Friday, March 06, 2009

Recopié pour Pierre

Dans le roman, on trouve un personnage qui a avec le narrateur une affinité secrète : c’est Pip. Il s’agit d’un Noir qui a fait l’épreuve de l’abandon. Il est tombé à l’eau, mais on ne l’a pas secouru. Bien que le Péquod le sauve par hasard, il sait, lui, que les êtres humains l’ont rejeté hors de toute communauté. Il n’a plus alors qu’un seul pair, un seul compagnon – le soleil, « cet autre abandonné solitaire malgré sa hauteur et son éclat ». Et pas d’autre ressource que de devenir fou. « La sagesse, cette sirène avare, lui révélait ses trésors entassés. » En effet, pour Melville, « la démesure de l’homme est la sagesse du ciel », et pas moyen d’atteindre la « pensée divine » sans naufrager en soi la « pensée humaine ». Ce naufrage aplanissant les voies d’une délivrance.

Prélude à la délivrance, page 178

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Monday, March 02, 2009

Recopié pour Pierre

La vie se retire du poète et revient : continuellement, le mourrant passe d’un côté à l’autre du seuil, dans ce qui ressemble à des exercices de résurrection. Il comprend que sa vie et la poésie ne font qu’un. Mieux, sur le seuil il l’expérimente ; et que « tout, l’univers tout entier était poésie : le travail, le galop d’un cheval, une maison, un oiseau, un rocher, l’amour ». Soudain le poète s’aperçoit que des strophes lui viennent, avec des rythmes, des rimes. Il discerne deux êtres en lui : celui qui reçoit l’inspiration et celui qui trie, sélectionne, choisit. « Et lorsqu’il vit qu’il était deux hommes à la fois, dit Chalamov, le poète comprit qu’il composait alors de véritables poèmes. Et quelle importance qu’ils ne fussent pas notés. »

Prélude à la délivrance, page 101.

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