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Sunday, April 06, 2014
Alain Neddam
Quand Fellini décida de
tourner un film sur Rome, ce film quasiment sans scénario devint Fellini/Roma, et il ajouta à toutes les légendes de la Ville
Eternelle la légende d'un film incomparable. Un film à propos de Rome, une
collection d'instants magiques ou bizarres, dont le sujet était surtout le
désir de pousser plus avant les possibilités infinies du cinéma de fiction.
Ici, ce soir, j'ai eu un sentiment analogue, l'impression de voir un spectacle
qui aurait pu s'appeler sur le même mode Yves-Noël Genod/Bouffes du Nord. Un poème d'images et de sons dont le héros serait le
théâtre des Bouffes du Nord, et dont le sujet serait d'explorer les infinies
possibilités de la création théâtrale. Comme Fellini, la beauté surgit au
milieu du chaos, la lenteur laisse entrevoir une fin possible quand survient
une bascule d'image qui révèle d'autres splendeurs, la sagesse advient au
détour de l'image la plus saugrenue ou de l'effet le plus clinquant. On sort de
cette soirée aux Bouffes du Nord rincé, ébloui, partant pour revivre la
traversée. Depuis les créations légendaires de Brook, aucun spectacle n'avait à
ce point montré la beauté sauvage et la puissance imaginaire de ce théâtre.
Merci infiniment, Alain !
Très, très heureux que cela t'ait touché ! Et merci de nous envelopper de si
belles références rêvées en effet... Oui, ce théâtre parfait, je ne voulais que
le « dupliquer », c'était ça le projet (diabolique, en un sens) :
copier la perfection (de cette création de Peter Brook) et la placer à mon
tour, à l'échelle 1, sur elle-même déjà parfaite (mais tu le dis mieux que
moi). Heureux d'être compris ! Si bien — et, encore une fois, par toi...
Monday, March 31, 2014
L aissons venir à nous les milliers de signes de nos vies nouvelles
Pascale Fautrier
Je peine à sortir du coma mental et physique qui me tient depuis deux jours : au bout de ce tunnel, parler demain des Rouges, en quatre minutes (deux minutes au montage!), devant une caméra, horrible exercice. Les éclaircies : le Vertige des possibles de Viviane Vivianne Perelmuter (Saint-André-des-Arts, dépêchez-vous), le spectacle dYves-Noël Genod aux Bouffes du Nord en avant-première vendredi soir (et jusqu'au 12 avril) : nouvel épisode magnifique de son épopée intérieure, préparation à la vie nouvelle, « fête de l'insignifiance » (Kundera) et donner tort à Cioran en riant : ce n'est pas parce que la merveille est dans l'éclat somptueux de petits riens, des voix sublimes, des corps désirables et désirants qui se promènent sans savoir peut-être comment se rencontrer pour faire histoire, ce n'est pas parce que l'éclat repose, message celé, crypté des promesses que nous ne savons pas tenir, que la vie ne vaut rien, au contraire ! Laissons venir à nous les milliers de signes de nos vies nouvelles, même si ça fait un boucan d'enfer, un bruit de tempête éternelle et de guerre, l'enfer où nous vivons. N'est-ce-pas, Yves-Noël ?
— Absolument ! Merci !!! J'en suis, de ta révolution !
Gilbert Traina
Merci pour ce soir... Une
des plus belles choses vues sur scène. Aussi fort que Pina et Barbara
réunies...
Je ne sais pas d'où vous
arrivez à sortir ce beau, cette délicatesse, cette élégance... Au milieu de ce
monde de plus en plus grossier et violent...
Comment vous arrivez à
rendre la légèreté et l'élégance bouleversantes à ce point...
Comment vous amenez vos
interprètes à ce tempo-là...
Merci pour les images, pour
les voix, pour le texte, pour l'insignifiance et pour la joie... Vous m'avez
donné des souvenirs inoubliables...
— Merci infiniment à vous !
C'était beau ce soir (en effet). J'espère qu'on va réussir à ne pas perdre ce
spectacle (difficile en effet à réaliser) dans les conditions très dures
d'exploitation (2 spectacles en même temps, temps de changement de plateau :
3/4 d'h comme dans le Off d’Avignon, pas de temps pour répéter à nouveau, etc.)
Et il va falloir encore trouver des clients... Je compte sur vous, aficionados,
pour faire relais... Love
Antony Veron
Une expérience sensorielle
tétanisante, un spectacle qui convoque l'opéra, le chant lyrique, Pasolini
(l'excès), Cioran (le mécontentement), Deleuze (le pli)... mais aussi le mime,
le cirque, le sexe, la mort dévoyée. Des tableaux d'une beauté cyclopéenne (les
deux amants recouverts de voile, le musicien et la beauté aphasique, la
danseuse et le violoncelliste... sublime !) Du théâtre aux confins des
sens et du sens qui se paye le luxe d'être drôle et cool à la fois. C'est au
théâtre des Bouffes du Nord, à Paris, à 21h, ALLEZ-Y !
Eric Abrogoua
Merci à Yves-Noël Genod
pour cette bouffée d'air aux Bouffes du Nord... petit régal à voir et revoir...
Allez-y, courez !
Marie Daguerre
J'étais là hier soir, je ne
t'ai pas vu... Quel dommage ! J'aurai voulu te voir pour te dire à quel
point j'ai été envoûtée par ton spectacle, certaines scènes plus que d'autres,
bien sûr, mais ce rythme langoureux était splendide, ton monologue magnifique,
tes acteurs captivants à regarder, et on sentait le plaisir que tu avais à
jouer dans ce lieu, avec ce lieu... J'aime l'élégance que tu as, de dissimuler
la laideur de la vie, d'en faire une fête mélancolique, parfois la légèreté est
la plus belle des réponses.
Je t'embrasse, belle vie !!!
Célia Houdart
J'étais aux Bouffes du Nord
hier. Au premier balcon, pour ne rien perdre de ce spectacle si beau. Un
véritable opéra. Et tu es un merveilleux interprète. Merci. Bien à toi. Célia
— Merci Célia ! Content que
tu aies vu ça. Je t'embrasse
Moni Grégo
Je suis revenue hier soir.
Éblouie encore une fois, un peu de regret pour l'absence du solo de trompette
sans sourdine, si nocturne, si « Miles »... Quelles grâces en vous et
quelle force vous avez ! Comme c'est construit et léger ! Quelles beautés du
geste. Merci de vous. De ce travail avec tous ces gens. Je fais du bruit
silencieux avec les 5 000 adresses de ma boîte mail, avec les milliers d'amis
de mes comptes facebook et je dis mon enthousiasme... Quelles voies
essentielles vous perpétuez dans le théâtre, des voies neuves et ancestrales si
justes et percutantes !... Je reviendrai encore.
Ah, oui, moi aussi j'ai été
déçu que Louis ne joue pas. On en a parlé. C'était en effet hier la partie
faible de ce spectacle très difficile à réaliser (car sur un fil, forcément, on
vise la grâce !) J'espère que les conditions d'exploitations (équivalentes à un
spectacle du Off d'Avignon, 35 mn pour changement entre le spectacle de 19h et
le nôtre, impossibilité de répéter dans la journée) ne vont pas détruire (on
pleurerait) le potentiel infini de ce spectacle à peine né...
Et merci pour ce bruit
silencieux...
Emilia Giudicelli
Du chef d'œuvre — j'étais
au 1er Avril du 28 mars
— me suis sentie plus engagée que jamais — mon coeur battait — donc, oui, nous
pouvons parler d'un spectateur pro-passif où il est de recevoir — ce qui n'est
pas mince affaire — vos philosophiades furent un délice
Matthieu Fayette
Juste un mot, Yves-Noël,
pour te dire que c'était vraiment magnifique hier. Vraiment.
Tous les soirs, je ne sais
pas si je pourrai. Mais je pense que j'y serai re ce soir.
Voilà. Juste te dire ça. Et
merci.
Je t'embrasse.
Christophe Atabekian
Il faut aller voir de toute
urgence 1er Avril aux
Bouffes du Nord. Yves-Noël Genod vous donne envie de tout plaquer et de faire
comme lui. Essentiel, magistral, libre, sublime et d'une beauté époustouflante.
Emmanuelle Gibello
Un superbe voyage que nous
offre Yves-Noël Genod !
Un spectacle qui fait la
part belle aux sons, à la musique, à la voix et ça fait du bien !
Merci !
A voir sans modération !
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Thursday, March 27, 2014
C 'est ça le spectacle : attendre seul dans l'air inquiet, attendre que ça commence, attendre qu'il y ait autre chose que soi
Bonjour,
Serait-il possible
d'obtenir une place pour votre spectacle 1er Avril, pour le 2 avril? Je me permets de vous demander cela
car, bien sûr, par les temps qui courent... — mais qui parfois s'arrêtent en se déployant
dans le sublime, comme ces moments de grâce qui ont été vécus lors de la première
et dernière représentation que j'ai vu de votre travail, à ces mêmes Bouffes du Nord, en septembre dernier. Et j'avais ensuite rencontré cette phrase de
Beckett : « C'est ça le spectacle : attendre seul dans l'air inquiet,
attendre que ça commence, attendre qu'il y ait autre chose que soi », et
je n'avais jamais vu avant de spectacle qui fasse s'épanouir tant
d'amour dans l'espace, qui me fasse sentir à ce point cette plénitude de
l'être et de la vie, et leurs vibrations, et c'était tellement enthousiasmant
! Merci pour tout cela — il y avait bien d'autres choses dans ce spectacle,
comme du Rilke, mais je les ai trop absorbées pour m'en souvenir je
pense.
Bonne journée, belles
traversée,
Agathe Herry
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Saturday, March 08, 2014
J 'adore
Je voulais juste ce soir vous remercier encore : je me sens comme en vacances, preuve du travail accompli. Je suis fatigué, mais, encore une fois : bonne fatigue ! et je vous tiens au courant de la suite, évidemment, tout de suite, mais merci déjà pour ces 3 jours de rêve ! Des choses absolument sublimes se sont passées. Je râle parfois quand on passe du sublime à l’étage au-dessous, par impatience (le principal défaut de l’homme, selon Kafka). J’aime quand je vous vois épanouis dans ce travail (et je ne supporte pas quand vous l’êtes moins…) ; c’est comme ça : votre plaisir total serait le mien. Mais, franchement, que de merveilles ! J’ai aimé la joie (simple et humble) de Simon de retrouver si naturellement les sensations de septembre, la disponibilité de septembre, j’ai aimé cette scène qui s’est inventée à partir de cette qualité qu’il a amené, avec Louis, puis Perle, Fernanda… les couleurs des costumes et des accessoires parfaits… ces teintes d’automne… J’ai aimé le trio Jeanne-Bertrand-Mario, un peu moins aujourd'hui (mais je pense savoir pourquoi) et beaucoup hier et avant-hier, dans son « état de l’apparition » (comme dit Marguerite Duras à la fin de son roman Emily L.), état qu’il faut absolument retenir, recréer, redonner (« invoquer » est le vrai mot) pour ce genre de beauté que nous recherchons (l’esquisse, la vie plutôt que le tableau achevé, n’est-ce pas ?) J’ai aimé le quintette Ana-Pietro-Soleïma-Damien-Boris, beaucoup, c’est très, très riche et il faut transformer cette richesse, cette prodigalité en vraie richesse, c’est-à-dire se méfier de l’entropie, mais considérer que rien ne se perd, que tout se récupère, il faut que vous reteniez, que vous célébriez ce que vous avez dépensé, que vous le sauviez de la mort, que l’énergie que vous dépensez (et il en faut !) soit une énergie qui vous donne… comme peut-être ces machines — j’ai oublié leur nom — qui pourraient fonctionner à l’infini à partir d’une première impulse (machines sans doute utopiques, sans entropie aucune). J’ai aimé — beaucoup — les duos Ana-Mario… J’ai aimé tout à l’heure, le très, très beau moment (extraordinaire) d’évidement de l’espace qu’a réalisé Bertrand, Jeanne près de la porte. Etc. J’adore que Jeanne se mette face contre terre et chante Mon Dieu, j’adore le gnome gris-violet de Pietro, j’adore le Dante dans le costume américain, j’adore ce que Youness appelle le Jérôme Bosch quand Pietro a la robe plissée autour du cou (et la tranche de jambon…), j’adore le jeu de cacher Boris qui est tout nu, j’adore toutes les propositions de Damien et les danses aussi de Damien, j’adore les personnages de Soleïma, la blonde (forcément ma préférée…) et la bonne foi de Soleïma, j’adore les versements de Boris, j’adore tout ce qui apparaît, la joie de l’apparition et aussi la vie de ce qui n’apparaît pas : quand on peut voir la vie de ce qui n’apparaît pas alors c’est du grand art (Ana y excelle), cette qualité de transparence, de fantômes, ce n’est pas pour jouer les fantômes — pourquoi pas ? — mais c’est parce que la vie est comme ça : tout vit, tout est sensible, rien n’est fixe, rien n’est une image, les murs vibrent comme des fleurs, un souvenir de neige (le premier solo d’Ana) et c’est la neige, de grosses mains blanches, un peu de plumes au sol, des grosses chaussures avec des têtes d’ours et c’est la neige. Prenez confiance en votre vie et en vos capacités, pour certains plus réelles qu’ils ont parfois l’air de le croire, de célébrer la beauté (et j’emploie le mot, « beauté », dans ses sens les plus divers)… Ah, zut, je ne voulais pas vous parler, je voulais aller voir le spectacle dont nous avons usé le décor, mais j’ai laissé passer l’heure et je vous ai parlé un peu finalement…
Pour
les gens que je n’ai pas réussi à faire entrer sur le plateau, Sigrid,
Ambroise, May, Alexandre… — et s’ils veulent encore en être —, il faut se voir
cette semaine, chercher des costumes et des idées et… on essaye à la
rentrée ! c’est-à-dire
dans une semaine…
J’adore
quand Damien porte met Jeanne en lévitation, j’adore quand Mario et Pietro
parlent italien (mais quand ?), je vais revoir les notes des assistants
pour essayer de retrouver des choses, mais, vous aussi : retenez les
choses de ces 3 jours…
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Sunday, September 01, 2013
1 er septembre
Bonjour Stéphane,
aujourd'hui c'est la veille de la rentrée, pour moi — ou le dernier jour des
vacances : je me réjouis comme un enfant ! (j'espère que je vais dormir...) Je
travaille en effet aux Bouffes du Nord pour une semaine (ma semaine !) ; d'ailleurs si tu étais par là, le 6
et 7, on va certainement (je l'espère) présenter qqch... Sinon voici le dossier
de ce projet intitulé 1er avril dont
je t'ai parlé et que j'avais promis de t'envoyer...
Des bises,
Yves-Noël
(Budget si nécessaire.)
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Thursday, August 22, 2013
Collaboration et chamanisme (les Bouffes)
Je suis rentré de vacances et prêt, ces derniers jours, à préparer le spectacle que nous allons écrire ensemble en quelques heures, cette première semaine de septembre, et cela m’excite, même si j’ai encore — encore aujourd’hui — la fabuleuse arrière-pensée de la mer et de la terre et du ciel et des bêtes en Corse (les humains pour l’amitié). Je vais relire mes notes, même si, dans leur grande majorité, elles vont (et doivent ?) rester à l’état de notes comme tout ce que je vais vous dire qui ne doit pas vous submerger, mais au contraire, bâtissez votre radeau avec l’audace des designers Décathlon toujours prêts à améliorer le monde (j’ai rencontré qq’un qui m’en a parlé) ! La forme que nous présenterons au public, le 6 et le 7, quelle qu’elle soit, marquera l’anniversaire des 10 ans de l’activité de la compagnie (et, par ailleurs, celui de son président). Vous serez des chamanes ! (si vous le voulez bien)
Yves-Noël
Collaboration
et chamanisme :
« Pourquoi
se déplacer puisque la lumière vient à nous ? Donc c’est l’apologie de la
paresse, finalement. L’astrophysique est une apologie de la paresse. Mais je
plaisante. (…) En fait, ils * vivent dans le calme et le demi-jour de leur
cellule monacale — non, je plaisante. Et il faut respecter leur silence aussi.
(…) Le fait de parler peut être représenté comme une faiblesse parce que la
démarche scientifique, finalement, est faite, est composée de 1000 vies de
physiciens, mais de milliards de rêves humains. Et c’est l’un des plus beaux
exemples de collaboration au plan mental. Toute la planète terre fixe son
regard, si j’ose dire, sur l’arrière-ciel. Le satellite Planck, par ex, révèle
l’état de nature tel qu’il était il y a 13 milliards d’années. (…) Donc nous
remontons le temps, mais tout en restant immobile. Donc, en réalité, on peut se
demander s’il y a marche ou s’il y a dé-marche. Et il faudrait marier cet
esprit presbyte avec un esprit peut-être un peu plus myope. A mon sens, ce
qu’il manque, c’est l’« esprit de la forêt ». » (Michel
Cassé)
* les
astrophysiciens
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Friday, August 02, 2013
« Mais qu’est-ce qu’une religion sinon une vaste rumeur persistante… »
« L’histoire que je voudrais esquisser — la question que je voudrais construire… » Voilà comment commencer un spectacle, un de plus, celui des Bouffes du Nord — à chaque fois penser que ce spectacle est le dernier — ou le premier ; d’ailleurs ne pourrais-je pas changer Le Dispariteur en Distributeur de richesses ? Nous sommes une petite équipe pour bâtir un spectacle début septembre en quelques heures. Un moment que j’ai aimé : quand j’ai présenté Boris à Philippe à la terrasse de La Rotonde, le café du carrefour des Bouffes du Nord (emplacement stratégique pour voir passer le quartier des mille et une merveilles, surtout en été caniculaire). Boris, Philippe et moi, nous nous sommes mis à échanger comme si nous avions un an devant nous. C’est dans cet esprit (de plans sur la comète) que je voudrais travailler et, paradoxalement, il nous faudra aussi faire confiance à nos intuitions immédiatement validées (car nous n’aurons pas le temps d’en essayer d’autres). Pourrons-nous mélanger ces 2 vitesses invraisemblables surtout dans leur assemblage ? L’avenir nous le dira. Pasolini : « La luce è sempre uguale ad altra luce. / Poi variò : da luce diventò incerta alba, / […] e la speranza ebbe nuova luce. » « La lumière est toujours égale à une autre lumière. / Puis elle se modifia : de lumière elle devint aube incertaine, / […] et l’espoir eut une nouvelle lumière. » Le projet, je reprends les mots de Philippe, c’est « une forme d’installation où les présences sont à projeter pour les spectateurs » ; « que ce soit L’Espace vide de Peter Brook qui tende la main au spectateur » ; « une vie qu’on n’a plus qu’à projeter soi-même comme spectateur ». Un effet de miroir donc, de caverne de Platon, de récit du monde à l’essentiel, de croyance. L’art est religieux, fait remarquer avec justesse Wim Delvoye (encore un Belge !) parce que le public y voit « des choses qui ne sont pas là, comme dans toutes les religions » ; « On a une nouvelle religion : les gens croient dans l’art » ; « C’est une chose totalement imaginées par les gens ». C’est ce que nous voulons appuyer, démontrer (Wim Delvoye, immense artiste, dit qu’il « aime être actif dans l’art », mais qu’il est « agnostique ».) Il sera donc question de spectres, de fantômes, d’immatérialité, de transparence et de toutes ces rêveries qui rendent la vie poétique. Puissions-nous rendre cela réel (par un effet alchimique), cela s’appellerait l’amour. Que le vide soit, comme en astrophysique, non pas vide, mais plein, non pas néant, mais jardin fleuri. Voilà pourquoi je suis dans mes petits souliers avec ce projet dans ce théâtre : parce que Peter Brook y arrive très bien ! Que rajouter ? J’ai vu (avec Boris) la dernière d’Une flûte enchantée, le spectacle qu’il a imaginé à partir de La Flûte enchantée de Mozart. J’ai vu chez Peter Brook ce que je voulais faire aux Bouffes : que les gens travaillent ensemble (jouent ensemble, vivent ensemble, respirent ensemble, etc.) C’est la seule et unique qualité d’un spectacle, il n’y en a pas d’autres. « Réjouissons-nous de l’amour / Nous ne vivons que par l’amour ». L’équipe de septembre est constituée. Elle est incomplète, mais si — comme je le crois — elle montre sa force, ceux qui viendront ensuite ne seront que des lucioles, des spectres, des invités (peut-être très nombreux), des « âmes »… presque le public lui-même. Peter Brook réussit à rendre la foule heureuse. A la fin du spectacle, elle se lève et envahit le plateau (il n’y a pas de séparation), reste là comme dans une « lumière ». « Dans ces murs on ne connaît pas la vengeance » ; « Nul traître ne peut se cacher et on pardonne à l’ennemi » ; « Celui qui n’est pas réjoui par cet enseignement / ne mériterait pas le nom d’homme » (cet enseignement étant celui de la franc-maçonnerie dans la pièce de Mozart, mais peu importe). Ce que je retiens aussi de Peter Brook, c’est la facilité (rapidité) avec laquelle l’espace change (et pourtant une unité). Et aussi : la simplicité des moyens et la splendeur de ce qui est dit. Je voudrais d’ailleurs utiliser les machines à surtitrer (qui projettent sur les murs de chaque côté du cadre de scène). Qq’un m’a dit qu’il faut les réserver auprès de Daniel (Philippe... ?) Cela permettra de projeter les traductions de ce que chantent Jeanne et Bertrand et aussi d’autres choses. Comme cette phrase : « Je tiens simplement à ce que tu regardes autour de toi et prennes conscience de la tragédie. Et quelle est-elle, la tragédie ? La tragédie, c’est qu’il n’existe plus d’êtres humains ; on ne voit plus que de singuliers engins qui se lancent les uns contre les autres. » Enfin. Etc. Fin août, je vais sans doute passer en Belgique pour préparer avec Benoît, Boris, Simon (si tu y es) et peut-être auditionner car il semblerait que Boris ait tout un tas de copines belles comme le jour (ou la nuit). C’est de toute façon déjà une production franco-belge… A Paris, on pourrait se voir avec Jeanne et Bertrand (si possible), choisir les matériaux chantés et — très important — les robes pour Jeanne (celle que tu avais en juin est parfaite, mais je voudrais en voir d’autres aussi…) Essayez, Bertrand et Jeanne (et Louis) de vous souvenir de se que vous avez fait en juin (pour le refaire). Avec ce mail, nous sommes tous en contact (prière de faire suivre à Jeanne et à Bertrand que, je ne sais pas pourquoi — il y a quelques personnes comme ça —, je n’arrive pas à joindre par mail (mais par Facebook, oui). Faites-moi suivre les mails que vous échangez entre vous. Bertrand, redis (à Benoît) ce que tu m’as dit qu’il pouvait préparer (des boucles de quelles musiques ?) Boris, est-ce que tu pourrais m’aider à trouver une armure ? Je rêve depuis bien longtemps de belles armures, mais c’est très dur à trouver… (pour Simon ou pour Bertrand). Etc., etc. J’espère que vos vacances vous laisseront le temps de rêver ce travail… (et à moi aussi...) Là, je suis très excité. Je vous embrasse. Que « l’imagination — ce travail producteur d’images pour la pensée — nous éclaire par la façon dont l’Autrefois y rencontre notre Maintenant pour libérer des constellations riches d’Avenir » (Livre lu dans le train : Survivance des lucioles, de Georges Didi-Huberman.)
Boris Dambly, scénographe (Belgique) ; Bertrand Dazin, contre-ténor (France) ; Simon Espalieu, acteur (Belgique) ; Philippe Gladieux, éclairagiste (France) ; Louis Laurain, trompétiste (France) ; Jeanne Monteilhet, soprano (France) ; Benoît Pelé, ingénieur du son (Belgique) et moi-même.
Nous n’avons que 6 jours, mais ces 6 jours sont pourtant mités par des problèmes de planning, résumés ainsi :
Du 2 au 5, Peter Brook prend la salle le soir (libérer à 17h45) (le 6 et 7 nous l’avons jusqu’à 22h).
Louis n’arrive que le 3 à 14h.
Bertrand ne peut que les matins (jusqu’à 13h) sauf le 6 toute la journée et le 7 jusqu’à 17h.
Philippe peut quand il peut (sans doute uniquement les matins).
A cela s’ajoute la première rentrée scolaire d’un enfant (je ne sais plus quel jour, demande faite par Jeanne et par Philippe).
Les avant-premières devraient donc avoir lieu le 6 à 20h30 et le 7 à 15h30.
Les matins commencent à 9h.
Allez, une petite dernière spécialement pour Philippe :
« Comme il y a une littérature mineure — ainsi que l’ont bien montré Gilles Deleuze et Felix Guattari à propos de Kafka —, il y aurait une lumière mineure possédant les mêmes caractéristiques philosophiques : « un fort coefficient de déterritorialisation » ; « tout y est politique » ; « tout prend une valeur collective », en sorte que tout y parle du peuple et des « conditions révolutionnaires » immanentes à sa marginalisation même. »
YNG
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