Thursday, January 07, 2016

F aire du bien


Cher Yves-Noël,
Etant rentré à Lyon pour les fêtes de fin d’année et pour être avec ma famille, j’ai eu envie de venir voir ton travail au Point du jour.
J’y étais le soir du 30 décembre.
J’ai beaucoup aimé ton spectacle Rester vivant. Le travail sur les voix bien sûr. Mais surtout le travail sur les sources sonores et leur géographie spatiale, les volumes, les effets de lointain et de très proche. J’ai aimé ce noir total. Total de chez total. Sans la connasse de petite lumière de sécurité toujours là, jaune, parfois atténuée avec une gélatine bleue posée par un régisseur intelligent, mais là et toujours là à nous sortir de la magie du spectacle. Et ne plus voir ces connasses de lumières de sorties de secours m’a fait beaucoup de bien. La lumière blanche était magnifique. Lorsque le sol du plateau apparaît comme un nuage de brume blanche flottante. J’étais dans la féérie des terres glacées. Des royaumes légendaires. Et lorsque cette même vapeur de rêve coule sur le mur du fond, tombant du plafond. C’était magnifique. L’image finale est sublime.
Merci pour ce rêve,
Arnaud

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Monday, December 28, 2015

J eanne Duval



[Janvier 2023]

Cher Yves-Noël
Nous nous sommes connus à Paris ou Lyon, je ne sais plus. A l’époque tu étais en création continue au théâtre du Point du Jour. Nous avions avec John Fou terminé sur scène nu.e.s et enlacé.e.s. Rester Vivant. Te souviens-tu ?
Je commence à donner des ateliers de danse dans le cadre de soin, et en outre dans des établissements médico-sociaux.
Il y a une photo de moi sur le web encore très présente lorsqu’on google mon nom.
J’ai une requête et je m’en excuse d’avance. Pourrais-tu supprimer cette page ? C’est devenu embarassant vis-à-vis des gens avec qui je travaille.
J'espère que tu pourras comprendre.
Je te souhaite vibrance et pétale de fleurs au coeur des remous de la vie. Belle année et bien à toi

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Thursday, December 10, 2015

Cher, 
Je ne sais pas si tu as envie de revenir filmer ou si tu es encore traumatisé par l’abandon de notre N°5… Gwen, c’est maintenant le beau fixe, il a adoré le six, mais il a aussi beaucoup aimé le cinq dont il m’a beaucoup reparlé. Ça me fait l’effet d’une histoire d’amour, cette relation entre nous, avec l’éclat qu’il y a eu (comme dans une histoire, à partir d’un rien) et les retrouvailles. Le numéro sept intitulé Leçon de Ténèbres est comme le précédent une réponse ou en tout cas une tentative non pas de réponse, mais de « soin » liée aux événements du 13 de même qu’à l’ensemble de la situation française (FN…) et planétaire (la sixième extinction des espèces). Comme le précédent, il n’est donc pas filmable, comme le précédent, il pourrait néanmoins faire l’objet d’un film (paradoxal). Il y a beaucoup de monde, mais ce monde est en général totalement dans la pénombre (de la salle), des éclats néanmoins sur de la danse et des visages… L’espace est immense, une petite scène de 4m où je mets à la fin toute une foule…
Dis-moi où tu en es ; Marc Domage attend aussi que je lui confirme l’intérêt qu’il vienne et quand samedi ou lundi (par rapport à toi).
Plus rappel : facture.
Bises, 
YN

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Friday, December 04, 2015

Nicole Mersey
J’appellerai ton spectacle Petrichor !!! En espagnol c’est le mot qui décrit l'odeur de la pluie sur la terre !!! Merci... Je pense à Maeterlinck... à la mélancolie de Tarkovski… a la casa de Domenico !!! a mi casa en Chile et la pluie sur les toits !!!… Merci pour ce moment de répit !!! J’ai eu le Temps... Je suis revenue au théâtre !!! Je suis repartie !!! Je trouve ça super de faire ça !!! Je dois être ta plus grande groupie à Lyon… (déjà j’aime Christophe alors…), mais vraiment ça me touche beaucoup !!! (Mon orthographe est nulle, désolé, je suis Chilienne)... Pour l’appart, c’est ok. On laisse une chambre dispo et on parle avec les chanteurs pour l’organisation !!!
Des bises !!! Nicole !!!

Olivia Csiky Trnka
Lyon sera désormais un labyrinthe de pierre où se cache une maison pleine de feuilles où se regarde une nudité comme devant la mer de Friedrich. Il y a de la peur rampante qui pue partout. J'étais presque triste en arrivant de ne pas entendre de la Beauté. Mais en vérité c'est plus vaste encore. La lumière ou ce qui reste sous la paupière. Je me couche avec de l'oxygène doux dans le sang. Merci. Je t’embrasse

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Thursday, December 03, 2015

Cher Yves-Noël,
La fête des Lumières annulée et la COP 21 verrouillée étaient donc au Point du jour dans ce nouvel épisode !
J'ai pensé à la forêt de Macbeth qui s'avance peu à peu vers nous, inquiétante ;
au théâtre de Bussang dans les Vosges, qui n'aurait plus besoin de donner sur un dehors toujours déjà dedans ;
à l'artiste Giuseppe Penone, ses milliers de feuilles de thé odorantes ;
à d'énormes pots de peinture à l'huile déversés sur le sol, qui retournent à la boue ; 
à mon Limousin natal ;
à la pluie qu'on entend derrière sa fenêtre et qui berce nos mélancolies ;
à des éclairs muets parce qu'intérieurs ;
à la brume des rêveries ;
à une forêt qui résonne de notre absence.
Amitiés,

Jérémie Majorel

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Tuesday, December 01, 2015

Josselin Vidalenc 
Vu ce spectacle magique hier soir en avant première. Merci Yves-Noël !


Halo Halo a vu, à Lyon, à la tombée de la nuit, au Point du jour, une magnifique proposition contemplative, une forme plastique ni danse ni théâtre mais pourtant les trois, un théâtre comme on le désire, dégagé de la superficialité d'un discours humain, invitation à la pensée. Un moment de pensée dans la contemplation du son de la pluie sur les feuilles mortes de Baudelaire, Verlaine ou Prévert, ou Gainsbourg, tout cela dans le rien, dans le silence, dans le lumineux rien que quelques projecteurs incroyablement placés, extrêmement bien utilisés. Une pièce de temps ou le seul acteur est, durant un grand instant, la variation du regard. Trois corps décadents d'une langue étrange, perdus dans un monde mort, de feuilles mortes échouées et bafouées par une pluie incessante. J'y ai vu deux nuages, des vagues, de la brume, de l’arc-en-ciel, un trou noir, du vent, de l'impossibilité, de la possibilité, une aiguille inlassablement tournante, la respiration de ma voisine, une sortie de secours, un extincteur cocasse, un théâtre retourné, un léger sommeil, une divagation de mes pensées, du trouble visuel, du je-ne-sais-ce-que-c'est-mais-c'est-beau, des cyclopes, des impossibles. Il faudra remercier Yves-Noël Genod et Philippe Gladieux de m'avoir emmené au plus profond de mes étranges mythologies animales inconscientes. Rien n'est parfait, et heureusement, mais c'est tout de même beau ! Merci Jhon Fou ! Durant quelques jours encore.

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Wednesday, November 25, 2015

Oui, darling ! Toujours un plaisir de te voir, toi et tes amis... Moi, je me suis remis au boulot, je vais donner un son-et-lumière, peut-être c'est une chance, peut-être je n'aurais pas osé si les circonstances ne s'étaient pas imposées (quatre jours pour faire un spectacle, ce qui est un peu faux car j'ai trois mois derrière moi…) J'ai étalé des feuilles mortes sur toute la scène, lumière et son, mais comme le type du son n'est pas venu (difficile de rerassembler les équipes…), je vais peut-être laisser le bruit de la pluie, etc. Ça s'appelle Par délicatesse j'ai perdu ma vie (comme tu sais) et c'est la NATURE seule, c'est très beau... Peut-être un ou deux agneaux nouveaux-nés (mais je n'ai pas de bagnole pour aller les chercher...) Voilà, tu sais tout. Bisous, très chère, Yvno

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Friday, October 16, 2015

Aude Arago
Les Entreprises tremblées / Yves-Noël Genod / Théâtre du Point du jour
Une beauté rare.
« Il ne faut pas comprendre, mon pauvre monsieur ! 
Il faut perdre connaissance. » Claudel.

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Tuesday, October 13, 2015

O bjet : se reposer ou être libre



Yves-Noël


Aujourd'hui, de retour à Paris, toutes les personnes que je croisais me disaient que j'étais radieux.
(Ohhh ! Comme c'est plaisant quand les gens vous disent cela !)

Cette lumière, je sais que je la dois à nos trois semaines d'entreprises tremblées, intenses et magnifiques et à cette belle collaboration.
Tu m'as fait revenir à la vie. merci.

Maintenant, il va s'agir de rester vivant.



          A bientôt


                           jb'

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Monday, October 12, 2015


Guillaume Doucet
Yves-Noël. J'étais abasourdi après le spectacle, et j'avais fait une longue route en voiture. J'étais trop timide et trop fatigué pour te dire un merci à la taille de ce que j'ai reçu et que je ne sais pas définir. Alors MERCI. Bérangère qui était avec moi disait qu'elle s'était sentie dans une nouvelle position de spectatrice. Qu'on prenait grand soin d'elle, de son regard et qu'elle avait de la chance d'être accueillie à cette place-là (je le dis moins bien qu'elle). J'ai trouvé ça très juste. Un autre ami racontait qu'il avait vu l'épisode 1, était resté sans voix après, et que ce n'est que quelques heures plus tard, dans une soirée en commençant à en parler à quelqu'un d'autre, qu'il avait soudainement réalisé que c'était formidable. Voilà, ce sont juste des bribes de retours. Merde pour la suite ! J'essayerai de revenir.

Benjamin Forel
Monsieur,
J'étais hier soir assis parmi vos spectateurs au théâtre du Point du jour. Permettez-moi de vous dire que votre travail est d'une intelligence poétique terrifiante. Merci d'être à Lyon.
Bonne continuation…

André Guitier
Veni.. Vidi... et Yvno vici !! Merci Morin d'avoir remis, un temps, les clés de ton théâtre à cet artiste ! Vite, la suite !... Je ris encore (positivement) du moment où, présentant la soirée, Yves Noël Genod nous a confié que le spectacle ne durerait qu'une heure quarante... mais qu'il allait paraître beaucoup plus long... Dans sa bouche, c'était un gage de qualité... Il avait raison le bougre !!

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Thursday, October 08, 2015

Alain Klingler
Cher Yvno,
encore bravo pour hier soir, c’était encore une fois, très beau.
J’ai pensé comme j’ai pu te le dire, devant Antoine Roux-Briffaud, le corps recouvert de poudre noire, fantôme dansant,  à Tropical Malady d'Apichatpong Weerasethakul
Va savoir pourquoi… mais finalement, je tombe sur cette critique du film (« Télérama ») qui me parle d’un des mondes possibles de ces Entreprises tremblées.
Non ?
Je t’embrasse
A.

« Un soldat et un paysan s'aimaient d'amour tendre. Entre eux, tout n'était que billets doux, caresses candides et sourires jusqu'aux oreilles. Jusqu'au jour où l'un deux disparut sans préavis... Depuis son éclosion à Cannes en 2002 avec Blissfully Yours, Apichatpong Weerasethakul, 34 ans, est devenu la coqueluche d'une poignée de cinéphiles, au point de revenir cette année sur la Croisette en compétition officielle et de recevoir le Prix du jury pour Tropical Malady. Le voici intronisé comme LE cinéaste thaï, label à haute plus-value exotique. Mais s'il vit en Thaïlande — son film en témoigne intensément — Apichatpong Weerasethakul habite surtout le pays du cinéma. Ce nouveau film confirme qu'il est moins occupé à refléter une réalité locale qu'à nous tendre une sorte de miroir magique. Un miroir à deux faces, en l'occurrence. Car le flirt de la première moitié de Tropical Malady a quelque chose de mystérieux à force de limpidité. Le cinéaste a pris soin d'inscrire les vies de Keng et Tong dans un cadre réaliste : on voit leurs familles, leur travail, on les suit au cinéma, au karaoké, en promenade, en ville, aux bois. Tout est normal, transparent, beaucoup trop - d'autant qu'une liaison homosexuelle au grand jour est inenvisageable à Bangkok, selon l'auteur même. Que cache tant d'évidence, de douceur ? Quel est ce vert paradis où les après-midi s'écoulent la tête de l'un sur les genoux de l'autre ? Et comment articuler ce tableau idyllique avec les premiers mots de la citation placée en exergue du film : « Nous sommes tous des bêtes sauvages » ? Arrive cette belle séquence nocturne où les garçons se disent au revoir, à demain : deux tourtereaux qui ne parviennent plus à se quitter dans la chaleur de la campagne, l'été. Finalement, Keng regarde s'éloigner Tong sur son vélo, et la silhouette de ce dernier s'évanouit, entièrement engloutie par l'obscurité. Fin du premier acte. Fini de rêver ? La seconde partie se chauffe d'un tout autre bois. D'abord, via un petit film dans le film, on se laisse initier à une vieille légende évoquant la transmutation d'un humain chaman en tigre. Ensuite, on retrouve Keng le soldat s'enfonçant dans la jungle suffocante, à la poursuite du prédateur qui, dit-on, égorge les vaches de la région. Cette virée solitaire tient tout à la fois de la quête chevaleresque (à l'assaut du dragon) et d'une régression à l'état animal. Harcelé par les sangsues, indifférent aux sons métalliques lointains émis par son talkie-walkie, liquéfié, gluant de sueur, de crasse, Keng en vient à s'enduire de vase, à se laisser guider par des singes qui, tout naturellement, lui parlent dans leur langue (heureusement sous-titrée). Il se retrouve alors nez à nez avec ce qui ressemble à son cher Tong évaporé. Mais dans quel état, lui aussi ! La sauvagerie en personne. De ces deux volets d'un même diptyque, fascinant de bout en bout, lequel est vécu par les protagonistes, lequel est délire ? Le premier est vraisemblable, mais avec la suavité d'un songe fleur bleue. Le second intègre des éléments fantastiques, voire horrifiques, mais avec une précision sensorielle confondante — bruits, lumières, matières. D'un côté la surface lisse, apollinienne des illusions, de l'autre les tréfonds dionysiaques de la vie, la nuit noire des pulsions et des instincts débondés, le temps des métamorphoses, de l'effroyable vérité ? On pense au Mulholland Drive de Lynch, autre film dévoilant l'envers atroce d'une histoire trop belle, et lui aussi déchiré en son centre par une faille insondable, un trou noir — à Cannes, les spectateurs de Tropical Malady crurent à une défaillance technique. Mais, au final, Apichatpong Weerasethakul est plus proche du mysticisme de Jacques Tourneur, laissant le dernier mot aux forces obscures de sa jungle vaudou, sans renier aucunement sa sentimentalité : jusqu'au sang, la maladie tropicale reste maladie d’amour. »

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Monday, October 05, 2015

Vincent Villemagne
Bonjour Yves-Noël,

C'est un beau voyage que tu nous proposes avec Les Entreprises tremblées.
C'est délicat et fragile ; ça aiguise notre regard et notre écoute.
C'est tout plein d'une immense douceur, et d'une immense douleur aussi... Les airs de La Traviata n'y sont évidemment pas étrangers.
Très belle image du début, statue christique offerte, dans un désert cru, recouverte d'une pellicule de ténèbres couronnée de blondeur. Au fil du temps et des mouvements, l'obscur se craquelle et la chair se fait jour. Puis la voix et le chant, hier et aujourd'hui, souvenir réhabité, une épure.
Les silences, les creux, un plateau soudain vidé, espaces de résonance.

Tu nous fais entrer dans l'espace du mystère et de la poésie.
On en sort nourri de quelque chose dont on ne se souvenait plus qu'on avait faim.
Depuis hier soir, le monde est différent.

A toi et à toute ton équipe, merci,

Vincent

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Wednesday, September 30, 2015

P récis avec ampleur


Olivier Steiner (sur Manuel Vallade)
Magnifique… Merci ! Chéreau l’aurait bien aimé, celui-là, il est précis avec ampleur, c’est rare…

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Friday, September 25, 2015

Joanna Selvidès
A fait l'expérience ce soir des limbes théâtrales.... Une sorte de coma à vif… Merci Yves-Noël Genod  pour ce temps suspendu, cette quantique de la sensation.
ET QU'ON PENDE CEUX QUI EXPRIMENT LEURS PEURS — dit Macbeth, sublime Manuel Vallade.

Moni Grego
Comme il y avait des FEMMES/LIVRES et des HOMMES/LIVRES dans Fahrenheit 451 de François Truffaut/Ray Bradbury, il y a à Lyon, CE SOIR, au THÉÂTRE DU POINT DU JOUR des FEMMES/THÉÂTRE et des HOMMES/THÉÂTRE par Yves-Noël Genod/William Shakespeare/Anton Tchekhov.

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Thursday, September 24, 2015

A la traductrice


Bonjour, nous ne nous connaissons pas, mais je vois que nous sommes amis Facebook, alors c’est un peu prématuré de vous remercier car nous avons encore trois représentations pour que le spectacle se déploie, mais, depuis quelques temps, Manuel arrive à faire entendre deux ou trois choses (qu’on n’entendait pas il y a une semaine), des choses qu’il n’est pas le seul à inventer, même aidé par Shakespeare, et que certains spectateurs entendent. J’ai des félicitations pour « Déféminisez-moi », par exemple, ou pour « handicapé de la volonté » ou pour « cancanières de pierre », etc. Toutes choses que j’admire, mais où je ne suis pour rien, un peu plus Manuel, bien entendu, qui les fait entendre, mais où vous êtes, vous, pour beaucoup ! Cette expérience de théâtre ready-made, refait, réentendu avec des morceaux entiers, des matières déjà assimilées s’est très bien enclenchée avec notre ami Manuel, son enthousiasme, sa foi. Bien sûr que le spectacle n’est qu’une esquisse (répétée en dix jours), mais une esquisse maintenant assez soutenue pour que je me permette de vous remercier précautionneusement (en croisant les doigts pour les trois prochaines...)

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Qu’est-ce qu’il faut que je vous réponde ? Vous ne connaissez pas mon travail. Donc vous n’avez pas l’idée qu’il pourrait vous intéresser. A part les bons conseils d’Isabelle. 
Mais si vous avez envie de venir le voir, je ne voudrais pas vous décourager. On joue, en ce moment, et on manque de spectateurs, seule richesse, au théâtre. 
Je suis étonné, il y a des gens qui veulent travailler avec moi (acteurs, chanteurs, assistants…) Ils me tannent pour des réponses, mais ils n’ont même pas l’idée de venir voir le spectacle que je donne exactement en ce moment pour se rendre compte. Vous n’êtes pas un cas particulier et, même si vous l’étiez, je trouverais ça étrange et farfelu, 
YN

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Wednesday, September 23, 2015

L es Notes de Jacques Blanc


Bonjour, 
Je t'envoie quelques notes en vrac que tu m'as inspirées. 
Shakespeare et Tchekhov. Rien à voir ?  
Et puis dans la nuit un espace commun se dessine peu à peu contre toute attente. 
Cet espace serait-il  le monde souterrain d'un inconscient commun aux deux comédiens qui en seraient les intercesseurs auprès d'une assemblée ritualisée, le public ? 
Comme s’ils puisaient dans le même inconscient, le même mystère dont on ne percevrait, comme pour l’iceberg, qu'une parcelle émergente, captée par deux corps d’acteurs.
L’autre scène… (l'ob-scène ?) sort de la nuit, s'incarne dans chaque corps. Puis retourne à la nuit. 
En éclipse, apparition / disparition, le corps des acteurs doit s'évanouir comme le fantôme d'Hamlet... ou celui de Macbeth — ou celui de Firs qui meurt comme un cerisier abandonné. 
Et revenir.
Ils sont exilés d’eux-mêmes par le monstre qu'ils incarnent (la pièce ?) qui a pris possession et parle à leur place. 
C'est peut être ça, le théâtre des ténèbres ? 
Au début, ça ne se télescope pas assez, pour éviter le côté « morceaux choisis »,  peut-être des moments plus courts, plus nerveux ? 
Les correspondances ( « A noir »)  se jouent aussi dans les petits gestes — comme des tics non contrôlés  — des acteurs, des signes qui montrent qu'ils ne seraient pas sujets parlant mais qu'ils seraient parlés, mais étrangement semblables de l'un à l'autre, gestes en échos...
Les interprètes se répondent, dialoguent en l'absence de l'autre disparu dans le trou noir.  
Répertorier les tics à répétition de Belmondo (A bout de souffle, le pouce sur les lèvres ) de Bogart (se caresser l' oreille), Antonioni… etc.
Ces gestes qui signifient que quelque chose d'autre se joue de plus trouble. Les deux interprètes auraient les mêmes tics ! 
Ce sont de faux monologues, ils parlent à l’autre… jamais là, mais incarné dans le vide. 
Il faudrait intensifier la présence physique des acteurs, qui s'arrachent aux ténèbres et qui font des efforts terribles pour déchirer le silence. 
Pour exister. S'incarner. Tous les deux tentent de déchirer les ténèbres. 
Le vide comme champ de tension ou peut naitre le sens… et le monstre.
Différents malgré tout : Le Château de l' Araignée de Kurosawa  n'est pas Mikhalkov  ou Cassavetes. 
Ils sont habités par un monde de nuit, par un théâtre noir, qui parle en eux. 
Ils ont fonction de chaman intercesseurs entre les ténèbres de la pièce et le regardeur, missionnés pour nous  envoûter par une pensée magique. 
Ils incarnent (la chair, étymologie) un paysage mental, un cauchemar.  
La danse à la fin ?  La « danse des ténèbres », littéralement, c'est le butô, celui de Min Tanaka ou de Kasuo Ono,  par exemple. 
Mais tellement galvaudée.  
Bon ! j' arrête là  !  
Et merde pour la suite. 
Amitiés



Merci d’avoir pris le temps d’intensifier tes remarques de l’autre soir (que j’avais déjà lues aux acteurs). D’autant plus touché que, comme, dès qu’on sort de Paris, les journalistes (nationaux), je découvre qu’il ne faut plus y compter, ça me fait un texte qui rend compte des enjeux du spectacle, des ambitions (et des effleurements, j’en ai bien conscience, l’expérience est juste, mais timide). Les pièces continuent (en tout cas, pour moi) de s’ouvrir merveilleusement avec la confiance des acteurs et de faire entendre — de plus en plus — comme des matériaux communs, oui, cet inconscient dont tu parles. Par exemple, par deux fois, dans Tchekhov les « mains blanches » avec une certaine insistance… tout est d’ailleurs question d’insistance (d’écho). Ou cette phrase de Lopakhine — incroyable — à la fin : « Dites-moi que je suis saoul, que je suis fou, que je l’imagine, tout ça ! Si vous pouviez voir ce qui se passe comme moi […] Je me suis endormi, ce n’est qu’un rêve, une vision. C’est le travail de votre imagination, envahie par le noir, l’inconnu. » Là, on est à la fois dans Baudelaire (« Je suis comme un peintre qu’un Dieu moqueur / Condamne à peindre, hélas ! sur les ténèbres »), dans Macbeth et dans le théâtre exactement.
Reste le problème du début, on cherche, on progresse. Il faudrait bien sûr mordre sur la mort, sur le réel. Il n’est pas impossible qu’on y arrive. On aime ce travail.
A bientôt, très cher ! 
Au plaisir, 
Yves-Noël

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R are comme l’or


Euh ? En relisant les mails, alerté par l’absence de guillemets à « travailler », je me demande si vous avez compris que Leçon de théâtre et de ténèbres s’adresse au spectateur ? C’est toute l’astuce. Que le spectateur puisse s’exercer au théâtre, mais en tant que spectateur, sinon quel est l’intérêt ? On peut tout faire disparaître au théâtre (et je m’y exerce) sauf le spectateur, lui, rare comme l’or,
YN 

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Monday, September 21, 2015

Renaud Bechet
Avant première du dimanche 20 septembre…
Le texte nous parvient, comme dans un rêve, dans cet impalpable du rêve, le rêve qu'on ne peut expliquer, parce qu'on ne fait que le ressentir, à l'intérieur, profondément.
Mesdames et messieurs il faut vendre la Cerisaie, nous devenons des personnages du texte de Tchekhov, ce sera pareil pour Shakespeare, nous sommes des spectateurs-personnages du rêve que nous faisons ensemble.
Ils viennent s'adresser à nous avec tout ce qui peut nous être adresser. Un rythme qui se pose et s'impose par celui des comédiens, incroyablement , beaux, magnifiques d’humanité.
L'humanité est là, l'espace d'une soirée d'1H50, on était prévenu.
Merci, merci pour ce voyage dans la nuit (presque nuit). J'ai ré-entendu Macbeth que j'avais pu interpréter dans la mise en scène de Gwenaël Morin…
J'avais vu un spectacle argentin il a quelques années et qui m'est resté tout le temps : ça s'appelait Bonbon acidulé, dans le noir complet, on était perdu, on voguait...

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Wednesday, September 16, 2015

L e Plancher craque


Oui, mon téléphone : 06 84 60 94 58. 
Je vous ai écouté, regardé des vidéos, c’est sublime. Mais je n’ai pas pris contact avec vous parce que le violoncelle ne convient pas au genre de travail que je propose. Si un musicien entre en scène avec une flûte, un violon, une guitare ou une trompette à la main, le public ne sait pas que c’est un musicien, il pense que c’est un acteur. Et même quand il jouera, le public pensera que c’est un acteur qui sait jouer de la flûte (si nous avons bien travaillé). Si un musicien entre en scène et s’assoie pour jouer (ou même debout appuie son instrument sur le sol), c’est foutu : le public voit un musicien. Et si le musicien est bon, il verra un musicien qui joue (qui fait l’acteur). On n’y peut rien.
Ça me semblait difficile de vous demander d’être là sans votre instrument.
Bien sûr, on peut imaginer vous voir, vous. Et ne pas vous voir jouer du violoncelle. L’instrument n’apparaîtrait que dans le noir. Ça, ce serait super beau (j’ai fait un rêve dans ce sens avec une guitare). Nous avons des noirs très, très beaux (absolus). Mais encore faut-il se retrouver au centre du plateau — avec l’instrument, la chaise — sans bruit. Pas évident, le plancher craque…
Enfin, voyez…
Yves-Noël 

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