Wednesday, April 09, 2025

04:44
J’étais amoureuse d’une femme qui racontait sa vie à haute voix. Pourquoi parler au passé ? Je préférerais dire : Je suis amoureuse d’une femme qui… Parfois je pense que l’histoire avec Legrand cache mon véritable amour par devers moi. L’histoire de cette femme. Avec Legrand il n’y a pas de réciprocité. Il paraît que dans le film d’Alain Guiraudie, le curé se confesse et avoue son amour « pur » qui n’attend pas de réciprocité.

Simplement, cet amour pur va permettre au curé de ne pas dénoncer le meurtrier. C’est dans un confessionnal que cela se dit, le curé demande au meurtrier de le confesser et donc il lui avoue qu’il sait qu’il est le meurtrier, qu’il ne le dénoncera pas et qu’il l’aime.

C’est Legrand qui m’a raconté ça, à l’église Saint-Louis tout à l’heure, on a failli jouer à ça, au confessionnal, mais je n’ai pas osé. Juste assise, vite relevée. J’avais peur que Legrand m’avoue des choses inavouables. Ou le contraire. Je n’ai pas voulu voir le film car je n’ai pas fini le livre (j’en ai lu 600 p sur 1000), mais que j’ai l’intention de le finir — en imaginant — puisque ce sont les mêmes personnages — mon propre curé, etc. Imagination changeante d’ailleurs à mesure des rectifications du livre. Ici aussi je voudrais que Legrand change. Oh, comme je voudrais qu’il change ! Je voudrais qu’il soit assez vide, comme une coquille vide, pour se remplir de choses et d’autres, de lui et d’autres.

Maintenant Legrand est soi-disant à l’étage. Je n’y crois pas. Il est possible qu’il y ait qqn, tout à l'heure j’entendais comme des pages tourner, des pages de journal. Mais Legrand lui-même, non, je n’y crois pas. Je n’en peux plus de Legrand, il met trop de limites. Je ne peux pas, par ex, le lécher partout sur le corps ou même à certains endroits qu’il m’indiquerait, mais il ne m’indique rien, il m’indique de ne pas le faire. Alors, que faire ? Moi, je propose et, lui, qu’est-ce qu’il propose ? Eh bien, il ne propose pas grand chose, force m’est de constater. Cet amour absolu que j’ai pour lui (mais qui cache un autre amour, je le crois), je ne peux que l’exprimer ici, sur ce faux papier, mais pas à lui.

Je suis un peu gênée dans mon épanchement par tout un tas de gens, la famille… qui croient le reconnaître. Ahah ! Mais de qui parle-t-on ? Il a dit à sa mère qu’il venait me voir et sa mère a ironisé : « Comme ça, j’aurais le récit de ton week-end ! » Jamais je n’écrirais sur Legrand si Legrand lisait ce que j’écris (sur lui ?), mais il y a tout un tas de bonnes âmes qui le lui rapportent, c’est pénible. Source de malentendus sans fin. A la Christine Angot. Même si, je lui reconnais ça, Legrand s’en fiche de ce que je peux écrire ici car il ne m’aime pas. Il ne m’aime pas, c’est aussi simple que ça. Et mon amour n’est pur qu'en érection — comme celle du curé qui finit par mettre le meurtrier dans son lit pour « l’alibi » et se retrouve par « crédibilité » à la montrer aux flics qui déboulent : meurtrier sauvé
05:27


Labels: ,

Saturday, April 05, 2025

« L’espèce humaine », je lis ces mots, oh, mon Dieu, comme elle m’angoisse en ce moment, je lis ces mots dans un roman :
« Ainsi revinrent-ils auprès de la créature la plus exaltée de l’espèce humaine,  le criminel devant ses juges, la victime exposée sur les hauteurs, le fugitif, le marin naufragé, le poète de l’ode immortelle, le Seigneur passé de vie à trépas, auprès de Septimus Warren Smith qui était assis dans le fauteuil, sous le vasistas, face au portrait de Lady Bradshaw en robe de bal, qui grommelait ses messages sur la beauté. »

« — Et qu'est-ce que vous allez faire ?
— Est-ce qu'il faut toujours faire quelque chose de soi ? Est-ce qu'il n'y a pas des cas où on peut l'éviter ?
— J'ai essayé de ne rien faire de moi. On ne peut pas. Il faut toujours finir par faire quelque chose de soi. »
 
« Quelquefois, on se saoulait. Il me disait : "Je t'emmènerai à Hong Kong, à Sydney. On s'en ira tous les deux sur un bateau." Et moi, quelquefois, je le croyais, je croyais que c'était possible, que peut-être il était possible que l'on ne se quitte plus. Je n'avais jamais pensé que j'aurais pu avoir un jour ce qu'il est convenu d'appeler une existence et ça m'effrayait un peu, mais je le laissais dire. Je le laissais croire sur lui-même des choses que je savais fausses, je l'aimais jusque dans ses erreurs, ses illusions, sa bêtise. »
 
J’écoutais à la radio une écrivaine (c’est drôle, d’écrire ce mot, j’ai l’impression que je la rabaisse) qui disait qu’elle vivait « avec Rêve et avec Livre » et, oui, moi aussi, j’étais encore capable de lire (oh, quelques pages…) le matin au sortir du rêve. Et puis peu à peu la folie remontait, il fallait occuper la journée dans la folie, dans l’inadéquation, dans cette maison enchantée qui était — je me l’étais dit hier — l’endroit du monde où je me sentais le plus mal à l’aise. Partout plutôt qu’ici. Heureusement, j’avais vendu la maison à mon frère, je n’avais plus à m’en occuper 
 
Mais que j’étais malheureuse dans cette maison ! et pourtant heureuse dans ce si beau paysage, ce paysage de n’importe où, une rade, un printemps… Quand je sortais de la maison, j’étais dans un palais, quand j’y entrais, un taudis…
 
Je voulais dire, comme Septimus, je voulais dire la vérité. Je voulais dire que tout était faux dans la manière de voir des réseaux sociaux, des médias en général, des télés, tout était télé et ça faisait beaucoup, beaucoup de mal et les nazis et les staliniens étaient toujours là pour toujours, ils avaient contaminé même la mort
 
Je disais qu’il fallait aimer la disgrâce, que c’était la seule manière d’aimer car l’humanité toute entière n’était plus que disgrâce, qu’il fallait écouter les écrivains, qu’il fallait écouter avec l’obligation d’écouter à l’intérieur de soi (« l’exil intérieur », qui a dit ça ?) pour écouter les écrivains, qu’il y avait, oui, un caractère sacré, peut-être pas à cause de l’écriture en soi, mais à cause de la déchéance de l’humanité, qu’il n’y avait plus que l’écriture pour y comprendre qqch
 
Patiemment lire le dernier livre et aimer la fin
 
Patiemment lire le premier livre et aimer le commencement 
 
Jour / nuit ; rêve / livre
 
Je disais que lire était le seul moyen de ne pas être une grande gueule. Il n’y avait que ça, extérieurement, les grandes gueules, dans les médias, pour diriger le monde, pour commander, ça, on n’en manquait pas, tout le monde se précipitait pour être dans le coup de la saloperie, ça se bousculait, tout le monde voulait les faveurs du Führer 
 
Voilà ce que disait Septimus par ma voix
 
Ou moi par la sienne

Labels: ,

Saturday, December 24, 2022

P orsisquin





Labels:

Sunday, March 10, 2013

Jours de l’avant-printemp



Dans le vrai ciel, dans la vraie douceur, dans la vraie attente...
118 (Apollinaire).
Cette fois je suis assis dans la rade, à Porsisquin, et il fait beau. Cette fois, je lis Apollinaire et c’est mieux (que René Char), c’est au présent. J’attends une voiture qui me ramènera à Brest. Je suis venu chercher la voiture de mon père pour me balader dans le Finistère (Penn-ar-Bed, bout du monde), mais il n’y avait plus de batterie. J’attends sur la grève, le dos à la falaise, vers midi, quelques mouches, quelques fleurs... (Recopier p 118.) Apollinaire m’a donné la force de me baigner. « La ville cette nuit semblait un archipel ». Mais, mon Dieu ! comme René Char est nul comparativement à Guillaume Apollinaire... (Recopier p 116.) J’ai lu — et relu à haute voix —, mais avec beaucoup de silences, les images insensées et précises de ça : 



« Je n'ai plus même pitié de moi
Et ne puis exprimer mon tourment de silence
Tous les mots que j'avais à dire se sont changés en étoiles
Un Icare tente de s'élever jusqu'à chacun de mes yeux
Et porteur de soleil je brûle au centre de 2 nébuleuses
Qu'ai-je fait aux bêtes théologales de l'intelligence
Jadis les morts sont revenus pour m'adorer
Et j'espérais la fin du monde
Mais la mienne arrive en sifflant comme un ouragan » (116.)



« Pardonnez-moi mon ignorance
Pardonnez-moi de ne plus connaître l’ancien jeu des vers
Je ne sais plus rien et j’aime uniquement
Les fleurs à mes yeux redeviennent des flammes
Je médite divinement
Et je souris des êtres que je n’ai pas créés
Mais si le temp venait où l’ombre enfin solide
Se multipliait en réalisant la diversité formelle de mon amour
J’admirerais mon ouvrage » (118.)



René Char : certain mystère. Comment cet homme a-t-il pu faire carrière ? Comment a-t-il pu gagner sa vie ? Les titres sont beaux néanmoins... Le Nu perdu, etc. Apollinaire a tellement aimé, tellement aimé, mon Dieu ! Je ne recopie pas tout, sur la plage de mon enfance, mais croyez mon émoi... Le seul livre à emporter sur une île déserte : Alcools. Je voudrais apprendre par cœur Apollinaire et vous le citer partout où je parle (c’est la première fois que je le sens, ça). Une transparence de fantôme dans les jardins et les paysages. Fleurs, ajoncs d’or, d’avant-printemp. Jardin entre l’Ain et la Bretagne. Mariage du calme et du bleu. Petites gouttes de pluie, mais pas suffisantes, au soleil, pour former l’arc-en-ciel (mais assez pour tacher le carnet).

Labels: