Monday, February 29, 2016

P etite musique


Il est si difficile de faire du théâtre à Paris. J’en ai fait à Lyon, mais c’était dans des conditions bien particulières,  il ne me semble pas que ces conditions soient réunies à Paris, sauf, hier, au Théâtre de la Cité internationale, théâtre en pleine déréliction, à vau-l’eau, émouvant (théâtre sans direction où l’équipe assiste, impuissante, à sa prochaine disparition), théâtre à l’avant-garde, en un sens, car tout le monde a maintenant compris que, quand Marine Le Pen sera au pouvoir (ou Laurent Vauquiez), ce n’est pas un, deux, trois théâtres qui seront foutus à bas, c’est tous (sauf la Comédie française). Bref, les conditions du réel semblaient réunies, hier,  à la Cité internationale pour présenter quelque chose d’inattendu (comme devrait toujours l’être le théâtre), quelque chose de surprenant (comme devrait toujours l’être le théâtre), quelque chose de plein d’espoir (comme devrait toujours l’être le théâtre qui n’est vieux que parce qu’il a peur), c’est-à-dire d’un réel autre que celui qui se joue en ce moment dans la société, qui est à se flinguer, mais une musique tout aussi réelle, mais clandestine, en sourdine, qui ne va pas pouvoir avoir droit de cité (sauf dans un théâtre en perdition), il faut 

« Je vois des mouvements dans des espaces perdus. Je vois comme la vastitude, si simple, est un lieu pour les larmes. Qu’on nous laisse la place 

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Wednesday, November 11, 2015

J e ne reconnais pas les célébrités !


Quand on était allé voir Mylène Farmer avec Dominique, au Palais des Sport, eh bien, backstage, il y avait une blonde un peu bouboule qui a sauté sur Dominique avec un enthousiasme qui m’était, mon Dieu, très sympathique, je ne l’ai pas reconnue : « Mais c’est France Gall », m’a dit, plus tard, Dominique. France Gall ! Mais je n’adore qu’elle ! Oh, qu’elle douleur de ne pas le lui avoir susurré, de ne pas même m’être prosterné… France Gall ! Hier, Dominique m’a proposé d’aller avec elle voir Résiste !, sa comédie musicale, mais, bon, là, je suis à Lyon. L’autre soir, on sortait du film d’Apichatpong (je renonce à écrire son nom) (qu’on n’a pas aimé) à Beaubourg, au Mk2, et, dans la rue Beaubourg, alors que Dominique attendait son taxi, une voiture ralentit et s’arrête, des amis de Dominique, elle monte avec eux, ils vont la raccompagner, c’est magique Paris ! On se fait des signes, Dominique et les occupants de la voiture... Et qu'est-ce qu'elle me dit, hier, dans le TGV qui nous ramène de Lyon à Paris ? que c’était Lætitia Casta et Louis Garel ! Merde ! Merde ! Merde ! Je suis nul ! Louis Garel ! Le plus chou, le plus troublant des acteurs. Louis Garel lui a demandé d’ailleurs comment elle me connaissait. Non, nous, on ne se  connaît pas, mais je sais que Philippe Garel est venu voir le spectacle de Chaillot (en 2009) puisque sa femme dont j’ai oublié le nom (c'est une honte) a fait un film avec Felix qu’elle a rencontré dans ce spectacle... Sinon on a failli avoir Isabelle Adjani au Point du jour ! Dominique est souvent au téléphone avec elle et comme toutes les deux n’ont pas aimé du tout le spectacle d’Ivo van Hove (j’espère que je ne vais pas créer un incident diplomatique en révélant ça) — un spectacle que Pierre, mon logeur, a décrété, presque avec des larmes dans les yeux, le « meilleur spectacle » qu'il ait vu dans l'année (on le lui demandait, avec Lætitia, ce qu’il avait vraiment aimé et il a répondu très aimablement « à part les spectacles d'Yves-Noël »), c’était drôle d’avoir des échos si opposés à quelques heures de décalage, c’était comme dans le livre de Nathalie Sarraute, Les Fruits d’or) —, elles se sont donc montées le bourrichon, Dominique et Isabelle, et Dominique a été (je imagine très bien) dithyrambique à mon égard et elle a dit à Adjani qu’il fallait absolument qu’elle travaille avec moi et Adjani a dit : « Oh, pourquoi tu ne me l’as pas dit plus tôt ? Je me serais organisée, je serais venue avec toi… » Vous vous rendez compte ? Si on avait eu Isabelle Adjani au Point du jour, alors, là, plus besoin de rien, plus besoin d’aller le supplier un par un le spectateur mesquin et dédaigneux, le Lyonnais, alors, là ! La pêche au gros ! Un petit communiqué au « Petit bulletin » ou autre feuille de chou locale et, le public, on l’avait en grand, le grand public ! On n'aurait plus su quoi en faire, du spectateur, en veux-tu en voilà, c’aurait été à lui de supplier, le spectateur, on aurait pu mettre les places à cent euros, à l'aise, et se garder le champagne backstage, moi, je vous le dis, si Adjani était venue au Point du jour ! Mais elle n’est pas venue… Encore passé à côté de ma chance… Ça continue la petite entreprise (connaît un peu la crise) la semaine prochaine (samedi 14) avec N°5...

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Sunday, November 08, 2015

O livier, Dominique


J’ai laissé la nuit tomber, dans l’appartement parisien, mein kleines Zimmer, je ne suis pas allé voir Ingrid Caven. Pas encore. C’est tout à l’heure, à 21h. « Répertoire résolument moderne : sans illusion, mais sans mépris. » J’ai laissé la nuit tomber dans l’appartement occupé par le violoniste qui a fait le ménage. Il avait laissé les fenêtres grandes ouvertes, il faisait si beau aussi, et, quand je suis arrivé, les chats se sont enfuis comme des voleurs, des garnements, ils ne faisaient pourtant rien de mal, ces chats de gouttières... C’est comme un événement d’avoir fini ce spectacle. Je suis rentré avec Dominique Issermann. Olivier Steiner a écrit un très beau texte pour accompagner une photo : « Douceur du temps et d'Yves-Noël, dimanche matin à Lyon, c'est encore la fin de l'été. J'avais pas envie de parler hier, tant j'ai vu une chose fine, rare et pure. Il y avait du Port-Royal dans cette splendide actrice, une grâce et une rigueur énormes, des noirs puissants et profonds, des apparitions de lumières, des traces rémanentes... Et puis cette chose, incroyable, réussie hier soir : disparition, effacement de tous les égos. Les huit acteurs existaient chacun pleinement mais autant, comme la pluie, pas plus grave, pas moins beau. Alors, oui, la beauté est dans l'œil de celui qui regarde, oui. Mais elle est aussi sur les corps de ceux qui se permettent d'exister simplement sur un plateau, sans rien d'autre que l’« être étant » pour employer un concept pédant, l'être étant là, avec son présent et son devenir mortel. Et au milieu coule une rivière noire. Les détails font la perfection. » Dominique n’a pas parlé beaucoup du spectacle, elle me la fait remarquer dans le TGV qui nous ramenait en traversant la France comme une image. Mais Marie-Claire Mitout a dit : « On ne sait plus quoi dire… » Et Marie-Claire était sincère, comme Dominique. C’est vrai, par où commencer ? et à quoi bon ? Dominique a dit — mais si je veux relire ce qu’elle a dit, il faut que j’allume un peu de la lumière, ce que je regrette, je veux laisser la nuit, je suis aussi bien, ce soir, au Portugal avec Lætitia Dosch (elle est allé 24h à Lisbonne pour interviewer Sabine Azéma pour « Les Cahiers du cinéma »), aussi bien dans le désert avec les textes sacrés commentés par Jean-Yves Leloup où Caroline Breton m’a raconté tout à l’heure qu’elle avait rencontré Juliette Binoche (mais je n’écoutais que son récit des étoiles — les vraies). J’ai mangé trop de chocolat. D’abord dans le train avec Dominique et Anne, elles avaient acheté du chocolat délicieux chez Bernachon (un truc comme ça), cours Franklin Roosevelt (à Lyon), puis emporté par mon élan, par l’élan de l’écart, j’ai acheté chez Sol Semilla une boîte d’une espèce de Nutella bio et cru, une tuerie, je l’ai donnée à Caroline parce que j’avais déjà mal au ventre, on en picorait avec des cuillères en bois piquées chez Bob’s kitchen, au soleil en terrasse. J’irai voir Valérie Lemercier, c’est tout-à-l’heure, à 20h. Dominique a dit (j’allume à la pensée de me tenir éveillé pour Valérie Lemercier) : « On dit la « friche industrielle », toi, ton théâtre, on peut dire que c’est de la friche poétique, de la friche... tu vois ? — Absolument, chère Dominique, on peut tout dire... »

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Monday, September 28, 2015

L e Saut à Paris


J’avais fait un « saut à Paris », comme il est dit dans La Cerisaie… La veille, je m’étais fait voler ma carte bleue et 2000 € en liquide que j’avais retiré pour mon logeur. J’étais un peu déstabilisé. Le spectacle Manuel de liberté s’était achevé dans de bonnes conditions. Gaël Baron m’avait dit qu’il y avait, pour lui, un mystère dans ce spectacle, le mystère-même du théâtre qu’il n’avait pas perçu depuis bien longtemps. C’est vrai, il y a souvent bien peu de mystère sur les scènes de théâtre et, là, c’est vrai, il y en avait. Je m’étonnais chaque soir de l’alchimie : rapprocher deux pièces comme Macbeth et La Cerisaie par ce dispositif de deux acteurs-orchestre créait un mystère… A Paris, je retrouvais la beauté de cette ville qui m’échappe bien souvent quand j’y vis. Je rencontrais mes amis un peu partout, c’était facile : c’est vrai, j’avais vécu à Paris, j’avais des amis. (Il m’en manquait à Lyon.) Le soir, j’étais parti pour une ballade en Vélib’ dans la lumière du sunset, peut-être voir le film Cemetery of Splendour… mais je m’arrêtais devant les Bouffes du Nord où je remarquais de l’animation. Les deux directeurs (Olivier et Olivier) étaient là et m’invitaient au nouveau spectacle de Peter Brook, Battlefield, d’après le Mahabharata. Je trépignais de joie ! et, dans la foulée, j’appelais Dominique Issermann qui se dépêchait de traverser Paris en taxi rapide pour me rejoindre. Elle arrivait à temps. On était bien placé. Dans la lumière magnifique du plus beau théâtre du monde. La lumière-chaleur humaine. Je conseille à tous les jeunes gens magnifiques (et je peux parler de beauté et de jeunesse sans que Jérôme Bel ne m’envoie une vidéo d’Hitler parlant à la jeunesse nazie !) d’aller prendre une leçon de théâtre auprès du maître en la matière, sa sagesse est profonde. Inouïe, même. Tout ce qu’on vous raconte autour, les faux prophètes, n’écoutez pas ! voici le vrai. Au débat après le spectacle, l’un des acteurs disait : « C’est exactement ce que vous imaginez, c’est exactement  ce que vous n’imaginez pas. » C’est une belle phrase pour désigner tout le mystère du théâtre. C’est pour cela qu’on en fait, vous et moi, acteurs et spectateurs dans le même bateau. Les Bouffes du Nord, la scène la plus vaste du monde et le théâtre du Point du jour sont dans mon cœur reliés. Les théâtres de la sagesse. C'est tout. Peu de mots — ou beaucoup — pour dire de très grands mystères. Ces rois qui vont mourir dans la forêt, atteindre la pénitence. « Par la pénitence, je veux perdre mon corps. » Les acteurs de Peter Brook sont calmes avec leur vie, calmes avec leur mémoire. Puisque Klaus Michael Grüber est mort, laissez-moi choisir, en maitre vivant, Peter Brook.

Tout prochain spectacle au théâtre du Point du jour : Les Entreprises tremblées, à partir de samedi jusqu’au samedi suivant, 20h. Entrée libre aux trois avant-premières, 5 € ensuite. Sans réservation. Adresse : 7, rue des Aqueducs, 69005 Lyon. Tél : 04 72 38 72 50. C'est à ne pas manquer !

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