseur et que, comme acteur, je ne parle parle pas allemand – ni norvégien ni grec…) Laurent Chétouane m’écrit :

Cher Yves-Noël,

J'ai pensé à vous hier soir. Comment cela s'est-il passé ?

Connais-tu des lieux où nous pourrions montrer
Horizon(s) en France ? Des personnes à qui je pourrais envoyer un dvd du spectacle, susceptibles d'être intéressées par ce genre de travail ?

Merci pour ton soutien.

A bientôt,

Je t'embrasse,

Laurent

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