Monday, July 08, 2019

L e Flou de l'été



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Saturday, June 22, 2019


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Monday, June 17, 2019

Q u’est-ce que serait un amour ?


Je crois que c’est Sollers qui a une formule : « Quand je veux lire un livre, je l’écris ». Eh bien, moi — égoïsme ou dévouement ? cruauté ou compassion ? —, quand je veux voir un spectacle, je le mets en scène. Quand je veux voir des interprètes, je les trouve, je les aime, je les déteste (leur connerie) et je les calme. Quand ils sont calmes, ils me font le spectacle que je voulais lire. C’est ce qu’il s’est passé ce soir, à Rio de Janeiro, pour la dernière représentation offerte par le festival Cena Brasil Internacional. Merci aux poètes Baptiste Ménard, Isabela Fernandes Santana, Ricardo Paz, Quebra Queixo, Miguel Antonio Augusto, Ismael Queiroz et merci au chœur Raphael Rodrigues Pompeu, Malcon Soares, Eduardo Ibraim, Felipe de Gois, Fredd Lima, Vinicius Fragoso Bittencourt, Marcos Davi Silva. Merci, bien sûr, à Luiz Felipe Milen Reis qui m’a passé commande (et soutenu). Merci, bien sûr, à Marcelo Veloso qui a été parfait pour inventer cette histoire. Merci pour leur délicatesse à Monique Franco, Carolina Garcia et à Phill, Tarciso, Vittoria. Merci au soutien de l’Institut Français du Brésil. Merci à Lot Yan Teresa, Branca Messina, traductrices improvisées, et merci surtout à Bruno Cezario qui a traduit et assisté ce spectacle avec magie. Ou grâce. Magie ou grâce, l'un et l'autre. J’ai aimé accoucher d’un spectacle au Brésil, j’ai aimé concevoir au Brésil, j’ai aimé baiser au Brésil, je ne connais pas le Brésil, je ne connais même pas son sexe, ça a été un ou une inconnue. This land was made for you and me. Faire un spectacle est toujours quelque chose d'impossible qui, finalement, comme à la dernière minute, comme instantanément, se fait, et c'est magique. Et c'est de l'égoïsme et du dévouement, de la cruauté et de la compassion. Et, malheureusement, quand ça se fait, dans mon cas, ça disparaît. Mais Peter Brook le dit pourtant : « Dieu merci notre art ne dure pas ».

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L e Conseil apparu sur le mur



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Saturday, June 15, 2019

A près la première


J’ai bien conscience que je vous demande quelque chose de difficile. Mais je trouve que c’est ce qui fait la force du spectacle. Comment on fait ? Poser les bonnes questions. L’Ethique. Le spectacle aurait un tout autre sens s’il était joué à Paris, mais il aurait aussi beaucoup moins de sens. C’est une grande chance, je trouve, en tout cas pour moi, d’avoir à « jouer réel » avec un « public réel », c’est-à-dire un public qui pense déjà des choses. Qui, si les représentations qu’on lui présente sont univoques ne va pas les laisser passer (Isabela avait complètement raison). Cela doit nous encourager encore et encore, je le redis, mais il n’y a que cette solution : à ne pas jouer les images. C’est très difficile parce que le public voit des images dont il faut se défaire, qu’il faut désamorcer. Le public ne va rien laisser passer. C’est-à-dire que, si c’est univoque, ce que l’on dit, ça ne va pas. Eh bien, je ne peux qu’applaudir des deux mains, parce que c’est ce que je propose : la réalité, elle est dans tous les sens et, s’il apparaît un sens, on est sûr qu’on est dans le faux. Je vous encourage donc à multiplier les sens en même temps et à effacer le sens, autant que faire se peut. C’est une lutte avec le public ; c’est aussi un rapport éthique avec le public : tu vois ce que tu vois et mon rôle est de t’aider à ne pas voir les images traumatiques que tu vois, à décoller aussi de tes images. Il y a le théâtre, ici très archaïque — où les images provoquent des réactions, ça s’appelle la catharsis — et il y a, pour nous, la possibilité de désamorcer le spectacle : je ne joue pas ce que vous voyez et, vous aussi, vous n’observez pas ce que vous voyez. Comme dit le trompettiste de jazz sur le mur de ma chambre : « Don’t play that’s there, play what’s not there ». En cherchant sur le web, je trouve — et je ne suis pas surpris — que cette citation est de l’immense Miles Davis : « Miles used to tell his musicians, « When you play music, don't play the idea that's there, play the next idea. Wait. Wait another beat, or maybe two, and maybe you'll have something that's more fresh. Don't just play from the top of your head, but listen and try to play a little deeper. » Miles also advised his musicians, « Don't play what's there. Play what's not there. » He might have said : « Don't listen to what's there, listen to what's not there. » C’est l’idée de ne pas coller aux représentation. C’est ça, le travail, et c’est une grande chance que nous puissions encore le faire deux soirs. A Paris, ce travail ne serait pas apparu aussi dangereusement nécessaire, aussi vital : ce rapport à l’autre. Luiz, le curateur qui m’a invité est très positif sur le spectacle, il trouve qu’il pose les questions que le texte pose. Il dit que nous avons pris le sens de ce texte, Rester vivant, et que nous l’avons étiré au maximum. Il dit que c’est très clair, le non spectacle. Il dit que la réception du public, ce n’est pas dans mes mains, mais dans les mains du public. Il dit que le spectacle dit que les artistes ne sont pas là pour faire des shows, que tout le temps le public espère que les artistes fassent quelque chose que ce spectacle ne leur donne pas. C’est vrai, je l’ai senti aussi, ça, c’était très réussi, en effet. Que nous offrons notre fragilité, notre vulnérabilité. Il est très gentil, je dois dire. Comment la violence ne va-t-elle pas s’appliquer sur Miguel, comment la violence ne va-t-elle pas s’appliquer sur Ismael qui, l’un et l’autre, sont beaucoup moins expérimentés que nous pour déjouer le rôle qu’ils portent. Je vais leur en parler, encore, mais je vois bien que la tendance est de jouer chaque jour d’avantage une idée qu’on essaye justement d’effacer, de brouiller, de contredire... Il faut inventer tout dans le moment présent et avec le public, en communication, presque en communion, pour comprendre et effacer, contredire. Pourquoi Miguel est-il de plus en plus le vaincu de cette (toujours très belle) lutte ? Pour moi, il n’y a que des vaincus dans cette histoire (au moins des vaincus sinon rien), mais ce qu’on voit là, c’est un vainqueur ! Ça reproduit les schémas encore et encore. Redresse-toi comme une loque, Ricardo, ce serait la moindre des choses. Mais pas seulement comme une loque, aussi comme quelqu’un qui a conscience qu’une image sur laquelle on ne peut pas revenir a eu lieu, une image définitive — et que faire avec ? quand il n’y a plus rien à faire, que c’est foutu. Qu’est-ce que c’est, vivre, quand on a dénoncé des amis sous la dictature de Pinochet, j’avais lu un reportage dans « Le Monde », une femme qui avait été torturée et qui a craqué, elle a accepté de dénoncer pour s’en sortir, elle, de la torture, son travail consistait à être dans une voiture qui roulait toute la journée lentement dans Salvador et à indiquer quand elle voyait sur les trottoirs des compagnons de lutte immédiatement ensuite arrêtés puis torturés. Cette femme est toujours en vie, qu’est-ce que c’est vivre, pour elle ? Qu’est-ce que c’est ? C’est ça qu’on doit percevoir, ce mystère. Ça tient à rien, ce n’est pas que c’était mal joué, mais c’était jouer une idée, une représentation, ce qu’on veut justement éviter de faire. La seule solution : ne pas savoir, écouter, sentir et aussi, c’est vrai, se tromper… Il faut que dans cette lutte, il y est un équilibre : on ne sait pas qui est vainqueur, qui est vaincu. Et si on représente l’Africain qui est vaincu « parce que c’était vrai », on est dans le naturalisme, ce que les gens ici ont raison de ne pas supporter : hors, on ne veut pas de ce naturalisme, on veut montrer tous les possibles, un univers probabiliste où personne n’est assigné à une identité. Il faut transmettre à Miguel et à Ismael qu’ils peuvent être sur scène « sans rien faire », en tout cas, sans faire leur « rôle », qu’ils doivent échapper à leur prédestination du rôle. (Par exemple, Miguel a continué de jouer la scène avec Ricardo pendant le groupe, le retirer du groupe, il était au milieu devant en solo et il jouait toujours la scène (avec la même intensité, ça ne marche pas) 

Faire les blancs du texte

Peut-être Davi peut jouer de l’harmonica

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Friday, June 14, 2019

O curador Luiz Felipe Reis sugeriu que eu me inspirasse no texto "Rester Vivant" (Permanecer Vivo), de Houellebecq, para criar uma obra a ser apresentada neste Cena Brasil Internacional. O desafio era ser politico mas sem partir de uma denúncia especifica. Assim é o texto de Houellebecq, que encoraja um aspirante a poeta a suportar sua condição a margem da sociedade.
"Odeiem a liberdade",
 escreve ele. A resistência do poeta é, sem dúvida, a mais forte.

A pertinência do meu trabalho (se é que existe) - consistiria em não criar um espetáculo. Pelo contrário, fazer uma obra distante de tudo que não fosse verdadeiro, de qualquer ilusão.

Nós não somos o que parecemos; não existe identidade que se sustente por si própria. Somos como a luz, como na canção sombria de Verlaine, talvez o mais tocante dos nossos poetas malditos:
"Pois o que nós queremos é a Matiz, não a Cor. Nada a não ser a Matiz".

Yves-Noël Genod

Com Baptiste Ménard, Isabela Fernandes Santana, Ricardo Paz, Quebra Queixo, Miguel Antonio Augusto, Ismael Queiroz e um coro masculino : Raphael Rodrigues Pompeu, Malcon Soares, Eduardo Ibraim, Felipe de Gois, Fredd Lima, Vinicius Fragoso Bittencourt, Marcos Davi Silva

Assistente de Direção: Bruno Cesario 

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Wednesday, June 12, 2019


Luiz Felipe Milen Reis m’a proposé de m’inspirer du texte de Michel Houellebecq, Rester vivant. Une manière d’être politique sans être dans la dénonciation. Le texte de Houellebecq n’est pas politique. Il encourage l’aspirant poète à supporter sa condition maladive, au ban de la société. « Haïssez la liberté », dit-il. Mais la résistance du poète est sans doute, parmi toutes, la plus forte. Le génie de mon travail — s’il existait — consisterait à s’éloigner des trompe-l’œil : pas de spectacle. Nous ne sommes pas ce que nous paraissons. Pas d’identités qui tiennent. Nous sommes comme la lumière, comme la chanson grise de Verlaine, peut-être le plus émouvant de nos  « poètes maudits ».

« Car nous voulons la Nuance encor,
Pas la Couleur, rien que la nuance ! »

Yves-Noël Genod

Avec Baptiste Ménard (le poète), Isabela Fernandes Santana (l'autre ou la fleur du désert), Ricardo Paz (le Portugais), Quebra Queixo (le clown), Miguel Antonio Augusto (l'Africain), Ismael Queiroz (le secours) et un chœur d'hommes (Raphael Rodrigues Pompeu, Malcon Soares, Eduardo Ibraim, Felipe de Gois, Fredd Lima, Vinicius Fragoso Bittencourt, Marcos Davi Silva)

Assistant à la mise en scène : Bruno Cesario

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Monday, June 10, 2019

B onne nuit


J’ai pris un taxi, j’ai été au Brésil. J’en pouvais plus. L’impression d’être là depuis 3 m (en fait, 3 j ?) Attrapé froid. De la boîte de nuit (l’hôtel) à la banque (le théâtre) avec le van, aller-retour. Clim. J’en ai eu marre. De cette ambiance merveilleuse de « faire semblant ». Vivre sur les nerfs, mais cool (tout un art). J’ai plaqué tout. Un coup de tête. Pris un taxi. Je crois que c’était un dimanche, ça circulait. Amenez-moi au Pain de Sucre, s’il vous plaît. « Pain », mal prononcé, veut dire « bite ». Une demi-heure et j’étais au Brésil. Pas d’argent pour le téléphérique, à l’arrivée (à force de m’entendre dire qu’il faut laisser l’argent à l’hôtel et la carte bleue), alors je me suis promené sur une plage (sublime) au gros sable fin, sensuel, où l’on s’enfonce. J’ai vu un poisson coloré pêché par un pêcheur, j’ai vu des hérons, j’ai vu des gens se baigner, j’ai remonté mon pantalon pour marcher sur le bord de l’« océan de la Vérité » et j’ai vu que les rochers sublimes et lisses n’avaient pas bougé depuis le 1er janvier 1502. Puis la nuit rapide. J’avais l’argent du retour. J’ai repris le taxi pour la banque (le théâtre), puis la boîte de nuit (l’hôtel).

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Friday, June 07, 2019


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D ernières recommandations


Petit lapin, 
Hâte de te voir arriver près d’ici ! Juste un conseil, n’arrive pas trop tard à l’aéroport, j’ai failli ne pas partir parce qu’il y avait encore un « bagage abandonné » qui bloquait le terminal… Apporte une petite laine pour le soir, on a un peu attrapé froid aussi parce qu’il n’y avait pas de couvertures dans la chambre, demande-s-en une à ton arrivée, « blanket », et aussi parce que le théâtre est, comme tu le sais peut-être déjà, dans une banque (c’est quand même très étonnant, le théâtre, c’est une banque, et l’hôtel, on peut dire que c’est une boîte de nuit — prévois des boules Quiès !) et donc, la banque, avec tout son marbre, c'est une clim de banque (presque de morgue). Je ne voudrais pas repartir avec l’idée que le Brésil est un frigo, ce serait faux, mais, pour le moment… Surtout que Ricardo m’interdit d’aller dans la rue, il trouve que j’ai l’air (trop classe, dit-il) d’un pigeon de touriste qui va se faire détrousser à la première occasion par des voyous de Pasolini qui selon lui pullulent (il m'en montre qui m’attendent, de la fenêtre de la chambre). Il veut que je mette tout dans mon slip (c’est d’un pratique !) et m’interdit même de porter mes Ray-Ban, du coup je me brûle les yeux entre l’hôtel et le van et entre le van et le théâtre ou si je veux sortir un peu prendre l’air (chaud) devant la banque, mais, là, aujourd’hui, je craque, je vais les mettre, les Ray-ban, faut pas pousser ! Hier, j’ai déjà transgressé ses conseils, d’ailleurs, j’ai mis ma casquette argentée qu’il pensait que j’allais me faire voler aussi (lui, il s’est fait chourrer tous ses costumes (dont le trois-pièces sur mesure) qu’il avait laissés dans sa voiture encore à Lisbonne, alors…) On sort de l’hôtel, on rentre dans le van, on sort du van, on rentre dans la banque, faut pas délirer, quand même ! (tout le monde est très gentil, autrement, mais il ne veut même pas que je réponde à un mendiant, il me dit que c’est une sorte de rabatteur qui repère la richesse). D’ailleurs, si tu peux changer de l’argent avant de venir ou à l’aéroport  c’est mieux parce que sinon il faut encore une expédition sous fourgon blindé pour aller à la prochaine station de métro en changer. Apporte aussi de la nourriture pour ton petit-déjeuner qui, à l’hôtel, est cheap (on peux manger ce qu’on veut, mais c’est un supplément). Je suis bien content d’avoir mon muesli sans gluten et sans sucre et ma spiruline… On aimerait bien ingurgiter plus de fruits et légumes, d’ailleurs, mais, enfin, ça, tant que je suis interdit de me promener dans la rue (et tant que je travaille toute la journée…) Nous, on commence ensemble demain, à ton arrivée. Tu arriveras très tôt, on dormira encore, d’ailleurs…
A demain, 
Yvno

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Thursday, June 06, 2019

M eus amigos


Je suis remonté dans ma chambre, que je partage avec cette bête de sexe…
Je suis dans un coin d’hôtel au Brésil, je pleure un peu en regardant la télé française, quelqu’une parler de son père (ou je ris un peu, ou je m’étonne un peu, ou j’approuve un peu).
La musique est à fond. Je suis tôt pour le petit-déjeuner. J’étais trop tôt, à cause du décalage horaire (cinq heures). Hier, ils nous ont servi des œufs, mais, finalement, c’était un supplément. Il faut que je dise à Baptiste d’apporter à manger, c’est un peu maigre… On a eu froid dans la chambre cette nuit, il n’y avait pas de couverture, il faut que je dise à Baptiste d’apporter un petit pull, quand même, pour le soir — sans parler de la clim, au théâtre…
Voilà, on a vite rien à dire, quand même, dans la vie. J’aperçois la splendeur tropicale dans le reflet d’une vitre, je pense à une photo, mais je n’ai pas la force de me lever de mon avachissement. Qu’est-ce qu’on passe de temps, dans la vie, à s’avachir ! Je pense à la phrase de Michel Serre qui avait fait remarquer, une fois, dans une interview (télévisée) que l’augmentation de l’espérance de vie avait été de trois heures et quelques par jour, ce qui correspondait assez exactement au temps passé devant la télé. C’est-à-dire que le temps gagné sur la mort, on le passait exactement à essayer de s’abrutir…
Je lis des histoires fausses, mais qui me dit qu’elles sont fausses ?
Ah, si. Une anecdote, quand même. Carolina a appelé en catastrophe une amie à elle qui parle français pour la traduction du workshop et donc ça a été Branca, jeune et jolie actrice de cinéma, très blanche (Carolina a dit : elle ressemble à une Portugaise) qui est apparue. Très féministe (elle refuse de traduire quand je dis une chose anti-féministe, mais je fais exprès, ça m’amuse, parce que, ce n’est pas que je suis un anti-féministe primaire, j’ai des arguments ! qu’elle est ensuite bien obligé de traduire quand ça se complexifie (et puis, elle m’est très sympathique, il faut dire). Et alors, ce que je voulais raconter, mais je suis interrompu par Ricardo qui émerge et qui a déjà perdu la carte-clé de la chambre (Ricardo s’est aussi fait voler, encore à Lisbonne, tous ses costumes (dont un trois pièces bleu sur mesure sur lequel je comptais beaucoup), mais on ne peut pas tout raconter). Et donc, cette fille, à un moment, pour s’excuser d’être parfois distraite, souvent sur son téléphone, pendant le workshop, me dit : "Je divorce". Je lui demande si elle est en procès, elle me répond : "Je t’explique après". Et donc, après, elle m’explique qu’elle s’est séparé de son mari depuis douze jours, mais qu’ils partagent toujours l’appartement, qu’ils ont été ensemble pendant treize ans, qu’ils ont un enfant de six ans et que, ce matin (hier matin donc), elle s’est réveillé avec des magazines people bourrés de photos de son ex avec une nouvelle femme et aussi de photos d’elle, qu’il l'a fait exprès pour lui faire mal, ce facho-macho…

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Tuesday, May 28, 2019

F érias na realidade


Talvez o real seja apenas um devaneio suplementar (provavelmente), mas ele é então mais persistente que uma ilusão. Eu proponho aos intérpretes que seu trabalho de imaginação seja mensurado por aquilo que não é – ou que seja menos  – imaginado,  que a imaginação se banhe na realidade. Que esse trabalho do pensamento, do devaneio, sonhe também em se liberar do sonho e de aproveitar a vida real. Vamos falar juntos sobre essas questões que me fascinam,

Yves-Noël Genod 

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Monday, May 27, 2019

L a Vie réelle


Peut-être le réel n’est-il qu’une rêverie supplémentaire (probablement), mais c’est alors une rêverie plus tenace. Ce que je propose aux interprètes, c’est que leur travail d’imagination se mesure à ce qui n’est pas — ou moins — imaginaire, que l’imagination se baigne dans la réalité. Que ce travail de la pensée, de la rêverie rêve aussi de se libérer du rêve et de profiter de la vie réelle. C’est une utopie. Nous parlerons ensemble de ces questions qui me passionnent,
Yves-Noël Genod

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F essebook


Je viens de mettre une photo où on voyait le cul de Ricardo Paz dans un sous-bois au soleil, une très belle photo, très excitante, mais seuls les plus cochons de mes amis (Arthur Dreyfus, Dimitri Doré) ont eu le temps de l'apercevoir, les robots l'ont déjà enlevée. Ricardo Paz, je suis venu le chercher à Lisbonne et je l'emmène à Rio de Janeiro. Il traduira Rester vivant, le texte de Houellebecq que je vous donnerai aussi, en français (mais sans lui malheureusement), jeudi prochain (le 30) à 20h au Café Pas Si Loin, 1, rue Berthier à Pantin (entrée libre, métro Porte de la Villette ou Quatre Chemins). Si vous voulez la photo cool, en douce mp sous le manteau... Également dans le même lieu : les Trois Sœurs dimanche 2 à 16h30 (par Ireïna Labetskaïa) et l’Amant lundi 3, 20h, par Yuika Hokama : A NE PAS MANQUER

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Friday, May 24, 2019



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V acances dans la réalité


Peut-être le réel n’est-il qu’une rêverie supplémentaire (probablement), mais c’est alors une rêverie plus tenace qu’une illusion. Ce que je propose aux interprètes, c’est que leur travail d’imagination se mesure à ce qui ne l’est pas ou moins : ce face à face ou plutôt ce bain dans la réalité. Que ce travail imaginaire rêve aussi de se débarrasser des illusions et de profiter de la vie réelle. Nous parlerons ensemble de ces questions qui me passionnent,

Yves-Noël Genod

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Thursday, May 23, 2019

Tuesday, May 14, 2019

L e Récit de Pierre Courcelle


Il fallait d'abord traduire le poème de Guillaume d'Aquitaine en français, puis en anglais. C'était pour les besoins d'un spectacle dont j'ignorais tout. Seul ce poème importait.
Pour le français, je proposai:
Ferai un vers d'absolument rien.
C'est ce premier vers qui concentrait toutes les attentions. Certains traducteurs préféraient « un vers de pur néant »  ou «  de pur rien »  comme dans cette version oulipienne.
Pour l'anglais, je proposai une traduction à la manière d'Emily Dickinson:
Will do a Verse out of absolutely Nothing—
Won't deal with Me nor Other People—
Won't deal with Love nor Youth—
Nor anything else—
I found it sleeping—
On my Horse—
Out of what did I make those Verses—I do not know—
I will transmit Them to the One—
Who will transmit Them to One Another—
Over there—towards Anjou—
So that He can send me from his Case—
The Counter-Key—
Ici, c'est la contre-clé qui faisait rêver. 
Contraclau dans l'original.
(Chez Elle, les capitales sont l'attention médusée, l'admiration et l'effroi devant la chose ainsi nommée, si étrangement nommée, et tellement plus étrange encore dans cette épopée du rien qu'est un poème de la main d'Emily.)
Nous en resterions là.
Comme une consolation.

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Wednesday, May 08, 2019

A bsolument rien


On essayera d’être très général. La mort et la vie. Ou dans l’autre sens. La vie et la mort. Et on essayera d’être le plus sensible possible. Ces choses-là, ça ne se comprend pas, c’est leur beauté. Mais ça se vit. La vie. L’approche de la mort. La soirée est librement inspirée de Rester vivant, premier essai de Michel Houellebecq, sorte de Lettres à un jeune poète à qui le narrateur conseille de ne pas se suicider. « Apprendre à devenir poète, c’est désapprendre à vivre », écrit-il. 

Réflexion sur le théâtre et ses fantômes, la vie et sa solitude, le désespoir et l’amour, cette soirée est aussi une soirée sur rien. Mes spectacles, en effet, ne valent que de parler de rien, voudraient n’avoir aucun sens, au sens de Tchekhov dans les Trois Sœurs : « Le sens… Tenez, il neige. Où est le sens ? » — ou au sens de Guillaume IX d’Aquitaine, premier troubadour français connu (XIème siècle) : 

« Ferai un vers d'absolument rien
Ne sera sur moi ni autre gens
Ne sera sur amour ni sur jeunesse 
Ni sur autre chose 
Je l’ai trouvé en dormant
Sur mon cheval 

[…]

J’ai fait ces vers ne sais sur quoi 
Et les transmettrai à celui
Qui les transmettra à un autre 
Là-bas, vers l’Anjou
Pour qu’il me fasse parvenir de son étui
La contre-clé » 

Mes spectacles imprévus apparaissent alors que personne ne les attend. C’est l’essence de la création artistique : personne n’en a envie, personne ne sait. Ce qui apparaît ne manque pas.


Yves-Noël Genod

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