Tuesday, March 17, 2015

R icky et la sueur


Ricky me parle d’un suicide collectif (« collective suicide ») dont il a entendu parler. Il vivait, en Californie, dans une famille d’accueil. Un jour ils s’étaient tous fait arrêter et menottes aux pieds, hein ! C’était une famille de dealers. Mais il me jure que ce n’est pas lui qui les a dénoncés. Ils cultivaient des plantes à une assez grande échelle et le fils, son frère d’accueil était chargé d’écouler la marchandise. Le fils avaient tout révélé. Mais non, ce n’était pas Ricky qui avait prévenu la police. Evidemment que non ! Mais, lui, de tout façon, il a horreur de la drogue. Les drogues dures ne lui font aucun effet. Rien. Il n’a aucune odeur corporelle, ça aussi, il l’invente. « Mais ta merde, elle sent pas ? » Il me regarde d’un air condescendant. La merde, si, ne dis donc pas de bêtise. « Et ta pisse, et ton sperme ? — Oui, bien sûr, mais, tout ça, ce sont des fluides, mais je veux dire pas d’odeur corporelle. — Pas la sueur, tu veux dire ? » Oui, voilà, pas la sueur. Rien. La sueur, elle sent absolument rien. Je ne peux pas vérifier, mais il m’assure qu’un de ses amants s’en plaignait. Ses vêtements ne sont jamais souillés, de fait, et lui non plus. Sa sueur, c’est comme de l’eau. Pas de douche, pas de lessive. La personne chez qui nous nous sommes rejoints se plaint du parfum très fort dont il s’est aspergé. Ricky ne va ni au théâtre ni au cinéma, il va toujours « entre les deux ». Il dit : « Quand je serai président du monde, je supprimerai les matins… »

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Saturday, February 28, 2015

D es relations imperceptibles avec des gens imperceptibles


Je proposais à Ricky de cheminer à côté de moi, mais ce n’est pas ainsi que les choses se passent : il ne se passerait rien. Impossible de savoir ce qu’il se passait pour Ricky dans sa prison de chair, cher Ricky, une chanson peut-être… La vérité, c’est qu’il ne se passait rien dont nous ne soyons conscients, donc il ne se passait rien. Ricky se laissait faire, se laissait photographier… Il disait non à mes propositions immédiates, mais il ne retirait pas sa main… Pauvre Ricky… C’est pour ça que je n’insistais pas. Brave, fragile Ricky. Mais peut-être pas si fragile, je ne savais pas, je ne voulais pas savoir. Mais, lui, Ricky, comment me voyait-il ? Cette question, je vous la pose, m’ennuyait vite. Nous écoutions Heroes de David Bowie, quand il la chante en français, et Ricky m’avait dit : « Merde, je ne pensais pas que ma vie semblait si triste que ça... » suivi d’un : « Ahah » « Moi, je souhaiterais que tu nages comme les dauphins, les dauphins… »

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