Wednesday, February 15, 2012
Monday, February 13, 2012
Marie Plantin
Bonjour Yves-Noël,
Voici un bail que je ne vous ai écrit ni que je n’ai écrit sur vous. Et pourtant, si je puis me permettre, vous êtes une de mes muses préférées.
Voilà, j’étais là pour La Mort d’Yvan (sic) Ilitch et j’ai mis en ligne un papier vendredi, que voici :
http://spectacles.premiere.fr/pariscope/Theatre/Salle-de-Spectacle/Spectacle/La-Mort-d-Ivan-Ilitch-2897054/%28affichage%29/press
Je suis revenue samedi pour Une saison en enfer et ce fut un délice.
Bien à vous,
Marie
Voici qui donne du baume au cœur. C'est-à-dire que la représentation d'hier était mauvaise – d'une manière incompréhensible (parce que c'est quand même pas difficile à faire...) – et que j'en ai pas dormi de la nuit. Peut-être un sort jeté à Thomas ou que Thomas lui-même...
Mais voici que le rougissement du cœur que vous provoquez va me permettre de revenir à la vie (et d'entamer la journée, il serait temps !)
Je descends jusqu'à vos pieds vous remercier de la bonté dont vous me témoignez, très heureux que vous ayez pu, comme dit Rimbaud, « saluer la beauté » avec ce spectacle,
Yves-Noël
La Mort d'Ivan Ilitch
Théâtre critiques
du 07/02/2012 au 12/02/2012
La critique de la rédaction
Malgré son titre qui reprend à l’identique celui d’une nouvelle de Tolstoï, La Mort d’Ivan Ilitch ne donne à entendre aucun mot de l’écrivain russe. Pas une ligne, pas un personnage. Yves-Noël Genod n’est pas et ne sera jamais là où l’on pourrait l’attendre, l’envisager. Car lui-même se laisse la possibilité de ne pas savoir où il va avant même l’engagement dans le travail de plateau. Ce n’est pas une posture ou une imposture mais une démarche sensée, fruit d’une expérience de vie et de théâtre, d’un goût immodéré pour la liberté. Il taille son œuvre sur mesure sur la peau de ses comédiens. A partir de ce qu’ils charrient d’imaginaire. A partir des dons de chacun. Ici, Thomas Gonzalez est seul en scène, chose rare chez Yves-Noël Genod. Un physique tout droit sorti d’une toile du Caravage, un jeune garçon dont les boucles brunes encadrent un visage angélique, mâture et poupin à la fois. Il n’y a pas de mot pour dire la beauté de cet acteur. Il n’y a pas de mot pour dire la beauté de ce spectacle. Il n’y a pas de mot pour dire la beauté. Il y a cet acteur vêtu puis nu qui arpente la scène en fredonnant des chansons de Julio Iglesias. Le détachement des paroles dans le silence. La lumière d’un néon dans l’obscurité. Une cigarette qui se consume dans une flaque de pisse. Une prise qui se débranche et le noir soudain, entier, vrai, qui nous reconnecte à nous-mêmes. Chez Yves-Noël Genod, la cage scénique porte mal son nom de prison tant elle s’ouvre à nous, béante et profonde, pleine de fantômes. Comment dire cette sensation de tout dans si peu ? Ce n’est pas par avarice qu’Yves-Noël distille au compte-goutte une substance scénique ténue. Rien en trop ne vient brouiller ce paysage intérieur dont le dépouillement devient plénitude. Il a du flair, Yves-Noël, une intuition hors du commun. Une élégance incomparable. Lui qui sait si bien être du côté du foisonnement et du fantasque, invente une forme épurée dont l’équilibre parfait se construit sur le fil de grands écarts oxymoriques réinventant la lumière par les ténèbres, le silence par le sillon d’une voix, la mort par la vie, l'éternité par la finitude, le rire par les larmes, l’amour par la mélancolie, le sublime par la chair à nue, le vertige philosophique par l’émerveillement poétique... La scène devient la caisse de résonance de l’imaginaire de chaque spectateur étreint dans une même expérience, puissante et déconcertante. Yves-Noël Genod est si libre qu’il n’a pas peur de rendre les autres aussi libres que lui. Et nous de dire de lui qu’il est un génie.
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Tranquille et explosif.
Yves-Noël Genod : « Je voudrais dire quelque chose sur le titre qui n’est venu qu’à la fin, cette fois. La Mort d’Ivan Ilitch fait référence à une nouvelle de Léon Tolstoï absolument bouleversante, sur la lumière. Mais le titre apporte de la gravité, du sombre. La nouvelle de Léon Tolstoï est extraordinairement belle, mais seulement pour ceux qui l’ont lue. Le titre apporte le mot « mort », mais il ne s’agit pas de la mort. C’est même tout à fait le contraire. Il s’agirait plutôt du « scandale de la vie » ! »
NOTRE AVIS : Yves-Noël Genod est enfin invité au théâtre de la Bastille. Ce solo interprété par Thomas Gonzalez est une merveille. Silencieux et chanté. Populaire et rare. Tranquille et explosif. La poésie. Par moment on songe à un (discret) chemin de croix du Christ.
(Fabien Rivière.)
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Sunday, February 12, 2012
Rimbaud par Genod
En parallèle de la présentation d’une version performative de la nouvelle de Tolstoï, La Mort d’Ivan Ilitch, le turbulent Yves-Noël Genod propose une lecture profonde d’ Une saison en snfer, d’Arthur Rimbaud.
Rimbaud a 19 ans quand il fait paraitre lui même le célèbre recueil de textes en prose. Entre avril et août 1873, il y dresse un auto-portrait analytique à l’aune de sa relation avec Verlaine.
Les textes sont patrimoniaux, entendus tant de fois qu’ils sont intégrés à notre mémoire collective. « J’ai avalé une fameuse gorgée de poison. – Trois fois béni soit le conseil qui m’est arrivé ! – Les entrailles me brûlent. La violence du venin tord mes membres, me rend difforme, me terrasse. Je meurs de soif, j’étouffe, je ne puis crier. C’est l’enfer, l’éternelle peine ! Voyez comme le feu se relève ! Je brûle comme il faut. Va, démon ! » . Rimbaud en appelle aux Dieux et aux esprits pour sonder son âme perdue. Dans le rôle du poète, Yves-Noël Genod excelle. Costume cintré pailleté, l’image est celle de Patti Smith. Assis derrière sa table, livre à la main, il incarne les vers, le corps dansant. La scénographie est minimale, l’espace vide opère permettant au comédien de se lever en empoignant le micro pour dire les mots de sa grave voix.
Encore une fois, Yves-Noël Genod prouve qu’il est inclassable en nous offrant une lecture de poème inattendue, profonde et dense. Un moment immensément calme et apaisant.
(Amélie Blaustein Niddam)
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Notes d'Olivier Normand au téléphone
Prologue plus franc. Y a quand même un truc de tentative d’élucidation
« Vierge folle » encore plus folle
Rupture. Le poète à la table
« Saluer » (la beauté) au sens de la congédier et l’honorer, s’incliner devant elle. Toujours la tension entre « j’écarte » (du ciel l’azur) : on brade, on solde et en même temps on rend hommage
« Je croyais que par le verbe poétique je pouvais enchanter le monde comme le font les paroles religieuses. Ma parole aussi est miraculeuse, en tout cas, je joue à ce qu’elle le soit. Est-ce que je peux changer la vie aussi comme le Christ ? »
Et, en même temps, la malédiction du christianisme et l’impossibilité d’être païen
« L’arc-en-ciel », c’est l’arche de l’alliance après le déluge. Le rameau d’olivier et l’arc-en-ciel, signes que Dieu a pardonné
Temps avant « Nuit de l’enfer »
Raréfaction
Gourmandise magnifique : « la luxure », « le sommeil bien ivre sur la grève »
« On ne part pas ! » Frénésie, ravissement, heurts plus forts, fits, convulsions d’enthousiasme
Sans cesse se reprocher sa paresse s’y complaire et sursaut de rigueur, adolescent, j’men fous, j’ai horreur de la patrie, je dors jusqu’à 4h – et il se ressaisit
« Suis-je bête ! » : y a des crachats
Sifflements d’horreur
Tiraillé entre toutes ces paroles
« Suis-je bête ! », pas marrant, pas complaisant : dégoût, amertume Le Cœur volé poème de l’écœurement. « Le Cœur du pitre » (un du titre). « Comment agir, ô coeur volé ? » Poème le plus physiologique de l’écœurement
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Saturday, February 11, 2012
Un festin pour les flammes
Merde, j’ai pris goût à la Saison… Bon, c’est ce que je voulais, que ça marche assez pour qu’il y ait une suite, avoir le courage qu’il y ait une suite… Il faut tellement travailler, il faut tellement de public pour travailler, il faut tellement d’argent pour qu’on te laisse commencer à travailler, c’est si dur d’apparaître seulement et de ne pas travailler, c’est si facile de travailler, si agréable, si dur pour qu’on te laisse travailler. Accéder aux grands rôles, j’avais compris ça lors du seul et unique grand rôle que j’ai jamais joué – avec Julie Brochen – (il s'appelait Victor Karénine) : c’est beaucoup plus facile (que les petits rôles) – mais comment accéder aux grands rôles – qui sont rares… ?
Le miracle, ça a été aussi la rencontre avec Philippe Gladieux. Là aussi, comment trouver de l’argent pour continuer ? Merde, merde, merde ! Rencontre, rencontre miraculeuse demandée, réclamée, comme dit Rimbaud, à Satan ou à Dieu, rencontre avec qui pourrait trouver l’argent. On se chargerait de transformer l'argent en or.
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Fragment de brouillon
Quel dommage qu'il les ait brûlés ! Il reste trois pages. C'est incroyablement plus beau. Je trouve. C'est comme Rimbaud – mais vivant. Pour les écrivains, le drame, comme pour les acteurs, c'est l'entraînement. Inévitable, le drame. Plus on progresse, plus on perd, c'est comme ça, c'est ça, la vie. Rimbaud voulait tout boucler avant la fin de l'enfance. Avec cette date butoir, affreuse : vingt ans. Il pensait, c'est Yves Bonnefoy qui le dit, qu'il ne pouvait faire ce qu'il voulait faire, ce qu'il tentait qu'en étant relié, encore dedans, à l'enfance, qu'après, la vie adulte, c'était foutu – pour le renouvellement religieux : changer la vie. Quand il en était encore temps. Brouillons adorés...
« J'adorai les boissons tiédies, les boutiques fanées, les vergers brûlés. Je restais de longues heures la langue pendante, comme les bêtes harassées : je me traînais dans les ruelles puantes et, les yeux fermés, je m'offrais au soleil, Dieu de feu, qu'il me renversât, Général, roi, disais-je, si tu as encore un vieux canon sur tes remparts qui dégringolent, bombarde les hommes avec des mottes de terre sèches. Aux glaces des magasins splendides ! Dans les salons frais ! Que les araignées Fais manger sa poussière à la ville ! Oxyde des gargouilles. A l'heure lance du sable de rubis les boudoirs brûlent
Je portais des vêtements de toile. Je me (...) je cassais des pierres sur des routes balayées toujours. Le soleil descendait vers la merde, au centre de la terre. Le souterrain donnait une merde dans la vallée le moucheron enivré à la pissotière de l'auberge isolée, amoureux de la bourrache (et qui va se fondre au soleil) et dissous en un rayon
Faim*
J'ai réfléchi au bonheur des bêtes, les chenilles étaient la foule (...), petits corps blancs innocents des limbes : l'araignée romantique faisait l'ombre romantique envahie par l'aube opale ; la punaise brune personne, attendait (...) passionné. Heureuse la taupe, sommeil de toute la virginité ! »
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Olivier Steiner
Yves-Noël a 19 ans et il vient d'aimer un porc, de toutes ses forces. Il ne laissera jamais dire que 20 ans est le plus bel âge de la vie, nous le suivons pas à pas du mois d'avril 1873 au mois d'août de la même année, il fait chaud, un nid de flammes explose dans le ciel, c'est l'éclair, un boucher rime avec bûcher, Rimbaud a connu tous les fils de famille (entendre qu'il les a tous baisés) et il dit moi moi moi, et quand il le fait, dans la bouche d'YvesNo, on croit entendre toi, toi, toi... Magnifique Saison, cet enfer-là, j'en veux tous les soirs.
Yves-Noël a 19 ans et il vient d'aimer un porc, de toutes ses forces. Il ne laissera jamais dire que 20 ans est le plus bel âge de la vie, nous le suivons pas à pas du mois d'avril 1873 au mois d'août de la même année, il fait chaud, un nid de flammes explose dans le ciel, c'est l'éclair, un boucher rime avec bûcher, Rimbaud a connu tous les fils de famille (entendre qu'il les a tous baisés) et il dit moi moi moi, et quand il le fait, dans la bouche d'YvesNo, on croit entendre toi, toi, toi... Magnifique Saison, cet enfer-là, j'en veux tous les soirs.
Labels: bastille
Friday, February 10, 2012
Aujourd’hui samedi 11, je lis UNE SAISON EN ENFER, d'Arthur Rimbaud (sorte d’ « Evangile de la perdition », au sens d’Edgar Morin) dans le noir profond de cette salle sublime du théâtre de la Bastille (sans sorties de secours !) et éclairé par Philippe Gladieux. 21h. (Durée 1h10.) Demain dimanche, à 18h, Thomas Gonzalez reprend LA MORT D'IVAN ILITCH, mais, ça, c'est complet, me dit-on.














Labels: bastille
Des phrases de Rimbaud très belles que je trouve dans les brouillons d’Une saison… On dirait des inédits… On dirait qu’il est là, à côté. On entend le bruit de ses pieds, dans la chambre…
« Le soleil descendait vers la merde, au centre de la terre. »
« L'araignée romantique faisait l'ombre romantique envahie par l'aube opale. »
« Après ces nobles minutes, stupidité complète. »
« sur une emb(arca)tion à épouvantes »
« J'aimais la mer (...) I’anneau magique dans l'eau lumineuse éclairée comme si elle dut me laver (de ces aberra(tions)) d'une souillure. »
« Quel cloître possible pour ce beau dégoût ? »
« Le soleil descendait vers la merde, au centre de la terre. »
« L'araignée romantique faisait l'ombre romantique envahie par l'aube opale. »
« Après ces nobles minutes, stupidité complète. »
« sur une emb(arca)tion à épouvantes »
« J'aimais la mer (...) I’anneau magique dans l'eau lumineuse éclairée comme si elle dut me laver (de ces aberra(tions)) d'une souillure. »
« Quel cloître possible pour ce beau dégoût ? »
Labels: bastille
Thursday, February 09, 2012



« Je m’entête affreusement à aimer la liberté libre. »
Aujourd’hui vendredi 10 et samedi 11, je lis UNE SAISON EN ENFER (sorte d’ « Evangile de la perdition », au sens d’Edgar Morin) dans le noir profond de cette salle sublime du théâtre de la Bastille (sans sorties de secours !) et éclairé par Philippe Gladieux. 21h. (Durée 1h15.)
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Chiara Gallerani
Merci très cher, ton Rimbaud ce fut somptueux !
Nicolas Guimbard
Merci Yves-Noël. J'y étais hier. C'est incroyable, l'endroit où tu avances. A certain moment, je ne savais plus ce qui se passait - étais-je en train de voir ou d'entendre? En déséquilibre total. Ou bien l'inverse, en équilibre... Vois, Voix, Voies... Magique et courageux.
Caty Olive
Merci pour la lecture d'hier soir.
Ce qui est chouette avec les lectures, c'est que j'ai l'impression que cela s'adresse ...à moi !!
Bonne suite
caty
Matthias Droulers
Yves-No, j'ai dû partir de suite. c'était super de te voir. Tu as té formidable. Sans doute la lecture la plus original que j'ai vue et entendue. Bravo Yves-Noël et merde pour demain ! Bises Matt
Merci très cher, ton Rimbaud ce fut somptueux !
Nicolas Guimbard
Merci Yves-Noël. J'y étais hier. C'est incroyable, l'endroit où tu avances. A certain moment, je ne savais plus ce qui se passait - étais-je en train de voir ou d'entendre? En déséquilibre total. Ou bien l'inverse, en équilibre... Vois, Voix, Voies... Magique et courageux.
Caty Olive
Merci pour la lecture d'hier soir.
Ce qui est chouette avec les lectures, c'est que j'ai l'impression que cela s'adresse ...à moi !!
Bonne suite
caty
Matthias Droulers
Yves-No, j'ai dû partir de suite. c'était super de te voir. Tu as té formidable. Sans doute la lecture la plus original que j'ai vue et entendue. Bravo Yves-Noël et merde pour demain ! Bises Matt
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Tout nouveau spectacle
Ce soir, jeudi, générale ouverte de Une saison en enfer, tout nouveau spectacle. 21h, théâtre de la Bastille (sans réservation). Durée : 1h10. Willkommen.
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Les Portes de la nuit ne sont jamais jamais fermées à clé
« Expérimentez, mais il faut beaucoup de prudence pour expérimenter. Nous vivons dans un monde plutôt désagréable, où non seulement les gens, mais les pouvoirs établis ont intérêt à nous communiquer des affects tristes. La tristesse, les affects tristes sont tous ceux qui diminuent notre puissance d’agir. Les pouvoirs établis ont besoin de nos tristesses pour faire de nous des esclaves. Le tyran, le prêtre, les preneurs d’âmes, ont besoin de nous persuader que la vie est dure et lourde. Les pouvoirs ont moins besoin de nous réprimer que de nous angoisser ou, comme dit Virilio, d’administrer et d’organiser nos petites terreurs intimes. La longue plainte universelle sur la vie : le manque-à-être qu’est la vie… On a beau dire « dansons », on n’est pas bien gai. On a beau dire « quel malheur la mort », il aurait fallu vivre pour avoir quelque chose à perdre. Les malades, de l’âme autant que du corps, ne nous lâcheront pas, vampires, tant qu’ils ne nous auront pas communiqué leur névrose et leur angoisse, leur castration bien-aimée, le ressentiment contre la vie, l’immonde contagion. Tout est affaire de sang. Ce n’est pas facile d’être un homme libre : fuir la peste, organiser les rencontres, augmenter la puissance d’agir, s’affecter de joie, multiplier les affects qui expriment ou enveloppent un maximum d’affirmation. Faire du corps une puissance qui ne se réduit pas à l’organisme, faire de la pensée une puissance qui ne se réduit pas à la conscience. »
Gilles Deleuze – Claire Parnet
Labels: bastille
Amélie Blaustein Niddam
La Mort d’Ivan Ilitch, Yves-Noël Genod sort le cliché de l’ombre
Encore plus de radicalité. Encore plus de fulgurance. Trois représentations de La Mort d’Ivan Ilitch sont présentées dans le cadre du « festival » Hors-Série du Théâtre de la Bastille visant à mettre en lumière des artistes encore underground. Après avoir utilisé le jour comme éclairage au TCI pour – je peux / – oui, c’est au noir total, dit théâtral qu’Yves-Noël Genod nous invite pour un voyage tendre, violent et mélancolique au pays des paroles de Julio Iglesias.
Il s’approche du public, prêt à s’y fondre, liane blonde, et nous propose d’une douce voix d’éteindre nos portables à l’aide d’un vers récemment découvert d’Apollinaire : « Nous voulons explorer la bonté, contrée énorme où tout se tait». Le silence se fait, le noir promis est cassé par un fluo blanc. Un homme est comme expulsé des gradins et se jette sur scène avant de disparaitre dans la pénombre. Il ne parle pas, il chante « Je sais, en amour il faut toujours un perdant ; j’ai eu la chance de gagner souvent… Je t’ai perdue, pourtant. »
Il a la voix de Julio, il la brise un peu. Bientôt il sera nu et cela se fera dans une douce tristesse. Lui qui livre son âme par le biais de ces textes sur-connus expose son corps, sa pisse, sa morve comme vecteurs exutoires de l’angoisse. Le comédien est habité par la performance dans un clair-obscur inspiré tant de Caravage que de Joël Pommerat. Le corps est magnifié, sculpté sans susciter pour autant d’état voyeur. L’effet est quasi scientifique, Thomas Gonzalez est l’homme de Vitruve, les angles de son anatomie ici explorés au néon qu’il manipule.
L’enchainement des titres, a cappella, sur le grand plateau vide du théâtre de la bastille, entouré de pendrillons noirs apporte un tragique évident à ces monuments de la culture populaire. Se faisant, Yves-Noël Genod offre à l’imaginaire kitsch sa part de drame. Les textes parlent d’amour perdu, vieillissant.
L’ensemble est un poignard venant traverser nos émotions. Comme pour – oui, l’absence est ici reine, elle intervient par le biais de la fumée, des ombres, des flashs sur nos yeux quand la lumière s’arrête net. Genod provoque un faux seul en scène où les spectateurs sont totalement acteurs : dans les moments de noirs théâtraux, chacun mettra le sens qu’il voudra au silence. La Mort d’Ivan Ilitch est une superbe performance sur l’introspection de l’âme.
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Mari-Mai Corbel
Très beau texte, avec un contresens énorme (sur la nouvelle de Tolstoï), mais, comme souvent, cela n'a pas d'importance. La nouvelle de Léon Tolstoï, c'est l'un des plus beaux textes au monde, que m'avait fait connaître Valérie Dréville, elle dit exactement le contraire de ce qu'en croit Mari-Mai qui la lit en diagonale. C'est un homme qui a tout pour être malheureux, une vie infecte, dérisoire, sans sens, une femme et une fille qui le détestent, un boulot de bureaucrate... et que la maladie jusqu'à la mort va ouvrir au VIVANT – jusqu’à l’extase : « A la place de la mort, il y avait la lumière. » En ce sens, l'acteur n'est certes pas « l'anti Ivan Ilitch » !
YN
Yves-Noël Genod / La mort d’Ivan Ilitch / Dans un bloc de noir, l’abîme d’un nu
DANS UN BLOC DE NOIR, L’ABÎME D’UN NU
Yves-Noël Genod crée pour le théâtre de la Bastille La Mort d’Ivan Ilitch. Avec et pour Thomas Gonzalez. (7, 8 et 12 février 2012). Comme il le fait souvent à l’entrée de ses salles, Yves-Noël Genod présente la séance. Là, il annonce qu’il a eu très peu de temps de répétition pour faire avec ce plateau qu’il aime. Ce qu’il en a fait le prouve. Il a su imaginer cet espace plus beau qu’il ne l’est souvent quand il est « occupé » par une mise en scène, y faisant surgir l’essence même d’un théâtre (au départ, ce lieu fut un cinéma). Il a restructuré le volume en supprimant plusieurs premiers rangs pour mettre au même niveau la salle et la scène, puis occulté les côtés et le fond de scène de rideaux noirs, recréant un vaste espace vide. Cet espace théâtral mis à nu, l’antre où tout se repose, où l’on commence par revenir à soi si l’on sait le voir. Et Yves-Noël Genod, dans sa présentation, de préciser que, ce qui l’a intéressé, c’est de travailler la matière même d’un noir de théâtre, d’un vrai noir de. Ici, je passe la parole à Annie Le Brun qui, sur le noir et son histoire a écrit un ouvrage (Si rien avait une forme, ce serait cela, Gallimard, 2010) relatant la petite histoire de son effacement au profit d’une positivité catastrophique :
« N’empêche, le noir n’est pas l’ombre ni les ombres, même si celle-ci et celles-là peuvent en être le reflet. Ni concept, ni symbole, le noir a autant affaire avec le Mal alors en train de perdre son efficience religieuse qu’avec l’inconscient dont on ne sait encore rien. [Annie Le Brun évoque là le tournant de la fin du XVIIIe s.] Pourtant, si son enracinement pulsionnel ne fait aucun doute, son champ d’action s’étend à tous les domaines. L’impossibilité de le définir donne idée de son emprise. En fait, le noir serait en l’homme le sens de l’inhumain dont il participe. » (p. 59)
Le noir, ou « la conscience de l’inhumain qui nous haute » (ibid, p.262), fait le fond du théâtre, nous rappelle Yves-Noël Genod. Et sur ce fond où le vide croise le fer avec le néant, Yves-Noël Genod fait surgir un acteur, tout seul, tout bête ai-je envie de dire. Un acteur qui se dénude, qui fume une clope et pisse même, sur le plateau, désacralisant une fois pour toute, avant de commencer, la scène de ce noir. Se désacralisant par le même mouvement. Non, il ne sera pas l’idole.
Mais l’acteur nu, un sauvage, non pas armé d’une machette pour traverser la jungle mais d’un néon, le portant comme un carquois de lumière. Chantonnant des chansons d’amour sentimentales, de Julio Iglesias. Aimer la vie… les yeux pleins de larmes. Errant dans l’espace comme dans ses images intérieures. Le voilà qui grimpe entre les sièges, comme une colline escarpée. Perdu dans sa rêverie amoureuse dérisoire, en ce bas monde, cherchant à progresser dans sa solitude. Presque inconscient de son décalage, nu passant par-dessus les spectateurs, son sexe rasant leurs visages. Image-là d’un humain devenu muet, qui ne peut que chanter des romances pour suggérer tout l’indicible qui le tient. Le néon sculpte l’épaisseur de l’espace, y fait apparaître des halos, des ombres, une perspective, avant de tout faire disparaître en s’éteignant, puis d’à nouveau tout faire réapparaître en s’allumant.
Quel drôle de titre, tout de même. Rentrant chez moi, je rouvre la nouvelle de Tolstoï et la parcourt en diagonale. Ivan Ilitch, c’est l’histoire d’un homme ordinaire (un magistrat) qui a tout pour être heureux (une jolie femme et bientôt une fille) mais qu’une maladie vient ronger de l’intérieur, une maladie inconnue, jusqu’à la mort. On est en 1890, l’ère petite-bourgeoise ne fait que commencer, on est en Russie, la révolution d’octobre viendra bientôt donner à cet ère sa forme contemporaine, parce qu’en vérité, ça ne fut que ça le rêve communiste. Cette nouvelle, c’est l’histoire de la mort douloureuse et lente d’un homme qui ne fait que bien faire mais ne veut rien savoir de lui, rien de ce noir qui l’habite comme tout humain, rien de son désir changeant, de sa solitude, de sa quête intérieure.
L’acteur, c’est l’anti Ivan Ilitch, c’est quelqu’un qui nous fait entendre au travers de ce qu’il chante qu’il a peut-être perdu un amour, mais qui se demande s’il lui faudra une semaine ou plus pour oublier et dire à nouveau je t’aime. Dérision. C’est plutôt quelqu’un, à son allure hésitante, fragile, blessée, qui sait qu’il n’oubliera jamais et qui chante cette chanson idiote du chanteur de charme pour se donner du courage ou sourire même, d’être si loin du monde où le trafic des sentiments et des pulsions est à haut débit. Quelqu’un de ravagé, en tout cas, de complètement perdu dans son monde intérieur amoureux, sexuel, qui, par rapport au monde actuel, serait un peu comme un martien. Quelqu’un qui creuse quand la norme est de surfer. Tellement perdu qu’il fini par disparaître dans un noir. C’est devenu un être luciole qui clignote dans la nuit.
Le 7 février, il se passe quelque chose d’inouï au théâtre de la Bastille. Pendant ce noir, une voix commence soudain à chanter La Joconde, souvent interprétée par Barbara. La Joconde, femme d’un prince dont Léonard de Vinci devait célébrer la beauté immortelle et dont il fit quelque chose d’étonnant, suggérant de diverses façons au contraire l’éphémère de toute grâce. Quelque chose comme le mystère de la mort dans ce notoire sourire qui fait sa célébrité. C’est, soudain, cette voix dont on ne verra pas le corps émetteur, comme la mort passante. A la sortie, j’apprends que ce serait l’improvisation d’une spectatrice qui n’a pu que prévoir d’intervenir pendant le noir, bref elle a dû venir la veille, tellement cela semblait faire partie de la performance, y compris dans le choix de la chanson. Quelqu’un qui sait même probablement Yves-Noël Genod est passionnée par Barbara.
Lentement, le plateau reprend lumière, cette fois-ci depuis la cage de scène, faiblement, devenant comme neigeux. Cet être qui s’est écorché dans l’amour, qui a souffert toute la folie douce de la passion, qui a forcément plongé dans les humeurs noires où ça emmène, d’aimer, ces zones où la jalousie, où la cruauté ordinaire des jeux du désir, où l’envie de mourir se dispute à celle de jouir plus que tout, s’est dépossédé de lui-même, a traversé le tourment pour ressortir ainsi, nu, exposé, sans voix (sinon pour emprunter celle des autres, Thomas Gonzalez imitant même la voix de Julio Iglesias). S’il y a plus de vie, dans cette vie-là qui n’aura pas reculé devant le noir, que dans n’importe quel bonheur cadenacé à la Ivan Ilitch, la mort sera la même. A souffrir les mille morts du désir, l’on perd toute prétention à en savoir plus, l’on découvre que ces zones du noir, derrière elles, il y a une lumière comme boréale… Thomas Gonzalez ouvre les bras, dans un geste d’accueil improbable, tremblant, les larmes encore aux yeux. « Nous voulons explorer la bonté, contrée énorme où tout se tait », avait dit dans sa présentation Yves-Noël Genod, citant un vers d’Apollinaire.
Par-delà, il y a le geste d’ensemble d’une traversée où l’acteur bien que seul n’est plus au centre, le rythme furtif (45 min), d’où l’image qui se grave est celle d’un grand silence secret. Le Dispariteur, c’est le projet de Yves-Noël Genod. Il n’écrit pas, il se tait et fait chantonner des acteurs qui l’inspirent, ou bien dire des bribes de textes, échos d’états intérieurs traversés… Le théâtre, là, nous fait toucher ce point intérieur où le tragique des jeux de désirs nous plongent dans la perte, ou dans l’inanité du gain (par exemple, infliger soi-même à l’autre de ne plus le désirer), suggérant qu’il n’y a qu’à vivre ces choses sans y résister, sans se révolter, elles sont fatales, elles sont à vivre sans peur… du noir.
Labels: bastille
Wednesday, February 08, 2012
Et le sexe
Oh, mon Dieu ! je joue demain la générale d’Une saison en enfer, à la Bastille. Personne n’a encore qqch d’essentiel, qqch d’oublié sur ce texte ? Le jeu, on s’en charge, mais la dramaturgie ! Ein Dramaturg pour mon royaume !
Olivier Steiner
J'en ai pas dit assez ? Pense au sexe, Yves-No, tout est sexuel dans la Saison, ou presque...
Olivier Steiner Et le SXE, bien sûr, c'est lent, dur, rapide, mou, triste, gai, intelligent, stupide, fulgurant, pensif, mélancolique et plein d'espoir, gourmand, écœurant, écœuré, révoltant et doux, chaste et dépravé, etc, etc...
Olivier Steiner
J'en ai pas dit assez ? Pense au sexe, Yves-No, tout est sexuel dans la Saison, ou presque...
Olivier Steiner Et le SXE, bien sûr, c'est lent, dur, rapide, mou, triste, gai, intelligent, stupide, fulgurant, pensif, mélancolique et plein d'espoir, gourmand, écœurant, écœuré, révoltant et doux, chaste et dépravé, etc, etc...
Labels: bastille
Charlotte Hébert
...vu ce soir
ce travail est de l’orfèvrerie de matériaux archaïques et précieux
j'ai passé un moment de théâtre magnifique comme cela ne m'était pas arrivé depuis bien longtemps.
je voulais juste me permettre de te le dire.
Charlotte
...vu ce soir
ce travail est de l’orfèvrerie de matériaux archaïques et précieux
j'ai passé un moment de théâtre magnifique comme cela ne m'était pas arrivé depuis bien longtemps.
je voulais juste me permettre de te le dire.
Charlotte
Labels: bastille









