Sunday, November 01, 2026

U n plan ailleurs

 
Mon ami M. m’a prêté une maison en Bretagne. Une coquette bicoque dans un chemin creux. Il y a des cavalcades sur le plafond sous le toit. Ce matin, en me réveillant, j’avais traversé toutes mes peurs. Est-ce bien ? Oui, parfois. J’étais si lointaine, je ne m’apercevais pas. J’étais — comme l’avait prédit Marguerite Duras — « noyée dans l’information ». Et la sensation sale que l'essentiel est détruit. Je ne savais pas respirer, me tenir debout sans souffrir, me tenir debout dans le vent. Je saluais parfois des animaux, une sorte d'épervier ou de buse gentiment posée sur un fil électrique, un ramier qui s’envola avec fracas quand j’ouvris la porte de la maison inhabitée... J’avais envie de lire Pierre Reverdy, mais le réseau wifi était fluctuant. « Il y a un terrible gris de poussière dans le temps. » Mais je trouvais dans ma chambre le livre d'Hervé Vilard : Du lierre dans les arbres que je dédaignais assez vite sauf une histoire cochonne avec un moine de l'abbaye de Landévennec et l'évocation de Jean-Marie Rivière dont j'ai rencontré la fille récemment, elle a vu Durassic Park, la quinzième. Dans la maison pleine de livres, de bibliothèques secrètes (dans des annexes, derrière des rideaux), nous nous choisîmes, Emmanuel Bove, Mes amis (1924), Jules Supervielle, Les amis inconnus (1934)

J’entrais dans la vieille église au moment de l’élévation ; l’église était pierreuse, moisie et lumineuse. Des arches un peu en désordre. Depuis quelques années, j’étais seule et j’en souffrais. Pas pour le sexe, ça… mais pour aimer quelqu’un. Pendant le marché cernant l'église, bloc de granit, comme une marée, il y avait donc cette communauté assez importante qui se rassemblait dans la peur du futur. Le futur qui se rapprochait. Des enfants se vautraient devant un autel. C’était prévu pour : estrade moquettée, coussins et livres. Comment se faisait-il que les enfants n’aient pas froid, j’étais frigorifiée ? J’entendais d’une oreille : « En ce jour de solennité » et je réalisais que ce devait être une fête. N’était-ce pas la Toussaint, le 1er novembre ? Le Jour des morts, peut-être ? (Non, demain.) D’où l’affluence et l’énumération des saints. « La création tout entière libérée de la corruption. » Au dehors, il faisait soleil, au-dedans il faisait froid. Je chantais le Notre Père que Claude Régy récitait avant chaque répétition. Un enfant de chœur non violé jouait avec son encensoir (on le laissait libre). Des couples, des familles s’embrassaient « dans la paix du Christ » et m'adressaient un salut amical. J’entrai dans l’église, instinctive. J’avais envie de pleurer. Je laissais mon sac de courses et j’allais communier. Y aller, c’était, in petto, dire ma communion au monde, mon acceptation de la vie, de la joie et de l’amour que je supportais si peu, si faible dans ma vie profane. J’avançais dans la longue allée centrale traînant les pieds comme on va à l’échafaud (j’avais l’image), dans la gravité de l’instant. Je retins difficilement mes larmes quand une femme inconnue me présenta l’hostie : « Le corps du Christ ». J’avalai mon « Amen » ; j’aurais pu éclater en sanglots. Chez le poissonnier, j’avais entendu parler d’Halloween ; là, j’étais dans la vraie fête, celle de mes ancêtres, pas l’américaine armée et raciste. Tous les drames, certes, mais tous les saints. Je ressortais au moment du silence introspectif (celui de la digestion ?) Il fallait encore que j’achète les légumes, mais, déjà au seuil, j’étais retenue par l’énumération des morts de l’année de la paroisse et des environs. Très belle liste des noms bretons. J’allais laisser un message sur le groupe WhatsApp familial. Je repartais furtive, fantômale dans la vie, dans la nuit, dans la lumière
 
*
 
Avec le père de Neo, on parle de Stéphane Bouquet qu’il a peu lu et beaucoup croisé. Il a lu le livre avec le mot « commun » dans le titre (Vie commune). « Ce livre pose une question simple qui peut se dire de plusieurs façons : qu’est-ce que vivre ensemble ? et comment s’y prendre ? Quelles sont, aujourd’hui, les utopies (amoureuses, amicales, collectives) à notre disposition pour refonder un espoir commun ? »

Je me souviens de cette promenade intime avec Neo. Il y avait quelque chose de tellurique, comme si les paysages apparaissaient d’eux-mêmes, surgis du passé ou de l’avenir. Ces îles qu’on découvrait ; ces ondées soudaines comme la guerre. Ces plages inversées ; je veux dire que, pour les rejoindre, il fallait s’en éloigner. Ces faux restos, ces maisons d’écrivain transformées en Airbnb. Enfin, ces blablas et puis se cogner contre la mer, lui-moi-eux-nous, la tente déchirée du crépuscule, patrie du monde tournée vers un Ouest qui prenait l'eau ; perspective plus ou moins transformée par la vision

Maintenant j’étais sur la côte Nord près de Morlaix
 
Après avoir récupéré le père de Neo à la gare, je lui avais montrée la maison de mes grands-parents. 
 
Que j’aimais beaucoup, le jardin aussi, s'y faufiler. 
 
Maintenant la famille cherche à la vendre, personne n’en veut dans la famille, personne ne veut refonder une nouvelle vie dans cette maison trop connue, trop vivante et pleine de fantômes...

On est déçu de parler politique avec un ami, que peut-on dire ? Ça prend des forces. Même à partir d’exemples concrets. J’aimerais rencontrer quelqu’un, une femme, par exemple, avec qui, précisément, on ne parlerait pas de politique, on ferait attention. On serait dans l’amour et pas dans le récit des haines dont les journaux sont remplis et, hélas, la vie telle qu'on nous la badigeonne. La seule manière de parler de politique qui m’avait ouvert un peu d’espoir, c’est quand on avait cherché où s’exiler. Le père de Neo aime Lisbonne. J’ai une tante qui à une maison sur une île en Grèce. L’Italie aussi, pourtant dirigée par l’extrême droite, mais ils ont l’air de s’en foutre. La vie est première, en Italie. L’évocation de ces voyages, d’une vie possible, d'une vie nouvelle avait sauvé la conversation sur la saloperie humaine (un ami avait été accusé à tort, avait tout perdu en une semaine, venait de gagner son procès, on me donnait le nom d’une personne que je connaissais qui l’avait enfoncé)
 


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Friday, April 25, 2025

Sur toutes les photos que j’ai prises avec Legrand, j’ai l’air d’une folle, échevelée, dans une espèce de fausse jeunesse, de jeunesse éperdue... 
 

J’étais émue que cette femme que j’avais connue toute ma vie, dans différentes jeunesses, soient maintenant devenue si vieille. J’aimais particulièrement les mourants, les près de la mort, c’était un tel exploit, une telle jeunesse plus profonde encore. Je la reconnaissais et je l’aimais, et, ce que j’aimais, oui, c’était son physique, son incarnation
Qu’elle vive encore longtemps !
On les avait enfin changés de maison de retraite, oncle et tante, c’était une horreur où ils étaient. C’est le jour et la nuit, les maisons de retraite, je commence à en avoir l’expérience. Celle où était ma mère était merveilleuse — oui, merveilleuse — et, comme je ne connaissais que celle-là, je croyais que c’était la règle, mais celle de Morlaix était affreuse, un mouroir. Quand la question s'était posée, le médecin en avait proposé une autre, mais où il n’y avait plus de places, on avait décidé dans l'urgence de la plus près. Deux ans. Ça avait été comme pousser mon oncle et ma tante dans une pente très pentue… Maintenant, c’est trop tard pour rattraper le temps perdu. Mais c'est toujours trop tard. Mais la nouvelle maison de retraite est merveilleuse. C’est très difficile d’en dire plus, pourquoi le bien, pourquoi le mal. Le psychiatre Jean Oury se battait contre ce qu’il appelait la « névrose institutionnelle ». Il suffit de pas grand chose et c’est l’enfer, de pas grand chose et c’est le paradis. La faute de qui ? Ou alors on ne croit en rien. Mais je crois au paradis et je crois à l’enfer. Si on ne croit en rien, alors on ne croit en rien. Mais si l’on croit en qqch…
Et puis j'entends ce matin une émission où l'on pose à l'interviewée, une musicienne, la question rituelle de Jacques Chancel : « Et Dieu, dans tout ça ? » et j'entends : « Et puis comme Spinoza disait finalement, Dieu n’a pas créé le monde il est le monde, donc nous sommes dedans »

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Saturday, April 12, 2025

L 'Instant suivant

 
Chaque instant était lourd de lui-même, lourd et plein comme un corps. Avec des choses à l’intérieur. Tout un corps. Chaque instant. C’était l’été, bien sûr, et le jour et la nuit. On choisissait de vivre un peu. De dormir beaucoup, mais par à-coups. Peu importait le jour ou la nuit, les mots étaient inversés, la lune montait, grossissait, la mer refluait, revenait, va-et-vient
Legrand était l’homme qui s’offrait, se refusait, qui était là, qui n’y était pas. S’il disparaissait, là, maintenant (pourquoi penser des choses comme ça ?), j’aurais été celle qui n’aurait pas su le rencontrer.
Et pourtant.
A la gare, je l’embrassai. Coucher de soleil. Il me dit : « Alors, tu n’es plus fâchée ? » et, près de l’oreille, je lui susurrai : « Plus beaucoup, un peu seulement ».
Le paysage était faux, instable ; la réalité, faible, parallèle. L’eau du bain, l’eau du temps, comme elles avaient toujours été.
Les bêtes primitives, la grossièreté de leurs éclaboussures

A l’instant suivant, tous les mondes dormaient
 
 
 

*

 
 
 
On se plaint des jeunes (moi, la première). Leur bêtise, leur suffisance, leur moralisme. Mais, à leur décharge, le monde a tellement changé… Ce n’est pas simplement le balancier des tendances (un jour à droite, un jour à gauche). Non, ils sont arrivés dans un monde dont le nom était « changement rapide ». Ils survivent dans un monde de chat et de souris. Changement rapide comme au safari. Alors, comment dire. Comment dire tout est mouvant. Et les jeunes sont émouvants. Ils forment une classe indéfinie. Les conscrits. Les conscrits d’un même village. Mais rien n’est neuf, ils y croyaient. Ils avaient la jeunesse. Mais les jeunes n’ont pas la jeunesse, ils ont le monde.
C’est très, très difficile d’être jeune à notre époque. Il faut leur reconnaître ça. Braves petits.

« Walk without rhythm / And it won’t attract the worm »


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Sunday, April 06, 2025

J e n’envie nullement les fortunes


La Bretagne est un pays où il ne fait jamais beau. En moyenne, le mois d’août : 22 jours de pluie. En moyenne. Ce qui ne veut pas dire qu’il pleut à verse du 1er au 22 août, mais tous les jours au moins un peu. Du crachin, du chagrin du mois d’août. Et puis, une fois, le mois d’août, je me souviens, j’avais débarqué et j’avais appris que le mois de juillet avait été absolument pourri, alors j’en avais déduit à voix haute qu’il ne pouvait plus que faire beau, mais ma cousine aujourd’hui décédée de trop de langueur (une longue maladie) m’avait dit : « Oh, non, détrompe-toi (détrempe-toi), ça s’est vu, des étés ENTIEREMENT POURRIS, des étés nazes de A à Z ». Mais quand il fait beau en Bretagne, alors, là, tu meurs de bonheur, c’est la fête, ça se roule dans le fossé, tu n’en crois pas ta chance. Tu chantes avec les oiseaux. En Bretagne, on boit pour oublier qu’il pleut et on boit pour fêter le soleil, la seule journée de l’année ! C’est ce qui s’est passé hier et puis, hier soir, l’apéro, puis le repas, tout ça dehors (puisqu’il faisait beau), et mon cousin Gwen m’a arrangée avec un tonneau de rhum à la menthe et au sucre (en apéro ! pourquoi pas la téquila ?) et finie aux godets de vin blanc remplis comme des verres à eau ou, disons, je l'ai remarqué, d'une belle eau dorée, il a fallu me traîner jusqu’à mon pieu, les salauds ! je me souviens de la grosse lampe et du basculement dans le fossé — et du gris du matin !

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Monday, October 07, 2024

A ndré et Hélène


André : Ça m’a beaucoup intéressé, ce principe de communautés et de créer des mondes solidaires. Ça m’a beaucoup intéressé ce qui s’est passé à Logonna. Moi, je suis naturellement de Logonna, j’ai une maison là-bas. Y a une idée très bonne, quoi, et ça fonctionne pour l’instant. J’ai un petit peu été mêlé à ça parce que j’étais propriétaire du terrain, d’une partie du terrain au moins. De fil en aiguille, ça s’est développé et j’ai été considéré comme un inspirateur, mais, après, je ne suis pas resté dans l’organisation. C’est assez extraordinaire d’ailleurs d’avoir créé une communauté. Et puis alors, y a aussi la chanson, une école de chanson
Moi : C’est des jeunes ?
Hélène : Y a deux femmes
Moi : Mais ils sont où exactement ?
Hélène : Un peu partout !
André : Oui, c’est une aventure extraordinaire, on se demande si ça va durer ou si y aura une contre-action, une action contre
Moi : Ce serait […]
André : Oui, nous, on a une famille assez nombreuse et c’est notre secteur. Nous sommes là, c’est un peu le hasard, mais c’est étonnant, ils font un travail admirable. Ici, par exemple, au collège de Carhaix, ils ont été pris tout à fait par la chanson. Y a une infirmière qui était un peu inspirée, elle a fait un choix de s’occuper de communautés comme animatrice, inspiratrice, c’est d’une audace extraordinaire parce que, forcément, y a des adversaires aussi, mais pas tellement, je suis un peu étonné, y a quand même un écho. La vie est offerte, quoi. Finalement, il faut en faire quelque chose communautaire. Mais le mouvement existe depuis longtemps. Y a toujours eu, comme ça, des fratries pour donner un certain style à la vie. 
Moi : Ben, oui, les communautés
André : Ben, oui, les communautés. Au collège, c’est assez sensible parce qu’il y a beaucoup par le chant, par exemple. Ils chantent dans un style bien connu de maintenant. Ça les passionne. Une sorte de récit parlé ou de parlé en chanson
Moi : Ah, du rap et tout ça…
André : Euh, oui, par la parole, mais ça avait été précédé d’ailleurs par des polémiques […] qui avait la même idée de mettre en chanson des styles, des relations, mais c’était pas toujours sympathique […] sur ces lieux que je connais très bien puisque c’est ma famille qui est là, y a des investisseurs. A un moment, c’était très compromis et puis c’est reparti, mais rien n’est sûr
Hélène : Non, non […]
André : Y a un côté investissement dans le sens effort, travail, mais aussi dans le sens argent […] Enfin, pour l’instant on est dans une période faste, j’espère que ça continuera
Moi : Toi, Hélène, tu parles d’un garage ?
Hélène : Ça ne me plaît pas de savoir qu’il y a des personnes qui viennent passer la nuit dans le garage. Ça me plaît pas beaucoup que tu fermes le garage et que tu le retrouves tout ouvert et ceux-là qui se servent. Je n’ose plus aller nulle part parce que je tombe sur ces individus. On est loin d’être tranquille. [Pendant cette intervention, André ne s’est pas arrêté de parler, mais je n’ai pas pu prendre en note en même temps que ce que disait Hélène.]
André : On vit une période vraiment étonnante. Y a des grandes manœuvres d’investisseurs, y a des grandes manœuvres. Pour l’instant, c’est bon, mais…
Moi : En tout cas, c’est les grandes marées, en tout cas
Hélène : Oui, on va chercher toute sorte de coquillages. Bigorneaux… […] La crevette… Papa avait un haveneau… [André n’a pas cessé de parler]
André : Y a aussi des investisseurs qui cherchent à venir dans la ville. Ce qui me gène, c’est que je suis sourd. Je suis neutralisé aussi dans la mesure où je n’entends pas, je ne vois pas, je suis réduit à peu de choses. Ça, c’est pénible. […] Emmanuelle, Emmanuelle, Emmanuelle, c’est ma petite fille

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Friday, September 13, 2024

A ll the time


J’apporte le même éclair au café acheté à Sizun puisqu’il avait paru plaire la première fois, mais on me fait remarquer que ma tante Hélène est maintenant « sous le régime mixé ». Tout est mixé, depuis qu’elle a fait, une fois, une fausse route. Je suis bien embêtée. Je demande si je peux lui donner au moins la crème, oui, la crème, ça va bien. Je demande une petite cuillère et je nourris ma tante à la cuillère comme je le ferais d’un enfant, d’un animal, d’une vieille dame. Manger est une chose si ancienne. Plus tard, une aide-soignante plus « humaine » — une exception dans cette maison de retraite alors que, dans d’autres maisons de retraite — comme celle de ma mère —, c’est l’inverse qui est l'exception — me dit (mais à voix basse) : « Oh, elle pourrait et elle a bien du plaisir aussi à mastiquer, mais, bon, par sécurité… » Bien entendu, personne ne veut être responsable d’une fausse route peut-être mortelle (ni moi, bien entendu). Voilà pourquoi tout est faux, on veut les protéger, les rattraper de la mort, les mourants, mais c’est surtout qu’on ne veut pas d’emmerdes, tout le monde se défausse. Encore une fois, j’ai connu la situation inverse : beaucoup plus d’art de vivre, d’enthousiasme, moins de « sécurité ». Je suis désolée de vous parler encore de ça, mais je ne trouve rien à la hauteur, à dire, dans ma vie, que l'approche de ces gens que j’ai la chance de connaître qui sont au bord de mourir et je me languis d’eux. Je m’ennuie, en vérité, dans ma vie solitaire. Soudain, avec eux, leur humilité magnifique de perdants, je m’éclaire : C’est ça, la vraie vie, ce n’est pas ce capitalisme triomphant permanent, cette pub permanente, cette fausse complexité de « la vie » qui est, en vérité, une forme d’une indigente simplicité, dont on fait croire qu’il s’agit de tout. Je le dis mal, je ne sais pas ce que je dis, mais Tilda Swinton, ici-même, sur IG, le dit et le prononce mieux en anglais : « That is really deep in our culture (actually our Western Culture, I would suggest), the idea that it’s a terrible tragedy for someone to die — as if it’s bad luck — or bad management — and maybe the mark of someone who hasn’t quite got the stuff. It’s so unfair, it’s really so disrespectful — and also delusional because we’re all dying, all the time. » J’entends des mouettes à Paris. Nostalgie, 


déjà. 

Mais je les connais. 


Et la fenêtre, encore à Paris, est grande ouverte...


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Tuesday, August 27, 2024

Moi qui ai toujours l’attirance (et donc la peur) de me clochardiser, je constate que, dans ma famille, sans parler des morts (où sont-ils ?), les en-passe-de-mourir (maison de retraite), il y a aussi ceux des lents suicides. Plusieurs. C’est extraordinaire. On me raconte ceux qui n’ont vraiment pas de chance, une espèce de pente et, comment dit-on ? de cercle vicieux. Amour et admiration de ces gens qui ne peuvent pas s’en sortir, qui sont fabriqués pour souffrir, pour la passivité, qui n’attendent rien de la vie, qui probablement veulent mourir, mais ne sont pas capables de vouloir quoi que ce soit alors même pas ça… Grandeur incroyable de ces gens si isolés qu’ils sont, sans le savoir, dans un rapport direct avec Dieu. Dieu, l’inconnu. Ce qui ne peut pas se connaître, Dieu qu’on ne connaît que par la négative 


« J’ai pas les lèvres bleues » hurle la petite fille à travers la grève


C’est une belle journée, la plus belle que j’ai passée ici, une journée de plein été, la mer transparente ; il y avait même des méduses, mais des méduses inoffensives, disaient les enfants qui ne quittaient pas l'eau gentille


Sur la grève, je lisais des chiffres 


« L’immensité de l’univers, avec ses milliers de milliards de galaxies, chacune contenant des milliards d’étoiles et de planètes »

« Courage devant la légion des univers qui se comptent par 10 à la puissance 50 et plus ! »


Et le récit des misères extraordinaires de mes cousins et celui du livre des dimensions et la mer d’huile du soir et l’infinie soirée d’été là où dure le jour le plus long de France car je m’étais placée par la parole un peu plus du côté de la vie que de la mort


« Vivre avec la vie est très difficile. Le plus souvent, nous nous efforçons d'étouffer la vie », écrit une femme que je ne connais pas, mais qui a le même prénom que ma mère et son patronyme semble dire « Fils de l’hiver » (Jeanette Winterson). Son livre s’appelle : Pourquoi être heureux quand on peut être normal ? J’aimerais recommencer l’été maintenant pour lire les livres d’été que je veux lire 


La Bretagne est, depuis les années 50, la région de France la plus touchée par le suicide, 690 en moyenne / an, principalement des hommes (77%)


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Sunday, August 25, 2024

B outeille à la mer


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Saturday, August 24, 2024

L es Imaginaires de l’avenir


Ma tante Hélène ne se souvient plus de rien (de pas grand chose), elle s’en plaint à moi. Ma tante Marie-Thérèse, en revanche, raconte beaucoup d’une mémoire qui va partir avec elle. A propos de la plainte d’Hélène, elle me dit (intonation bretonne) : « Moi non plus, je ne me souviens pas, mais c’est en parlant que ça revient ! ». C’est très juste, c’est en parlant que tout se fait. Moi aussi, en parlant avec elle, en l’écoutant, je me mets à me souvenir de choses dont je n’avais jusque là pas du tout conscience. Mais Hélène n’a pas de chance. Elle n’est plus chez elle et sa maison de retraite n’est pas à la hauteur, elle est de plus en plus isolée, elle est aveugle, on ne s’occupe pas d’elle, on l’oublie. Elle n’entend plus bien non plus, on ne l’appareille pas. On se contente de mettre la radio fort et de la laisser dormir sur son fauteuil. C’est comme cela que je la trouve. Rien de plus facile que d’oublier quelqu’un. Il n’y a presque personne dans cette maison de retraite. En tout cas, dans les après-midis où je viens, il ne se passe rien. Quand je croise des employées, elles me sourient d’un sourire un peu fautif comme si j’allais les gronder (ce que, bien sûr, je ne fais pas), comme si elles étaient habituées aux plaintes des visiteurs. Elles ne foutent rien, en fait. J’en vois une qui, assise à table, plie des serviettes. Elles pourraient faire une partie de cartes. C’est aussi faux que dans un film. De la figuration. Au diner, Emmanuelle raconte, en la regardant affectueusement, que sa mère (Marie-Thérèse) a, dans cette journée d’août 2024, coupé la haie, fait un délicieux far breton (qui nous rassemble), ramasser les pommes tombées pour en faire une compote… Marie-Thérèse : « Eh bien… je revis, alors ? » Je lui répète ce qu’Emmanuelle m’a dit qu’elle avait dit : « J’ai jamais obéi à personne, c’est pas maintenant que je vais commencer… » Elle ne se souvient pas d’avoir dit ça, elle dément gentiment : « J’ai fait ce qu’on me demandait… » Etre une femme au XXème siècle, c’est pareil, au fond, obéir/désobéir. C’est vrai que toute la vie de cette femme, de mon point de vue d’enfant qui dure jusqu’à maintenant puisque je n’ai jamais encore été adulte (quand grandirai-je ?) m’a été comme une leçon de liberté ; ma mère déployant — sauf les deux dernières années que j’ai tellement aimées (trop courtes) — la leçon inverse. De celle qui ne savait rien faire de la vie, une leçon d’enfermement


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Friday, April 09, 2021

B retagne



 

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Monday, April 05, 2021

S ainte-anne-la-Palud



 

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Wednesday, November 15, 2017

J'avais un cheval et j'étais un homme


Photo d'Odile Moalic

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Wednesday, November 01, 2017

A vec le cheval dans l'eau


Photo de Odile Moalic

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Thursday, August 17, 2017

L ’Erotisme


2 cigarettes in the dark. L’érotisme est un secret. Toujours, on se faufile. La famille est là, elle ne voit rien. L’érotisme est caché à lui-même. Il s’appelle : ce-qui-se-fait-toujours. S’appelle : se-baigner-à-dix-heures-et-demie-du-soir-en-été. (En Norvège, bien sûr.) Si tu y vas, j’y vais. Qui y va ? Tu y vas. « Un groupe de 2 », il dit voulant dire « groupe de 1 ». Puis se baigner. L’eau est bonne. Lune, soir. L’eau tout à nous. On est 2. « L’un veille sur l’autre », a dit la grand-mère. Rien de plus sensuel. Ce liquide qui nous relie. A tout. Après : « Une cigarette ? » J’accepte sans une hésitation. Je n’ai pas fumé depuis dix ans : allergie. Difficulté à l’allumage. Vent. Il ajoute : « Mes parents ne sont pas au courant de cet intérêt nouveau dans ma vie… » Je suis de la génération de ses parents, mes cousins. (Ses parents sont médecins.) Donc quelque chose que je ne dirai pas. Un secret. (Un secret suffit.) Voilà : Two cigarettes in the dark : je lui cite le titre du spectacle de Pina Bausch. Je dis encore : « vers luisants orange » puisque nous avons parlé de vers luisants en début de promenade (avec les autres). Les vers luisants ont toujours été là et continuent, je ne les vois qu’ici et je dois dire mon étonnement intact. L’autre soir, il pleuvait et elle émettait une lumière si forte, une lumière d’espérance... Nous ne nous parlons pas... 


« Les épisodes amoureux sont platoniques, sans une parole, un mot : un voyeurisme extrême qui génère un amour fou. »

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Sunday, August 06, 2017

L e Château de ma mère (rerun)



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Thursday, August 03, 2017

L a Grève



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Wednesday, August 02, 2017

L e Village



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Thursday, July 27, 2017

P orsisquin



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Sunday, May 14, 2017

B retagne


Photos de Rémy Artiges

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