Sunday, February 16, 2014

P rovidence des imbéciles !


« A la lecture, Yves-Noël Genod oiseau de nuit. » (l’« Atelier intérieur » d’Aurélie Charon) Il faut être délinquant ! C'est ce que disent en substance (si j'ai bien compris), François Esperet et Roman Pinösch à l'intérieur d'une voiture où on était serré et où il y avait de la buée, elle-même, la voiture, serrée (garée) en bout de l'île Saint-Louis, serrée dans Paris, la nuit, dans la France serrée, sur cette planète tournante limite-limite, notre radeau...

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Wednesday, February 12, 2014

L 'Ecrivain


François Esperet… Roman Pinösch… J’arrive le premier à la pointe de l’île Saint-Louis, ce soir, place Aragon, puis au café Saint-Régis, rue Jean Du Bellay, puis Alice puis Roman Pinösch, il est avocat — et mannequin ? je lui demande. Avocat de crime ou d’affaire ? Les 2. Il a fait Science-Po avec Aurélie. Il a une femme, un enfant de 6 mois qui s’appelle Albert, il est catholique pratiquant. François Esperet, il a travaillé dans la police pendant 6, 7 ans, avant il avait fait Normal-Sup, maintenant il travaille à la mairie de Paris pour Bertrand Delanoë, il a une femme et 6 enfants, il écrit des livres, il est catholique pratiquant, il est jeune comme s’il n’avait pas encore vécu (Roman Pinösch aussi est jeune). Il parle de la liberté. J’ai envie de lui demander : la liberté, c’est Dieu ? On enregistre l’émission d’Aurélie dans la voiture, l’émission est en faux-direct, elle passera lundi. Je suis là pour lire 2 extraits du texte de François Esperet qu’il a appelé Larrons (en référence aux larrons qui entourent le Christ) qui est un poème magnifique à partir de la langue des voyous, de la racaille, il faudrait faire les accents, il me dit en effet qu’il les entend, les accents, les voix, lui, mais qu’il ne veut pas lire, il n’aime pas lire ses propres textes. Je le fais donc, mais mal. Sentiment de mon inopérance. Alors quand Roman Pinösch dit : « Le hasard est la Providence des imbéciles », je ris très fort et je dis : « C’est moi ! » Il le dit parce que François Esperet dit que si son texte était une chanson, il serait une chanson  de Bob Dylan, par ex, Joey, tirée de l’album Desire et qu’Aurélie dit : « C’est incroyable parce que nous avions pensé à une chanson pour l’émission et c’est justement celle-ci ! » Alors elle la passe dans l’auto-radio. Ça me rend fou de joie, le hasard, alors Roman Pinösch dit : « Le hasard est la Providence des imbéciles ». Moi qui n’ai jamais cru en Dieu... Mais la phrase importante, celle que je note ds mon carnet au moment où elle est prononcée est celle-ci, de François Esperet : « Moi, je me suis toujours pas résolu à faire moins bien que les personnages des livres que j'aime. » Une expression qu'ils ont dite ensemble et qui me revient ce matin : « Il fait un froid de gueux ». Il y avait aussi qqch d'autre qui m'est revenu hier avant de m'endormir, mais que je n'ai pas eu la force de noter... il y avait 2 choses.

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Monday, October 03, 2011

« Ma virilité est absolue, ne pas se fier aux apparences. »




Adoration de moi-même

Je vais faire ce soir une chose un petit peu choquante, oui, je sais, il y avait une adoration de Laurent Chétouane prévue au programme, mais j’ai envie de m’adorer moi-même... Après tout, les gens ne me connaissent pas, Aurélie, il faut toujours revenir à soi-même.
Vous savez, Aurélie, moi je n’écris rien. J’écris mon blog, c’est déjà bien suffisant – et encore si on pouvait me l’écrire à ma place, ça me libérerait… Ça me libérerait du temps, en tout cas. Faut déléguer, la délégation est la clé. Même mes mises en scène, je ne fais rien, j’ai très, très peu d’idées, ce sont les acteurs qui amènent tout, je suis au bord, si vous voulez, de la contemplation, au bord de la carte postale… Je me contente d’aider, d’aider les acteurs et d’aider les spectateurs à faire le spectacle, moi, je ne fais rien, ça parce que je ne crois pas à l’expression, je ne crois qu’en l’allusion, Borges en a très bien parlé dans un texte que je disais à Avignon, vous savez dans Le Parc intérieur. Alors, bien sûr, la notion d’auteur est mise à mal quand on pense comme ça, tant pis pour les ego. Moi qui suis adepte du name dropping, eh bien, je pense que d’auteurs, en fait, il n’y en a pas, au fond, il n’y a que des nègres. C’est ce que je voudrais faire tout au long de l’année avec vous, Aurélie, réhabiliter la notion de nègre… Alors voilà ce que m’a écrit mon nègre, il voudrait le faire publier chez Gallimard, mais, ça, je n’y crois pas du tout… C’est quelqu’un d’bien, il travaille aussi avec Lady Gaga, figurez-vous… Et donc il m’envoie cette page (c’est toujours moi qui parle)…



Bonjour ! Vous savez que c'est impossible de parler de soi ? On vous l'a déjà dit ? C'est très fatigant et ça rend fou à la longue. Moi ça va à peu près car j'ai un nègre. Il s'appelle Olivier Steiner. En réalité il n'est pas le seul, ne lui en déplaise, j'ai d'autres nègres. J'ai des nègres comme certains ont des femmes dans les ports. Puis j'aime beaucoup l'Afrique, c'est mon côté Koltès. J'ai aussi un dessinateur attitré, il s'appelle François Olislaeger. Voilà, je suis bien entouré. Voilà, voilà... Où en étais-je ? Ah, oui, je suis bien élevé donc je me présente. Mon nom est Genod. Prononcez jeunot ou j'ai no, peu me chaut. Peu me chaut ça vient du vieux verbe « chaloir » qui signifie avoir de l'intérêt. C'est joli, non ? Mon prénom est Yves-Noël, on dit aussi Yvno. Je m'aime bien. Je suis la personne la moins dissimulatrice que je connaisse. J'ai la bonne quarantaine, pas envie de préciser. C'est pas de la coquetterie, c'est que ça compte pas. (Alors là, Aurélie, je voudrais me permettre comme une note de bas de page, si vous voulez, je ne suis pas tout jeune, certes, j'ai trente neuf ans bientôt, mais ce n'est pas ce qu'on appelle « la bonne quarantaine ». Peut-être, Aurélie, pouvez-vous témoigner auprès des auditrices que je suis encore joli garçon... Alors, je reprends...) Name dropping : j'ai travaillé avec Claude Régy, j'ai connu Duras, je travaille aujourd'hui avec Jeanne Balibar, Marlène Saldana, Kate Moran et plein de bogosses doués. Statut social : je suis célibataire sans enfants. Ma sexualité ou feu ma sexualité est de type homo sublimé, hétéro épisodique, amoureux des corps en général. (Nouvelle note de bas de page, je n'me sens pas du tout homo, c'est plus compliqué.) L'aspect de mes cheveux est variable en raison d'un goût prononcé pour le port des perruques. Longs la plupart du temps, le blond péroxydé à la Iggy Pop étant ce qui me va le mieux, dit-on. Ma culture est vaste et inattendue. Mon corps est mince, très mince, genre grand adolescent attardé, mais je l'habite bien. J'ai un petit cul qui plaît aux filles, mon sexe est de taille moyenne (Ça, je n'sais pas comment il le sait...), mes cuisses fines, j'aime bien les mouler dans des jeans Dior. Je suis sensible des tétons. De toute façon tout mon corps est une zone érogène. Autrement, je suis plutôt imberbe. Ma virilité est absolue, ne pas se fier aux apparences. Ma mémoire est mauvaise, je dois tout noter sur de petits carnets Moleskine. Même au cinéma, dans le noir de la salle, je note, des idées, des choses vues et entendues. Souvent il arrive que je ne peux plus me relire. Mais c'est là, c'est écrit. Handicap : absence d'odorat, j'ai perdu ce sens vers l'âge de trente ans dans des conditions qui sont et resteront mystérieuses. Je peux donc coucher avec des gens qui puent. Mes yeux sont verts, souvent maquillés, trait de khol. Ma santé est fragile, j'ai contracté la maladie de Lyme à Berlin, cela me fatigue beaucoup. Je porte ma croix avec cette foutue infection bactérienne. Mon visage est émacié. Mon caractère est impossible, mais comme on dit des enfants, impossibles. J'ai deux grandes qualités : la curiosité, un art certain pour l'exhibitionnisme. J'ai deux défauts qui vont avec : la curiosité, un art certain pour l'exhibitionnisme. J'ai une manie : je ne peux pas m'empêcher de tripoter, de toucher le corps des autres. Ma voix est élégante, bien posée, joueuse, un brin ironique. Dans la vie – que c'est con de commencer une phrase par « dans la vie » ! – je suis metteur-en-scène, performeur, blogueur, comédien, être vivant, muse, égérie de qui voudra. Signe particulier : je peux être tour à tour dandy provocant et petit enfant perdu, difficile à saisir, j'échappe toujours, et d'abord à moi-même. Autre signe particulier : depuis quelques temps j'aime beaucoup imiter Fanny Ardant. Malheur : je ne suis pas libre d'un amour. Cet amour s'appelle Pierre, Pierre Courcelle. Voilà, j'ai dit l'essentiel. Et vous ? Ça va bien ? Vous vous en sortez avec vos vies ? C'est infernal ce qu'on nous fait subir, vous ne trouvez pas ? (Aujourd'hui je me suis disputé avec deux personnes, Mathilde Monnier et Jean-Marc Urrea. Je voudrais leur dire aussi à eux.) Je vais vous dire une chose : la poésie n'est pas une solution, mais elle est là. C'est déjà ça.

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Ce soir, 23h, France Culture, un Atelier intérieur où je serai en direct, cette fois, et où sera présente aussi Kataline Patkaï

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Monday, September 26, 2011

Liliane Giraudon – excusez du peu – comme nègre

En fin de L'Atelier intérieur (la célèbre émission du lundi soir, 23h, sur France Culture), j'envoie une carte postale de Marseille (aidé par Liliane Giraudon (en qualité de nègre, nouveau métier d'extrême avenir)). A réécouter (émission du lundi 26).






Olivier Steiner. Les nègres pullulent grâce à Yves-Noël !

Yves-Noël Genod. Extrême avenir !

Yves-Noël Genod. N'empêche, si j'inventais la disparition de l'auteur... L'auteur qui écrit pour l'acteur de manière à ce qu'on croit mordicus que c'est l'acteur l'auteur... Eh bien, ça re révolutionnerait peut-être rien, mais ça faciliterait le jeu de l'acteur, n'est-ce pas ? – toujours facilité la vie de l'acteur... ce métier doit suer la facilité...

Olivier Steiner. Et l'auteur dans tout ça ?

Yves-Noël Genod. Disparition ! Magie ! Lapin !

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Friday, September 09, 2011

700 millions de nouveaux romans

(pour la radio)



Bonjour la France, bonjour l'Atelier, buongiorno, buonasera, je suis à Venise, oui, son nom de Venise dans Calcutta désert, j'y suis, j'ai pris l'easy jet, vaporetto, la Scuola Grande, le Tintoret, un caneau Riva en acajou brillant, une chambre avec vue, le cliché ambulant. J'ai quitté la France à cause de la rentrée littéraire. Vous avez vu comme c'est affreux ? 654 romans et toutes ces phrases sans vie ! Alors voilà, je suis à Venise, ici on ne lit pas, on bouffe des glaces et on prend des photos. C'est tout. C'est magnifique. Je regarde. J'ai vu une grosse chatte blonde sans âge qui draguait près du Lido, c'était Madonna qui sortait de la Mostra. J'ai demandé un autographe pour Jonathan Capdevieille, elle a feulé et m'a griffé au visage, la garce ! Aurait-elle du mal avec la concurrence ?
Sinon Tadzio est très vieux, il a une sclérose en plaque et le crâne dégarni. Tempus fugit. Ici Venise, un milliard de clichés, 700 millions de Chinois et moi et moi et moi. Je suis fatigué. Je reste dans ma chambre. Je regarde Venise par la fenêtre. J'écoute France Culture. A quoi sert de vivre libre sans amour ? Je te le demande mio amore.
Tout à l'heure, en rentrant à l'hôtel, j'ai buté sur un pavé, ah les pavés inégaux de Venise... Je me suis pété un orteil et me suis endormi. J'ai rêvé. Un aigle noir. Ou un piaf, un moineau, je ne me rappelle plus, est arrivé sur moi en traversant le plafond. L'oiseau me forçait à faire des choses. Il voulait que je me rase les cheveux comme Britney. Je l'ai fait puis il m'a forcé à chanter devant la terrasse du Flore. Avec un béret noir posé sur le trottoir pour récolter les pièces jaunes. J'ai chanté à tue tête. J'ai chanté une poule sur un mur qui picore du pain dur, picoti, picota. Les gens se moquaient et applaudissaient. Madonna était encore là, devant un Perrier rondelle. Elle se foutait de ma gueule. Elle me traitait de fausse blonde. C'était mon moment de gloire, j'avais enfin trouvé ma croix, ma via dolorosa, chanteur de rue. J'aurais pu mourir à cet instant. Mourir sur scène. C'est alors que je me suis envolé. Je n'avais pas d'ailes mais je volais comme Superman. J'ai survolé Paris et j'ai adoré Paris. C'est peut-être ça la jeunesse, croire que les choses sont inséparables, les humains et les dieux, les montagnes et les plaines... J'ai volé, j'ai volé, très haut, vers la lune. J'ai vu des montagnes et j'ai continué, tout droit, et j'ai atterri à Venise, juste en face du glacier Alaska. C'est fou, non ? Mais je vous appelle cependant, je vous écris cependant, comme à 18 ans je l'aurais fait. Car, vous voyez, nous sommes pareils, nous nous situons tous les deux dans nos cases respectives, dans nos territoires brûlés, incalculablement narcissiques. La différence entre vous et moi ? C'est que moi je crie vers les déserts, de préférence dans la direction des déserts. Adieu. A Lundi prochain, si vous le voulez bien.






(Olivier Steiner.)

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Tuesday, August 30, 2011

Les grands blonds

Dis-moi, ce soir je commence une nouvelle émission (France Cul, 23h) avec Aurélie Charon. Tu vois qui, tu te souviens ? Y avait eu un feeling d'au moins qq secondes entre vous devant La Condition des soies. T'aurais pas un compliment bien hétérosexuel à me souffler pour la détendre ? C'est sur le thème de l'adoration... Yvno (Sorry pour hier soir.)






Trop chou ! Bien sûr, je me souviens parfaitement d'elle, d'autant que nous nous sommes revus en Avignon cet été ! Tu me diras comment et quand écouter l'émission ?
Alors t'as qu'à lui dire :
« J'aurais voulu vivre au XVIIIième siècle, pour avoir une esthétique physique et vestimentaire proche de la tienne, et que tu tombes dans mes bras. »
ou alors :
« J'ai toujours été fasciné par les peaux diaphanes, et voir courir le sang dans tes veines sous ta peau fine, me fais trembler. »
Ha ha ha
ou alors :
« J'avais un flamant rose quand j'étais enfant, et, je sais pas pourquoi, quand je suis avec toi, je pense à lui. »
ou :
« Tu sais que les grands blonds ont des sexes plus longs que les petits bruns ? »
Si elle est toujours aussi tendue, propose-lui une bière belge à huit degrés.
Ça va, ça ? Tu me diras comment ça s'est passé.
Love
F.


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Monday, August 29, 2011

J'ai eu trois nègres, pour cette première émission, que je remercie ! Pierre Courcelle, François Olislaeger, et ici, Olivier Steiner, quel beau métier

(Questions d'Aurélie Charon)






Vous avez fait quoi, ces nuits d’été ?

La nuit justement je m'efforce de ne rien faire, et c'est le plus difficile. On n’arrive jamais à ne rien faire et c'est pourtant l'activité que je préfère. Ne rien faire, rien de rien, surtout pas rêver, vous voyez ? De toute façon je ne suis bien qu'allongé. Je me suis inventé des vies que j'ai retranscrites sur mon blog, j'ai essayé d'oublier Paris, mais je n'ai pas pu oublier la Seine. J'ai pensé à Jeanne Balibar parce que j'ai peur que nous soyons fâchés. Je voudrais dire à Jeanne que je l'aime et si elle est impossible, elle l'est comme on dit des enfants, impossibles.



Vous avez fait quoi pendant les vacances ?

J'ai voyagé, j'ai transporté mon corps, je n'ai pas eu le courage de rester à la maison. Il y a eu Avignon, la Corse, Londres. En fait, j'ai déjà oublié. Je ne me rappelle que les films que j'ai vus : Melancholia, Festen, Les Bien-Aimés. J'ai lu aussi, plein de choses, mais rien en entier. J'ai pris des notes. Le problème est que je n'arrive plus à me relire. Tant pis. De toute façon, c'est écrit. Ce qui est écrit n'a plus à être écrit.



C'était quoi, la lumière de juillet et la lumière d’août ?

Il n'y a pas eu beaucoup de lumière, cet été. C'était plein de nuages partout, comme dans les films de Gus Van Sant. Ah, si, je me rappelle une éclaircie un matin dans un appartement bourgeois du 6ième arrondissement. C'était beau, j'ai eu envie de faire des photos.



Les lectures de juillet et les lectures d'août ?

Elles sont les mêmes, quand on lit, le mois, ça compte plus, on oublie.



Vous avez lu quoi ? Vous avez découvert quoi ?

J'ai découvert les Mojitos du Schmuck, un bar vers Odéon, probablement les plus chers du monde. J'ai découvert que ça se boit comme du petit lait. Et que c'est pas mal de brouter les feuilles de menthe. J'ai appris que brouter en anglais ça se dit to graze. C'est intéressant, non ? Nous sommes sur France Culture, c'est le service public, apprenons des choses. Donc brouter = to graze.



Vous avez des insomnies ? C’est quoi, la nuit, pour vous ?

J'ai une maladie qui fait que je suis souvent très fatigué donc j'ai beaucoup dormi. J'aimerais dormir un jour sur deux. C'est peut-être ce que je vais faire désormais : perdre comme ça la moitié de ma vie. Mais septembre arrive, c'est la saison des ouragans, alors les insomnies reviennent... « A voir tant de gens qui dorment et s'endorment à la nuit, je finirai par comprendre qu'il faut que je m'endorme aussi... »



Qu’est ce qui vous tient éveillé ?

Un corps chaud contre moi dans le lit. Compter les moutons.



Vous dites aux acteurs « Marchez comme si votre cœur était accroché au mur. Votre cœur à chacun, vivant, palpitant, accroché au mur »… Vous pensez que c’est la même chose pour une émission de radio ?

Non parce qu'à la radio, on ne marche pas. La radio, ce n'est pas une scène, c'est une tribune. Il manque la lumière, les ombres, la fumée. Il n'y a pas de mouvement à la radio. Bon, il y a les voix. Mais c'est pas pareil, ce sont des voix qui s'écoutent. Au théâtre, ce qui me plaît, c'est quand les voix ne s'entendent plus. Je veux dire quand les acteurs ne s'entendent plus. C'est ça accrocher son coeur au mur. Je pense là au dernier film de Christophe Honoré, la scène où Chiara Mastroianni danse seule dans le hall de l'hôtel. Je n'en dirai pas plus parce que ça ne sert à rien de commenter les films mais elle a vraiment accroché son coeur au mur.



Ce sera quoi, les questions, ce soir ?

Ce sera ce que voudront les réponses.



C’est quoi, le hasard ? C’est quoi, les voix intérieures ? Vous avez rêvé quoi, hier ? Minuit, ça vous angoisse ou ça vous soulage ?

Fanny Ardant a dit un jour qu'être actrice c'est sauter dans un train, parfois c'est l'orient express, parfois un tortillard de banlieue. Ben, le hasard, ce serait de sauter dans le premier train qui passe en fermant les yeux, et de découvrir après coup quel genre de train il s'agit.



Les voix intérieures sont celles de ceux qu'on aime, qu'on a aimés ou qu'on va aimer. Sans amour pas de voix intérieure. Cf Jeanne d'Arc, une grande amoureuse, cette petite pucelle.



Depuis que j'ai décidé d'arrêter de voir mon psy, je ne rêve plus, je n'ai plus besoin de lui faire plaisir.



Minuit, ça me soulage. Je préfère la citrouille au carrosse. « J'aime mieux vivre en enfer que de mourir en paradis. »

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