Wednesday, April 27, 2016

L a Gente que pasa por la calle


Comme c’est long de pénétrer une culture… Si j’étais poète, je décrirais ce que je vois par la fenêtre. La ventana… La baie vitrée, la vitrine, le cristal. C’est au-dessus de la porte de l’hostal, à l’entresol on dirait en France, la porte cochère de l’auberge fait beaucoup de bruit toutes les quinze, vingt secondes. Ça donne sur la place. Il n’y a pas de rideau (ainsi l’a voulu le décorateur). Le cristal est sale. Mon lit donne sur ce cristal. Je vois tout le monde (ah, si j’étais poète…) et le monde entier peut me voir (si j’étais pute…) Je suis dans un dortoir de dix lits, mais le mien donne sur le cristal. Toute la nuit les lumières changent sur la place (changeante selon l’activité), les voitures de polices, les cars, les parkings, les taxis… A côté, le théâtre Calderon… Ce n’est pas le problème numéro un dormir dans la rue j’ai toujours rêvé, non, le problème, c’est cette porte qui claque qui fait que je ne m’endors pas facilement, je manque de sommeil, la porte ne se calme que vers une heure...

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Sunday, April 17, 2016


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F iesta


La fête des Fallas à Valencia, je ne pourrais rien en dire — ne cherchez pas non plus sur mon blog — à part que les Espagnols sont complètement fadas. C’est ce que je peux dire de mieux. Complètement fadas ! Alors, ce matin, la ville de nouveau lavée de tout péché, j’ai pris un taxi qui m’a amené à la plage avant de me ramener à la gare et d’où j’ai choisi cette carte postale. C’était comme si rien ne s’était passé. A peine la foule s’était-elle éparpillée vers trois heures du matin que les machines se sont mises à nettoyer les rues. La semaine prochaine (enfin, tout de suite), la folie recommence parce que c’est la Semana santa ; alors si quelqu’un connaissait un hébergement possible n’importe où en Espagne pour cette Semana santa (à Sevilla, Granada, Córdoba, Zamora ou dans un village…), je crois que c’est à faire au moins une fois dans sa vie.

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Saturday, April 16, 2016

En espagnol le mot « dégagé », comme on dit un ciel dégagé et le mot « désespéré » sont quand même très proches…

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Friday, April 08, 2016

L e Château de la cathédrale


Cette nuit encore une fois regardé Rabbi Jacob. Puis je suis sorti dans la nuit. Il devait être quatre heures. La ville était exceptionnellement douce comme autrefois dans l’enfance (l’enfance réamorcée par Rabbi Jacob). Les malheurs actuels ? une illusion ; ne reste que l’éternelle bonté des villes d’enfance, des places au dallage de marbre, aux arbres colorés, des ciels étoilés, l’air, la fraîcheur, la douceur, le clochard qui dort à l’ombre de la cathédrale avec, laissée active, sa petite boîte de mendicité…




Il pleut, c’est merveilleux.

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H ablar es fácil



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L a Fuite à Séville



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Tuesday, April 05, 2016

C hanson (pour Alain Klingler)


Personnel très disparate, patibulaire ou gracieux.
L’hôtel est très vaste — et tout un labyrinthe occulte pour l’apparition et la disparition du genre humain, rien n’est vérifié : si peu de terrorisme, en fin de compte.
Le pianiste allongé qui me regarde (puisque je le regarde) : une tête comme on dit de croque-mort, un peu celle d’Henry Michaux — en moins ambitieux : pianiste d’ambiance.
Il y a un enfant seul avec sa mère. 
Quand sa mère se lève de son fauteuil, je suis à sa place et je comprends comment elle l’aime : il est comme un petit animal. 
Beaucoup d’obèses du dimanche.  
On n’imagine pas le malheur des riches.
Le patio a été obstrué, c’est une erreur, mais c’est peut-être d’origine, mais je n’aime pas, mais un merle a réussi à entrer, il se perche sur les lustres d’or, son bec est de la couleur.
La Française qui aime son fils, elle a un livre : Séville en quelques jours, elle lui montre des photos dans le livre. 
S’ennuyer, mais s’ennuyer ensemble. 
Famille de vieilles dames.
Un merle et un moineau habitent aussi dans l’appartement.
Deux petits enfants essayent d’attraper les pièces jetées dans la fontaine au centre du patio — les parents ont l’air si fatigué.
La Française revient avec une assiette de desserts et elle dit : « C’est pour nous deux ». 
Nous deux, ravi, le petit animal aux grands yeux, l’animal de sa compagnie.
Les gens se regardent et s’ignorent.
Les secrets sont à vue.
Le désespoir, dans les déserts, du genre humain, ce sacré mélange, que l’argent — ou la nécessité — rend translucide d’arrogance comme un feu qui s’ignore.
(L’enfant est peint par Velázquez.)

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Saturday, April 02, 2016

L 'Illusion politique


Je rencontre Tanguy à Séville, il me dit : « Je ne comprends pas comment tu peux tant t’intéresser à la situation politique, est-ce que tout n’est pas dans Shakespeare ? Que peut-il y avoir de nouveau ? » Dans le journal, Adam Zagajewski dit : « Cuando se está demasiado ocupado con la política, uno se olvida de lo principal: que el hombre es mortal. Porque la política ofrece eso: una ilusión, pensar solo en lo inmediato. » Tanguy vient d'adapter pour le théâtre Le Loup des steppes d'Hermann Hesse…
Dominique me dit au téléphone qu’elle participe à une émission de radio avec Isabelle Huppert prochainement. Je lui rappelle que je la déteste et qu’avec elle, je ne risque pas de travailler. (Puisque Dominique m’encourage souvent à travailler avec des célébrités.) Puis je me souviens que j’avais réfléchis à une solution. Parce qu’après tout on ne choisit pas de travailler avec Isabelle Huppert, c’est elle qui décide donc ça pourrait bien m’arriver. Si ça m’arrivait, voici ce que je ferais. Je la laisserais seule puisqu’elle transforme tous ses partenaires en potiches (il y a une critique dans « Télérama »— louangeuse — qui la compare à Michel Bouquet, c’est bien vu ! j’avais vu un Avare avec Michel Bouquet et c’était une horreur : tous ses partenaires lui servaient de faire-valoir), mais entourée d’animaux. Beaucoup d’animaux. Compenser ma haine de cette femme par mon amour des animaux 

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Friday, April 01, 2016

E n captivité


J’avais regardé toute la journée des animaux en train de bouffer et voici que, moi aussi, dans mon lit, je me bourrais les babines de noisettes, de fèves de cacao et d’abricots séchés. Le zoo est un immense bordel. Non, c’est pas ce que je voulais écrire, mais comme la phrase est jolie…

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Saturday, March 26, 2016

A u musée


Je me réveillai, j’avais deux images de deux tableaux de Chardin, les poissons, raie, saumon et aussi comme des merlans, suspendus — de deux bodegón augmentés de la présence d’un chat gourmand. J’avais envie des poissons que j'avais vus la veille et j'avais pensé : d’avant la pollution. J’avais vu de belles choses au musée, mais c’était ces poissons que je désirais, ces poissons tout frais.

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Monday, March 21, 2016

E n la fachada de los palacios



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Sunday, March 20, 2016

O rina, esputos, sangre



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La fête entoure l’hôtel au centre de la ville, comme une manifestation. On ne peut pas sortir de l’hôtel. La ville est en guerre, mais c’est la fête, l’énorme bruit des pétards ne fait peur à personne. On ne voit rien de ce qu’il faut voir, la foule est énorme, impossible de se déplacer. Ce soir, on va mettre le feu à tout ça. 

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Saturday, March 19, 2016

B lotti dans le malheur


Je suis à Valencia dans l’hôtel où Ernest Hemingway a commencé d’écrire The Sun Also Rises, c’est écrit dans l’ascenseur. Je suis extrêmement malade depuis quelques jours, en fait, depuis début janvier. Mais il y a eu un jour (il y a quatre jours) où je me suis dit : ça y est, je m’en suis sorti. Et le lendemain l’horreur, jamais été aussi malade sauf quand  j’étais enfant. Je n’ai rien annulé, je vais aux cours dans des états « seconds » est un euphémisme. Je ne dors pas la nuit tellement j’ai la fièvre. Je ne sais pas quoi faire. Je n’ai pas voulu annuler ma venue aux Fallas de Valencia, mais j’ai paniqué la veille parce que je n’avais pas de logement et que dans mon état je ne me voyais pas passer la nuit dehors, j’ai pris une chambre chère. Je me suis fait avoir parce que le lendemain, sur le site de location, le prix avait baissé de 50%, il n’y a pas tellement de riches pendant cette fête dans  cet hôtel, en fait. La fête est fabuleuse… Marguerite Duras adorait Ernest Hemingway, je ne l’ai pas beaucoup lu encore, mais je l’ai lu dans les premiers romans de Marguerite Duras (Le Marin de Gibraltar…), les dialogues sont copiés de ceux, si réels, si déliés, des nouvelles d’Hemingway…



« “Hello, Robert,” I said. “Did you come in to cheer me up?”
“Would you like to go to South America, Jake?” he asked.
“No.”
“Why not?”
“I don’t know. I never wanted to go. Too expensive. You can see all the South Americans you want in Paris anyway.”
“They’re not the real South Americans.”
“They look awfully real to me.”
I had a boat train to catch with a week’s mail stories, and only half of them written.
“Do you know any dirt?” I asked.
“No.”
“None of your exalted connections getting divorces?”
“No; listen, Jake. If I handled both our expenses, would you go to South America with me?”
“Why me?”
“You can talk Spanish. And it would be more fun with two of us.”
“No,” I said, “I like this town and I go to Spain in the summertime.”
“All my life I’ve wanted to go on a trip like that,” Cohn said. He sat down. “I’ll be too old before I can ever do it.”
“Don’t be a fool,” I said. “You can go anywhere you want. You’ve got plenty of money.”
“I know. But I can’t get started.”
“Cheer up,” I said. “All countries look just like the moving pictures.”
But I felt sorry for him. He had it badly.
“I can’t stand it to think my life is going so fast and I’m not really living it.”
“Nobody ever lives their life all the way up except bull-fighters.”
“I’m not interested in bull-fighters. That’s an abnormal life. I want to go back in the country in South America. We could have a great trip.”
“Did you ever think about going to British East Africa to shoot?”
“No, I wouldn’t like that.”
“I’d go there with you.”
“No; that doesn’t interest me.”
“That’s because you never read a book about it. Go on and read a book all full of love affairs with the beautiful shiny black princesses.”
“I want to go to South America.”
He had a hard, Jewish, stubborn streak.
“Come on down-stairs and have a drink.”
“Aren’t you working?”
“No,” I said. We went down the stairs to the café on the ground floor. I had discovered that was the best way to get rid of friends. Once you had a drink all you had to say was: “Well, I’ve got to get back and get off some cables,” and it was done. It is very important to discover graceful exits like that in the newspaper business, where it is such an important part of the ethics that you should never seem to be working. Anyway, we went down-stairs to the bar and had a whiskey and soda. Cohn looked at the bottles in bins around the wall. “This is a good place,” he said.
“There’s a lot of liquor,” I agreed.
“Listen, Jake,” he leaned forward on the bar. “Don’t you ever get the feeling that all your life is going by and you’re not taking advantage of it? Do you realize you’ve lived nearly half the time you have to live already?”
“Yes, every once in a while.”
“Do you know that in about thirty-five years more we’ll be dead?”
“What the hell, Robert,” I said. “What the hell.”
“I’m serious.”
“It’s one thing I don’t worry about,” I said.
“You ought to.”
“I’ve had plenty to worry about one time or other. I’m through worrying.”
“Well, I want to go to South America.”
“Listen, Robert, going to another country doesn’t make any difference. I’ve tried all that. You can’t get away from yourself by moving from one place to another. There’s nothing to that.”
“But you’ve never been to South America.”
“South America hell! If you went there the way you feel now it would be exactly the same. This is a good town. Why don’t you start living your life in Paris?”
“I’m sick of Paris, and I’m sick of the Quarter.”
“Stay away from the Quarter. Cruise around by yourself and see what happens to you.”
“Nothing happens to me. I walked alone all one night and nothing happened except a bicycle cop stopped me and asked to see my papers.”
“Wasn’t the town nice at night?”
“I don’t care for Paris.”
So there you were. I was sorry for him, but it was not a thing you could do anything about, because right away you ran up against the two stubbornnesses: South America could fix it and he did not like Paris. He got the first idea out of a book, and I suppose the second came out of a book too.
“Well,” I said, “I’ve got to go up-stairs and get off some cables.”
“Do you really have to go?”
“Yes, I’ve got to get these cables off.”
“Do you mind if I come up and sit around the office?”
“No, come on up.”
He sat in the outer room and read the papers, and the Editor and Publisher and I worked hard for two hours. Then I sorted out the carbons, stamped on a by-line, put the stuff in a couple of big manila envelopes and rang for a boy to take them to the Gare St. Lazare. I went out into the other room and there was Robert Cohn asleep in the big chair. He was asleep with his head on his arms. I did not like to wake him up, but I wanted to lock the office and shove off. I put my hand on his shoulder. He shook his head. “I can’t do it,” he said, and put his head deeper into his arms. “I can’t do it. Nothing will make me do it.”
“Robert,” I said, and shook him by the shoulder. He looked up. He smiled and blinked.
“Did I talk out loud just then?”
“Something. But it wasn’t clear.”
“God, what a rotten dream!”
“Did the typewriter put you to sleep?”
“Guess so. I didn’t sleep all last night.”
“What was the matter?”
“Talking,” he said. »

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