Saturday, August 04, 2012



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Thursday, August 02, 2012


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Wednesday, August 01, 2012

Landing On Time



Ne négligeons pas l’aspect physique quand il s’agit d’amour. Tout le monde n’est pas égal devant la loi sexuelle. Arnaud venait me faire le hug de départ, alors que j’allais franchir à l’anglaise, emmitouflé dans son drap, et je remarquais une érection pas piquée des hannetons. Une érection très droite, très belle, l’érection d’un nègre. « Oh, c’est gentil, lui dis-je, en faisant mine de lui présenter mon cul, je n’ai pas beaucoup de temps. » Je partais sur le beau temps. Chaque fois, je pleurais un peu en quittant Berlin. Il aurait fallu que je trouve moyen de rester plus longtemps. Travailler à eDarling,  moi aussi ? C’était un centre d’appel qui employait plusieurs nationalités pour répondre dans les langues aux récriminations naïves des clients de ce site de rencontre (que, par ailleurs, le service marketing (porte à côté) entubait). Une cliente l’avait dit d’ailleurs une fois dans ces termes : « Je me suis fait enculée par eDarling et, en plus, je suis toujours célibataire ! » C’était payé mille cent euros par mois pour quarante heures par semaine, mais cette somme permettait de vivre à Berlin, de vivre la ville-jardin. Arnaud m’avait fait rencontré Falk qui vivait un loft très luxueux à Prenzlauer Berg et Falk avait été immédiatement adorable, d’une gentillesse séductrice bouleversante. Il commençait à me connaître, on s’était croisé à Avignon l’année précédente et il était venu voir mon spectacle au Rond-Point au mois de juin. Ce qui fait qu’il n’avait fait qu’une remarque pour marquer sa différence. Comme j’avais prononcé le mot « sucer », il avait dit, un peu terne, un peu blanc, que les Allemands ne parlaient jamais de sexe à table. Ni après, d’ailleurs. Qu’ils n’en parlaient jamais sauf à leur psy. Et qu’il avait été étonné d’entendre l’équipe française de la production de Stanislas Nordey de My secret garden parler sexe immédiatement répétition terminée. Ça me plaisait bien d’apprendre que les Allemands ne parlaient pas de sexe : ça m’aurait fait des vacances de devenir Allemand ! J’apprenais la langue. Ça n’allait pas être facile. De quoi allions-nous parler ? Le loft luxueux de Falk était en même temps normal, le luxe est toujours normal, mais normal pour l’Allemagne, je veux dire. Tout ça bien décrit, déjà, par Botho Strauss. Quand nous nous étions couchés, moi, dans la chambre d’ami, après être revenus de cette fête dans ce squat, je ne saurais dire lequel, assez célèbre, dans la partie encore bohème de Prenzlauer Berg, où nous avions regardé, Falk et moi, Arnaud naviguer à la perfection dans la marée humaine, party animal, animal de fête, mais nous laissant, nous, Falk et moi, estomaqués par son audace, son affirmation, comme sur le carreau, ce qui avait donné lieu, sur le trottoir devant chez Falk, à une tentative de subordination de l’ « animal » qui pianotait sur son portable le résultat de sa soirée. Sans résultat. Arnaud n’avait pas voulu lâcher son téléphone, mais qui avait laissé Falk au moins boudeur (« autiste », dira Arnaud, « Je n’aime pas quand tu fais ton autiste ») et, finalement, quand j’avais remonté le drap sur moi, des cris et des appels « Yves-Noël, Yves-Noël ! » qui m’avaient propulsé hors de mon lit jusqu’à cette chambre immense où je m’étais retrouvé nu comme un ver parmi les deux amants déjà séparés et qui, curieusement, eux, se cachaient le sexe, honteux et déjà repentants, chassés du paradis. D’explications confuses, il s’avérait qu’Arnaud avait plutôt cogné sur Falk. De toute façon, connaissant mieux Arnaud, j’avais naturellement tendance à placer Falk dans l’innocence. J’avais fait mon sérieux, mon psy (mais sans parler de sexe) pour arrêter cette violence. Finalement les choses s’étaient arrangées et, le surlendemain, en lisant, à Tierpark (le zoo de l’Est), la pièce de Falk qu’il m’avait conseillée, Trust, je reconnaissais l’atmosphère de l’aube dans le loft surnaturel et dévasté résumée par cette phrase : « Fais tes bagages et reste » (pour épargner mon lecteur). D’ailleurs, une autre pièce ne s’appelait-elle pas : Nothing hurts ? Dans le taxi, nous avions joué aux titres et d’ailleurs toute la soirée, Falk me voyant sortir mon carnet menaçait, comme une chose malpolie, d’aller chercher le sien et, comme Arnaud se plaignait de la manière qu’avait Falk de lui enserrer le cou avec le coude au moment de s’endormir, ce qui, lui, l’empêchait de le faire et menaçait de lui « casser le cou », j’avais proposé : The Broken Neck ; Falk avait affiné : The Broken Neck Hotel. L’Hôtel du Cou Cassé, ça marchait aussi en français. Mais Falk tenait à la version anglaise, ce que j’approuvais, en précisant que, pour la France, il faudrait néanmoins la version française, puisque personne ne parlait rien d’autre. En partant de chez Falk, le dimanche, je m’étais frotté contre son sexe, à deux reprises, c’était agréable. Il plaisantait : « C’est ainsi que vous vous dites au revoir en France ? – Tout à fait ! » et s’était laissé faire sans indifférence. Mais, ce matin, Arnaud reprenait la donne puisqu’il me saluait, lui, en érection. « Et si je te le disais, ça ne changerait rien / Et si je ne te le disais pas, ça ne changerait rien / Et si je t’aimais, ça ne changerait rien / Et si on restait ensemble, ça ne changerait rien / Et si je faisais mes bagages, ça ne changerait rien / Et si je t’appelais, ça ne changerait rien / Et si je ne t’appelais pas, ça ne changerait rien / Et si je t’embrassais, ça ne changerait rien / Et si je te voulais vraiment vraiment, ça ne changerait rien / Et si maintenant maintenant je m’endormais, ça ne changerait rien / (Silence) / Et si je partais, ça ne changerait rien / Et si j’était juste à la fenêtre, ça ne changerait rien / Et si seulement je te comprenais pour un instant, ça ne changerait rien / Fais tes bagages et reste ». Oui, j’aimais Berlin, la ville-île entourée d’une ceinture de lacs – comme on pouvait voir maintenant de l’avion –, ville sans frontière, sans bordure, mélange de terreur et de passé, de l’Est et de l’Ouest, pour les riches et pour les pauvres, où les ouvriers, en salopettes immaculées, avaient encore un honneur de classe, la fierté de l’être, où la nature couvraient d’herbe et les bêtes et les hommes, où les distances étaient immenses car c’était la ville-pays, la ville humaine. 

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Tuesday, July 31, 2012

A deux





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Monday, July 30, 2012

« éclaboussé par la lumière claire venant de l’extérieur »




































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Depressive realism


« Everyone carries a room about inside him. This fact can even be proved by means of the sense of hearing. If someone walks fast and one pricks up one's ears and listens, say in the night, when everything round about is quiet, one hears, for instance, the rattling of a mirror not quite firmly fastened to the wall. »
Laurent me demande de parler un peu de cette histoire sexuelle à laquelle je fais souvent allusion, mais qui semble incohérente. « Eh bien, j’aime les femmes, mais je suis amoureux des garçons. – Ah, ça, je comprends », dit-il immédiatement (cerveau puissant). « Je comprends, mais c’est la première fois que je rencontre quelqu’un comme toi. » En effet, je me demande (encore hier, dans cette fête dans le squat) pourquoi je ne tombe pas sur des gens qui auraient la même bizarrerie que moi, pour au moins en parler, se remonter le moral, les nains rencontrent bien des nains, etc.
Laurent raconte que sa mère lui a dit qu’il a marché très tôt, mais qu’il a mis très longtemps à traverser les espaces, il avançait en touchant les murs. Je lui dis alors que peut-être chacun développe un travail contre un handicap, une sensibilité première extrême, je donne l’exemple de Claude Régy qui – je l’ai déjà dit ici – place sans cesse la mort et la folie au centre de tout alors qu’il en a très peur. Laurent est d’accord. Il travaille sur l’air, sur le vent. Il me parle de sa nouvelle pièce sur la musique du Sacre du printemps qu’il travaille avec l’air (alors que la pièce est traditionnellement reliée à la terre, au territoire). Il me montre des photos où on voit en effet, en studio, la force sidérante du travail – sur certains danseurs, sur Mathieu Burner en particulier. Il me dit : « C’est presque plus un ballet tellement c’est tridimensionnel. » Première le 27 septembre à Essen.
Je lui dis que ce qu’il propose, c’est s’approcher de la débilité. Penser à travers (avec) le corps. (« S’il pense avec la tête, c’est mort. ») Au passage, c’est la première fois que je comprends le mot « corps » (par rapport à la danse), tellement employé. Je parle des dernières expériences de Claude Régy (Brume de Dieu), de Jérôme Bel (Disabled Theater). Il est d’accord et il ironise un peu sur Jérôme Bel (spectacle qu’il n’a pas vu). Il ironise sur tout, Laurent Chétouane. Mais je lui rabats son caquet en disant : « Attends, Laurent, n’oublie pas que tu es plus fort que tout le monde… » Et j’insiste beaucoup pour qu’il me laisse étudier à ses côtés. Il promet. Même sans être assistant, je m’en fiche. Il trouve toujours des jeunes très beaux, très gracieux, disponibles. (Il couche avec ou, en tout cas, il les a sous les yeux.) Il voulait me montrer une répétition du Sacre, à Avignon, quand il a su que je venais à Berlin, mais, là, ce n’est plus possible. C’est une période très dure, les danseurs pleurent, etc. On parle de l’incroyable difficulté de ce travail, de l’incroyable difficulté de ce que faisait Mikael Marklund à Avignon pour avoir « l’air » simplement disponible, l’innocence, sans défense aucune. Il me dit qu’il avait repéré que Mikael Marklund, chez Anne Teresa de Keersmaeker, travaillait (déjà) sur l’espace (contrairement aux autres). Il me dit qu’il a moins bien joué (selon lui) quand il est parti des représentations (il reprenait les répétitions du Sacre), que Mikael lui dit que c’est un duo, qu’il ne pouvait pas le faire seul. Je dis que Christian Rizzo m’a dit la même chose, que c’était un duo entre lui et Kerem Gelebek. Et je raconte que, quand Thomas Gonzalez a raté la dernière représentation de la Bastille, alors que j’étais suspendu à lui en priant chaque seconde pour qu’il trouve le passage, il m’avait dit après : « Je ne te sentais pas ». Sans parler de Claude Régy... (Voilà la question des solos réglée : ça n’existe pas : ce sont des duos.)
Je parle de la façon dont l’espace changeait dans la pièce sur l’air (sur rien), à Avignon, la taille du danseur dans l’espace, je lui raconte que Thomas Scimeca faisait changer l’espace dans Monsieur Villovitch.
Il me dit qu’il se sent de plus en plus hétérosexuel. Il n’est pas avec une fille, mais il remarque qu’il est de plus en plus sensible aux filles et moins aux garçons. Il se demande un peu ce qu’il lui arrive.

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Un beau lapsus de Laurent Chétouane



« Où es-tu garé ? » me demande Laurent Chétouane, et nous rejoignons le vélo garé juste de l’autre côté de la rue. « Si tu veux nous pouvons marcher en chambre… » 

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Saturday, July 28, 2012

Homme nu à mi-corps




J’ai rencontré ce garçon en vrai à Berlin. Très sympa ! On a parlé de la Révolution française (il parle avec un drôle d’accent). Je lui ai parlé de l’invention de la télévision, que nous sommes allés sur la lune, je lui ai dit qu’on avait arrêté de guillotiner, je lui ai dit qu’il aurait sans doute très bien dansé dans Tragédie, d’Olivier Dubois, que je n’ai pas vue, mais qui a triomphé au Festival. J’ai envie de retourner le voir aujourd’hui, je sais où le trouver, on m'a prêté un vélo, je suis fou amoureux.

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Friday, July 27, 2012

Comme une poule devant un couteau




Pendant deux secondes, je me demandais dans quelle chambre j’étais. Je n’étais pas chez moi : c’est donc que la vie est libre. En plus, la chambre vaste baignée dans une chaude lumière. Berlin. Berlin continentale. Là aussi, j’étais venu avec le beau temps, il n’avait pas fait beau jusque là. J’étais triste pour la Bretagne – pour les gens de Bretagne que j’aimais – les gens-paysage – qu’il fasse désormais, après mon départ, mauvais. Ce que j’écris, je ne suis pas loin de le penser : j’étais un peu sorcier dans ce voyage, je n’étais pas tout à fait « moi » dans ce voyage. « Moi » était une personne très triste, mais je n’utilisais pas beaucoup « moi » dans ce voyage. J’utilisais la voiture de mon père, je ne dormais pas chez « moi », j’utilisais la liberté. La surface. La capacité de regarder les autres (les autres-paysage), d’aller chez les autres, ma capacité de déceler le paradis – le paradis sur terre – capacité pour laquelle je m’étais entraîné, aguerri dans le dernier travail, au Rond-Point, Je m’occupe de vous personnellement (et toute l’année où j’avais beaucoup travaillé). J’avais encore triché. J’avais encore fait croire à tout le monde que je travaillais pour les autres (théâtre, comédiens, spectateurs) ; en fait, j’avais réussi encore à faire ce que je voulais, une fois de plus, à ne faire que ce que je voulais : travailler pour ma pomme, travailler à déceler, à acquérir de l’adresse, de l’entraînement, au décèlement du paradis sur terre, du paradis terrestre, ceci en vue de survivre, moi, sans avoir besoin de « moi », de survivre quelques temps en voyage, en illumination-paysage, en poésie, en présence – sans la tristesse, sans la dépression, sans la misère, sans l’enfer des relations humaines que j’avais décelé, malheureusement aussi, en décelant le paradis. « Déceler », ce mot qui revient est vraiment l’image de la pierre, mais tout est image de la pierre, le lecteur de ce blog, depuis quelques années, l’aura compris. Arnaud me l’avait gentiment fait remarquer la veille : que je ne m’empêchais pas de ne parler que de Pierre, Pierre ceci, Pierre cela, Pierre Courcelle et de réenvoyer à son blog pour toujours et à jamais. Ah, ça se voyait à ce point ? J’avais raconté à Arnaud la brouille fictive (pour moi, fictive), l’impulsion de jalousie d’Olivier à partir d’un texte anodin qui s’était terminé par l’explication d’Olivier à Pierre : « Nous sommes deux coqs (cocks) qui nous battons pour toi. » « Nous »… Je ne me reconnaissais pas du tout dans ce « nous », encore une fois Olivier voyait midi à sa porte (j’avais pensé), je ne me battais pas du tout et je n’étais pas un coq. Je lui donnais au contraire Pierre en entier, tout en entier, surtout. Mais j’avais trouvé – en lisant – je parlais toujours à Arnaud – une formule qui, en effet, aurait pu remplacer, c’était « intrigue profonde ». Je me reconnaissais (un peu) là. Arnaud en était effrayé, trouvait l’idée atroce. Je m’étais endormi en regardant une très belle œuvre de Bruce Nauman que j’avais trouvée sur Facebook, Seven Figures, de 1985. C’est une série d’emboîtements sexuels de figures masculines, mais avec un léger bouger (les corps faits deux fois) et l’ « aura » procurée par le dessin comme au néon de couleur sur fond noir (en fait, c’est une œuvre clignotante, j’ai vérifié, il y a des vidéos sur Youtube). Cette œuvre avait sublimé pour moi la dernière partie de la journée. Nous étions au Möbel, le célèbre Möbel, le bar sous la barre d’immeuble à Kreuzberg, peuplé presque exclusivement de garçons et débordant sur la nuit chaude. On nous avait fait rentrés au bout d’un moment (le voisinage). Les garçons étaient très garçons, travaillaient la journée sur des ordinateurs, architectes, design, graphistes… j’étais au milieu de la matière humaine, la matière-chair, la matière masculine comme une poule devant une brosse à dent – quelle est l’expression ? Bref, je ne savais pas quoi faire de cette « matière homosexuelle ». Tout le monde avait l’air heureux, les têtes de tous les siècles, archaïques, Cranach, Falk n’avait pas compris, je pensais qu’il y avait des Cranach à Berlin, je voulais voir des Cranach, il ne voyait pas ce que je voulais dire, mais si, Lucas Cranach, c’est très connu ! La Fontaine de jouvence, de Lucas Cranach, à la Gemäldegalerie.

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