Saturday, October 29, 2011


Solal.

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Sunday, October 23, 2011




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Nous étions partis en forêt avec l’enfant. L’enfant voulait un sac en plastique non biodégradable. Pour mettre son butin. L’enfant voulait trouver des fruits & s’en fichait des animaux. Il voulait trouver des fruits pour les hommes. Il voulait aussi trouver, à la rigueur, un animal mort pour le manger. Comme un loup (mort). Dans la liste des courses, il y avait aussi : « fleurs ». Tout le reste, glands, vilains champignons, mousses & autres verreries ne l’intéressaient nom de nom pas & pas. Ne me troublez pas, Yves-Noël, nous sommes là pour trouver du concret ! & n’essayez pas de me détourner de mon but en me disant que les animaux qui occupent la forêt tous les jours quand nous n’y allons qu’occasionnellement s’intéressent aussi aux fruits délicieux que nous recherchons ! Dressons-en encore la liste : noix, noisettes, fraises, mûres, pommes sauvages, châtaignes, fleurs, champignons bons, animaux morts, prunelles, framboises, prunes, poires, baies inconnues (et délicieuses), framboises, bananes… Ah, non, bananes, quand même pas ! ça ne peut pas pousser par ici. – Et, ça, est-ce que ça se mange ? Attention à la réponse, c’est vie ou mort, blanc ou noir. – C’est une faîne, le fruit du hêtre, euh... je ne sais pas si ça se mange… Pour les écureuils, certainement. Certainement…






Photos Anaé Genod.

C'est génial, non ? Je trouve ces photos incroyablement plus belles que les miennes... Elles sont de ma nièce, Anaé, sept ans le jour même... (23 octobre.)

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Le Mot frèrejumeau dans un angle de village




Il y a un pays de toujours moins d’angoisse qui n’est pas sans angoisse. Vivre, cela doit s’occuper, mais l’occupation, on le sent, n’est pas concrète. C’est dans ce jeu du concret & de l’inconcret que l’homme habite en poète. Ce jeu du manque & du désir s’appelle l’amour. La société est incroyablement tournée vers les enfants, mais que font-ils de leur vie adulte, ces petits monstres ? Ils apprennent tout très bien, grâce aux jeux. L’éveil, l’éveil, ils sont certes très éveillés. Un être humain, c’est dans la discrétion infinie qu’il se reconnaît, presque une absence. A lui-même, certainement, non à Dieu. Les forêts sont encore pleines. On (...) sent si peu sur la terre. Oui, la mort, c’est difficile d’y penser toujours & que ça ne soit pas une attente. &, la vie, c’est difficile, oui, de n’y penser jamais et que ce soit lavie. La vie si actuelle des arbres aussi avec nous et des vaches dont nous ne voulons plus le lait, plus le lait, gardez-le, c’est mauvais. C’est mauvais comme le ciel. (Que le lait soit mauvais, c’est aussi de la poésie, mais c’est une poésie dure : « lait noir ».) Toimoi, toi qui voulais être aimé, je me penche vers toi, toi qui tuerais père&mère, comme disait Lætitia Dosch, pour réussir, pour y arriver... « & n’omets pas de passer mon bonjour à Vanessa, petite peste. » On ne peut se satisfaire de rien, c’est peut-être la clé, mais c’est aussi un problème. Oui, chacun. « Bonjour, madame, vous avez 30 enfants ? – 29. – 29 ? – Nous, on a compté 29… » Il est tout sourire comme une brute adorable. Oui, ça m’ennuie, ça passe beaucoup par les yeux. Le coucher de soleil aussi passe par les yeux, mais, après tout, que savent les savants ? Cette planète… avec sa lumière… & l’homme aussi est sa lumière… Une lumière de luciole un petit peu solitaire quant à sa capacité à ne pas l’être... Solal hoquetait de rire à travers ses larmes. J’avais toute une histoire pour arriver à cette phrase. Soyons paresseux. Arrêtons l’histoire, allons à la phrase (si elle se présente). & le rapport à l’autre ? Préférez-vous ou ne préférez-vous pas ?... D’être gonflé par l’être, est-ce si régulier ? « A voile & à rame », avait écrit mon père sur le menu de leurs noces d’or. « Encore heureux qu’il n’ait pas écrit « A voile & à vapeur » », a dit son jeune frère surnommé John. C’était un Festen sans violence, cette réunion de famille, très doux même, très discret. Les gens vieillissent d’une voix si suave – dans cette famille – d’une voix si suave, si douce et si suave… Un peu de dureté chez celle qui n’était pas là, peut-être, Suzanne, qui va tous les jours au chevet de Marius atteint de maladiedeParkinson. Marius a dit : « Si je ne peux pas rester une après-midi seul, c’est que je suis déjà mort », mais elle n’est pas venue, dédiée infiniment, quotidiennement. On sent qu’il y a des parts de nous qui sombrent et qui se taisent... La poésie progresse en rien, c’est étrange, la vague au « sourire innombrable », non, ce que je lis aujourd’hui – de Stéphane Bouquet – n’a pas progressé par rapport à Eschyle, Prométhée enchaîné – toujours, toujours.

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Friday, October 21, 2011

Des livres de chevreuil




Des enfants & des débiles dans le train.
Evidemment je reste parce que.
« Y a plus d’soleil », prévient le débile de sa voix métallique. (Ce n’est pas encore vrai.) Avec le soleil, il a de quoi tenir. Son père a rabattu le store pour les ordinateurs. « C’est quand, il s’couche, le soleil ? »

« Maman ? – Oui, mon gars ? »

« Ce matin, j’ai dû leur foutre un coup de pied au cul pour qu’ils aillent à l’école. – Coup de pied aux fesses ? », retouche le compagnon en relevant la tête. (Elle est debout.) Mais, à peine plus tard, il est repris à son tour par le contrôleur qui pointe avec son stylo la chaussure qui frôle le siège d'en face. « Mauvais exemple aux enfants », dit le contrôleur. « Il parle avec son papa, papa, le p’tit garçon. » C’est le débile à la voix de robot, très actif, en fait. Il fait un sapin sur son ordinateur, si je me penche. (Ici, dessin du sapin géométrique.) Oui, il y a une richesse, oui, il y a une santé, le maïs qu’on ramasse, les emblavures, chaudes emblavures, vertes emblavures, ciels emblavures, tout au pluriel, avec ces traits d’hiver, traces de peinture, griffures de zèbre dans le ciel.

Le ciel est si vaste & je te parle.

Des huîtres & je vois… un sexe féminin (dans le magazine, après avoir lu un article sur les grosses : « Le poids, un problème de taille »). Les enfants babillent, s’extasient du jeu sur l’iPad, « Maman, regarde… les oreilles de lapin… » Je n’entends plus tout, j’ai mis mes bouchons. Je vais à ma rencontre. Il est pour rien, ce voyage. Cette phrase a déjà été dite, la première, dans des romans que je n’ai pas lus, j’en suis sûr. Ou peut-être que j’en ai lu certains. Elle est tout comme. Je vais à ma rencontre. Il est pour rien, ce voyage. Il va vers moi. Il lorgne vers moi. Il roule. Au milieu des enfants et des débiles, dans la lumière rose-bleu pastel, l’amitié du monde. Oui, vers l’est, c’est rose-bleu & vers l’ouest, c’est encore clair. Le train, tous les trains, finalement, sont entourés de la mer. Les rails sont au milieu du paysage. Paysage rond, liquide, allongé, languissant, paysage doré ou de solitude, paysage pour les yeux, la terre est longue... Les savants découvrent & découvrent des exoplanètes, oui, ils les découvrent... Je reprends : je vais à ma rencontre. Je me suis habillé de gris, de couleurs accordées, fougère, fougère brûlée, gris carrelé, gris carrelé. J’ai (dans mon sac) un col en bélier, kaki. Des chaussures trop grandes. Cette année, je mettrai des semelles. Le paysage est une énorme semelle de diamant. Le débile répète & répète : « Demain, il pleut. Demain, il pleut. » La France est dans un état de très grande beauté, c’est un fait. Le violet, le rose, l’ourlé. Il y a dans la vitre le visage déformé du bébé. C'est très beau, c'est très drôle. J'aimerais prendre une photo. Le paysage me montre son visage comme une loupe. Qu’il est joli, ce clair de lune, ce coucher de soleil clair ! Qu’il est infini ! Que l’automne est mystérieux ! La nuit, maintenant bleu brouillard, comme elle va vite avec les lampes ! Je lis une phrase de Camille : « Le hasard est le moyen de transport qu’emprunte Dieu pour voyager incognito. » Toutes les citations avec le mot « Dieu » dedans me plaisent, c’est si oublié… Aussi : « Mon rapport à la musique est physique & métaphysique. » J’écris ceci sur un nouveau carnet, le train file vers Bourg-en-Bresse. Je m’applique, pour une fois – qui lira ? « L’espèce humaine est, d’après moi, une espèce musicale... »

Dans cette ville, à mon arrivée, quand je relevais la tête, je lisais : « Ambassade d’Asie » (un restaurant) & « L’Immobilier actif ». Le soir, je regardais Macbeth, au théâtre municipal : « Viens, nuit épaisse... »

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