Tuesday, November 17, 2009

Le maniérisme américain

Dans l'avion qui me ramenait de Singapour, en voyant les films et les séries, j'étais soudain frappé d'une chose qui ne m'était jamais apparue (mais que l'Asie au sourire éternel me montrait). Christophe Atabekian l'exprime très bien sur son blog :
"Ça barde méchant dès le début de la saison 2 de Breaking Bad. Comme d'habitude avec les séries américaines, il faut au début de la première saison trois ou quatre épisodes pour s'habituer aux grimaces. Ce ne sont pas des grimaces, en fait : ce sont les américains, ils SONT comme ça. Ils font des gestes trop amples, parlent trop fort, se taisent trop longtemps, écarquillent les yeux, ouvrent la bouche en rond. C'est ce qui les rend pénibles et fascinants. Ils sont tout de suite dans la fiction : ils ne sont que cela, que fiction. Ils se regardent comme la fiction d'eux-mêmes et la jouent pour de vrai.
Les acteurs jouent comme s'ils étaient dessinés. Ils sont avant tout graphiques.
La bouche tordue en permanence selon un rictus rituel et inaltérable (avec seulement des variations de l'amplitude et de la pente de courbe du rictus).
L'idée, c'est de toujours aller tout de suite au pire et puis immédiatement d'aller au-delà. C'est là que c'est très fort. Bon, du coup, est-ce que je vais me coucher ou je regarde l'épisode 2 ?"

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Friday, November 13, 2009

Dernières images




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Passé à la boutique (2)

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Arbres de Noël




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Il vous faut un retour ? (2)

... Puis, lorsque nous survolions de très haut l'Himalaya et le delta du Gange (on peut dire aussi les bouches du Gange) :
"Dans les lassitudes, nous glissons vers le point le plus bas de l'âme et de l'espace, vers les antipodes de l'extase, vers les sources du Vide."

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Little India (Rideau !)

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Il vous faut un retour ?

A peine installé dans l'avion, côté couloir, j'ouvrai le livre au hasard et je tombai sur (comme toujours quand on ouvre un livre au hasard, le chemin le plus direct) :
"Paris, point le plus éloigné du Paradis, n'en demeure pas moins le seul endroit où il fasse bon désespérer."
Ça me donnait chaud au cœur, cette phrase, à quel point elle tombait juste et qui plus est au bon moment ! Je la lisais à François* qui restait stupéfait, atterré. Par pitié pour lui, je lui donnai le nom de l'auteur. De cette manière, il aurait pu dire : "Ah, Cioran...", mais il ne le faisait pas. Toute la nuit je regardai des films.






* François Chaignaud.

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François Chaignaud

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Wednesday, November 11, 2009

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Please take nothing but photographs













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Congenital bachelor

Aujourd'hui, j'ai pas arrêté. Je suis allé dans la rain forest où je me suis perdu. J'ai tourné plusieurs heures dans la forêt de Tintin. Je pensais à Gerry aussi. Un peu car c'est bien moins grand que la Vallée de la Mort, c'est juste un parc de ville, un morceau de sauvage. Enfin, je me suis donné chaud, je me suis donné peur. Je marchais pieds nus, j'en avais marre des tongs, torse nu, bien sûr, je me serai bien mis à poil, tant qu'à faire. Ça montait et ça descendait sans fin autour du sommet de l'île. Finalement, bien sûr, j'ai retrouvé la piste asphaltée, la steep slope que quelques vieillards en short blanc descendaient à l'envers. C'est là que j'ai vu la fourmi. Auparavant, aucun animal (quelques lézards). La forêt seule est vivante. Avec le son incroyable des cigales, abstrait, contemporain, musique suprême puisqu'elle n'atténue rien du silence (mais le renforce). Je me suis rafraîchi à la sortie dans les lavatories des joggers. Ensuite, après avoir maté un bon moment la colonie de macaques qui s'épouillaient et s'embrassaient sur le parking du soir, leurs petits bébés en forme de lilliputiens, de vieillards miniatures un peu effrayés et pensé encore à la réincarnation (comme, quelques minutes avant, j'avais observé la fourmi géante), j'ai pris un taxi qui m'a déposé au zoo. De nouveau, donc, le zoo, comme il y a huit jours (les animaux m'ont reconnu, visiblement). L'heure de la fermeture était dix-huit heures et il était déjà tard, mais, comme souvent dans les zoos, personne ne dérangeait ceux qui ralentissaient leur départ car les animaux se détendaient et l'heure aussi était plus agréable. C'était le soir. J'ai traîné longtemps encore, hébété, noyé dans la végétation brûlée de pluie (c'est une image). Je pensais : Sauver les espèces, oui, mais pas toutes... Y en a tellement, de trucs à poils, à plumes, à élytres... Oh, là, là... Rien que d'en faire le tour ! Je pensais à Noé. Quel boulot !... J'avais échangé des regards avec les espèces la tête en bas, les bats, le paresseux qui se laissait lécher passionnément, amoureusement par plus petit que lui parce qu'il en avait mis partout du jus de mangue, sur son pelage, assez pour une chauve-souris en tout cas - et avec d'autres la tête bien sur les épaules comme nous-même. Souvent il était question d'amitié, de prendre un verre, d'une légère collation. La pluie, ce soir, n'était qu'une subtile évocation du déluge, très friendly, animal friendly, juste pour lisser les plantes vernissées, vaporiser de brume le lac et les cascades, quelques sons de tonnerre au lointain, embellir et mélanger le soir. Ni les chimpanzees ni les lions ne s'en protégeaient vraiment, je ne me protégeais pas non plus (même pas la force de sortir mon imper). Je laissais ma chemise blanche s'imbiber comme de la craie. A la sortie de ce tunnel d'amour et d'eau fraîche, il m'a été gentiment proposé de plonger mes pieds dans un bassin de poissons-docteurs qui se nourrissent de peaux mortes tandis que l'humain adulte proposeur devait me masser les épaules. C'était énergique aux niveaux des épaules et plein de mimis au niveau des pieds. Très sympa ! J'ai enchaîné avec le Night Safary. Le Night Safary, c'est un deuxième zoo, à côté du premier, mais pour les animaux éveillés la nuit. Ça, c'est très, très beau ! Extrêmement peu éclairé (comme de vagues moonlights d'un romantisme de film de genre), noyé comme toujours et partout dans la végétation équatoriale. Du coup, bien sûr, on en voit encore moins que dans le zoo diurne, des bestioles ! Mais, on réclame pas parce que, quand on voit, c'est inoubliable. L'impression d'y être. Ou d'en être. C'est à dire, ce qu'il y a, ce n'est pas seulement que les animaux sont réveillés la nuit, ok, c'est déjà sensass, c'est aussi qu'ils sont beaucoup plus calmes. Ils vous regardent - ou ils ne vous regardent pas - avec le calme et la grâce de leur supériorité. Leur rapport à la nuit. Je pensais beaucoup à l'amour des hommes pour les races supérieures : les guépards, les bats, les rats, l'éléphant, les araignées, tous les animaux, la manière dont ils ont développé leur virtuosité (par définition) et l'imitation des hommes, le désir, la fascination pour la force et les dons merveilleux, le désir (comme Marcus), et aussi la fascination et l'imitation d'autres animaux pour les hommes (les dauphins, les pythons, les tigers). C'est très, très impressionnant, ce rapport à la nuit comme en plein jour. J'ai vu, dans un enclos grand comme un terrain de foot, un rhinocéros d'Asie. C'était beau comme un spectacle de Klaus Michael Grüber. Je n'imaginais pas que ça pouvait être aussi grand, une bête ! Il mangeait son fourrage. Les giraffes (avec deux f comme Jacques Prévert l'écrivait), les zèbres, toutes les bêtes des savanes. Plus loin, silencieuses et magiques, les hyènes, etc. Les oiseaux, les chauve-souris, les renards à oreilles de chauve-souris, etc. Les papillons. Tous les trucs dont je renonce à lire le nom, qui ressemblent à des loutres, très sympas. Les porc-épics. J'ai appris que les lions pouvaient s'accoupler avec les tigers, mais que leur descendance était stérile. (Ça fait pas une race nouvelle, quoi.) Les tapirs, etc. Tous les trucs à quatre pattes et il y en a ! Les cochons de toutes les formes et adaptations (mais en restant cochons). Aucun serpent. De toute façon, ne rien voir, c'est très impressionnant. C'est à ce moment-là aussi que je me suis aperçu qu'il y avait des appareils photo extraordinaires. Le mien ne prenait rien, mais j'en voyais qui pénétraient les vitres noires pour s'approcher des pelages luisants, des muscles liquides, de l'ultime perfection, rajouter des couleurs absentes, l'air de rien, absentes de tout bouquet, et, sans un coup de rein, d'un clic, produire une image d'une densité digne des billboards d'Orchard Road. Au moins. Je suis revenu en taxi à Little India. Les rues étaient animées. Titubant, j'ai quand même cherché à dîner avant de rentrer m'effondrer à mon hôtel. J'ai avalé, dans le premier restaurant de la liste du guide, un Andhra Hyderabadi biryani, mais très vite, très mal, avec les doigts, certes, mais avec les deux main ( je crois que c'est exactement ce qu'il ne faut pas faire). Cela, parce que j'étais furieux contre moi-même à cause sans doute de la fatigue, des courbatures, de l'âge que j'ai alors que je ne connais rien au monde, et, justement, de mon désintérêt du monde et des autres, de mon ennui, quoi, et de cette thérapie, mon Dieu, qui dure depuis des siècles ! (C'était sans doute ça, le sens du titre de mon dernier spectacle : La dernière et l'avant-dernière page d'un poème lent - qu'on en finisse !) Alors, dans Little India, dans les rues toute animées du soir, tandis que les travailleurs immigrés indiens s'avachissaient sur des chaises en plastique, sur des places, devant des émissions de variétés débiles et surannées - et, moi, ballonné presque à tomber, je me suis forcé, moi, à les regarder tous le plus possible et si nombreux qu'ils étaient, je me suis forcé à les regarder, oui, au moins comme des animaux.
J'étais noyé, lové dans ma fatigue - la fatigue comme une porte de sortie.

Maintenant, il est sept heures (minuit, en France) et j'écris ça sur mon blog.

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La tortue


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Le papillon



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Expressions de la forêt



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Pour Aldo qui les collectionne (3)

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La forêt










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Pour Aldo qui les collectionne (2)

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Tuesday, November 10, 2009

Poisson de l'hôtel


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Max

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Undesirable activities

J'ai mis mon verre
de vodka mandarine dans
le frigo et nous sommes
allés à la réunion au
Community Centre. Dans
la réunion, je cherchais
mon verre de vodka.
La réunion, il s'agissait
d'une manifestation.
En fait, un hôtel de
passe voulait s'installer
dans le quartier et les
habitants s'y opposaient.
Cette réunion mettait les
deux parties en présence -
avec vidéo-conférence - pour
exprimer les deux
points de vue.
La moitié de ceux
qui étaient là et qui
s'opposaient à l'hôtel
de passe étaient de
gentils couples d'homosexuels.
Gentils, jolis et intelligents.
Mais ils s'opposaient à
l'hôtel de passe.
Ce qui était curieux, c'est
qu'il s'agissait de l'Hotel
81
, hôtel qui, près du mien,
à Little India, est
indiqué, dans le guide,
comme accueillant les
homosexuels. Et il y a
cette loi, dont parle le
guide, punissant de mort
l'homosexualité. Visiblement,
cette loi n'est plus qu'un vieux
papier.

En fait, il apparaissait
que l'hôtel n'était pas
louable à l'heure, mais
pour trois heures minimum.
Une forme de compromis ?

Et puis, assez vite,
le même sentiment
me vient, dans cette
réunion, que dans
celles de Boris Charmatz
pour le Musée de la Danse :
A quoi bon ? Tout le
monde a compris, non ?
Si on rentrait manger
un morceau ? Eh bien,
non, il y en a que ça
passionne ! Et il faut
que tout le monde s'exprime,
etc. Et on répète les choses
mille fois avec tant
de concern ! Je ne suis
vraiment pas fait à ça, mon
Dieu, pédé ou pas pédé.
Mais j'en parlerai à mon
psy ! Comment devenir
un citoyen à part entière ?
S'intéresser aux autres. En
fait, c'est ça : les autres
m'intéressent pas du tout.
Je ne vois que des têtes
sur des corps, des "cailloux",
comme je disais, bien sculptés.
Que ces têtes de caillou
se mettent à parler ne me
paraît pas d'une émotion
renversante. La vie sociale.
Et tout ça dans un
vent de banquise parce
que les réunions, bien sûr,
sont toujours climatisées.
C'est terrible, la Suisse,
moi, je n'y crois pas.
Désolé, "je suis désolé".
Curieusement aussi l'adresse
de mes amis était aussi
un eighty one.
81 Tiong Poh Road.
La policy, la politesse incroyable,
la politique.
Mais je n'y crois pas.
David di Nota a raison, je
trouve, la politique, c'est l'
Afrique. Le reste est faux-
semblant.

I hope I made myself clear.
Thank you.


Cela dit tout le monde
avait l'air sexy, au bout d'un
moment.
Singapour, les premiers
d'la classe.
Quelqu'un a posé la
question : "Est-ce que nous
sommes bien en train de parler
de bus entiers de matelots
qui viendraient dormir ici ?"

Peut-être que ce qui
m'apparaissait étrange,
finalement, c'était que
tous ces gens qui se
comportaient comme des
Suisses (ou, au mieux, comme
des Hollandais) avaient,
pour moi, des physiques
d'immigrés. Quand je
réalisai ça, j'étais heureux.
Cette manière de parler
anglais comme des chiens
et d'en vivre comme des rois.

A la fin, tout le monde
était content. Le comité
de riverains a applaudi
les intervenants de l'Hotel 81
et mon ami français m'a dit
à l'oreille : "Maintenant,
c'est les bombes lacrymos !"

A la fin, les représentants
(de l'Hotel 81) sont partis
et quelqu'un, le plus âgé,
le sage et smart, a résumé
la situation et la soirée.

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