Friday, April 02, 2010

Les Voyeurs

Objet : C'était pour les cochons !
De : yvesnoelgenod@wanadoo.fr
Date : 3 avril 2010 01:26:48 HAEC
À : fourcadeclic@wanadoo.fr




Oui, alors, bien sûr, je transmets à Kataline...
Et, oui, ça arrive de ne pas aimer mes spectacles - c'est tout à fait normal, je suis juste désolé que ce soit tombé sur vous ! - et merci de me le dire si simplement. J'essaie (je ne peux pas faire autrement) de changer de public à chaque fois - et rares - ça arrive quand même, mais c'est rare - les personnes qui suivent les métamorphoses en les aimant toutes. La sensibilité, pour moi, est ressentie si diverse que quand j'ai l'impression d'en avoir touché un bout, travail bien fait, j'essaie la fois d'après d'en toucher un tout autre bout. Comme je passe toujours dans le même genre de salle et de festival, je suis certes limité dans l'embrassement. Mais, enfin, je fais, avec les moyens miniatures qui sont les miens, comme le tour de la planète show-biz.
J'ai du mal à savoir ce que je pense, moi, de ce spectacle (sauf la fin - après la fin de mon texte - que j'ai pu admirer librement - et que j'adore -, le bébé, le calme des animaux, la fin du "spectacle") y étant s'y impliqué par ce texte difficile - et aussi parce qu'il s'agit d'une collaboration (avec Kataline) grâce à laquelle - je le vois comme ça - j'ai résisté à amener les acteurs complètement dans mon domaine et dans sa précision. Une expérience pour accepter ce qui n'est pas complètement "moi".
J'ai été très touché que beaucoup de gens m'expriment leur bouleversement (leurs larmes !), mais je comprends très bien que pour d'autres - ce ne soit pas leur tasse de thé - cela fait partie de l'expérience - ça ne pourrait pas être autrement : imaginez une salle entière en larmes, ce serait affreux !

Cela dit, j'imagine aisément que les références à Baudelaire et à Rousseau aient pu sembler bien insupportablement naïves à un poète de votre acabit ! Et, pour ça, j'ai honte ! J'ai eu honte aussi de vous voir assis au premier rang, c'est à dire, à Vanves, au rang réservé aux voyeurs (je ne sais pas si vous avez remarqué), particularité de ce théâtre qui, montrant presque systématiquement des danseurs dénudés, attire ce genre de personnages à l'ancienne. Ce sont eux, bien sûr, que le titre désigne.
Pour ça (ou pour tout autre chose), désolé, cher Dominique Fourcade



Yves-Noël






Cher Yves-Noël

Je trouve votre mail à l'instant, qui m'a beaucoup touché. Je pars demain matin une semaine pour Chicago et ai peu de temps pour vous répondre. Amusé de m'être trouvé parmi les voyeurs, moi qui déteste la nudité en scène, alors que toute ma vie j'ai contemplé, regardé, et pourquoi pas en voyeur d'ailleurs, mais en voyeur déclaré et à découvert, j'ai contemplé, dis-je, éperdument, des corps nus de femmes avec une passion inextinguible mais dans une chambre - une chambre pas pour le secret mais pour l'échange et l'aventure-improvisation immense privée.

Je ne savais pas du tout qu'à Vanves, où je suis allé en tout trois fois, c'était à ce point systématique, les danseurs dénudés, ni non plus que ça allait se produire ce soir-là, moi qui trouve que c'est un obstacle à la danse et au théâtre et au théâtre dansé, la nudité - j'étais donc, nous étions, à tout point de vue, le plus mal placé du monde, et en plus beaucoup trop bas - dire que je me suis jeté sur ces places parce que j'avais mal à une jambe et pouvais ainsi l'étendre. La prochaine fois je saurai et me précipiterai au dernier rang.

Ceci dit j'ai mieux compris en lisant votre e-mail. Merci de tout coeur. Et en dépit de toute ça j'ai trouvé que Kataline avait une présence formidable, que j'avais déjà distinguée la première fois, le soir de l'hommage à Pina Bausch. S'il y avait une occasion la prochaine fois de la voir en scène pas nue, dites-le moi s'il vous plaît.

Parlons-nous mieux dès mon retour (samedi prochain).
bien à vous de tout coeur,
Citizen Do

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Sunday, March 28, 2010

Ouvrir le cœur au forceps

cher yves-noël

on ne s'est pas trop vu hier à vanves - et c'est toujours un peu désagréable à résumer un vécu de spectacle pas enthousiaste - mais en effet, j'ai trouvé ce paradis peu convaincant, et pourtant j'étais bien partie avec toi au début sur le plateau avec ta déclaration d'amour à pierre et le temps que tu installais - mais après le bestiaire exhaustif a eu raison de moi


on en reparlera peut-être sous le soleil de l'olive

je t'embrasse
sabine






Oui, volontiers, t'es gentille...
Tu sais, je suis habitué... Des spectacles touchent certaines personnes, d'autres d'autres personnes... Là, on croulait sous les gens en pleurs - comme jamais - et ça me fait plaisir de toucher ces gens en pleurs... Ils ne sont pas cons. Ils ont raison. Mais ça me fait aussi du bien d'entendre que ça ne convainc pas tout le monde. C'est un spectacle dans le genre sucré (sucre-glace) bien pire qu'à la Ménagerie, donc, en effet, je vois pas trop en quoi il pouvait te correspondre... En même temps, pour moi, des choses se disent d'une manière qui ne pourrait pas se dire autrement... (ce que dit le bébé de cinq mois, par exemple).

Bisous


Yvno






...et sur le paradis exhaustif (belle formule), j'ajoute aussi la citation de Cioran : ""Une pointe de parodie apparaît par-ci, par-là dans le paradis."

bises

YN

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Sunday, April 12, 2009

Agneau pascal

Salut Kat ! Tu vas bien ?

Tu m'as demandé si les femmes me manquaient toujours et je t'ai répondu : "plus queue jamais", tu avais une idée en tête ?
Je viens de regarder la vidéo de David, je suis très content ! C'est une chance d'avoir ça ! On va diffuser... Il faudrait aussi qu'il fasse une version clip de dix minutes, par exemple, plus facile à regarder (je lui ai laissé un message).
Toi, tu es impeccable dans cette vidéo, de a à z, moi, y a des choses que je réussis et d'autres que je rate, mais ça va, Yvonnick aussi est bien (tendu au début, enfin, ce qu'on a dit, mais c'est bien quand même), vous êtes très beaux, les animaux aussi...
Faut qu'on rejoue ce truc, faut qu'on fasse d'autres choses, vivement !
Y a des choses que je découvre dans cette vidéo, par exemple quand tu amènes le grand couteau pour découper le lapin, la bite d'Yvonnick tout près, on ne peut pas ne pas penser à la castration dont je parle au début, ça, c'est bien, de telles correspondances (inconscientes) !

Joyeuses Pâques !

Yvno

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Wednesday, March 04, 2009

Remerciements à Marie-Christine Vernay

Bonjour !

Vous allez bien ?
J'ai mis du temps à trouver votre adresse (Nicolas Vergneau était en vacances), mais je voulais vous remercier de votre article de la semaine dernière, ça nous a réchauffé le cœur à tous comme la petite lumière consolatrice parmi les immeubles dont vous parlez ! Que vous ayez perçu ce spectacle d'une manière si juste (alors que les acteurs, à mon goût, étaient un peu désaccordés par l'appréhension) me trouble et me touche beaucoup car ce travail est – probablement grâce à la rencontre avec Kataline – l'un de mes plus personnels, de mes plus essentiels : c'est le rapport à la poésie et à l'amour par la neige et la nature, ça me bouleverse et ça semble emporter ma vie. Je lis en ce moment Prélude à la délivrance de Yannick Haenel et François Meyronnis qui parle de Moby Dick comme de « la silhouette immense de la blancheur parfaite de la neige », figurée par Ishmaël comme un « grand fantôme blanc » pareil à une « colline de neige dans le ciel ». « Beauté sauvage », vous, dites-vous. Et que vous ayez repéré la réparation ou du moins sa possibilité... (« conte réparateur », dites-vous). C'est exactement l'endroit où je plaçais, moi, mon émotion.
Je ne sais pas si nous aurons le bonheur de redonner ce travail, mais si cette chance nous arrive, nous saurons que vous y serez pour quelque chose – merci de votre soutien si aimable !

Yves-Noël Genod

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