Tuesday, April 10, 2018

U ne fille, chez elle, à Paris (la fille miroir)

Saturday, November 03, 2012

Lorenzo / Foofwa



Lorenzo avait une tenue très belle, très automne-hiver (après l’avoir vu en Mick Jagger au Rond-Point). J’ai adoré le regarder. Je devais le regarder sensuellement puisse Raïssa m’arrêta, « Mais, enfin, Yves-Noël ! » Je rêvais déjà de le remettre en scène parce que j’étais en train de découvrir des choses que je n’avais pas vues encore ni à Bruxelles ni au Rond-Point – oui, en fait, c’est cela aimer. Lorenzo était ce soir-là comme je préfère les gens : réversibles. Ce n’est pas si répandu, même chez les danseurs, Foofwa d’Immobilité est comme ça, quelqu’un dont on sent qu’on pourrait le mettre le haut vers le bas, l’inverser, ça ne changerait rien : l’énergie vitale se déploie, dirigée, dans une équilibre parfait – vivant – vers le haut et vers le bas, deux fontaines. C’est pour moi la perfection, celle avec laquelle on peut tout faire. Voilà comment je vois Lorenzo de Angelis en ce moment. Hier soir, en l’occurrence. Mais qu’on me donne une scène et vous le verriez me verriez l’aimer 

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Friday, November 02, 2012

Chez Jeanne et Bertrand

















Jeanne Monteilhet (soprano) et Bertrand Dazin (contre-ténor) ont été – avec l’un de leurs enfants blonds dans les bras – des apparitions surnaturelles un soir dans Je m’occupe de vous personnellement. C’est Olivier Martin-Salvan qui me les avait amenés. Jeanne Monteillhet me fait écouter des opéras qu’elle aime. A déjeuner, il y a aussi Philippe Model (qui vient de sortir un livre merveilleux).



Parmi le poisson que l’on voit dans l'assiette, il y a une petite arrête fichée au fond de ma gorge. Comme une écharde. Ça ne me fait pas mal, ça me gêne. Je peux la toucher avec le doigt, mais je n'arrive pas à l'enlever. Je ne sais pas si elle va disparaître ou si je dois encore aller aux urgences.

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Monday, June 04, 2012

Régénérescence


(Le Jour de relâche)


Je me suis arrêté pour voir les autruches sublimes du Jardin des Plantes et je me suis tenu, je crois, bouche bée, accrochée aux grilles. …à voir les plumes de l’animal étrange bouger avec le vent, plus légères que l’air, plus légères que l’arbre. …ample avec l’amour et la reconnaissance. C’était LA rencontre que j’espérais pour me sauver. Et j’ai pleuré bouche ouverte et avec les yeux.

Au Louvre, je regardais la statue équestre de Louis XIV par Le Bernin et j’entendais les voix, la vie autour de moi comme sur une plage et j'ai pensé ensuite que j’aimerais bien écrire des romans populaires qui se passeraient à Paris – je me promènerais comme ça dans Paris – comme le Da Vinci Code.
Il faut donner au peuple ce qu’il veut, le peuple, c’est ça, l’incognito.

Ce dont je rêve, finalement, c’est ça : de l’art disponible à ne pas être vu.

La vie serait plus abordable si on vivait dans les palaces. Au Marly, je n’en ai eu que pour onze euros, le chocolat d’Olivier et un espresso… – dans un tel cadre ! – Et chez Fauchon, l’autre fois, un rizotto à neuf euros…
Olivier a entendu une variation de Je m’occupe de vous personnellement, à une terrasse de la rue de Buci : « Je suis à vous tout de suite ».
Olivier a quelques réserves sur le jeu d’Alexandre. Il me dit qu’il est un « ange de pacotille ». Je dis que c’est pas mal, ange de pacotille. Oui, mais alors, il est pas assez pacotille ou pas assez ange. Il voudrait qu’il s’abandonne plus. Il voudrait qu’il pense au dépeceur de Montréal « parce qu’on dirait que, par moment, il pense à rien ». Je lui demande s’il s’abandonnait plus chez Patrice Chéreau. Oui. Parce que « quand il s’lâche, il s’lâche ». Finalement Olivier avoue (une nouvelle fois parce qu’il a oublié qu’il me l’avait dit) qu’il a couché avec Alexandre : « Je sais qu’il a du potentiel au niveau du lâchage. Il peut être pernicieux. » Je cherche à comprendre ce mot. « Comme pervers, mais en mieux. » « Là, il est pas sexuel, comme s’il avait décidé de pas montrer ça. » 
Olivier me montre aussi un ensemble de sms de Pierre où il lui propose le mariage, la vie de couple. Pour Pierre, le mariage veut dire beaucoup. Ces sms sont très émouvants. Olivier d’ailleurs m’a dit de ne pas en parler ici, mais je le fais quand même à cause d’une phrase qui m’amuse. Pierre commence son message en disant à Olivier : « Pour moi, tu n’es pas un énième mec. » Ça me plaît beaucoup. Pierre ne m’aurait jamais dit ça, à moi ! Ça m’amuse de découvrir un nouveau Pierre. (Il y en a tant que l’on ignore, prêts à se révéler, comme dit Marina Tsétaieva, à l’heure « où des yeux véritables »...) 

A la librairie de Paris, je lisais la présentation du libraire d’un premier roman : « …Un premier roman beau, léger et cruel qui nous emmène progressivement vers sa dernière phrase somptueuse. » J’ai lu cette dernière phrase : « Et je commençais déjà à sentir, oui, c’était ça ma vie désormais, comme un enlisement. » (La fille s’appelle Lise.)
Puis je feuilletais le « Télérama » sur Marilyn et le « Magazine Littéraire » sur Borges. « Ne pas être est davantage qu’être quelque chose. »
Puis un livre très étrange – que j’ai acheté – La Traversée de la France à la nage, inspiré du Swimmer, de John Cheever, sans doute. C’est un livre très gros et l’auteur (ok, le narrateur…) n’y fait que nager à travers la France et à travers l’azur et à travers le livre si gros qu’il figure la France (sept cents pages). La libraire me dit que ça lui rappelle, elle, le titre d’un autre livre (des éditions Des Femmes) : ...et je nageai jusqu’à la page.

Que le vert était beau aujourd’hui à Paris, les grandes allées, les grandes avenues – avec ce gris ! Le gris du théâtre du Rond-Point partout dans Paris.

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Tuesday, May 01, 2012

Juxtaposition avec le monde



J’ai rencontré du monde à Paris, aujourd’hui, comme dans un village. J’ai traîné avec des amis (dont les noms ne vous diraient rien), j’en ai rencontré d’autres, j’en ai quitté, j’en ai rencontré d’autres… J’en ai revu d’anciens dont j’avais oublié les noms (coutumier du fait) – dans quel espace me déplaçais-je ? J’en ai rencontré des nouveaux (l’acteur Alexandre Styker qui était ce week-end invité au cap Nègre dans la villa des Bruni avec Valéria Bruni-Tedeschi, toujours à gauche, à ce qu’il paraît et toujours avec Louis Garel, depuis sept ans, il y a des caméras partout dans le parc de la villa et des policiers).
Le chemin entre la dépression et la vie est étroit, mais il existe, me suis-je dit à un moment de solitude. Puis :
Nous sommes le 1er, je joue le 31 au Rond-Point, il me reste un mois exact pour me préparer.
Plus tard, en parlant avec ces anciens-nouveaux amis, au bout d’une errance, et ayant remarqué que la lumière n’était pas encore tombée (comment serait-elle dans un mois ?), j’ai pensé aussi : « En mai, fais ce qu’il te plaît. » C’est-à-dire que je l’ai dit, mais que je l’ai prononcé, intérieurement, pour moi. 

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Monday, February 20, 2012

Lunation et consternation




La vie n’est pas racontable – qqch est racontable, pensai-je en face de l’église Saint-Médard. Kipling, Nietzsche, Chateaubriand était trois lectures que j’avais faites dans le week-end. Nous étions aux vins, chez Jean-Marc et Alice, Jean-Marc et Stéphane essayaient d’associer trois vins à ce programme (qui était comme un titre de théâtre). Très vite, ils ont vu tout en blancs. L’Argile, un vin du domaine de la Rectorie, pour Kipling, c’est un vin du Sud-Ouest assez narratif, ça raconte des histoires ; un Dancer (prononcer Dancère) pour Nietzsche (localisé en Meursault et Chassagne), la radicalité totale ; et pour Chateaubriand, Nicolas Joly. Nicolas Joly a récupéré le vignoble dont sa mère s’occupait déjà. Sa mère avait évité tous les engrais, les pesticides. Il a décidé d’aller plus loin : rien. Et du bétail pour manger les mauvaises herbes. Et l’influence de la lune sur la vigne. Et ils n’étaient pas nombreux à s’en occuper. Il a commencé à travailler selon les phases de la lune, pensant que la lune avait une influence sur le vivant et que comme le vin est un être vivant. Un type qui supporte absolument rien d’électronique. Les caves à vin parisiennes qui vibrent et tuent le vin à petit feu. C’est un vin magnifique quand il est là. Alors, y a beaucoup de pépins, mais en revanche quand la bouteille est là ! Ça s’appelle La Coulée de Serrant. Un vin tellement complexe qu’il fonctionne presque sur tout (quand il est bon). Vin tellement puissant que tu le mets pas en entrée. Stéphane et Jean-Marc essayaient de se rappeler la dernière fois qu’ils en avaient bu. Stéphane, c’était au Japon, dans un restaurant où tout le monde avait pris des choses très différentes, le sommelier avait dit : je ne vois qu’un vin qui pourrait aller avec tout. Jean-Marc, c’était un dîner qu’il avait donné où la bouteille star de la soirée était – je ne sais plus – une bouteille des Renaud-Barrault achetées aux enchères (Romanée-Conti, peut-être), en fait, ça avait été La Coulée de Serrant qui avait tout recouvert – et ç’avait été au fromage. Jean-Marc et Stéphane parlent ensuite du calendrier Steiner (tiens) aussi appelé « fleurs, feuilles, fruit, racines ». Le rythme sidéral selon les jours. Stéphane dit joliment à Sylvie (qui faisait la béotienne) qu’il s’occupait d’elle selon le calendrier Steiner. Alice avait nourri son monde avec une salade sans assaisonnement (avocat, pamplemousse, crevettes et feuilles d’épinard) suivi d’un bœuf carottes qui avait cuit plus de quatre heures (mais qui aurait été encore meilleur, dit-elle, le lendemain). Un gâteau au chocolat miraculeusement cuit aussi. Maintenant, j’écoute William Cliff (à la radio) qui dit : « Si vous voulez connaître la vie privée de Shakespeare, lisez les sonnets. »

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