Tuesday, December 16, 2008

La perfection dans le non-sens

Le jean bleu



Yves-Noël
(je me suis soudain souvenu que derrière la carte (qui était sur la table) où l’on voit ton portrait en couleurs avec un boa, il y avait ton adresse email)

Un petit mot pour te dire que j’ai eu beaucoup de plaisir à découvrir le travail que tu présentais mardi 2 décembre dernier à Vitry avec Bénédicte – je crois que c’est son prénom –

Je mets toujours un peu de temps à « digérer » une proposition scénique qui produit du sens (tandis qu’un pur produit de divertissement est oublié à la seconde même où le spectacle s’achève) et c’est pourquoi je ne t’écris que maintenant pour te faire part d’une question que ton travail m’a posé, à moi, regardeur/spectateur/buveur – de champagne –

Il s’agit d’un moment précis dans ce travail que tu as présenté. Le moment où la personne unique qui est en scène soulève sa jupe. Il s’agit d’une jupe, ou peut-être d’une robe… oui je crois que c’est une robe, lourde.
Une robe qui fait penser à ces robes de fin 19ème, lourdes, ornées, longues comme des rideaux.
Épaisses.

Je m’attendais, je dois le dire, à ce que le soulèvement de cette robe pesante découvre la blancheur de jambes nues, peut-être même dévoile une toison pubienne soudainement exposée au regard de tous.

Mais non. L’attente du spectateur que j'étais fut trompée.
Un jean bleu était sous la robe.
Le jean avec lequel la comédienne reprendra le RER un peu plus tard.
Irruption d’un hors-scène sur scène.
Façon de dire que l’on suit des conventions, jusqu’au moment où on ne les suit plus…
Affirmation de liberté du chorégraphe/metteur en scène.
....

Et cependant je ne suis pas sûr d’avoir bien « lu » ce moment-là.
J’ai demandé à Manou et Valérie Mréjen comment elles avaient perçu cet instant particulier, ou si elles le lisaient comme moi ; elles m’ont dit qu’elles ne savaient pas.

Ton travail m’a posé bien d’autres questions. Mais celle-là s’est formulée avec une telle acuité et une telle insistance que je me permets aujourd’hui non pas de te la poser – ce courrier n’appelle pas de réponse et il n’y a peut-être pas une réponse à privilégier en particulier – mais de te l’écrire.
L’important étant les questions, non les réponses.
Et le travail, le tien, n’étant pas là nécessairement pour apporter des réponses mais pour explorer des pistes et peut-être ouvrir d’autres voies.
Alors merci pour cette question.
Bien à toi,
Gaspard Delanoë
P.S. : à un moment donné elle enfile une perruque, une perruque blonde je crois, l’espace de quelques secondes, mais de façon très prégnante, elle m’a fait penser quasiment trait pour trait à la Lolita de Kubrick, je ne sais pas si tu as vu ce film … C’était incroyable de la retrouver là, soudain, Lolita, à Vitry…



La perfection dans le non-sens



Tu as parfaitement bien lu ce moment là. Parfaitement interprété. Les choses se font par tâtonnement, tâtonnement étonné (surtout quand je travaille avec une fille), on a essayé les jambes nues, elle a dû peut-être un jour avoir froid et avoir gardé son pantalon, ça m'a parut plus « juste », on a essayé une fois un autre jean, un noir, non, c'était la couleur bleue qui m'intéressait et le décalage, le léger bougé minijupe (dont elle vient de parler) - jean (ambiance sixties, seventies, Janis Joplin, etc.), mais ce que tu dis sur le hors-scène est plus fort. On pourrait en dire plus, toujours... On travaille le plus inconsciemment possible (volontairement inconsciemment) pour que le sens ne soit fabriqué uniquement que chez les personnes qui regardent. Je viens de lire une interview d'Harmony Korine où il dit qu'il cherche à atteindre « la perfection dans le non-sens ». Merci d'avoir pris la peine d'écrire ce retour, ça me va au cœur.
À bientôt, j'espère

Yves-Noël

Tiens, je sais pas ce que tu en penseras, voilà quelque chose qui me touche en ce moment : http://guarantyofsanity.hautetfort.com/

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Mamzelle Poésie, Marc Domage






Photographies de Marc Domage. Mamzelle Poésie, Bénédicte Le Lamer.

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Photographies de Marc Domage. Mamzelle Poésie, Bénédicte Le Lamer.

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Monday, December 15, 2008

Le sens de la commande

Yves-Noël, ce mot pour te dire que je suis heureux d'avoir vu l'autre jour cette éclosion de vous deux, Bénédicte et toi, sans plus aucun poids inutile et pas de souvenir, la coïncidence d'un instant avec la seconde même.
Rien de ce que je t'avais dit à l'origine ne demeurait. Une libération sans affirmation, juste le vrai poids de chaque geste.
On attendait (on espérait) du Genod foutraque, et c'est ça qui est venu.
Et que le Studio ait accueilli cette éclosion, on en était heureux.
Voilà, c'est tout.

Daniel



Oui, j'ai senti que ça te plaisait vraiment et ça ne m'a pas étonné (je n'avais pas d'inquiétude). J'arrive normalement (sauf exception) à aller dans le sens de ce qu'on attend de moi (même si les commanditaires ne le connaissent pas forcément exactement), j'ai, comme on dit, le sens de la commande – je chope les conditions vraies, par intuition, et j'y réponds (avec mes moyens). J'ai pensé que je pouvais faire cette expérience, là, au Studio-Théâtre, et j'en suis d'autant plus satisfait que je ne pourrais certainement pas me permettre de reconduire une telle expérience avant longtemps, ce serait (au niveau de la carrière) suicidaire : pas de public (malgré l'extrême insistance), aucun journaliste... On a redéployé Mamzelle Poésie mardi 9 à la Ménagerie de Verre dans un très beau paysage de neige (d'Yves Godin), Walser, Nijinski, neuf personnes sur scène, salle très pleine (110), Bénédicte me faisait penser à l'image de l'étoile déjà morte qui continue de diffuser sa lumière. Il y a quelque chose qui est peut-être née de cette traversée aride du texte de Liliane et du bonheur de n'être pas seul – mais avec Bénédicte –, c'est la découverte d'une écriture qui me bouleverse, d'une écriture « possible » – mieux vaut en dire très peu pour ne pas trop mal dire, mais en voici le lien : http://guarantyofsanity.hautetfort.com/

À samedi

Yvno

Le stage aussi s'est très bien passé. Un groupe de haut niveau, très agréable, vif et plein de forces.

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Saturday, December 13, 2008

Mamzelle Poésie, Marc Domage






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Friday, December 12, 2008

Mamzelle Poésie, Marc Domage






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Thursday, December 11, 2008

Mamzelle Poésie, Marc Domage






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Deux fragments de Paul Verlaine (La bonne chanson) rajouté à la pièce de Liliane

Le soleil du matin doucement chauffe et dore

Les seigles et les blés tout humides encore,

Et l'azur a gardé sa fraîcheur de la nuit.

L'on sort sans autre but que de sortir ; on suit,

Le long de la rivière aux vagues herbes jaunes,

Un chemin de gazon que bordent de vieux aunes.

L'air est vif. Par moment un oiseau vole avec

Quelque fruit de la haie ou quelque paille au bec,

Et son reflet dans l'eau survit à son passage.

C'est tout.






Le paysage dans le cadre des portières

Court furieusement, et des plaines entières

Avec de l'eau, des blés, des arbres et du ciel

Vont s'engouffrant parmi le tourbillon cruel

Où tombent les poteaux minces du télégraphe

Dont les fils ont l'allure étrange d'un paraphe.

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Le texte de Mamzelle Poésie (Liliane Giraudon)

Pas du théâtre….De la prose. Sorte de conte. Frère, sœurs.
J’ai tout piqué.


Je me suis demandée si nous ressemblions à l’une de ces filles.
Je n’en sais rien.


Il y a quelquefois des motifs de non distribution qui exonèrent les frais d’envoi. Supplément des amours prolongées, Paul Verlaine n’habite pas à l’adresse indiquée.


En tout cas il (lui, cette place ouverte) il est beau, très beau. La place de l’inconnu. L’inconnu rapide.

































Ingeborg en combinaison, c’est une torche ! L’héroïne est torchée, elle flambe ! Elle crie : « Nos autoportraits idéalisants sont soldés ou pilonnés » ( c’est en gothique)


Avec l’identité on peut jamais savoir, c’est tellement tordu et incertain. Ce sont les éléments qui m’ont donné une forme.


Et moi c’est le conte allemand des ciseaux, cinq doigts écartelés et ses bras le traitement de la fille le traitement de l’image… Maigre comme Peter Schlemil !


Le pas à pas. C’est pour ça que j’ai beaucoup voyagé. Mais seulement un autre sens. La musique a toussé, ça a fait des bulles.




























J’ai souvent pensé que le monde change, dans ma tête, au cours du temps.


Musique puis silence
Rigoureux mais souple. Si je l’ai tué je ne m’en souviens pas. Vous pouvez le lire, c’est écrit mais si je l’ai tué, pourquoi m’en souvenir ?


Bartleby, lui et moi ne pensons jamais à l’avenir. Je ne mange pas de ce pain là. J’ausculte pour améliorer.


Musique
Avec le carnet on peut ranger un livre (j’ai prévu l’espace)



































C’est cette année là que j’ai découvert les deux, Proust et Mallarmé qui sont mes plus chers…


Je ne me souviens que des vivants même lorsqu’ils sont morts je les vois toujours vivants, je ne m’intéresse pas à la vision du cadavre, je l’oublie.


Un danger, des dangers. Grand danger, petit danger. Gel décoiffant. Le petit gel, le grand gel. L’effet mouillé qui ne sèche jamais.


Musique
On met les mains dans les os et on remue. C’est plaisant.

































En abandonnant ou même en refusant la séduction télégraphique (fabrication des bois dormants – période consacrée) les épisodes racontés pour l’alimentation et la science, en quelque sorte le cadre qui en résulte fait que le lieder, la bonne chanson se fondent sur de mauvais garçons trop fragiles qui donnent aux œuvres l’aspect moelleux et satiné de la viole de gambe.


Avec lui, j’avais vécu au début une curieuse expérience. C’était si passionnant, ce sens qui naissait non pas directement des mots mais de leur musique…





































Les virgules peuvent rendre fou, répétées en troupe rangée, elles exaltent (boire au bar des coupes de champagne en séries rapprochées) Et hop! un point sur la gueule pour les mater, un point-virgule, et puis on va s’en passer, on mettra que des tirets, des tirets assaisonnés de parenthèses, pistaches et amandes amères une nouvelle proposition


Le sens m’intéresse. Je dis que le sens m’intéresse. Ce n’est pas ce que je dis. Le sens m’intéresse. Ce qu’elle dit n’est pas ce qu’elle dit. C’est comme nous. Comme pour nous.






































On peut se retourner pour voir la direction d’où les nous sont venus. Parce que quand je lit-écrit ou qu’il baise c’est souvent nous.


Avancer pas à pas en se retenant de courir : serrer la taille pour faire jaillir les seins, quelque chose comme ça. La Marquise de Pompadour…












































D’un coup il y a eu la mini-jupe, mais je ne me rappelle plus quelle année au juste.


Musique
‘Raisons et Sentiments’ sont joués par deux sœurs mais que Marianne est belle quand elle tombe dans les collines







Musique endiablée. La lumière baisse. Fin de l’acte I.






« Le staretz Zossine a tout de suite su distinguer, parmi ceux qui s’étaient rassemblés dans sa cellule, Dimitri Karamazov, le parricide. Alors il s’est levé de sa chaise et il est allé se prosterner devant lui. »

« Il a agi ainsi (il s’en expliquera par la suite au plus jeune des Karamazov) parce que Dimitri était destiné à faire la chose la plus horrible et à éprouver la douleur la plus inhumaine qui soit »














Acte II

Même décor. Lumières différentes. Musique. Actrices ou poupées ont échangé leurs postures.

Je voudrais bien encore dire « c’est bath » même l’écrire, je ne sais pas l’écrire, je dois regarder dans le dictionnaire mais plus personne ne comprend, c’est comme « c’est du nanan », il faut traduire…


Les couturières, les jupes larges, les jupons amidonnés, le dé à coudre, la gamelle de l’ouvrier et de l’écolier, e pericoloso sporgesi .


Dans mon adolescence, la longueur des jupes était TRES impérativement réglementée vers la mi mollet et à l’époque, la mi-mollet me faisait toujours penser à la mi-molette.


Des fraises qu’on nettoie. Comme celles que Shakespeare balance dans son Richard III. Un sanglier et des fraises.


Je ne danse plus. Je ne danse plus. Je ne peux plus danser.






























J’ai connu l’époque du moulin en bois avec une manivelle au-dessus du couvercle, on la tournait à la main en tenant le moulin calé entre les genoux.


Fin de l’acte II. La scène du Prince. Ils boivent. Elles enfilent leur manteau. Je ne suis pas pour l’enfant dans cette scène.


Le garde-champêtre, le raccommodage et son œuf pour les talons de chaussette, la béchamel, les jurons, la poésie blanche, l’hyperréalisme, la machine à écrire.


Depuis un an j’ai un genou qui fuit et un talon qui déconne. Je ne danse plus.


Il y a une année où je me suis aperçu qu’on ne voyait plus d’hirondelles, ni en ville ni à la campagne, elles ont disparu, très subitement à ce qui m’a semblé.


























Toujours la première, toujours la dernière, la Vénus française
n’est jamais nue mais habillée ou déshabillée.


C’est elle. Encore elle. Elle écoute la valse Boston de Franz Lear dite « Rose sauvage ». Elle danse seule au milieu du salon.


Ensuite il y a eu le moulin électrique en plastique blanc, qui faisait un bruit différent du moulin en bois, l’électrique c’était un grésillement plutôt que la série des craquements plus ou moins pétaradants du moulin en bois.


Elle crie
Chargement de barges sur la Seine !!


Elle crie encore plus fort
La vérité a structure de fiction ! Un exemple s’il vous plait !!





























Les poissons de Sophie, ça y est, ils sont congelés …Les petites cruautés, c’est terminé. Maintenant on change de registre.




Une couleur, un nom, un objet un article, un point de vue.




« Mon bien-aimé, par qui donc alors ? par qui peut-il avoir été poussé ? »


Maintenant le café soluble c’est plus pratique.



Il la suit. Il est derrière. Juste derrière. Après elle.
Quelle horreur !





































C’était une femme encore jeune, ce qu’il lui restait de cuisse, plusieurs hommes disaient l’avoir vu mais ils mentaient. Dans cette vallée, tous les garçons mentaient. Mouflons abattus ou femmes sautées, tous devaient mentir.





Et les gants de peau la taille fine les cheveux noirs… A quinze ans elle déclamait Sophocle dans les champs au lieu de sarcler les pommes de terre. Je lui écrirai bien un jour un kaddish.





































Je ne lis plus Paul Valéry ni Paul Verlaine d’ailleurs. Pourquoi à quatorze ans ai-je accroché la photo de Paul Valéry dans ma chambre. Pourquoi pas Johnny ou Françoise Hardy ?





De temps en temps on entendait une explosion, et les adultes disaient : tiens, un avion qui passe le mur du son.
Comme le point d’interrogation, elle me soutenait : c’est un point d’exclamation tordu !


























Il me semble que finalement quelqu’un, mais je ne me rappelle plus qui, a bien voulu me donner un petit cours d’acoustique, ce qui m’a soulagée.





On traverse et on est traversé. Pas de maîtrise. Plutôt un exercice incessant comme avaler de l’air. Mais le mot exercice ne convient pas.





































J’ai toujours voulu que chacun de mes livres soit nouveau pour moi un autre ton un autre type de discours une nouvelle façon d’entrer dans le vif un nouveau cadrage.





Quand à moi qui suis dans le rayon poésie, je ne connais que la fiction. Je vis dedans depuis l’enfance, vivant dans les mots. Je n’ai jamais su où était le réel. « La réalité en face ? la quoi ? »






Musique. La lumière baisse jusqu’à disparaître. Fin de l’acte II





















Apparition de La Grande Noire

« Moi je ne rêve que d’une chose : sucer un terroriste. Le détourner de son acte par une seule fonction. Contrairement à ce que tu crois ils ne sont pas les préposés fatals, ceux destinés au Mal. Ils ne sont pas nés pour ça. La terreur. Simplement, pour eux, une necessité. Pas d’autre issue. Sucer du sans issue pour lui en donner une, voilà mon programme.

Personne ne leur a gravé la marque « terroriste » dans le dos. C’est seulement une forme atroce de désespoir et de névrose qui les pousse à un tel choix. Et peut-être qu’une petite expérience différente dans sa vie, une simple rencontre aurait suffi à changer son destin… »


Apparition de La Grande Blanche

« Une étreinte. La complexité d’une étreinte…Non ! Non ! Non ! Pour moi les terroristes ne sont que des femmes à barbe. Eros scintille uniquement dans le camp des terrorisés. C’est là que se trouvent les plus belles filles, les meilleurs amants !!! »






























Acte III
Musique. Eclairages différents. Actrices ou poupées ont échangé leur posture.



Et le rossignol dans tout ça ? le rossignol est de revue. C’est un revuiste. Un récidiviste en revues. Une revue de citations (surprises, reprises, sons différés plutôt que chant, coups d’état ratés, pilotes morts, guerriers fantômes…)






Par amour, jusqu’où irai-je ? dilapider une fortune je dois en être capable, voler aussi, tout casser aussi, faire un scandale aussi, mais irai-je jusqu’au meurtre ? en être complice ou le commettre ?



























Je me sers de « tout bois » de presque tout ce qui passe, ce qui surgit à l’horizon, aussi des prestataires de service, des pages jaunes de l’annuaire, de mes amis, de mes ennemis, de ce qui me plait, de ce qui me fait plaisir, de la chaleur.





Un jour j’ai entendu le mot septicémie, que je ne connaissais pas. J’ai tout de suite compris ce que ce mot signifiait, non pas dans le détail médical précis, mais en référence à ma sœur, la plus jeune de nous, les cinq filles.





Ne sais plus la mettre. Ne sais plus pourquoi je ne la mets plus. Je sens bien qu’il s’agit d’une mode, que je suis tombée dans une obligation de service, et il me semble que venir à la prose serait retrouver la ponctuation…Mais je lis le livre de Drillon sur la ponctuation comme un roman.























Le vrai roman le seul roman est le roman de la ponctuation…Et me pourlèche de :
« elle rentrait la chaise abîmée »
« elle rentrait la chaise, abîmée »
« elle jetait la rose fanée »
« elle jetait la rose, fanée »
Comment la virgule vous expédie de la chose à la Dame.













En fouillant encore les recoins de ma mémoire, de ce côté-là, j’arrive à en extraire le mot sulfamides.




























Peut-être existe-t-il des couples qui, après avoir commis ensemble un meurtre ne se sont jamais fait prendre et coulent ensemble des jours d’autant plus heureux ? Ceux là on ne les connaît pas, on n’en entend pas parler.






Le bruit d’une jambe de bois il l’entend
Toujours la nuit lorsqu’il s’éveille








Bifurquez vite ! c’est la Dame qui est fanée, pas la Rose…



























J’ai trop longtemps parlé trop vite avalé mes mots on me faisait répéter, je vois que maintenant cela est passé il me semble que je parle à peu prés normalement.




Moi je m’en fous, je m’appelle Maurice… Ce que cela signifie ne m’intéresse pas. Moi quand on me dit ça signifie que, ça cesse de m’intéresser.




C’était peut-être l’année 1995 ou 1997, certainement pas en 1997 ni plus tard, j’en suis sûre, parce que je me souviens que c’est à Rennes que je me suis aperçu de cette disparition des hirondelles.




Le vif, les voix des deux cavaliers chevauchant dans la forêt en cette période intermédiaire

































La première fois que j’ai entendu cette expression, elle m’a plongée dans une profonde perplexité.




Je suis dans la rue de la littérature. Elle est pleine de spécialistes. Je distribue mes livres. Je dis : « Tenez, prenez, c’est mauvais pour vous ».


































Et nous voilà. Voilà les nous !





Ça s’écrit encore avec des mots et des lettres, une lettre qui tombe, une qui vient à sa place change le cours de l’histoire … Vérité fictive du lapsus.





Elle rejoint son hôtel. Il a promis de la tuer s’il la croise à nouveau.






C’est épuisant de ne pas comprendre.

































Or le recul des glaciers a augmenté depuis vingt ans. Pluie-neige sur mon cœur etc… etc… saison humide atlantique et précipitations neigeuses, opération de passation des nuages, leur superficie s’est réduite de trente à quarante pour cent.



Il parait que les citadins, surtout ceux de la capitale, en manque de village – ils ne voient plus, en entrant dans l’autobus, l’ensemble de tous ceux qui s’y trouvent.








Musique. Les lumières s’éteignent progressivement et laissent place à une vidéo d’autobus en flamme. Fin de l’acte III

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Le poème dit à la Ménagerie (envoyé par Pierre, lundi)

Dire que rien
et ne plus rien voir d’autre
que l’impossible image
de toi et le silence
toi et la vie
à peine ouverte
et confus le paysage de ton cœur
et comme les semences et les reflets bizarres
ton bracelet qui prend les couleurs du monde
ton bras sombre encore et ta chair si pâle sur les photographies

Dire encore
plus rien n’est possible
il vaut mieux ne pas
ça ne sert à rien de
on se protège mieux

le drap des mots absents

la mémoire fatiguée
n’en peut plus de se dire

Défaire les liens
toujours recommencés
les liens du monde

le lien de toi et moi
qu’en reste-t-il

(J’ai retrouvé mes rêves un matin d’hiver
qu’il n’y avait plus rien à dire
que la plaine d’amour rase et sèche disparaissait
à l’oreille engourdie
déversant pêle-mêle
insectes colorés
rouges et tournoyants
ailes blanches aux nervures fines
comme pétales oblongs
déployant le silence)

― tête penchée

paupières entrecloses ―

Si lente
l’alarme étouffée
si extravagante et belle
qu’on touche les saisons
en livre des adieux riants
aux pages feuilletées doucement
à la lueur d’un silence
où l’ombre se tait
en traits incertains
biffures d’oublieuse raison
images aux rayures comme de l’autre siècle
taches d’encre
vieilles gouttes à la brillance depuis longtemps gardée
précieux regards du lointain
aux indistincts contours
et formules inabouties
qui flottent là
sur le papier mal découpé

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Wednesday, December 10, 2008

La Ménagerie, la neige...

La Ménagerie, la neige, le spectacle dans la lumière neigeuse, le conte de Noël, le conte blanc dans la lumière d’Yves Godin, la chaleur du poêle à la bougie d’Yves Godin, le raffinement d’Yves Godin, la lumière sublime d’Yves Godin et le spectacle que j’y ai fait – mais qu’est-ce qu’on y fait d’autre que la lumière, que suivre les indications de la lumière – et c’est ce qu’ont interprété Thomas Scimeca, Vincent Thomasset, Bénédicte Le lamer, Lucien Johnson, Sébastien Davis, Jeannette Genod et Bernard Genod, Lauriane Escaffre et Yvonnick Muller – n’a pas été photographié ni filmé. Pourtant ce n’était que photographie, que film, noir sur blanc. Et sensation. Le spectacle s’est bâti très rapidement sans faiblesse. En deux jours. Puisque l’essentiel était fait : le contenant. Et que la sensation proposée par le lieu vide fabriqué par Yves était impayable, inouïe, parfaite : la montagne, la neige, l’hiver ouvert, l’hiver beau. Le désert de neige, l’humanité comme sur la plage en silhouettes noires, dessinée comme sur la plage, comme sur les grottes, comme sur la neige, comme au désert, comme sur la nuit. Comment ça s’est fait ? Bénédicte était là, avec la traversée d’un mois de Mamzelle Poésie, le travail merveilleux avec elle pendant un mois autour de la poésie, l’idée de poésie et la vie. Bénédicte, comme une étoile déjà morte peut diffuser longtemps encore sa lumière jusqu’à nous, redéploie la pièce en lambeaux comme dans l’espace de Nijinski, comme dans l’espace de Robert Walser. Elle est en jupe noire d’hiver, et légère, en tourbillons, éternelle… Thomas Scimeca est libre ces deux jours (entre sa dernière à l’Odéon dans Othello et son départ en tournée), il improvise et son improvisation bâtit le réel : la glace, la disparition, la paroi de glace, le vent, la saillie rocheuse… Mes parents sont convoqués. Ils disent non comme d’habitude, je menace, je crie, comme d’habitude, puis ils cèdent (« On n’avait pas compris que c’était si important pour toi. »). Ils n’ont à faire que ce qu’ils faisaient dans Jésus revient en Bretagne qui évoquait mon enfance l’été en Bretagne : ils miment à quatre pattes leur rencontre amoureuse, c’est exactement la même chose qu’à la mer, ici à la neige (mon père est du Jura). Le lundi matin, jour de la répétition, je reçois un poème de Pierre qui me fait tant plaisir (voir le blog http://guarantyofsanity.hautetfort.com/ pour comprendre la « folie » qui me donne tant de force en ce moment) que je l’envoie à Bénédicte immédiatement et que je décide de le dire dans le spectacle (elle ou moi, ce sera elle car elle a le même « choc amoureux »). Poème extrêmement beau, inoubliable dès sa première lecture. Ensuite, je pars dans le frais soleil vers la première matinée de stage, à Vitry, première scène : Sébastien Davis, pendant une heure, propose un texte d’Antonin Artaud : excellence. Texte fabuleux, interprétation gracieuse. Générosité parfaite. Je lui propose de venir à la répétition à la Ménagerie continuer le travail. En sortant du stage, j’embarque aussi Vincent Thomasset qui se trouve comme sur le passage. Lucien Johnson, c’est un saxophoniste que me présente la veille Bénédicte Le Lamer dans un bar après la dernière de Mamzelle Poésie. Yvonnick Muller et Lauriane Escaffre, un couple d’acteurs que j’ai déjà employés avec tant de plaisir (alors que je ne savais pas qu’ils étaient en couple), viennent dimanche à la dernière de Mamzelle Poésie : je leur propose d’essayer une étreinte amoureuse, une chose en question depuis pas mal de temps, je ne sais pas du tout si c’est l’endroit – dans la neige… on essayera. Le filage du lundi soir est surnaturel de beauté et de « naturel », Hélèna témoigne. Mes parents comme dans un rêve sont exceptionnels. Ma mère au sortir de scène s’étonne de ne pas avoir eu peur. Thomas s’accroche à la paroi, crée le vent, Bénédicte flotte dans un désert blanc sans haut ni bas. C’est beaucoup moins bien le lendemain après-midi : toujours cette horreur de la peur des acteurs qui détruit tout – mais la magie est présente le soir pendant la représentation, la magie « performative ». Une porte qui ne s’ouvre plus, ça aide tout le monde, c’est réel. Une porte dans la neige, c’est absurde, mais c’est réel. C’est beau. Ça va dans les têtes des gens. Et bien qu’une grande partie du public, entassé, ne perçoit pas le champ de neige… Comme le spectacle n’a pas été photographié ni filmé, je prends sur mon temps de sommeil pour vous le raconter. Et je pourrais encore et encore…

YN, 10 décembre 2008.

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Mamzelle Poésie, Marc Domage













Bénédicte Le lamer dans Mamzelle Poésie, photographies de Marc Domage.

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Sunday, December 07, 2008

Ménagerie de Verre, mardi

(Feuille de salle.)



Mamzelle Poésie*, c'est l'événement de l'automne - ou de l'hiver, l'événement ouvert. C'est une pièce de Liliane Giraudon sur la création, avant la création : toutes les possibilités, toutes les nuits, toutes les histoires et rien. Le vide, contraire du vide, jardin fleuri. Tout a déjà été dit dans ce sens. Cela s'appelle pour moi faire un spectacle. Il y en a eu plusieurs ici-même. Dont un dans le noir total (toujours la même métaphore) qui s'appelait Le Dispariteur. Un autre avec de l'eau partout, éclairé aux fluos qui s'appelait Elle court dans la poussière, la rose de Balzac. C'est toujours la poésie, c'est toujours le théâtre. L'installation d'Yves Godin se suffit à elle-même, c'est la neige, c'est la montagne, le silence d'une soirée en montagne dans la neige. C'est une sensation physique. C'est la poésie. C'est féminin. C'est complètement ouvert. On rajoutera peut-être un ou deux hommes nus pour nos amis homosexuels (le gros du public, rendons-lui hommage), mais enfin, ça concerne un peu toute l'humanité ce que nous racontons là - Yves Godin, Liliane Giraudon, Bénédicte Le lamer, les hommes nus... vous et moi. Alors, prêts à décoller ? Welcome dans la gueule du blanc !

Yves-Noël Genod

* qui s'est joué jusqu'à dimanche dernier au Studio-Théâtre de Vitry pendant dix-huit représentations.

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Sunday, November 30, 2008

Dernière semaine à Vitry... NE PAS LOUPER !


Flier de Patrick Laffont.

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Saturday, November 29, 2008

La vidéo de Patrick Laffont pour la soirée S.A.C.D. (du 27 novembre)

C'est une œuvre de Patrick Laffont avec Bénédicte Le Lamer à partir du texte de Liliane Giraudon Mamzelle Poésie dont nous présentons une tout autre version au Studio-Théâtre de Vitry. (Cliquez sur le titre pour le lien.)


(« Bon, alors, tout à l’heure vous verrez si la technique marche, vous verrez Bénédicte, mais justement faire exactement le contraire de ce qu’elle fait à Vitry, sur scène, mais c’est pour la pièce, que personnellement j’aime beaucoup – c’est une pièce plastique, en fait, de… – bon si la technique ne nous lâche pas parce que Patrick n’est pas là ce soir – il avait la dernière du spectacle d’Hubert Colas à la Colline - donc il s’agit d’une œuvre de Patrick Laffont à laquelle Bénédicte a accepté de participer comme à une chose qui lui est très étrangère, mais qui – c’est une actrice, une actrice « ça doit savoir tout faire » comme disait l’enfant Marcus Vigneron-Coudray avec qui j’ai fait plusieurs spectacles et qui en ce moment est le partenaire d’Uma Thurman pour dix semaines de tournage à Hollywood et plein d’argent… L’argent ! Non, j’vais pas embrayer sur l’argent, parce que là… Non, on enchaîne… »))

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Sunday, November 23, 2008

Florent Delval a aimé Mamzelle Poésie qu'il qualifie de « pièce de la maturité »

À propos de MP



(Prov. maturitat ; ital. maturità ; du lat. maturitatem, de maturus, mûr (voy. ). Le t étant tombé, ainsi que l'i bref, maturitatem avait donné régulièrement meürté ; maturité a été refait. Dans les villages aux environs de Paris, on entend souvent dire mureté.)

La pièce de la maturité est un jardin anglais ou japonais, aux allées dégagées, aux promenades enjouées, aux rencontres fortuites — de regards croisés en cache-cache espiègles
au détour d'une lampe de bureau
d'une perruque
d'une table
d'une feuille de papier
d'une perruque
d'une barbe postiche
d'une texte de théâtre contemporain (1)
d'une grimace —

Les fruits qui y poussent y sont : sucrés, amers, salés, moites, surannés, convoités, nostalgiques, naturels, défendus, piquants, aigres, colorés, comestibles, rafraîchissants —



(1) contemporain : Qui est en même temps que quelqu’un ou quelque chose.

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Saturday, November 22, 2008

Chaque représentation est unique


invitation pour les 22, 25, 28, 29 novembre, 2, 3 et 4 décembre. réservation indispensable. champagne. ledispariteur@gmail.com

(Flier : Patrick Laffont.)

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Friday, November 21, 2008

Un avis de Frédéric Danos sur ce qu'il a vu - lors d'une représentation unique de Mamzelle Poésie

Actrice faisant le clown retenu (aphasie), comme une vieille, une folle, un chat devant la glace, tout effet digéré, usé, disparu dans le paysage, grande douceur et foisonnement d'herbes au repos. Rattrape et arrête quand elle veut
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Frédéric

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