Wednesday, July 25, 2018

L 'Emplacement de l'attente



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Sunday, April 14, 2013

Misero pane


Le monde est aussi beau que la nature, en fait, c’est la nature, exactement la nature et l’aimer comme la nature est le seul moyen, le seul moyen réel... Mais aimer ce monde, cela me mettra où, moi ? comme si je n’y participais pas... Le monde, les autres me semblent aussi étranges que les bêtes et l’air pur et les montagnes lentes comme la peau du serpent du Temp, la peau qui mue...

Le Vatican est un paradis fiscal

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Saturday, April 13, 2013

Le Sac d'une brebis



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Wednesday, April 10, 2013

Le jeune père



Il avait eu son premier enfant à 15 ans, il était beau comme un mannequin, lui-même né à la ferme, en Ardèche, son père était poète, mais lui-même était un enfant du pays. Il avait eu son premier enfant à 15, il en avait 25. Il était fort et superbe, sauf peut-être les dents, noircies (peut-être). De toute façon, je ne le regardais pas, mes yeux disparaissaient, c’était impossible : il était d’une beauté renversante. Stéphane Bouquet se serait tué pour lui. Damné. Moi, je ne le regardais pas. Je regardais les bêtes, les enfants, sa femme, les paysages... toute chose d’une beauté moins violente, mais je ne le regardais pas, lui. Il parlait avec moi avec sympathie, mais je ne le regardais pas. J’expérimentais ce qu’on appelle le « regard fuyant ». Il y a 1000 façon d’avoir le regard fuyant. Là, c’était clairement fuir l’impossible. La beauté extrême. La santé et la beauté d’Adonis. Je regardais les paysages, le duveteux des paysages, la transparence des forêts de châtaigniers, encore à cette époque, l’enchevêtrement de la transparence, l’hiver qui perdurait — nous étions début avril, — nous avions tondu les brebis, mais elles avaient pris froid, maintenant elles tremblaient, il y avait un temp d’Ecosse, il y avait les petits cochons, les 3 truies aux percings, Pamela, Lolita et Dorothée, qui aimaient se faire caresser, toute cette pierre qui affleurait, le schiste, le granit, plus haut, ou le calcaire, dans la plaine, tous les animaux aimaient se faire caresser, la mule (Poulette) et la brebis (Lilas), les chèvres et les chevreaux. Je caressais surtout les plus faibles, ceux promis à la mort, les plus faibles, par ex, l’agneau qu’on n’avait pas tondu, c’était pas la peine, on allait le tuer, il allait devenir fertile et on ne voulait pas qu’il ensemence le troupeau de ses mères (problème de consanguinité). Je caressais l’agneau que j’allais tuer et déguster, je caressais les poules, la rousse se laissait faire, je caressais la mule et la brebis qui l’accompagnait (la brebis ne la quittait pas, ne voulait pas rejoindre le troupeau des brebis, rien à faire, j’aime la mule, je suis une mule moi-même peut-être, j’aime la mule qui m’aime, qu’on ne nous sépare pas (sinon on gueule !) Je caressais les paysages et les enfants et les vieillards, je caressais la femme d’Etienne, mais je ne caressais pas Etienne, même pas des yeux, je ne touchais pas. Dieu, « ce poète méconnu qui fit la nature du monde », comme il est dit dans Moby Dick, oh, je caressais plus que ce diable d’Etienne ! C’était mon séjour en Ardèche. Je caressais la pierre, rien n’est plus sensuel que cette pierre de schiste, rien n’est plus beau, plus doux, plus riche d’or et de chair que cette pierre merveilleuse qui sert à tout, qu’on trouve partout, on en mangerait, mais je ne caressais pas Etienne qui la manipulait. « Car obéir à Dieu est se désobéir à soi-même », est-il dit dans Moby Dick : j’obéissais. Je ne désobéissais pas. Même pas à Dieu qui, bien entendu, ce Grand Transparent, n’en avait rien à foutre, par ailleurs, de mon obéissance ou de ma désobéissance. Un jeune père manipulait des pierres. Que le diable le garde, Dorian Gray...

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Tuesday, April 09, 2013

Une mort de poète


After dark vapours have oppressed our plains
       For a long dreary season, comes a day
       Born of the gentle South, and clears away
From the sick heavens all unseemly stains.
The anxious month, relieving from its pains, 
       Takes as a long-lost right the feel of May, 
       The eyelids with the passing coolness play,
Like rose leaves with the drip of summer rains.
And calmest thoughts come round us — as of leaves
       Budding — fruit ripening in stillness — autumn suns
Smiling at eve upon the quiet sheaves —
Sweet Sappho’s cheek — a sleeping infant’s breath —
       The gradual sand that through an hour-glass runs —
A woodland rivulet — a Poet’s death.






(John Keats.)

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Qqch avec « season » et haine de Paris








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With the magic hand of chance


Une grande émotion ensuite dans la soirée. L’enfant jouait de la batterie. La maison était la maison. J’avais visité la région, Bastia m’avait prêté sa voiture. J’avais lu des poèmes de John Keats. Dans un petit cimetière, près d’une église. C’était tout au sommet d’un pic au-dessus et encastré dans cette région pierreuse qui ressemblait à — j’avais noté, je me souviens très bien — aux écailles d’un serpent immense. Ce n’était peut-être pas la région, mais la saison qui faisait ça. Tant de pierres ! Ça ressemblait à l’Ecosse, à L’Irlande que je ne connaissais pas. L’enfant jouait de la batterie, plein de pensées. (On sentait qu’il ne jouait pas, qu’il rêvait, qu’il dérivait en s’accompagnant d’un rythme lointain.)

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Poulette (c'est le nom de la mule)





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Monday, April 08, 2013


L’indolence, l’oisiveté, la lecture. « Le loisir et l’étude indissolublement liés. » Le Sud. Nous sommes dans le Sud. C un Sud de feu noir imaginaire. De Valence nous avons voyagé dans la nuit. Et la pluie. Je n’ai rien vu, rien deviné du Sud. Le Sud, comment savoir ? Temps de Brest. A Valence moins de monde dans les rues — à 8h et 1/2 — que s’il y avait la guerre. Non, juste un crachin de Brest qui fait que les gens du Sud ne sortent pas. J’ai dit bonjour aux chèvres. J’ai réfléchi aux mots : « patience », « curiosité » en éclairant les chèvres avec la lampe frontale d’Yvan.

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La Tonte










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Voici mon manifeste


Je suis sorti    adolescent solitaire
dans la nuit sourde
couvert jusqu’à la terre
de cheveux raides
Tout autour se dressait la nuit
et on se sentait seul
on avait envie d’amis
on avait envie de soi
J’ai allumé mes cheveux
me suis répandu en lambeaux de boucles
j’ai mis le feu autour de moi
J’ai allumé les champs    les arbres
et c’est devenu plus joyeux
Le champ de Khlebnikov brûlait
et mon Je en feu flamboyait dans l’obscurité
Maintenant je m’en vais
cheveux en flammes...
Et à la place du Je
se dressait le Nous !






(Vélimir Khlebnikov, traduit par Yvan Mignot.)

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Pent-up frustrations


Tout ceux qui n’ont pas pu être poète — désir suprême, orgueil du même type, Jésus l’a été. Etre un saint, être poète, la vanité des vanités, la vanité suprême. Ici. Ici, en Ardèche. De quelles lectures, de quels pays, de quelles langues ? On voyageait. On voyageait beaucoup. Et l’image et la mort. La brebis et la mule. Amies. Le temps est gris. Les enfants sont nerveux, nés ici. 

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Cock gaulois




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L’Attachement à une région vient vite



Vous avez les époques ensevelies sous les décombres de votre existence. Mais cela importe peu. Les efforts de la mémoires. Mais cela importe peu. Je ne suis pas écrivain, ai-je dit à Yvan. Il m’a répondu : « Il ne faut pas être écrivain, il faut être écrivant. » Jolie image.

...


Il y a l’essentiel qui ne change strictement pas. Vous êtes né sur terre et vous mourrez sur terre. Bien entendu, il faut éviter le monde. Le monde, la prochaine guerre. Avec un peu de chance, vous serez mort avant — et enterré au cimetière de Thines. Avec un peu de chance. Vous n’avez pas d’enfants. Vous n’y avez pas cru. C une faiblesse, mais c une chance. Vous avez les enfants des autres. Et les bêtes. Les bêtes des autres. Vous êtes dans la nature. Vous êtes le poète errant. Celui qui n’écrit pas, qui n’écrit pas comme Peter Handke parce qu’il ne sait pas, qui n’écrit pas comme Georges Simenon parce qu’il n’écrit pas. Qui tourne autour. Autour sur cette terre — et ça tombe bien, elle non plus, la terre, ne sait pas ce qu’elle y fait sur cette terre (suis-je clair ?)


...


Le récit, seulement le récit de gens et de gens parmi les nuées. Ô le poids de la terre qui nous retient et qu’il faut louer ! Le contre de la terre, le long glissement d’amour tout contre de la terre — et qu’il faut louer !


Tout est caresse, sur cette terre. Tout. Tu te faufiles nuit et jour. 


Orpheus entranced the wild beasts


...


L’expérience que vous avez de ce monde... risible ! C’est pourtant cela qu’il vous faut raconter.


C si facile. Et ne racontez que ce qui est facile ! Au moins.




« On le voyait ramper à travers un désert impitoyable, brûlé par le soleil. »

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3 images de la matière





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Welcome joy, and welcome sorrow


« Under the flag 
Of each his faction, they to battle bring 
Their embryon atoms. » — Milton

Welcome joy, and welcome sorrow,
       Lethe’s weed and Hermes’ feather;
Come today, and come tomorrow,
       I do love you both together!
       I love to mark sad faces in fair weather, 
And hear a merry laugh amid the thunder;
       Fair and foul I love together.
       Meadows sweet where flames burn under, 
       And a giggle at a wonder;
       Visage sage at pantomine; 
       Funeral, and steeple-chime;
       Infant playing with a skull;
       Morning fair, and shipwreck’d hull;
       Nightshade with the woodbine kissing ;
       Serpents in red roses hissing ; 
       Cleopatra regal-dressed
       With the aspics at her breast;
       Dancing music, music sad,
       Both together, sane and mad;
       Muses bright and Muses pale;
       Sombre Saturn, Momus hale; —
       Laugh and sigh, and laugh again;
       O the sweetness of the pain!
       Muses bright, and Muses pale,
       Bare your faces of the veil;
       Let me see ! and let me write
       Of the day, and of the night —
       Both together. — Let me slake
       All my thirst for sweet heart-ache!
       Let my bower be of yew,
       Interwreath’d with myrtles new;
       Pines and lime-trees full in bloom,
       And my couch a low grass-tomb.






(John Keats.)

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Le Cimetière de Thines















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La Mule et la brebis


Soir, le soir, qu’est-ce qu’il faut lire ? Une journée si riche, le monde si pauvre, le monde qu’on entend par la radio, Dieu soit loué pas la télé, les journaux. L’air si riche, trop riche (pour qui n’est pas habitué). Les mots ? Les mots si faibles pour « communiquer ». Comme ce n’est pas important ! La langue est faite pour dire. Et dire... ce n’est pas donné à tout le monde. Il faut être poète. Quel boulot ! Sinon vivre, vivre, se bercer dans le monde, dans la terre, les courbes exacerbées du pays, du paysage. Ici, ce n’est pas touristique en cette saison d’avril glacé ; c l’Ecosse. Le crime. L’Auberge rouge. Dieu criminel. On l’adore.

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Saturday, April 06, 2013

Chevreau



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Ecrit dans les champs


The one who has been long in city pent,
          ’Tis very sweet to look into the fair
          And open face of heaven — to breathe a prayer
Full in the smile of the blue firmament.
Who is more happy, when, with heart’s content, 
          Fatigued he sinks into some pleasant lair
          Of wavy grass, and reads a debonnair
And gentle tale of love and languishment ?
Returning home at evening, with an ear
          Catching the notes of Philomel — an eye
Watching the sailing cloudlet’s bright career,
          He mourns that day has glided by :
E’en like the passage of an angel’s tear
          That falls through the clear ether silently.






(John Keats.)

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