Sunday, August 13, 2023

U ne scéno





 

Labels:

Tuesday, August 08, 2023

« Parce que parfois on va trop vite, on veut être partout et quelque part on est nulle part aussi » (François Damien)


« Mettre un peu d’art dans sa vie et un peu de vie dans son art. » Une devise pour notre projet ! (prononcée par Louis Jouvet dans Entrée des artistes)


« Rien n’est faux. Il suffit d’avoir un peu la foi et tout devient réel. » (id)


« Comme moi, vous vivrez plusieurs existences. » (id)


J’imagine un spectacle. Qu’est-ce qu’on aurait à dire qui équivaudrait à ne rien dire ? Il faut dans le spectacle une partie chaque soir improvisée, fabriquée localement, « Vous, Madame… » (et pas une autre). Comme quand je vais voir ma mère : c’est tous les jours la même chose et pourtant il y a des événements. Il faudrait comprendre qu’on peut tout jouer et que c’est tous les jours la même chose. Bref, il faut des interprètes de génie. Quand je parle d’« interprète de génie », les gens qui me connaissent savent quelle est ma référence. Celui auquel je pense peut tout jouer sans que ça change quoi que ce soit. SANS QUE ÇA CHANGE QUOI QUE CE SOIT. Bien sûr, que faire si on n’a pas totalement l'accès au même génie ? Tant mieux, peut-on se dire, tant mieux... Eh bien, jouer comme lui, viser de jouer comme lui, rien que la visée vous rend meilleur ; je peux en témoigner, il jouait son spectacle aux Bouffes du Nord juste avant le mien sur Proust, au lieu de m’écraser, ça  m’a porté, ça m’a donné des ailes. S’il brûlait, lui, comme un astre, je pouvais au moins m’approcher de sa chaleur. Cela dit, Claude Régy qui était allé le revoir lorsqu’il projetait de monter SOUTERRAIN-BLUES — ça ne s’était pas fait, à l’époque, Peter Handke traversait une période tempétueuse, il a été réhabilité aujourd’hui, il a reçu le prix Nobel — avait été déçu : ce n’était plus le jeune homme musculeux qu’il avait connu, il jouait avec une oreillette (je ne sais pas, sans doute que ça se remarquait…). Le spectacle que j'ai vu (5 fois), il lisait des prompteurs, ça ne gênait personne. C'est d'ailleurs une idée à reprendre pour nous aussi, si ça peut nous simplifier la vie, faut pas hésiter...


Et puis dans une liste ouverte des phrases bien tournées qu’on aimerait retrouvées dans le spectacle (vous connaissez cet artiste, cet écrivain, Jean-Jacques Schuhl qui rêve d’écrire des livres sans aucune phrase « de lui ») : 


« l’au-delà, l’élevé, l’autre — ou quel que soit le nom que l’on aimerait donner à l’espace supra-empirique scellé par des choses vagues chargées de pouvoir ». Ce qu’il écrit bien, ce salaud ! (J'ai nommé Peter Sloterdijk, ma nouvelle lubie...)


Peut-être que notre compagnonnage ne devrait être qu’une longue dramaturgie qui accumulerait nos lectures, quoi, nos recherches, sur 2 ans et qu’au final — si bien remplis de sens —, nous jouerions directement sans même avoir à répéter (un peu la méthode du groupe belge Tg Stan, non ?) 


(Mais dans de beaux costumes, quand même…)


« Il avait une passion particulière pour ces zones où les contraires deviennent indiscernables. » (Isabelle Huppert parlant de Claude Régy)


« Par exemple, l’odeur du grille-pain, le pain grillé, les bruits de pas dans la neige, faire du ski, se perdre, le soleil... » Olivier Van Hoofstadt, le réalisateur belge de Dikkenek, explique que, pour préparer son projet, il avait passé un an à faire des listes dans un cahier, page de gauche, de choses qu’il aimait (comme ici), page de droite de choses qu’il détestait


Allez, une phrase de Paul Valéry pour nous élever : « L’homme est généralement absurde dans ce qu’il cherche, mais il est admirable dans ce qu’il trouve ».

Ça tombe bien, 1) nous aimons le théâtre de l’absurde, 2) nous, les troubadours (ok, j’aime aussi les saltimbanques, ceux qui sautent sur le banc), nous sommes étymologiquement « ceux qui trouvent ». Bref, n’ayons pas peur de nous montrer en train de chercher, de patauger, mais n’oublions pas que nous devons trouver. Ce sont deux temporalités, la durée fastidieuse de la recherche, l’éclair de la trouvaille 


De toute façon, faire du théâtre est absurde (alors qu’il suffirait de danser comme des poissons ou des oiseaux)


Sinon on pourrait dire dans le spectacle : « Heureusement que ce soir c’est gratuit, hein, parce que sinon ce serait vraiment, heu… » (Elle dodeline de la tête.) Hein ? » 

Enfin, on peut d'ailleurs reprendre tout le sketch de Marie-Thérèse Porcher. : « Quoi vous avez payé ? C’est pas vrai, ils vous ont fait payer pour ça ! Pour un discours interminable entre quatre bacs à géraniums et sous une guirlande ridicule ? »


Bises, 


Yvno

Labels: ,

Tuesday, June 06, 2023


Merci beaucoup à chacune qui avez porté notre projet en vos lieux respectifs, il a eu beaucoup de sens pour moi. Il me semble que ces pages étaient plus un prétexte à Avignon et à Toulouse, il y a dix ans, ce DISPARAISSEZ-MOI !, mais qu’elles ont trouvé leur contexte dans le cadre des expos Robert. C’était juste, pour moi, de penser à Léopold en jouant l’écho de ce texte de Musset, parmi ces tableaux qui m’ont de plus en plus touché à mesure que je les ai fréquentés… Le beau temps nous a sans doute enlevé du public, mais comme cette saison est magnifique ! aussi bien à La Chaux-de-Fonds qu’à Neuchâtel... cette saison non manquante !

Tous mes vœux de réussite pour vos futurs projets !
Yves-Noël

Labels: ,

Monday, June 05, 2023

F antôme précis


C’était drôle et romanesque de te rencontrer l’autre soir sans être complètement sûr que ce soit toi, mais si quand même, mais non, on ne sait jamais, pourquoi n’y en aurait-il pas une autre qui lui ressemble... D’ailleurs tu ressemblais ce soir-là un peu à une sorte de Sylvia Plath...

Bises, 
Yves-Noël

Labels: ,

Tuesday, May 23, 2023


Un texte écrit dans la foulée (et évidemment sans fin) qui ne s’adresse pas à des programmateurs comme tu vois (sauf à Patrik de Rham à qui je n’ai rien à cacher), mais plus à des interprètes…


YN


J’aime l’idée de travailler avec Yan, cet engagement, parce que ça ma toujours paru formidable de travailler à deux. Souvent j’ai partagé ma vie avec des plasticiens pour en faire un spectacle. C’était apprendre ensemble. Ici aussi, nous allons apprendre ensemble. Nous ne savons pas où nous allons, mais dès l’enclenchement (qui a déjà eu lieu) nous savons que nous allons, nous savons que nous allons recueillir l’incohérence. Nous ne savons pas, nous n’avons aucune certitude, pas de dogme, rien de binaire, nous ne savons pas ce qui va se passer. Nous avons une intuition (et nous savons qu’elle est juste), celle de nous compléter. Nous nous intéressons peut-être autant par nos différences que par nos ressemblances. Nous ne voulons pas nous voler non plus, il y a peu d’enjeux, aucun de nous ne veut détruire… Nous sommes du même monde et ce monde n’est pas seulement humain. Loin de là. Donc nous ne savons pas. Les déserts, les inondations, les brûlures, les fontes, les morts…


Le dernier homme, la dernière femme. La dernière femme est triple


J’ai envie que le projet soit le plus théorique possible parce que, moi, je ne fais jamais rien de théorique, seulement du sensible, alors qu’on y aille, qu’on s’y mesure, y a pas de raison, la théorie, c’est beau…


On n’écrira pas de grand livre, non, on fera un spectacle flou comme un coquelicot


Ne sentez-vous pas le temps qui passe, qui respire ? 


Qui est encore parmi nous ? Et les autres ? Apportez des paillettes que tout se voie…


Deux ans. C’est toutes les pièces. On devra en jouer en quantité…


Le mélange du clinquant et du faux, le centre à jamais dérobé, l’or peut-être…


Le fleuve, le fleuve et tous ses fleuves, toutes ses eaux, toutes ses eaux emportées par toutes les autres


« Mixed-times, dit-elle, are overflowing »


Il faudrait que le spectacle soit très, très religieux, mais que ça ne se voit en rien (on ne sait plus ce que c’est que le religieux)


Ne vous doutez de rien


Etre frappé de mysticisme (rien ne se voit)


Les comédiens pleurent beaucoup, souvent


Une forme risquée de cheminements : chaque production se paye d’une transformation douloureuse puisque jamais l’énoncé ne ressemble à ce qu’il réfère 


La scène ne doit par être occupée par la communication, c’est tout le contraire qui est visé : d’immenses et périlleuses transformations chez le spectateur (rien ne se voit). Théâtre intérieur, parc intérieur, sans recul


Source unknown


A suivre (22 mai 2023), 


YN


Yves-Noël Genod fêtera cette années (en juin) les vingts ans de sa compagnie. Plus de cent-cinquante spectacles. Performances innombrables. Yves-Noël Genod a beaucoup jouer en Suisse romande, principalement accueilli par l’Arsenic à Lausanne. On peut citer les spectacles qui y ont été présentés ou créés : La Mort d’Ivan Ilitch ; La Recherche ; Phèdre ; Rester vivant ; C’est le silence qui répond


19 possibles définitions du théâtre d’YNG selon Isabelle Barbéris :


La tragédie comme théâtre de l’incertitude.

 

L’exposition non des choses mais des écosystèmes — ne plus isoler les  choses. Analyser les polarités (cf. Goethe dans son Traité de sciences naturelles).

 

Un théâtre où le théâtre (par-delà le costume) est le personnage principal.

 

Un théâtre de l’économie de l’attention. Qui déroute toute tentative de focalisation et sollicite un niveau « pré-attentionnel » chez le spectateur.

 

Un théâtre où le contact se réduirait à des « micro-contacts » (également au sens sonore).

 

Un théâtre qui confronte, met côte à côte la mélodie et le bruit et où les airs (aria) se substituent au dialogue.

 

Un théâtre de l’incertain.

 

Un théâtre sans entracte... où il n’y a plus que « de l’entracte ».

 

Un théâtre sans dramaturgie, où la playlist, les invitations, les guests, le train-train des entrées et sorties ont remplacé toute velléité dramaturgique.

 

Un théâtre de Merlin et non d’Orphée.

 

Un théâtre « anamorphosé » (Mylène Farmer).

 

Un théâtre sans bruit ni fureur.

 

Un théâtre du « virtuel-actuel » (la notion de Bergson : le virtuel-actuel serait la structure de la mémoire. Un spectacle d’YNG révèle l’œuvre dans sa virtualité, sans la réaliser).

 

Un théâtre donc qui parlerait de l’irréalisé.

 

Etre dans le costume sans se l’approprier : un théâtre où le comédien mesure la distance qui le sépare du costume, de l’intérieur. Fondre (comme Richard II) et se réduire dans le costume « cristallisé ».

 

Un théâtre où la forme préexiste au contenu — c’est l’idée du kitsch, qui empêche toute dialectique.

 

Un théâtre qui raconte de manière désordonnée, et plaque non pas de l’ordre mais du « diffus » sur le chaos.

 

Un théâtre non pas qui propose, mais qui dispose.

 

Un théâtre entre l’immobilité et le chaos.

 

Un théâtre de dieux mortels (dans les deux sens du terme).

Labels: ,

Thursday, May 18, 2023

R obert, Musset & co


Bonjour Marie, bonjour Marianne, 


D’abord, bravo à vous et vos équipes pour vos deux expositions sublimes — elles m’ont révélé toute une planète très mystérieuse, un état des choses mystérieux de cette première moitié du XIXème siècle, oui, une matière très vivante, abordable, tout d’un coup d'une richesse révélée, un patrimoine — bravo ! L’histoire de ces deux garçons, Léopold et Aurèle est magnifique.

Je suis content aussi de mon choix du Musset, c’est encore plus en rapport avec Léopold Robert que j’espérais (ne serait-ce, par exemple, que Léopold soit tombé amoureux d’une Bonaparte). D’ailleurs, le texte de Musset sur Léopold Robert à Venise est le plus beau dans le livre d’Alain Corbellari*. Pour la communication il faut certes mettre le titre : Disparaissez-moi !, mais dire immédiatement qu’il s’agit d’une lecture de ce texte de 17 pages sur le « mal du siècle » qu’Alfred de Musset a d’ailleurs d’abord publié seul dans une revue avant d’en faire le prologue de sa Confession d’un enfant du siècle. C'est l’idée que l'auteur parle au nom d'une génération. On peut utiliser cette citation : « comme il y en a beaucoup d’autres que moi qui souffrent du même mal, j’écris pour ceux-là, sans trop savoir s’ils y feront attention ».

Maintenant, je n’ai pas vraiment trouvé de solution de diffusion. C’est de ma faute, d’habitude je ne décide jamais de rien sans avoir vu les lieux. Là, j’ai été léger, j’ai cru qu’on trouverait bien un endroit, un coin tranquille… mais, ces endroits,  je ne les ai pas trouvés. Donc, si vous le voulez, on peut annuler. Je le comprendrais.

D’abord, à la Chaux-de-Fonds, eh bien, même en travaillant dans la salle de l’expo qui est la meilleure acoustiquement — que vous m’avez indiquée, Marie — on n'entend rien. On ne perçoit rien. J’en ai même apostrophé grossièrement Marianne qui avait la bonté de faire les essais avec moi : « Mais enfin, Marianne, ce n’est pas possible, vous mangez les mots, je suis à 1m50 de vous et je ne comprends pas ce que vous lisez ! »
J’ai l’air comme ça de faire ma Maria Callas qui, raconte-t-on, avait refusé de chanter au Palais Garnier parce que le plancher grinçait, mais ce n’est pas tout à fait ça ; c’est simplement que, le public, si je le fais — même si, grâce à Dieu, on peut couper la soufflerie de la clim et fermer l’accès à l’expo pendant la performance —, ce n’est pas la peine de le convoquer parce qu’il ne va strictement rien se passer. Faire cette lecture ou rien, ce sera pareil. Pas d’acoustique pour l’écoute. 
Il y a une solution que j’ai trouvée in extremis, qui serait parfaite, mais ne va sans doute pas être possible, ce serait de jouer dans une pièce du rez-de-chaussée qui sert à la présentation d’une œuvre (voir photo). Là, on entend parfaitement. Pas de souffrance auditive. Mais cela demanderait de déplacer les éléments de l’œuvre posés sur un socle (bien sûr, mais c'est facile, suspendre la vidéo). Ce nest pas à l’intérieur-même de l’expo Robert comme envisagé, et ce serait pour peu de personne, une vingtaine sur des chaises ou un peu plus assis au sol sur des coussins — ce qui serait mieux —, 25-30 en comptant ceux qui peuvent rester dans la porte (et entendre quand même). Je pourrais aussi jouer deux fois de suite pour permettre un accueil supplémentaire,  par exemple à 16h comme c’est prévu et à 17h pour ceux qui n’ont pas pu arriver à 16h ou d’autres si on peut faire passer l’info de ces deux séances au lieu d'une…
Franchement, je ne vois pas où jouer ailleurs. Antonia disait tout à l’heure qu’il y avait un jardin, mais, là encore, à moins de quelque grotte, il n’y a pas d’acoustique dans les jardins… Le 2 juin, Marianne, tu es censée me prendre à 9h en bas pour m’emmener à La Chaux, ce qui laisserait du temps de répétition sur place avant la générale de 14h, mais on a déjà bien essayé dans les salles de l’expo sans trouver aucune solution. Et, le micro, une dame du musée dont malheureusement le nom m’échappe, m’a dit que ça n’arrangeait rien (on pourrait de toute façon monter le micro que j’envisage d'utiliser à Neuchâtel (voir photo), mais, c’est vrai, je ne pense pas que ça sauve la baraque).

A Neuchâtel, on a trouvé une salle dans l’expo où, avec ce micro donc, je pourrais tenter quelque chose que je n’ai pas faite jusque là, c’est-à-dire accentuer le grand-guignol de la mort et de la destruction très présent dans le texte, en jouant de la résonance de crypte de la salle… transformer la contrainte en une chose voulue… comme, un peu, un sermon de Bossuet, peut-être (un truc pour faire peur à Marianne, quoi). Mais c’est risqué, dans le sens que je dois ralentir la diction (sinon on n’entend rien), ce qui met la performance plus près d’1h que de 45 mn et je ne suis pas sûr que les gens supporteront ça plus d’1/4 d'h. A vérifier à la générale. C’est risqué, mais peut-être qu’il y a là un challenge, l’étrangeté de la résonance, je peux, peut-être en jouer… A Neuchâtel, il y a bien des salles (au rez-de-chaussé) dont l’acoustique est bonne, mais elle seront occupées justement ce jour-là, le 4, par une manifestation autour du clavecin. 
Cela veut dire aussi — je ne sais pas si c’est même envisageable — la suppression totale pendant 1h des visites de l’expo Robert — et aussi pendant la générale du vendredi —, une seule personne qui marche dans la pièce à côté et on n’entend plus rien… Ce qui veut dire aussi ne laisser personne entrer — rejoindre la performance — après son début. Il faut que tout soit figé comme le château de la Belle au bois dormant pour qu’on ait une chance d’avoir l’expérience du tréfonds.

Voilà où j’en suis. Une solution parfaite à la Chaux-de-Fonds, à condition de le faire pour un petit public et d’éventuellement de la doubler. Mais comment prévoir l’affluence ? j’ai compris que les gens ne s’inscrivaient pas à l’avance, que ça dépendait de la météo, etc.
A Neuchâtel solution risquée, intéressante je l’espère, mais pour laquelle il faut prendre des mesures draconiennes (pas un bruit). Sinon il y a aussi à Neuchâtel, des espaces de réserve où, si petit nombre, ça pourrait pour moi très bien se faire et se doubler (voir photos). J’ai raconté à Marianne, je crois, que, pour la conférence sur la poésie suisse (Vers le soir) que je donne maintenant dans des salons privés, que je devais initialement jouer en plein air sur la place du Château pendant le festival de la Cité à Lausanne, j’ai eu la chance qu’il pleuve à cordes (mot qu’on ne prononce pas dans les théâtres), ce qui fait que j’ai amené la cinquantaine de personnes qui avaient fait le déplacement sous la pluie dans ma loge voisine, heureusement vaste, sèche et calme et que le succès de cette forme vient de là (sinon ç’aurait été juste un bide — ce que ça a été le lendemain où il n’a pas plu suffisamment pour que je refasse le même coup).

Pardon de ce long mail. On peut se joindre plus rapidement par téléphone : 0033 6 ...

Très cordialement, 

Yves-Noël

* qui se trompe sur un point page 108, il parle du « tamis impeccable du goût » dont parlerait Baudelaire, mais le texte de Baudelaire parle, lui, page 111, du « tamis implacable du goût » (là, on reconnaît Baudelaire).

Labels: ,

Friday, April 07, 2023

Cher Yves-Noël,

Merci pour votre message, votre retour sur mon livre… ne pas perdre l’énergie de l’enfance ?… vous avez raison je crois qu’il y encore une part d’enfance en moi, de naïveté et dans un certain sens d’illusion parfois même… pas toujours facile vivre…

Je voulais encore vous dire combien nos amis et connaissances ont apprécié ce voyage poétique en votre compagnie.

C’était étrange le lendemain, j’avais le sentiment d’avoir tout oublié de n’avoir plus qu’une impression  globale de ce moment particulier et au fil des jours des bulles sont remontées à ma conscience pour ma plus grande joie! Cette fois je les ai notées...

Par contre je n’arrive pas à me rappeler de la phrase d’assez au début que je vous avais demandé de répéter, si vous vous rappelez de laquelle c’est, pourriez-vous me l’envoyer? j’aurais vraiment du prendre des notes…
Avec Matthias nous rentrons d’une visite chez mon parrain Gilbert Vincent, ami de Gustave Roud et Philippe Jaccottet. Nous sommes allés dans sa patrie sur les hauts de Lausanne à Savigny dans les grands espaces de la campagne vaudoise avec des maisons d’époque comme le vieux collège...et avons bien pensé à vous également.
Voilà si jamais vous revenez par ici c’est avec joie que nous vous accueillerions pour un nouveau voyage poétique…à Chézard!
Bon courage pour  le chaos de Paris et de la France actuelle…et bon tri dans la maison de vos parents…cela doit être étrange...
Je suis vraiment heureuse d’avoir répondu à la proposition de Yann Walther du Pommier et vraiment enchantée de vous avoir ainsi rencontré chez nous, si simplement finalement…Merci, merci, merci
Manon retouche encore les photos qu’elle a faites et je vous les enverrai bientôt
Avec mes bons messages
Anne 



Merci, Anne !
Je vous envoie (en pièce jointe) les papiers que j’avais sous les yeux ce soir tout particulier — qui me restera je crois longtemps en mémoire —, il se peut que vous y retrouviez votre citation ; il se peut aussi que je l’aie rajoutée de mémoire, mais, dans ce cas (j’ai oublié, comme je le fais parfois, d’enregistrer), je ne vois pas de quoi il s’agit…
Je pars au ski quelques jours en Haute-Savoie, un peu d’air frais comme vous le connaissez plus quotidiennement que moi…
Au plaisir !
Yves-Noël
Merci à Manon pour les photos ! 



Cher Yves-Noël,
J’espère que vous allez bien et que vous avez eu de belles journées de ski et d’air frais.
Je vous remercie infiniment pour les papiers de votre performance, quel cadeau, c’était délicieux de les relire et je les relirai encore et surtout, j’ai retrouvé cette phrase qui m’avait tant marquée :
une phrase de Marguerite Duras qui dit : “Mais parler des problèmes de l’humanité, cela ne veut rien dire, hein? Mais parler des problèmes de l’humanité, cela ne veut rien dire : la bataille incessante, / jour après jour,/on la mène avec soi, /par la tentative de résoudre son ir-ré-so-lu-bi-li-té.”
irrésolubilité, ça veut dire qui ne peut être élucider, recevoir de solution.)
J’ai toujours de la peine à me lancer dans des grands débats sur les grandes causes de l’humanité, je n’arrive pas à accrocher dans ces discussions trop générales pas que le sort de l’humanité m’indiffère mais en parler des heures m’ennuie, ne me touche pas (cela reste des concepts dans ma tête et je décroche)… je peux accéder à l’humanité par les expériences personnelles qui sont justement faites de ces combats internes et combien parfois puissants et ravageurs qui sont déjà toute une montagne d’insolubilité tant à travers les miennes qu’à travers les expériences particulières, uniques des personnes que je rencontre, que j’aime, que j’accompagne…pour cela je suis parfois un peu sauvage, en marge de la foule…comme un besoin immense d’élucider un tout petit peu tout cela...
Cette question de l’irrésolubilité a quelque chose de vertigineux qui frise l’absurde par moments et pourrait me donner par moments le sentiment que le passage sur cette terre est finalement assez vain, c’est selon le point de vue…
Votre performance m’invite vraiment à aller relire Jacottet, Roud, Alice Rivaz, Marguerite Duras, Rilke et tant d’autres… pour cela merci aussi.
Je suis également partie au frais dans le pays d’En-Haut vers Chateau d’Oex ä Rossinière pour marcher, me reposer, écrire, lire et voilà que je tombe malade! la vie est amusante quand le corps sent qu’il peut se relâcher, toute la fatigue ressort avec une force un peu désarçonnante… rien de grave un bon refroidissement et aujourd’hui je reprends contact avec le monde…
Voilà, désolée de vous avoir raconté mes petites histoires, c’est venu comme cela, je vous souhaite encore un bon dimanche et à une prochaine
bien à vous
Anne



Ça me fait très plaisir que vous me racontiez vos petites histoires ! Je vous conseille aussi André Dhôtel vers lequel je reviens par Philippe Jaccottet (chez Fata Morgana, de Philippe Jaccottet : ‘Avec André Dhôtel’). Voici d’ailleurs un passage d’André Dhôtel qui risque de vous plaire, qui me rappelle vos Mandalas : 

« Je suis obligé de gagner de l’argent, vous le savez bien, et personne n’a jamais pris la peine de m’instruire. Pourtant, je me pose des questions sur certaines choses dont j’ai entendu parler. J’ai entendu parler de la pensée. Qu’est-ce que c’est que la pensée ? Après bien des jours (il s’éloignait et revenait) j’ai compris que c’était un abîme (ses épaules balançaient le fardeau), un abîme vraiment impossible à combler. Il n’y a rien dans la pensée. Je l’ai su en regardant les plantes. Elles sont toutes pareilles à des constellations. Des lignes ou des points dans les nuits et dans les jours, et dans l’univers. L’univers vagabonde comme un enfant à travers ses abîmes. Mais il n’y a rien, absolument rien, que le temps de Dieu, que chacun mesure à sa façon. Et tout cela, c’est une gloire immense, puisqu’il n’y a rien nulle part et que pourtant quelqu’un sait. Je regarde bien des choses pendant ma journée : la fourmi qui s’avance, les papillons qui construisent des triangles et des chemins, l’araignée qui descend, qui monte et qui attend, les fleurs qui s’ouvrent. Car je peux voir, moi qui passe, et repasse toujours, les fleurs bourgeonner, grossir, trembler et s’ouvrir avec une douceur aussi puissante que le tonnerre. Toutes ces choses sont des horloges, et l’on ignore le cœur de ces horloges parce que c’est aussi un abîme. Il y a des milliers d’abîmes qui s’entrecroisent. Et vous dites voilà une fleur, voilà un chien, voilà un homme. Chaque fois que vous dites cela, vous prononcez un mot aussi grand que le ciel. Si vous revenez me voir un jour, je vous parlerai des pluies que j’ai contemplées sur la route, des jeunes filles, des vieilles femmes qui y sont venues. Je suis en service à la scierie depuis trente ans, quoique je n’aie pas toujours fait la même besogne. Mais sur la même route, j’ai vu les mêmes visages changer, changer, et les yeux seuls demeuraient éternels. Sans rien comprendre, j’ai vu sur la route les éclairs de nombreux orages (crimes ou colère comme en moi ou en vous, passants). Et plus tard le ciel dormait dans les flaques d’eau. » 

Bien à vous, portez-vous bien, vous et tous vos proches, 
Yves-Noël

Labels: , ,

Thursday, March 23, 2023


Cher Yves-Noël,
je ne sais pas encore exactement pourquoi tu m’es possiblement « cher », et peut-être le découvrirai-je plus tard.
Mais pas demain…
Je ne serai pas là demain,
ou si tu me lis demain,
je ne serai pas là aujourd’hui qui n’est plus demain.
Pourquoi ?
Parce que parce que parce que
Il y a des raisons qui peuvent ressembler à des excuses si on les étales.
Parce que je ne serai pas là demain.
Yan nous disait dans son mail qui nous préparait à cette rencontre qu’il fallait venir avec force de proposition et être disposé à montrer ses talents certains et extraordinaires.
J’ai un nouveau talent en ce moment, qui consiste à casser plusieurs assiettes d’affilée, parée d’une colère muette.
J’ai un désir naissant de briser des choses, d’avoir une pièce entière ou tout détruire.
Si j’étais venue aujourd’hui ou demain, c’est ce que j’aurais aimé faire. Venir avec une pile d’assiettes et les lancer. Si aujourd’hui je devais faire une proposition scénique je ferai ça, de la destruction. En restant stoïque peut-être. Ah, oui, j’imagine ça.
Une cage en verre, dans laquelle on voit une femme nue avec des très long cheveux qui allaite un bébé. Et au dehors une autre femme qui, ou la même, qui casse tout en faisant beaucoup de bruit.
Je me disais que les femmes en post-partum ont sans doute le profil idéal pour être tueur à gage.
On devrait y penser.
Envie de mort en donnant la vie.
Envie de détruire.
J’ai un nouveau talent en ce moment. Je produis de la nourriture. Je peux asperger des visages de mon lait. Si j’étais venue aujourd’hui ou demain, c’est ce que j’aurais aimé faire.
Appuyer sur mes seins et vous asperger de mon lait. Ou vous obliger à en boire. 
Un jour, je ferai du savons avec mes restes.
Source qui ne tarit pas, tant que.
Et si j’avais eu envie de partager des mots avec vous, j’aurais pris…
quoi ?
J’aurai pris 
Les liaisons dangereuses parce que j’adore la correspondance plus que tout
L’Art de la joie, et je n’arrive plus vraiment à dire pourquoi (un magnifique roman d’une Italienne)
Eugène Onéguine, parce que Pouchkine est incroyable, et parce qu’un jour je voudrais donner à entendre ce poème pendant des heures
Voilà ce qui me vient sans aller regarder ma bibliothèque.
J’aime écrire.
Je le fais maladroitement et assez spontanément je crois.
J’aimerais écrire.
Et je ne sais pas encore exactement quoi.
C’est étrange de dire ça.
J’aimerais te rencontrer.
Mais pas maintenant.
Alors voilà ce que je peux te donner là.
Et si tu veux quand même une fois, plus tard, boire un café ou trouver une autre manière de, alors, oui. Redis-moi quand tu reviens, plus tard (tu vois j’insiste sur le plus tard). Ou écris moi.
Bonne Suisse 
Camille



Elle est belle, ta lettre, dis-donc… Il a quel âge, le gamin responsable de sa misère ? 

C’est drôle, je n’avais pas compris qu’il y avait deux Mermet parmi les gens que Yan me proposait de rencontrer. Quand Clémence a dit, quelques minutes après toi, qu’elle ne venait pas, c’était comme si la même personne me souhaitait deux fois mon anniversaire…

Mon père et l’un de ses frères faisaient du ski de fond. Une fois, le journal local avait titré : LES FRERES GENOD MENAIENT LA COURSE DE BOUT EN BOUT (mon père dernier et mon parrain premier).

Ben, oui, on pourrait se rencontrer encore, la vie nous mène… J’aimerais tellement m’installer en Suisse, si tu savais. Je ne comprends rien à la France, j’en ai marre de la « Révolution française » permanente.
Ton histoire de lait me rappelle un extrait d’Emanuele Coccia (sans doute réécrit parce que je ne le retrouve pas) que je prononce dans la « conférence » sur la poésie, VERS LE SOIR, jouée à domicile chez ceux (de Suisse romande) qui la veulent. Je viens de la redonner quatre fois autour de Neuchâtel. 
L’amour, c’est se transformer en nourriture pour l’autre. Comme une mère se met à fabriquer du lait. Ou une plante un fruit. Nous les vivants, nous ne sommes pas des proies. Ou pas que. Nous sommes surtout, les uns pour les autres, des fruits. Et nous ne cessons de nous chercher — pourquoi ? — parce que le goût de l'autre nous donne de l’ivresse...
Si ça peut te calmer
T’embrasse, très chère, 
Yves-Noël
Il y avait un numéro de music-hall dans des temps reculés (je ne l’ai pas vu, mais quelqu’un que j’ai vu vivant en faisait le récit) : un type qui arrive et qui ne fait que ça, c’est son numéro : casser des assiettes. Et puis ensuite déblayer. Et numéro suivant. Un autre, je crois, étendait du linge. Peut-être le même. Ou peut-être je l’invente. C’est plus difficile, le linge...
C’est vrai que ce serait un bien beau spectacle si, au milieu, tu y venais pour casser des assiettes. On rêve avec Yan d’une forme complètement hétérogène. C’est presque impossible à réaliser. On commence dans un ton, et puis tout d’un coup, il y a un vrai conférencier qui vient et qui fait une conférence sur la mort (une bonne demi-heure), au ciné, c’est plus banal, peut-être. Et puis on retourne à la fiction, mais elle a vrillé, ou pas, etc. La vraie hétérogénéité, ce serait qu’un mouton vienne parler. Pas évident. Mais enfin, c’est ce qu’on veut, au théâtre, du facile et du pas évident. 
Et puis surtout, comme je suis rapide ou faible, j’ai déjà bâti le spectacle auquel Yan te proposait de participer. Je l’ai fait avec les trois filles qui étaient là dimanche (disons qu’on a le principe et qu’elles en ont fait une demi-heure). Ça pourrait s’appeler Trois femmes ou Une comédie française ou Auditions à Neuchâtel, etc. Alors, voilà, comme je ne peux pas penser plus loin que mon nez (et donc en imaginant que le spectacle se joue samedi), ce serait bien, comme pour les Trois Mousquetaires qu’il y en ait une quatrième, de femme, qui arrive à un moment, au milieu ou à la fin (pas besoin de répéter ou, disons, tu peux le répéter chez toi) et qui casse des assiettes. Ça fait longtemps, en fait depuis qu’on parle de théâtre engagé que j’ai envie d’en donner, moi aussi, ma version. Du théâtre revendicatif vocatif qui casse tout. 
J’ai trop envie de lire L’Art de la joie de Goliarda Sapienza (quel nom !) Les deux autres, j’aime déjà. Eugène Onéguine, tu devrais le faire, ça t’irait super !
Bonne France, 
Yves-Noël

Labels: ,

Merci Antonia ! 
En regardant le film, qui insiste sur le romantisme très sombre de Léopold Robert, je me suis souvenu d’une lecture de Musset, le chapitre 2 de La Confession d’un enfant du siècle que j’avais donnée d’abord un soir à Nantes puis vingt-cinq soirs (fins d’après-midi) au festival d’Avignon (off), j’allais de salons en salons, d’hôtels de luxe (La Mirande) en châteaux (de Montfrin), d’hôtels particuliers intra-muros en maisons bourgeoises. Il fallait que les lieux découverts, chaque jour différents, fassent le plus possible « décor », décalent autant que possible le festivalier en tongs dans une dimension jamais ouverte, comme un peu « derrière la façade », passer à l’arrière ; j’avais donc tapé dans le luxe ; je me souviens de logeurs éventuels qui m’avaient répondu très gentiment : « On aimerait bien le faire, mais on n’ose pas parce qu’on a des Picasso... ». C’était un hors-les-murs du théâtre de la Condition des soies qui m’avait pris dans sa programmation une année où je n’avais pas assez d’argent pour louer la salle. Puis ça avait été repris selon le même principe à Toulouse par le théâtre Garonne. On pourrait réactiver cette lecture dans les expositions (il faudrait y trouver le lieu idéal). Ainsi, on aurait un éclairage supplémentaire de l’œuvre de Léopold Robert, pas complètement direct, mais peut-être intéressant, sans que j’aie, moi, l’ambition d'écrire un nouveau spectacle (ce qui me demanderait trop de temps, le budget ne le permet pas). Bien entendu, j'étudierais encore tous les documents que vous pourriez me transmettre, parce que peut-être qu’il m’en viendrait une autre idée — mais je sais qu’il faut se décider très vite pour l’annonce dans la brochure —, mais, surtout, parce que ça me permettrait de bâtir les ponts entre ce texte célèbre de Musset — qui rend compte du malaise de cette fameuse génération perdue qu’on a appelée le « romantisme » — et la vie et l’œuvre de ce pauvre enfant, ce pauvre Léopold souffrant. Je ne sais pas ce que vous pouvez en penser, si ça peut être intéressant de rattacher Léopold Robert à cette génération française (lui : 1794, Musset : 1810, Nerval : 1808, Chateaubriand : 1768, Delacroix : 1763, Géricault : 1791…)
(Excusez la grossièreté des à-peu-près de ce mot, je ne maîtrise pas (encore) mon sujet…)
Yves-Noël
Mon adresse : 
Genod
8, rue Jacques Kablé
75018 Paris
Mais il faut que ce ne soit pas trop épais, que ça passe par la fente d’une boîte aux lettres, il n’y a rien de prévu pour recevoir les paquets (qui se perdent)…

 

Labels: , ,

Saturday, March 18, 2023

La France me fait peur. Vu d’ici, on comprend tous les exilés. J’ai joué hier VERS LE SOIR, la « conférence » sur la poésie, sur la disparition des espèces, sur l’absolu du monde, sur le paradis vue d’ici, sur l’humanité « en pièces détachées », sur l’eau profonde chez Josiane et Maurice qui avaient réuni dans leur isba près du lac une assistance choisie, une communauté d’amis. (Ce soir ce sera, à 18h30, à La Neuveville — prononcer Neuville —)

Labels: ,

Friday, March 17, 2023

Cher Yves-Noël,

Merci de m'avoir écrit.

J'espère que l'incarnation russe s'est passée sans trop de tourment. Vous parlez de théâtre noir. N'est-ce pas Artaud qui écrivait : « Le théâtre [...] dégage des forces, il déclenche des possibilités, et si ces forces et possibilités sont noires, c'est la faute non pas de la peste ou du théâtre, mais de la vie. » (Le théâtre et son double)
Plus loin d'ailleurs, comme en écho à votre magnifique propos de mardi soir au sujet de la beauté, il dit : « C'est ainsi que la vraie beauté ne nous frappe jamais directement. Et qu'un soleil couchant est beau à cause de tout ce qu'il nous fait perdre. »

Où est la poésie ? Dans les mots ? Sous les mots ? Entre eux ?
Et la beauté ?

Artaud encore :
« Sous la poésie des textes, il y a la poésie tout court, sans forme et sans texte. »

Vos mots à vous, mardi, m'ont redonné le désir d'une écriture. 

La merveilleuse citation de Bernanos m'a rappelé cet autre mot de Roud :
« L’éternel n’est pas une Terre promise à la pointe extrême d’un chemin de sueurs et de larmes, et nul n’en pourrait forcer l’accès par quelque intrusion frauduleuse, puisque nous sommes en lui»
Et plus loin encore, en réponse à l'interrogation angoissée de Baudelaire (« Où sont nos amis morts ? Pourquoi sommes-nous ici ? »), il poursuit : « Que répondre, sinon que nul de nos amis n’est mort, et qu’il ne tient qu’à nous de n’être pas ici ? Mais qu’est-ce qu’ici ? Et n’est-ce pas un peu notre faute si nous n’en faisons pas un perpétuel ailleurs ? Il ne s’agit d’aucune évasion par la rêverie ou le poison, de nulle absence du corps ou de l’âme. Simplement, d’une présence insuffisante. Il y a une certaine pauvreté, une avarice de notre cœur, de notre regard, de notre esprit, qui rendent ici toujours pareil à soi, en lui conférant tout l’inexorable d’une prison. Et même, certaine hantise du Ciel n’est-elle pas née d’une secrète impuissance à voir ce monde-ci, tandis que si nous savions le voir, il deviendrait pour nous le Ciel ? »

Mais comme je vous l'ai dit, c'est la certitude même que l'on pourrait ne serait-ce qu'entrevoir ce « Ciel » (le Monde) qui me semble aujourd'hui atteinte en son cœur. 
Restent des traces. Douteuses.

Merci de vous être procuré mon livre, et de l'avoir lu dans la lumière, cela me touche évidemment. 
Tous les vivants préparent des fleurs pour toutes les princesses. Reste à trouver des vivants. Qui soient à la fois, sur la scène du monde, de vrais morts, n'est-ce pas ?
« Ferme les yeux, afin que s'ouvre l'œil intérieur ». Et c'est Odin au pied d'Yggdrasil, qui troque son œil unique contre un peu de pluie fine. Au terme de l'épreuve, il s'abaisse et ramasse les runes, sans comprendre que ce qu'il tient entre les doigts n'est que la dentelle égarée du jour.

Merci encore pour ce moment de vraie poésie.

Bien à vous,

Mauro



Merci beaucoup pour ce florilège de citations ! j’en placerai ce soir… Quelle joie, la littérature, quand elle est exacte comme cela ! et qu'elle répète inlassablement, jour à jour, ce qui nous rend à notre dignité, ne nous abandonne pas… Si je pouvais avoir la force de m’y vouer avec plus d’abnégation… Vous, écrivez ! Oui. Tenez à votre « désir d’écriture », écrivez plein ! puisque vous en avez la possibilité. Comment disait célèbrement Beckett ? «  Accrochez-vous à votre désespoir et chantez-nous ça. »  J’apprends peu à peu vos poèmes sublimes (comme gravés sur les murs et les frontons d’un temple), vos formules lourdes et légères, très accompagnantes, éclairant quelque chose qui ressemblerait à une chambre d’hôtel heureuse, comme la présence du lac, ici, comme la présence de la neige, là-haut. Il y a donc, de temps en temps, quelque puissance qui rend heureux, je veux dire, de vivre librement parmi ses congénères… Je ne sais pas pourquoi, ce matin (le très beau « Promontoire »), je repense un peu à Maurice Blanchot que j’ai lu il y a si longtemps (ado) sans vraiment trop comprendre (Thomas l’Obscur), je pourrais y retourner. Je relis aussi celui, cinématographique, de Rimbaud. C’est beau quand les frontières de temps sont « errantes », comme vous le dites, et qu’on a l’impression de dialoguer « en lui », dans l’éternel... 

Yves-Noël

Aussi un vers s'amuse à résonner avec l’actualité française, l’impression que c’est la guerre, ce matin, en lisant la presse (je me demandais s’il ne fallait pas que je reste ici) : « et ta voix s’est brisée sur l’annonce des grèves ». 
« Quand irons-nous, par delà les grèves et les monts, saluer la naissance du travail nouveau »...
Ah, je retrouve dans le poème suivant la très belle allusion à Odin (comme vous m’avez parlé d’Yvain) que je ne connaissais pas : « Tu marchanderas un peu d’amour contre un peu de pluie fine » 
Décider d'aimer «  tout ce qui rime avec douleur », mon Dieu, que c’est beau ! Peter Handke disait que, quand il voyait la couverture de la traduction française de son Chinois de la douleur, il lisait toujours « couleur »... 
(Etc.)

Labels: , ,