Sunday, August 13, 2023
Tuesday, August 08, 2023
« Parce que parfois on va trop vite, on veut être partout et quelque part on est nulle part aussi » (François Damien)
« Mettre un peu d’art dans sa vie et un peu de vie dans son art. » Une devise pour notre projet ! (prononcée par Louis Jouvet dans Entrée des artistes)
« Rien n’est faux. Il suffit d’avoir un peu la foi et tout devient réel. » (id)
« Comme moi, vous vivrez plusieurs existences. » (id)
J’imagine un spectacle. Qu’est-ce qu’on aurait à dire qui équivaudrait à ne rien dire ? Il faut dans le spectacle une partie chaque soir improvisée, fabriquée localement, « Vous, Madame… » (et pas une autre). Comme quand je vais voir ma mère : c’est tous les jours la même chose et pourtant il y a des événements. Il faudrait comprendre qu’on peut tout jouer et que c’est tous les jours la même chose. Bref, il faut des interprètes de génie. Quand je parle d’« interprète de génie », les gens qui me connaissent savent quelle est ma référence. Celui auquel je pense peut tout jouer sans que ça change quoi que ce soit. SANS QUE ÇA CHANGE QUOI QUE CE SOIT. Bien sûr, que faire si on n’a pas totalement l'accès au même génie ? Tant mieux, peut-on se dire, tant mieux... Eh bien, jouer comme lui, viser de jouer comme lui, rien que la visée vous rend meilleur ; je peux en témoigner, il jouait son spectacle aux Bouffes du Nord juste avant le mien sur Proust, au lieu de m’écraser, ça m’a porté, ça m’a donné des ailes. S’il brûlait, lui, comme un astre, je pouvais au moins m’approcher de sa chaleur. Cela dit, Claude Régy qui était allé le revoir lorsqu’il projetait de monter SOUTERRAIN-BLUES — ça ne s’était pas fait, à l’époque, Peter Handke traversait une période tempétueuse, il a été réhabilité aujourd’hui, il a reçu le prix Nobel — avait été déçu : ce n’était plus le jeune homme musculeux qu’il avait connu, il jouait avec une oreillette (je ne sais pas, sans doute que ça se remarquait…). Le spectacle que j'ai vu (5 fois), il lisait des prompteurs, ça ne gênait personne. C'est d'ailleurs une idée à reprendre pour nous aussi, si ça peut nous simplifier la vie, faut pas hésiter...
Et puis dans une liste ouverte des phrases bien tournées qu’on aimerait retrouvées dans le spectacle (vous connaissez cet artiste, cet écrivain, Jean-Jacques Schuhl qui rêve d’écrire des livres sans aucune phrase « de lui ») :
« l’au-delà, l’élevé, l’autre — ou quel que soit le nom que l’on aimerait donner à l’espace supra-empirique scellé par des choses vagues chargées de pouvoir ». Ce qu’il écrit bien, ce salaud ! (J'ai nommé Peter Sloterdijk, ma nouvelle lubie...)
Peut-être que notre compagnonnage ne devrait être qu’une longue dramaturgie qui accumulerait nos lectures, quoi, nos recherches, sur 2 ans et qu’au final — si bien remplis de sens —, nous jouerions directement sans même avoir à répéter (un peu la méthode du groupe belge Tg Stan, non ?)
(Mais dans de beaux costumes, quand même…)
« Il avait une passion particulière pour ces zones où les contraires deviennent indiscernables. » (Isabelle Huppert parlant de Claude Régy)
« Par exemple, l’odeur du grille-pain, le pain grillé, les bruits de pas dans la neige, faire du ski, se perdre, le soleil... » Olivier Van Hoofstadt, le réalisateur belge de Dikkenek, explique que, pour préparer son projet, il avait passé un an à faire des listes dans un cahier, page de gauche, de choses qu’il aimait (comme ici), page de droite de choses qu’il détestait
Allez, une phrase de Paul Valéry pour nous élever : « L’homme est généralement absurde dans ce qu’il cherche, mais il est admirable dans ce qu’il trouve ».
Ça tombe bien, 1) nous aimons le théâtre de l’absurde, 2) nous, les troubadours (ok, j’aime aussi les saltimbanques, ceux qui sautent sur le banc), nous sommes étymologiquement « ceux qui trouvent ». Bref, n’ayons pas peur de nous montrer en train de chercher, de patauger, mais n’oublions pas que nous devons trouver. Ce sont deux temporalités, la durée fastidieuse de la recherche, l’éclair de la trouvaille
De toute façon, faire du théâtre est absurde (alors qu’il suffirait de danser comme des poissons ou des oiseaux)
Sinon on pourrait dire dans le spectacle : « Heureusement que ce soir c’est gratuit, hein, parce que sinon ce serait vraiment, heu… » (Elle dodeline de la tête.) Hein ? »
Enfin, on peut d'ailleurs reprendre tout le sketch de Marie-Thérèse Porcher. : « Quoi vous avez payé ? C’est pas vrai, ils vous ont fait payer pour ça ! Pour un discours interminable entre quatre bacs à géraniums et sous une guirlande ridicule ? »
Bises,
Yvno
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Tuesday, June 06, 2023
Merci beaucoup à chacune qui avez porté notre projet en vos lieux respectifs, il a eu beaucoup de sens pour moi. Il me semble que ces pages étaient plus un prétexte à Avignon et à Toulouse, il y a dix ans, ce DISPARAISSEZ-MOI !, mais qu’elles ont trouvé leur contexte dans le cadre des expos Robert. C’était juste, pour moi, de penser à Léopold en jouant l’écho de ce texte de Musset, parmi ces tableaux qui m’ont de plus en plus touché à mesure que je les ai fréquentés… Le beau temps nous a sans doute enlevé du public, mais comme cette saison est magnifique ! aussi bien à La Chaux-de-Fonds qu’à Neuchâtel... cette saison non manquante !
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Monday, June 05, 2023
F antôme précis
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Tuesday, May 23, 2023
Un texte écrit dans la foulée (et évidemment sans fin) qui ne s’adresse pas à des programmateurs comme tu vois (sauf à Patrik de Rham à qui je n’ai rien à cacher), mais plus à des interprètes…
J’aime l’idée de travailler avec Yan, cet engagement, parce que ça ma toujours paru formidable de travailler à deux. Souvent j’ai partagé ma vie avec des plasticiens pour en faire un spectacle. C’était apprendre ensemble. Ici aussi, nous allons apprendre ensemble. Nous ne savons pas où nous allons, mais dès l’enclenchement (qui a déjà eu lieu) nous savons que nous allons, nous savons que nous allons recueillir l’incohérence. Nous ne savons pas, nous n’avons aucune certitude, pas de dogme, rien de binaire, nous ne savons pas ce qui va se passer. Nous avons une intuition (et nous savons qu’elle est juste), celle de nous compléter. Nous nous intéressons peut-être autant par nos différences que par nos ressemblances. Nous ne voulons pas nous voler non plus, il y a peu d’enjeux, aucun de nous ne veut détruire… Nous sommes du même monde et ce monde n’est pas seulement humain. Loin de là. Donc nous ne savons pas. Les déserts, les inondations, les brûlures, les fontes, les morts…
Le dernier homme, la dernière femme. La dernière femme est triple
J’ai envie que le projet soit le plus théorique possible parce que, moi, je ne fais jamais rien de théorique, seulement du sensible, alors qu’on y aille, qu’on s’y mesure, y a pas de raison, la théorie, c’est beau…
On n’écrira pas de grand livre, non, on fera un spectacle flou comme un coquelicot
Ne sentez-vous pas le temps qui passe, qui respire ?
Qui est encore parmi nous ? Et les autres ? Apportez des paillettes que tout se voie…
Deux ans. C’est toutes les pièces. On devra en jouer en quantité…
Le mélange du clinquant et du faux, le centre à jamais dérobé, l’or peut-être…
Le fleuve, le fleuve et tous ses fleuves, toutes ses eaux, toutes ses eaux emportées par toutes les autres
« Mixed-times, dit-elle, are overflowing »
Il faudrait que le spectacle soit très, très religieux, mais que ça ne se voit en rien (on ne sait plus ce que c’est que le religieux)
Ne vous doutez de rien
Etre frappé de mysticisme (rien ne se voit)
Les comédiens pleurent beaucoup, souvent
Une forme risquée de cheminements : chaque production se paye d’une transformation douloureuse puisque jamais l’énoncé ne ressemble à ce qu’il réfère
La scène ne doit par être occupée par la communication, c’est tout le contraire qui est visé : d’immenses et périlleuses transformations chez le spectateur (rien ne se voit). Théâtre intérieur, parc intérieur, sans recul
Source unknown
A suivre (22 mai 2023),
YN
Yves-Noël Genod fêtera cette années (en juin) les vingts ans de sa compagnie. Plus de cent-cinquante spectacles. Performances innombrables. Yves-Noël Genod a beaucoup jouer en Suisse romande, principalement accueilli par l’Arsenic à Lausanne. On peut citer les spectacles qui y ont été présentés ou créés : La Mort d’Ivan Ilitch ; La Recherche ; Phèdre ; Rester vivant ; C’est le silence qui répond…
19 possibles définitions du théâtre d’YNG selon Isabelle Barbéris :
La tragédie comme théâtre de l’incertitude.
L’exposition non des choses mais des écosystèmes — ne plus isoler les choses. Analyser les polarités (cf. Goethe dans son Traité de sciences naturelles).
Un théâtre où le théâtre (par-delà le costume) est le personnage principal.
Un théâtre de l’économie de l’attention. Qui déroute toute tentative de focalisation et sollicite un niveau « pré-attentionnel » chez le spectateur.
Un théâtre où le contact se réduirait à des « micro-contacts » (également au sens sonore).
Un théâtre qui confronte, met côte à côte la mélodie et le bruit et où les airs (aria) se substituent au dialogue.
Un théâtre de l’incertain.
Un théâtre sans entracte... où il n’y a plus que « de l’entracte ».
Un théâtre sans dramaturgie, où la playlist, les invitations, les guests, le train-train des entrées et sorties ont remplacé toute velléité dramaturgique.
Un théâtre de Merlin et non d’Orphée.
Un théâtre « anamorphosé » (Mylène Farmer).
Un théâtre sans bruit ni fureur.
Un théâtre du « virtuel-actuel » (la notion de Bergson : le virtuel-actuel serait la structure de la mémoire. Un spectacle d’YNG révèle l’œuvre dans sa virtualité, sans la réaliser).
Un théâtre donc qui parlerait de l’irréalisé.
Etre dans le costume sans se l’approprier : un théâtre où le comédien mesure la distance qui le sépare du costume, de l’intérieur. Fondre (comme Richard II) et se réduire dans le costume « cristallisé ».
Un théâtre où la forme préexiste au contenu — c’est l’idée du kitsch, qui empêche toute dialectique.
Un théâtre qui raconte de manière désordonnée, et plaque non pas de l’ordre mais du « diffus » sur le chaos.
Un théâtre non pas qui propose, mais qui dispose.
Un théâtre entre l’immobilité et le chaos.
Un théâtre de dieux mortels (dans les deux sens du terme).
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Thursday, May 18, 2023
R obert, Musset & co
Bonjour Marie, bonjour Marianne,
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Friday, April 07, 2023
Cher Yves-Noël,
Merci pour votre message, votre retour sur mon livre… ne pas perdre l’énergie de l’enfance ?… vous avez raison je crois qu’il y encore une part d’enfance en moi, de naïveté et dans un certain sens d’illusion parfois même… pas toujours facile vivre…
Je voulais encore vous dire combien nos amis et connaissances ont apprécié ce voyage poétique en votre compagnie.
C’était étrange le lendemain, j’avais le sentiment d’avoir tout oublié de n’avoir plus qu’une impression globale de ce moment particulier et au fil des jours des bulles sont remontées à ma conscience pour ma plus grande joie! Cette fois je les ai notées...
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Thursday, March 23, 2023
Elle est belle, ta lettre, dis-donc… Il a quel âge, le gamin responsable de sa misère ?
C’est drôle, je n’avais pas compris qu’il y avait deux Mermet parmi les gens que Yan me proposait de rencontrer. Quand Clémence a dit, quelques minutes après toi, qu’elle ne venait pas, c’était comme si la même personne me souhaitait deux fois mon anniversaire…
Mon père et l’un de ses frères faisaient du ski de fond. Une fois, le journal local avait titré : LES FRERES GENOD MENAIENT LA COURSE DE BOUT EN BOUT (mon père dernier et mon parrain premier).
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Saturday, March 18, 2023
La France me fait peur. Vu d’ici, on comprend tous les exilés. J’ai joué hier VERS LE SOIR, la « conférence » sur la poésie, sur la disparition des espèces, sur l’absolu du monde, sur le paradis vue d’ici, sur l’humanité « en pièces détachées », sur l’eau profonde chez Josiane et Maurice qui avaient réuni dans leur isba près du lac une assistance choisie, une communauté d’amis. (Ce soir ce sera, à 18h30, à La Neuveville — prononcer Neuville —)
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Friday, March 17, 2023
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