Sunday, May 23, 2021

L e seul vin qui vaille, c'est l'amour


Rien ne me manque, moi, dans la vie. Quand les théâtres étaient fermés, ça m'allait très bien (il y a les livres), mais c'est vrai que ROUVERTURE me va très bien aussi, je dois dire. Je veux dire : rien ne me manque : c'est le secret du bonheur : désirer ce que l'on a. Tout le contraire de ce que montre le terrible et sublime Viol de Lucrèce mis en musique par Benjamin Britten qui est l'illustration parfaite de la théorie du « désir mimétique » de René Girard : on ne désire jamais que ce qu'un autre désire. À la fin d'une guerre, encore dans le camp, près de Rome, des soldats évoquent leurs épouses qui les attendent — ou qui ne les attendent pas. L’un parle de sa femme extraordinaire, de son amour extraordinaire, de son bonheur. Alors, dans la nuit, l'autre, le malchanceux (en amour), prend son cheval et, en secret, va violer l'épouse de son ami (Lucrèce) désirée sur le seul témoignage de celui qui l'aime. La mise en scène (de Jeanne Candel) est fluide, limpide, la musique est absolument sublime, le livret très beau. Profonde émotion. Bien sûr, la seule chose qui devrait vous faire hésiter à y aller, c’est que, comme pour tous les opéras quand ils sont réussis, c’est très violent. Ames sensibles, s’abstenir (j’étais limite). J’ai pensé à la phrase de Rainer Maria Rilke que Lucas m'avait lue dans l’après-midi : « le beau n’est que ce degré du terrible qu'encore nous supportons... ». Dans l’opéra, ce qui nous arrache l’émotion, c’est affreux mais c’est comme ça : ce sont toujours des sacrifices de femmes (un mec mourrait, ça ne nous ferait rien). Je me souviens, dans ce même théâtre, le plus beau du monde (et qui se trouve en bas de chez moi), je ne pouvais pas m’empêcher d’aller voir et revoir Judith Chemla dans La Traviata, mais, en sortant, j’avais d’abord envie de me jeter sous un camion et à chaque fois je n’en dormais pas de la nuit. Comment supporter ça ? Ici, c’est tout aussi insupportable : un viol se prépare, un viol s’accomplit (puis le suicide). Heureusement, à la toute fin, « Ce vieux monde va-t-il vieillir dans le péché ? », l’appel désespéré à Dieu, le Dieu des chrétiens, à la rédemption du Christ, a authentifié mes larmes, mon tremblement — à la consolation.


«S'aimer comme nous nous aimions, c'était vivre au bord de la tragédie »


« Est-ce là la beauté ? une jeune pouliche qui, dans un bond, rattrape le soleil ? »


« Les lumières de Rome font signe dans la nuit »


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Saturday, September 24, 2016

S how business



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J ’habite près d’un théâtre


Le monde du show business est cruel. Dans notre petit commerce (comme dit Jean-Louis Badet), ma petite entreprise, nous avions fabriqué une Traviata sublime à Lyon (que nous avions intitulée Les Entreprises tremblées), mais, dès la saison suivante, à Paris, une autre Traviata sublime supplante déjà la nôtre, celle-ci intitulée Vous méritez un avenir meilleur. Il y a déjà plusieurs années que nous sommes légion à avoir récompensé Judith Chemla du titre absolu de STAR DES STARS : pas d’autre en France qui lui arrive à la cheville. (Oui, le monde du show business est cruel : un monde de compétition.) Judith Chemla, eh bien, encore une fois (malgré mes lunettes ; cette fois, j’y avais pensé), je ne l’ai pas reconnue. C’est une fille qui joue tellement qu'on ne la reconnait pas. C’était le compliment suprême pour Madeleine Renaud : « Je ne t’ai pas reconnue ». Elle change physiquement du tout au tout. Là, elle est si maladive, une vieillarde prête à mourir et d’où sort d’elle une voix d’ange, comme si elle exprimait l’amour, comme si elle exprimait la vie. « Seule, abandonnée dans ce désert peuplé qu’est Paris. » Judith Chemla, si elle jouait en Chine, au Japon ou à New York, on prendrait l’avion pour se déplacer. Elle joue en bas de chez moi, dans le quartier des réfugiés — quartier devenu sacré depuis la présence sacrée des réfugiés qui ont fui la guerre africaine pour être reçus dans la terre usurpée des barbares Francs christianisés à coup de tatanes à clous ! « O consolation, soutien de l’âme fatiguée ». Le monde du show business est cruel : aux Bouffes du Nord, on vend, à l'entrée, sur une petite table, des livres en rapport avec la maison (les livres de Peter Brook, etc.) ; eh bien, on y a placé A la recherche du temps perdu, manière légère de faire de la publicité pour mon spectacle de février, mais manière cruelle de me rappeler que je ferais mieux de me mettre au boulot ! (plutôt que de traînasser ici...) « En choisissant ce Schumann (Proust), certes, je dévoile un peu mes orientations musicales (sexuelles), mais il s’agit avant tout de l’un des plus grands défis artistiques qui soient, tant sur le plan musical (poétique) qu’intellectuel », dit, dans un magazine distribué devant le théâtre, un « jeune prodige de la direction d’orchestre »...

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Tuesday, February 11, 2014

Qq cauchemars qq nuits et qq éclaircissements qq jours


A Saint-Eustache (j’ai r-v avec Pietro à La Pointe Saint-Eustache), c’est la sortie de la messe. Cette église est si grandiose, chaque fois que j’y passe, j’y entre… Il y a de l’orgue, sublime, gothique, ténébreux et cosmique (cosmos avec Dieu). J’imaginais de l’orgue, à un moment, aux Bouffes, des délires d’orgues… A la fin du morceau, les gens restés pour écouter cette chose monstrueuse : l’art qui prend la place de Dieu (comme qui dirait), applaudissent. Je demande à qq’un qui s’en va précipitamment et ne ralentit pas sa course pour écouter ma question : « Savez-vous, s’il vous plaît, quel est ce très beau morceau qui vient d’être jouer ? — mais il l’entend quand même et a le temps de souffler (sans s’arrêter) : « Mais non ! c’est une improvisation ! » Enfin ! Très méprisant, le catho pédé à cran, de ma nullité. Ça me fait rire. Ah, ben oui, c’est une impro… C’est vrai que ça me paraissait bien fou-fou aussi…

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Saturday, August 31, 2013

S ouvenirs


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Tuesday, August 27, 2013

N ietzsche



J’étais admiratif du titre que me montrait Daniel Jeanneteau. C’est vrai, Réduire l’offre, quoi de plus parfait comme titre de stage ? Daniel me disait que Thibault Croisy avait la science des titres, en effet, qu’il en avait un qui disait : Je pensais vierge, mais en fait, non. Génial ! Et un autre, peut-être plus explicite (mais génial aussi) : Soustraction du monde. Je parlais des titres géniaux aussi de Thomas Ferrand : Zarathoustralala, Un Hamlet de moins, Idiot cherche village… Eh oui, il y avait des gens qui savaient faire des titres ! En parlant avec Daniel (et Juliette et Jérémy) je me demandais soudain (ou peu à peu) si je ne connaissais pas Thibault Croisy… si ce n’était pas celui avec qui je m’étais fâché il y avait qq mois. Il m’avait proposé du travail, et bien que je n’en eusse pas du tout (la saison passée), je l’avais envoyé chier. Peu à peu, au fur et à mesure des indices et des descriptions physiques que me donnait Daniel, la figure de Thibault Croisy s’éloignait et se rapprochait. Je n’étais sûr de rien (comme toujours dans la vie : présentez-vous à moi, je ne vous reconnaîtrai pas le lendemain…) Mais, en rentrant, je faisais à moi-même ma CIA : je retrouvais les mails. Il y avait des phrases définitives, admirables comme : « Ne t'inquiète pas : tu m'as déplu, toi aussi, au premier coup d'œil. (« Les sentiments sont toujours réciproques », disait Lacan.) Et si tu veux des compliments, je dirais pourquoi : ta suffisance. Et maintenant, grâce à ce mail que tu m'as envoyé, je dirais encore : ta connerie. Je ne t'ai pas trouvé très mignon non plus et je n'avais pas envie de te tripoter, juste de me débarrasser de toi. Je l'ai sans doute fait avec un certain mépris, c'est vrai, puisque tu m'obliges à le reconnaître. Mais maintenant, si tu pouvais cesser de me harceler... » Les siennes étaient pires encore. Je vous les épargne, mais ça me fait encore rire… Daniel m’avait dit que rien n’est jamais définitif (dans les fâcheries). Je mettais dans un coin de ma tête : « Penser à arranger le coup (à la première occasion) ». Avec Thomas Ferrand aussi, je m’étais fâché. A la gare, je retrouvais Simon, « Oh, ben, mon petit bonhomme ! t’as passé la nuit à la gare… » (Il ne savait pas où dormir, la veille, et il avait fini par trouver chez des « beaux-parents » riches, vers Austerlitz.) En soulevant ses écouteurs pour venir m’embrasser (mais j’étais descendu jusqu’à lui) il me disait joliment : « J’étais sûr qu’on se retrouverait… » Et j’apercevais un nain. « Oh, regarde, regarde, le nain ! On l’engage pour les Bouffes ? » « Oui, avec le sifflet alors… » J’aimerais tellement avoir un nain pour les Bouffes ! Il y a un nain qui travaille à la gare du Nord ! Peut-être, Boris pourrait aller lui parler… J’ai un assistant pour les Bouffes, au fait ? Je cherchais un dramaturge, mais un assistant ? 2 assistants ? un producteur ? un mécène ? plusieurs mécènes ? Que le monde soit à mes pieds ! Je veux le nain ! Je veux les lions ! Je...

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