Wednesday, September 03, 2014

L ady


Antonija, where are you now ? What are you doing for the moment ? Don't you want and work with me (as an assistant, payed) for the workshop beginning next Monday ? (until the 28th) (to work with a part of a group... I could tell you more, of course, about the project (a movie) if you were free... Love

Darling Yv-No! 
What a marvelous weird message.
I’m of course IN Transit, NOW…
Berlin, Oslo, and then soon happily in West Coast at Radical Faerie gatherings til the 28th... praying in circles and tree hugging.
I love that you thought of me, sounds terrific, the world needs your movies!! yes!!!
What about Stephen Thompson… he is a great assistant… or maybe its better chemistry for you with a queer lady... bon chance.
If I was free I’d gladly be  there for making more...
LOVE... see you in France this fall… winter
XXX

I also asked Stephen that I love, but with a phone number. I will try here by Fesseboule. I'm glad to have some news of your, dear Lady Blue-Jamie Rose! Hope to see you this new season!

Labels:

Sunday, August 24, 2014

Q uelques notes incomplètes


Dimanche 24.
Bonjour,
Je commence  à rentrer en contact avec les uns et les autres. Ceux qui sont sur Paris, je peux les rencontrer, c’est le mieux, je me fais tellement d’idées fausses sur les gens, c’est effrayant. Dernier exemple spectaculaire : Hadrien n’est pas du tout celui que j’imaginais, il est infiniment PIRE, Dieu soit loué ! Mais sinon, si nous sommes dans des villes différentes, par téléphone ou par Skype… et je note les pistes, les possibilités et les envies de travail… N’hésitez pas à me joindre. Je suis à Paris jusqu’au 30.

Equitation, monter à cheval : Tanguy, Hadrien, Benjamin…

Kung Fu, Judo, Aïkido, se battre : Tanguy, Hadrien

Musique : Clément (amplis transportables, flûtes, instrument africain genre Kora, clarinette, saxophone soprane, maîtrise de logiciels, bruitages, voix), Hadrien (chant, empathie avec la musique, piano), Benjamin (saxophone, accordéon), Antoine (rock, voix), Yacine ?, Charlotte (chant, batterie)

Marionnettes : Antoine, Yacine ?, Giulia ?

Gymnastique / hip hop / pointes : Charlotte

Danse, performance : Madeleine

Anglais (Shakespeare dans le texte ?) : Clément, Hadrien Yacine, Mathieu, Judith, Giulia (notions)

Italien : Hadrien (notions), Giulia

Espagnol : Mathieu (notions), Judith

Autres talents ?

Qui est manuel ? (faire des décors dans la nature, des costumes avec des feuillages, que sais-je ?)

Rapports aux animaux ? Amour et sacrifice ? d’animaux, d’agneau… (mais heureusement y en a pas à cette période, des agneaux…)

Masque mexicain (Clément)

Petites sources transportables (ampli à pile…) qui en a ?

Clément peut travailler sur ordi et planquer aussi des enceintes qui diffusent d’assez loin en surimpression de la nature. Augmenter le son réel peut provoquer des choses au plateau, mais en tout cas, se faire à l’image (bruit de lions dans la forêt des Ardennes…)

Inspirations, matières :

Hadrien : Gilles de Rais, Michel de Ghelderode (« Je me sens vraiment le contemporain de ces gens du Moyen Âge ou de la pré-Renaissance. Je sais d’eux comment ils vivent et connais chacune de leurs occupations. Je suis familier de leur cerveau et de leur cœur comme de leur logis et de leur boutique. » « On m'a trop menacé naguère, mes parents et les prêtres, et ma vie s'est édifiée sur la peur […] Le prêtre clamait dans l'oratoire où l'on nous rassemblait le soir, pareils à des coupables. Et nous baissions le front. Un vent glacial nous frôlait la nuque et nous redoutions que la porte s'ouvrît et que quelqu'un d'invisible vînt appréhender l'un de nous. » « L'existence du diable est certaine, il suffit de regarder autour de soi. Dieu se manifeste rarement. ») (Sire Halewyn)

Marilyne : Cordélia, Viola, lady Macbeth
« Le passage des heures », dans Le Gardien du troupeau de Pessoa (« J’ai l’âme ployée sous l’index qui la touche »)

Benjamin : James bond, Lopakhine, mélange personnages populaires, créés par le cinéma (Bourvil, De Funès) et de personnages classiques, les grands personnages (recherche du dénominateur commun), Shakespeare (Iago), Tchekhov

Charlotte : Reine Marguerite (reine guerrière dans Henry VI et dans Richard III), Nina, La Mouette

Clément : sait imiter le singe (c’est à peu près tout) (mais il était bourré quand il me l’a dit) (ou pas assez bourré pour m’avouer pire)

Antoine : Tête d’or

Mathieu : sonnets de Shakespeare, conseille de voir Looking for Richard

Judith : Cordélia, Lady Macbeth, Isé Partage de midi, Judith et Holopherne (dans la Bible), Emilie dans Cinna, Lechy dans l'Echange, Angelica Liddell.

Yacine : Pasolini


Matériel : matelas, draps (beaux draps propres blancs ou d’une couleur), table nappe blanche (très belle nappe très blanche ou d’une couleur) et vaisselle de château, tréteaux…

Travailler avec des gens du coin. Qui a ce talent ? d’entraîner et de flirter avec le réel. Peut-être Hadrien… Des filles peuvent entraîner des vieux ? Sarabande de vieux menée par une fille en cheveux… en caméra  cachée comme dans Under the skin ?

Départs :

Lyon : Antoine, Clément
Paris : Hadrien, Mathieu, Anna (r-v semaine prochaine), Marilyne, Madeleine, Judith
Caen : Benjamin partira en voiture (avec Charlotte R), peut passer pas Paris pour récupérer des costumes ou des trucs (et peut-être par Lyon ? prendre les instruments de Clément ?)
Rouen : Charlotte — qui sera au CDN du 1er au 6 septembre (demande de costume à Philippe et David)
Nantes : Tanguy

Connections (ceux qui se connaissent) :

Charlotte, Tanguy, Yacine
Charlotte, Benjamin
Antoine, Clément
Mathieu, Antoine
Yacine, Giulia
Hadrien, Marilyne
Mathieu, Marilyne


Qui filme et a du matos ? (dans le cas où — comme Godard ! — on intégrerait au film de Sara plusieurs supports…)

Filmer la nuit ? Feu ?

Costumes :
Pour les filles : dessous chic, fourrure, perruque, maquillage
On travaillera sur des états, des plans de cinéma, des visages, des bandes-annonces, des « bouts d’essai ». Le visage et la caméra. Et la nature. Les merveilleux nuages. Trouver le moyen d’être une étrangère (à soi-même et aux autres ?) François Truffaut disait de Fanny Ardant… oh, je ne vais pas retrouver cette citation… Il a dit, je crois que c’est à propos de Fanny Ardant, qu’une actrice vient toujours en quelque sorte d’un pays étranger, qqch comme ça… J’avais envie de lire des livres que j’aimais, que j’étais le seul à aimer, qui n’était que pour moi… Je lisais une page et je rêvais. J’étais distrait.
Pour les garçons, postiches aussi. Trouver les moyens de se transformer (de manière crédible, cinéma, je sais, c'est dur). Dessous chics aussi. Faites un effort les hétéros ! Comme on veut pas voir tout le temps la sexe, il faut des dessous sexy. le genre slip blanc à l'ancienne est (de loin) le plus sexy, à mon humble avis.

Ce qu’il faut amener à Pontempeyrat :
Armes, tout ce qui est cinématographique, cinégénique, bon, dans la limite du possible, les cascades en bagnole, j’aurais bien aimé, mais faut trouver… C’est sur la beauté, tout ce qui est beau (et le cinéma ramasse tellement toujours de la beauté), la transparence, les armes, la transparence visible dans l’œil…

Sara Rastegar aime beaucoup les films de Nuri Bilge Ceylan. Winter Sleep (palme d’or à Cannes) est à l’affiche en ce moment et ça vaut le coup, c’est vrai ! (Vu hier.)

De manière générale toute mémoire de cinéma (scènes, personnages, atmosphères) est à célébrer… Voyez grand ! (grand écran).


Je survends un peu le stage sur Fesseboule, en utilisant des photos du plus bel acteur que j’ai jamais rencontré (Felix Ott, un Allemand) prises à… La Réunion ! (Donc ça ne se voit pas, mais, dans la brume, il fait effectivement très chaud, c’est plus facile d’être nu.) Voici quelques photos beaucoup plus« réelles » qui montrent une situation certes très sympathique, mais dont j’aimerais m’échapper le plus possible cette année. Mais ce sera difficile… le lieu est quand même très floklorique, ambiance à la Twin Peaks… 

Ça, c’est déjà plus intéressant. Y a une transparence dans ces repérages. Mais c’est une qualité de la première fois (Yuval était même arrivé la veille le dimanche avec moi et mon assistant), une qualité qui se perd à la vitesse grand V (pour être remplacé par « la bonne ambiance »), mais c’est cette qualité, cette transparence, c’est inconscience, qu’il faudra pourtant traquer…

Il faudrait avoir le plus possible de choses prêtes pour pouvoir les transposer à la vitesse de la lumière, couchers de soleil, aubes, brumes, pluies, eau, feu, nuit... C'est peut-être dur à faire comprendre ici, aller au résultat — donc préparation —, aller à l'intuition — donc préparation —, au ready-made. Plus ça va, plus m'intéresse de travailler dans les stages la vitesse telle que je la travaille dans les spectacles, vitesse de composition presque en temps réel. Je l'ai déjà dit, mais les cinquante première minutes de 1er Avril ont été composées — et non retouchées — en un jour (ce jour, je m'en souviendrai sans doute toute ma vie). Mettre le travail derrière soi. Ne plus s'en préoccuper. Faire le film en un jour. Et refaire éventuellement le même film les autres jours. Mais ne pas chercher du nouveau, ne pas être dans l'insatisfaction de ce qu'on n'a pas. (Le secret du bonheur : désirer ce que l'on a). Et ne pas défaire (jeter) ce qui a été fait, plaie de Pontempeyrat et des stages en général (le côté brouillon, papier mis à la corbeille) ; non, on creuse au même endroit la même chose, ce qui est déjà là tout entier, ce qui a déjà été trouvé. Le « travail  » n'a plus lieu, le « travail » est fait, c'est autre chose... Ceci pour que le monde extérieur, seul, semble « agir » et se regarder en miroir. Pour que le monde extérieur puisse se connaître. (S'il y a un sens à notre présence sur terre, c'est là : le monde veut se comprendre.) Je viens de voir Under the skin. Scarlett Johansson enfin belle, enfin habitée et traversée, enfin sublime — contrairement à Lucy où elle est très moche (tellement le film est con...) Un personnage certes affreusement solitaire — un peu comme Wanda de Barbara Loden —, mais tellement offert...

Labels:

Friday, November 02, 2012

Broute minou



« Le mental intuitif est un don sacré et le mental rationnel est un serviteur fidèle. Nous avons créé une société qui honore le serviteur et a oublié le don. »
Albert Einstein.



Matok sheli, Yves noël sheli, For me, you are « un don sacré » itself.

I miss you. I want to sit with you. Talk to you. Share ideas with you.
I have so much to say to you. after this wonderful, beautiful, fantastique period of time together.
Let's break down the prison together & throw the doors wide open.
Let's smash the windows & set the jail on fire.
Let's throw our clothes to the fire. YAALLA.

Hope this mail finds you well. 
Thank you for your recommendation! I went to see La Barque le soir a few days ago. It was Émouvant & Fantastique. Merci beaucoup.
I just finished reading Au-delà des larmes.

The work with you (it's hard to describe in words, so I used Einstein) was an AMAZING opportunity to finally master, learn & hoping to work in the kind of theatre I desire.
The theatre that you are doing, in a way, it is exactly the Theatre I'm interested in. This is what I LOVE!

I can't wait to « steal » you for a little coffee à Paris, if it is possible.
It would be so good to c you, and I want you to meet Avishay also.

I was working a lot in the past 3 weeks, on the new creation Un chemin vers l'étoile.
I'm sending you the file project, take a look & tell me what you think?
I would love to hear some notes, for any ideas, thoughts and advice, I will deeply gratitude. 

So, let me know when are you available for our rendez-vous ?

Looking forward, KISSES
Yuval

P.S. : It's for u : http://youtu.be/FSZz75l2BWc

Labels:

Monday, October 22, 2012

Speed Dating



S’il me fallait maintenant chercher du travail, répondre à Falk Richter, à Arnaud Bourgoin, demander du travail à Pascal Rambert, répondre à cette si gentille lettre sur papier de Jean-Marie Patte… plutôt que d’écouter France Musique (Anton Dvorjak) en lisant des nouvelles de Rudyard Kipling archi démodées, archi passionnantes, s’il me fallait revenir dans la vraie vie… Commencer à… Rien ne va plus entre Falk et Arnaud, à propos. Falk m’écrit même : « Love or whatever that is wakens all the demons – and the sweetest people become the ugliest devil from hell. » Et Arnaud est en trithérapie parce qu’il s’est planté une seringue dans le poignet, un truc invraisemblable, en tombant d’un mur dans un quartier probablement mal famé de Berlin (qu’est-ce qu’il y faisait ?) Enfin, mon actualité à moi : beau temps sur le Tarn, j’ai bien dormi. Il faut que je pense à faire des courses – ou alors je vais déjeuner au village, ce qui serait pas mal, en lisant les journaux… Et demain, je pourrais aller à Toulouse, peut-être, c’était une ville si belle… En attendant, Falk m’envoie (daté du 23 septembre et traduit par Anne Montfort) l’un de ses derniers textes. Laquelle d’entre vous – ou lequel, comme il est dit, – chers amis stagiaires, s’en emparerait ?






SPEED DATING

L’interprète est une jeune femme entre 20 et 30 ans. Elle est très belle, directe, sensible, vulnérable, parfois aussi étonnamment dure, provoquante, épuisante... ah, elle est probablement tout ce qu’imagine un auteur allemand d’une jeune française. Tout cela pourrait aussi s’appliquer à un jeune homme. Ils sont pareils ! Dans le fond, nous autres Européens du Nord nous sommes toujours livrés sans défense aux Français. Par principe, on devrait rester loin d’eux si on veut vivre et travailler tranquillement. Mais peu importe. Trop intime. On continue. Donc, ce pourrait aussi être un jeune homme ou justement une jeune femme. Et dans chaque cas, il faudrait alors décider, avant de rencontrer un partenaire potentiel, un spectateur donc, si c’est un homme qui parle à une femme, un homme à un homme, une femme à un homme ou une femme à une femme. Mais ici, il s’agit probablement d’une jeune femme qui parle à un homme. Oui, je crois quand même que oui, c’est une femme et elle parle à un homme.






je suis tellement contente que tu sois venu

dans ce maudit endroit

c’était dur

de coucher avec d’autres hommes

je continue à te voir

je continue à t’entendre

ta respiration

tout au-dessus de moi

quand tu me faisais l’amour

ta façon de me tenir la tête

parfois si fort que ça faisait mal

mais c’était bon (elle rit brièvement)

parfois tu avais l’air de vouloir me tuer

tant de colère

presque de la haine

tu me haïssais ?

ta façon de me regarder dans les yeux

toujours dangereuse

tu étais SI VIVANT dans ces moments-là

on était si proche

(lui prend la main)

ça me manque

(bref silence, elle le regarde, le regarde par en-dessous, elle parle plutôt bas)

ma peau se détache

mon cœur ...se consume, lentement

j’ai toutes ces crevasses taches blessures

blessures d’absence

de ton absence

(elle prend la main du spectateur et avec, elle touche sa propre tête, se caresse, tout cela est très intime, comme s’ils formaient tous deux un couple depuis longtemps, elle pose la main du spectateur sur le haut de sa cuisse, caresse son visage avec la main du spectateur)

ta peau me manque

ta façon de me toucher me manque

je rêve que je t’embrasse

toutes les nuits

si difficile de coucher avec d’autres hommes

j’ai tellement envie de toi

j’ai tellement besoin de toi

je ne peux pas faire autrement

(elle le regarde un moment dans les yeux, lui tient la main)

tu as l’air triste

et seul

comme

si quelque chose te manquait dans ta vie

comme s’il y avait un manque

quelque chose de vide

tu as l’air de ne pas dormir de la nuit

d’attendre que quelqu’un revienne

un bruit à la porte

mais il n’y a que ce mmm au loin

de toutes les machines en stand-bye

ton téléphone portable

ton ordinateur

ta stéréo

tous tes chargeurs différents

qui continuent à charger et charger

toutes les machines qui t’entourent

qui te connectent au monde

pour que tu puisses continuer à travailler et travailler jour après jour infiniment

ma peau se détache

mon cœur se consume, lentement

j’ai toutes ces crevasses taches blessures

blessures d’absence

de ton absence

pourquoi tu ne m’aimes pas

pourquoi tu ne m’appelles pas

pourquoi je ne te manque pas

(bref silence, elle lui prend la main)

ta respiration

ton sourire

toi à l’intérieur de moi

5 heures du matin

tout éveillé

la musique de ton i phone

à côté du lit

la ville s’arrête

juste toi et moi

juste toi et moi

notre chanson

(elle chante tout doucement, presque un souffle, une chanson qu’ils écoutaient tout le temps tous les deux quand ils étaient ensemble, cela dure quelques secondes, puis elle rit brièvement)

ça me manque beaucoup

je savais que je te trouverais ici

dans cet horrible endroit

où tous sont en quête

font leur propre publicité, se commercialisent, se vendent, en proie à la panique, comme des maniaques, montrent tout l’ extérieur, cachent tout l’essentiel

IL FAUT QU’ON OUVRE NOS CERVEAUX ET QU’ON ARRACHE LES PENSEES AUX FIBRES DE NOTRE CERVEAU POUR COMPRENDRE CE QUE NOUS VOULONS ET RESSENTONS ET PENSONS NOUS NE LE SAVONS PAS NOUS NE LE SAVONS TOUT SIMPLEMENT PAS ON NE SE COMPREND PAS

TU AS TOUJOURS ETE UN ETRANGER POUR MOI QUAND ON COUCHAIT ENSEMBLE

il y avait des moments où tu n’étais pas là du tout

SI AB SENT

et c’était

une telle douleur

si IN SU PPORTABLE

être proche et pourtant ne rien ressentir ne rien savoir ne rien sentir

ET POURTANT TU ETAIS TOUT CE QUE JE VEUX

tellement que j’en perds l’esprit

ensemble

tout oublier

je ne peux plus

continuer

toutes les nuits ce silence

MA TÊTE

ahhhh ces douleurs

je ne peux plus dormir

les murs m’attaquent

je ne le supporte pas

à quoi ça sert que j’ai tout ça: mon appartement, mon travail, ce corps,

toutes ces ressources inutilisées

que je mets à la disposition de mon employeur

et que je traîne le soir à la maison et là il ne se passe rien

rien que cette légère respiration du système d’alarme

qu’est-ce que cette alarme protège en fait ?

un moi instable qui doit se lier à quelque chose pour se stabiliser  dans cette pièce follement vide (rire bref)

mais tu ne veux pas

tu ne veux pas de moi

tu préfères chercher

garder toutes les options possibles

tout est censé flotter

rien ne doit s’attacher

si on y allait

si on partait loin d’ici loin

trop de solitudes dans cet endroit

trop d’indécision

ici personne ne dit OUI

ici tous ne disent que

ON VERRA SAIS PAS ENCORE JE NE PEUX PAS ME DECIDER PEUT-ETRE QUE QUELQUE CHOSE DE MIEUX, DE PLUS INTERESSSANT, DE PLUS INTENSE VA PASSER

ici personne ne dit

TU ES TOUT CE QUE JE VEUX

ici tous ne disent que

ah tu sais je cherche c’est vrai mais rien de solide et en ce moment je ne peux pas me fixer il faut d’abord que je regarde que je me concentre sur moi que je travaille un peu sur moi avant d’admettre les autres je suis très préoccupé de moi en ce moment et

PUTAIN

un couple est une action performative que deux êtres réalisent ensemble

et l’action ne commence que quand tous deux disent OUI

elle ne commence pas quand les deux êtres ne cessent d’ attendre l’option suivante, qui pourrait être la meilleure, et refusent de se jeter dans le moindre risque de toutes leurs forces

PLUS DE COURAGE PUTAIN DE MERDE

IL FAUT QU’ON SE METTE EN DANGER

QU’ON RISQUE TOUT

QU’ON ARRETE DE TOUT LE TEMPS SE PRESERVER ATTENDRE ET NE DIRE QUE « PEUT-ÊTRE » ET « OUI, MAIS »

pourquoi tu t’es barré à ce moment-là

c’était pourtant bien entre nous

on avait parlé tu étais venu vers moi

tu m’as embrassée

tout était très bien

une autre vie

tout était immobile et se déployait et devenait éternel et en nous il y avait tout vraiment tout et

tout d’un coup tu étais parti et

je ne t’ai jamais revu

ET TU NE M’AS JUSTE PLUS RAPPELEE

mais je savais que je te trouverais ici

PARCE QUE JE SAIS QUE TU ES SEUL

QUE TU NE SUPPORTES PAS LA SOLITUDE

ET QUE TU ES ENFERME DANS TON DESIR D’AMOUR ET DANS TA PEUR  DE DIRE UN JOUR A UN ETRE QUELCONQUE « OUI JE VEUX »

si on y allait

CA, LA, C’EST L’ENFER

ils sont tous si proches

mais personne ne se touche

personne ne tient l’autre fort

ils sont tous en quête

tellement de possibilités

tellement de choix

et jamais personne ne dit oui

parce qu’ils ont tous trop peur de louper un truc

que l’option meilleure plus intéressante plus adaptée

le couple absolument parfait

les attend quelque part au tour suivant

si on y allait

chez moi

continuer là où on s’est arrêté la dernière fois

je rêve que je t’embrasse

toutes les nuits

si difficile de coucher avec d’autres hommes

je te veux tellement

j’ai tellement besoin de toi

je ne peux pas faire autrement

on y va

dis oui

dis enfin oui

(maintenant elle le regarde, s’approche de lui comme si elle voulait l’embrasser, comme si elle voulait l’embrasser longtemps, tendrement et intensément, juste avant que leurs lèvres ne se touchent, elle s’interrompt – peut-être le signal pour changer de partenaire retentit – et elle dit)

Merde

déjà fini

il faut que je continue

prochain tour

on verra bien qui sont les suivants

mais c’était bien avec toi

appelle-moi

on se verra peut-être après

quand tout ça sera fini

j’ai encore quelques rendez-vous maintenant mais

rappelle un jour 

et alors on verra

faut que j’y aille

(elle lui fait un baiser d’adieu très furtif et disparaît rapidement, sans se retourner.)

Labels: