Monday, July 23, 2018

L ’Actrice a entendu


— Elle est gratinée, celle-là !
— C’est Nathalie Dessay
— Oh, merde !

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Monday, July 16, 2018

A ccueilli par les artistes


Photo de Julie Cazalas

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Sunday, July 15, 2018


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Saturday, July 14, 2018

« O ui ! Je crois en Dieu ! Certes, il n’en sait rien ! »


Spectacle magnifique, nocturne, inadvenu. Le théâtre de l’Unité, mené par les deux croulants sublimes Jacques Livchine et Hervée de Lafond allonge les spectateurs dans la paille de notre enfance — il est 23h dans la plaine de l’Abbaye, à Villeneuve, certains (c’est recommandé) ont apporté leur drap, leur oreiller — et il commence ni plus ni moins (disons pendant les premières heures) par les endormir, les salauds ! Du coup, on y arrive (bien) et on loupe ce qu’il se passe, dans mon cas plusieurs heures (j’y retourne ce soir du coup en trichant peut-être par une astuce de guarana, de café ou de Redbull). Peutimporte, c’est le jeu, le spectacle est censé « agir pendant le sommeil » (quand tu as vraiment envie de dormir, il te casse un peu les pieds, le spectacle, peuvent pas se taire un peu, nom de Dieu, écouter les petits zoiseaux ?) Et quand on se réveille à nouveau — en forme, il faut bien le dire —, quelle merveille à nouveau ! C’est tout comme on l’avait laissé, le spectacle, mais les comédiens ont changé, ils sont comme entrés en transe, ils sont tout près, leur si beaux visages se sont approfondis, ils sont  devenu archaïques, disponibles à tout et — forcément — ils nous transmettent leur état, nous aussi, nous devenons disponibles à tout, à la poésie ô combien, à la beauté de la poésie qui éclate dans le ciel comme une chose réelle peut éclater dans le ciel, comme une bombe réelle — et disponible aussi à la non-poésie qui éclate aussi dans le ciel, sur fond de ciel, sur fond de terre, sur fond de paille, comme une chose réelle, elle-aussi, et tout aussi nécessaire, comme une particule son antimatière — et voici que cette matière et cette antimatière sont réunies et se tiennent par la main (normalement elles se détruisent) par Jacques Livchine et sa troupe et alors, oui, il s’agit de théâtre et c’est une chose équivalente à la beauté du monde. Je me disais dans mon carnet (une pensée, une théorie) à un moment de cette représentation-voyage  : « La beauté est insupportable, il faut des spectacles pour la supporter ». Spectacle incomparable de l’aube. Mesdames et Messieurs, voilà que la nuit agonise...




C'est très difficile de parler des spectacles (c'est une bonne nouvelle, en un sens), mais disons (je l'ai revu), c'est pour moi LE spectacle du festival. Absolument inoubliable. Une nourriture infinie. Celle dont j'avais besoin. Sinon rien. D'une invention sidérante. D'une audace. Une expérimentation (de la perception) bouleversante.

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D émasquée



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Friday, July 29, 2016

(R erun) (Dans la loge)



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Tuesday, July 26, 2016

L es Mots en f


Voici le texte qu’il n’était pas anodin d’entendre — en tout cas, pour moi — à Avignon. Il est de Casey, a capella, sa manière compte énormément aussi, bien sûr : elle fait tout un. Elle croit à ce qu’elle dit. Elle est comme Rimbaud (Une saison en enfer), comme l’Homme Moderne. Elle pourrait dire Une saison en enfer, s’il le fallait, dans la cour d’Honneur. C’est Marie Payen qui me l’a enregistré, gratitude. Il y a trois mots en f (« foulée », « figues », « foule ») dont je ne suis pas sûr du tout.

« [Je suis un volcan ?]. Les sentiments sont des sédiments. Tu te sers des traumas sinon t’es un estomac sale et incontinent. On me dit : Oublie, laisse tomber, profite du coucher de soleil, de la première [foulée ?], mais l’ulcère est trop profond pour être sondé. J’ai l’échec et des siècles d’enfer déchu à prêcher. Mais faut être silencieux ou naître aussi blanc qu’eux pour être apprécié. Ce que je tais, je le garde, résultat la plaie est plus grosse que l’écharde et elle finit par me hanter. J’ai du fiel ampoulé dans ma trachée. Un magma d’hémorragie et un milliard de mollards à cracher. J’ai fait le compte précis de mes contractions : il est égal à leur mépris, manque de compassion et leurs bâtards de chiens lâchés. Je viens faire pleurer l’acier. Libérer ce sang rassis, froissé dans mes veines pleines et encrassées. Je veux dissoudre le béton, les [figues ?], faire fondre les barreaux. Réduire vos pulsations au chiffre zéro avec le poing serré. J’ai des envies de tueur en série. Le franc-parler de ceux qu’on a traités comme des fruits pourris. Moi, ici, je suis la périphérie. Je suis la [foule ?]. Je suis l’hystérie, je suis la peur. Je suis la frayeur. Je voudrais juste un peu de calme profond et de féerie. »

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Wednesday, July 20, 2016

« P arce que la machine du monde est beaucoup trop complexe pour la simplicité des hommes »


Thomas Ostermeier disait, dans le programme de La Mouette, que, malgré tous ses efforts, il n'arrivait pas à enlever la peur à ses acteurs. Je le trouvais miraculeusement modeste car le spectacle, à l’Odéon, était splendide, un des plus beaux que j’ai vu de Tchekhov. Julien Gosselin, dans une interview des « Inrocks », disait qu'il trouvait que le théâtre, son théâtre (subventionné, facile et acclamé) n'osait pas assez et, là, je lui donnais raison : je m'étais bien ennuyé à son 2666. Il est vrai que je n'en avais vu qu'une partie (deux heures quarante, quand même), la moins intéressante, m’assuraient ceux qui étaient là depuis le début de l’après-midi et que, cette partie, je l'avais vue au lendemain de l'attentat de Nice. Alors, évidemment, on avait beau m'égrainer la liste des victimes des assassinats (bien connus) de la frontière mexicaine, cette tentative de récupération de la réalité par la fiction m’apparaissait désespérée. Avec l’attentat de Nice (mais aussi avec le faux coup d’Etat d’Ankara, etc., les Panama Papers, l’ignominie de la classe politique au service des intérêts privés, le cauchemar des migrants dans les serres de la police, etc., etc. — d’ailleurs où sont les artistes pour les défendre ? — il paraît qu’ils se sont tous rangés comme un seul homme, les Ariane Mouchkine, tout ça, derrière Anne Hidalgo, la maire de Paris, quand, après une pétition, elle les a tous appelés au téléphone (Je m’occupe de vous personnellement) —) oui, après l’attentat, on n'a pu que penser : « La réalité dépasse la fiction ». De la fiction, de la fiction, de la fiction, le théâtre n'avait-il donc rien d'autre à offrir ? Des séries télé (elles sont mieux à la télé). J’étais encore une fois étonné de sentir ce public de théâtre qui « avalait », comme le disait Joëlle Léandre dans une performance du Sujet à vif, tout ce qu'on lui racontait. « Qu’est-ce qu’on nous fait pas avaler ! », elle disait. Storytelling. Public si généreux, si stupide aussi, d’Avignon, naïf comme un enfant. De la fiction, de la fiction, de la fiction, mais n’importe quel récit lié aux attentats, sur les sites d’information, est plus émouvant que ce que vous voulez bien nous en raconter. J’étais déçu car j'aurais bien voulu avoir, dans le théâtre, un jeune ami qui fasse des blockbusters ; ça m'aurait plu. Ça aurait témoigné de mon ouverture d’esprit. Aussi parce que nous avons quelque chose en commun, Julien Gosselin et moi. A la question : « L’idéal de vacances sur terre… » Julien Gosselin avait répondu : « Lire les quotidiens-papier, au café, protégé du vent, dans n’importe quelle île bretonne » — c’est aussi mon idéal. Aurore, toute nouvelle amie, et Tanguy, ami pour toujours, m’avaient coup sur coup parlé de l’île d’Hœdic que je ne connaissais pas encore. Mais j’aimais tellement Ouessant où Olivier Py a (sans doute toujours) une maison magnifique, mitoyenne du gîte que je louais pour un temps. C’est donc aussi son idéal. Mais, lui et moi, nous avons pourtant si peu en commun. Son premier livre, écrit adolescent, Le Cahier noir, ça, c’est bien, je trouve. Rien ne m’a vraiment plu, en fait, au festival d’Avignon, à part quelques Sujets à vif qu’il n’a pas programmés. De la fiction, de la fiction, des histoires, une sorte de dépression, pas d’invention, pas de « présent », un retour arrière, parfois des répétitions mignonnes des chef d’œuvres dont il nous reste (forcément) la mémoire… Toute cette programmation, je me disais (ce que j’en avais vu, mais personne n’avait été capable de m’expliquer que j’avais vraiment loupé quelque chose), correspondait en fait assez exactement à la gueule qu’il jouait sur les photos : tourmentée. C’était ça, la cohérence. Mais ça ne suffisait pas. Ça sonnait faux (d’avoir l’air consterné). « Oui, vaut mieux parler d’autre chose », disait mon président d’association quand je lui expliquais ce décalage ressentis entre le théâtre — ce théâtre — et la vitesse des changements du monde. En deuxième partie du programme des Sujets à vif avec Joëlle Léandre, à dix-huit heures, il y a Casey qui invente un texte final inouï. Ce texte-animal n’est pas publié, je le lui ai demandé, elle vient de l’écrire pour ce spectacle. Il est du niveau d’Une saison en enfer (et aussi, bien sûr, la manière dont elle le dit). Si quelqu’un pouvait me l’enregistrer à l’iPhone, par exemple, ce serait merveilleusement gentil — car, pour ne pas en perdre une miette, je n’ai noté que la dernière phrase que voici : « Je voudrais juste un peu de calme profond et de féerie ». Yes !

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Monday, July 18, 2016

L ’Homme qui se souviendra


A Avignon, je réussissais à voir l’excellent spectacle de vampires de mes deux prodigieux amis Lætitia Dosch et Jonathan Capdevielle grâce à une sorte d’adoption-minute (à la bonne seconde) de Perle Palombe et Thierry Raynaud, eux-mêmes, d’ailleurs et pour le moins, un sacré couple de vampires : elle sa robe noire du soir (d’une marque que je lui ai demandée, mais que j’ai oubliée) et lui derrière de petites lunettes rondes à la Matrix — mais ne pourrais-je pas être moi-même un excellent vampire ? à mes heures, une « goule » comme une fois m’avait accusé (j’avais dû chercher le mot dans le dictionnaire), lui-même pourtant vampire certifié, Olivier Normand — Perle et Thierry, couple star, réussissaient donc à me faire entrer avec eux sans papier, sans carton, rien qu’avec l’aura de cinéma qu’ils dégageaient et moi dans leur sillage. Après le spectacle, je remerciai rapidement Lætitia et Jonathan par Messenger (spectacle sublime sur le thème de la mémoire infinie) et, en prenant la voiture de mon père, j’arrivais à temps à Aix, à vingt-deux heures, pour une représentation de Il Trionfo del Tempo e del Disinganno, Le triomphe du Temps et de la Désillusion, un somptueux oratorio de jeunesse de Haendel que Krzysztof Warlikowski mettait en scène avec perfection — toute son intelligence : pas plus, pas moins — dans la cour de l’Archevêché, équivalent de la cour d’Honneur d'Avignon du célèbre festival d'art lyrique aux places à mille euros. Mais Pablo avait tout organisé. Je devais rejoindre au « Protocole » un jeune député de droite homosexuel très sympa (avec qui il avait probablement couché) qui devait m’offrir l’invitation et tout se passait comme prévu — et je dois dire que je trouvai cet homme, quand je le rencontrai, tellement smart que je pensai immédiatement que j’avais tout à fait raté ma vie car, moi aussi, j’aurais voulu 1) être homosexuel, 2) de droite, 3) faire de la politique. C’est invraisemblable, finalement, comme les hommes peuvent être saisis de destinées différentes ! Tant de rôles nous échappent. Nous ne pouvons en jouer qu’un ou deux chacun enfermé dans sa propre existence, disait le poète Paul Celan. Pendant la représentation sublime (je l’ai dit ?), assis à la meilleure place, je pensais encore que j’étais au bord de revenir sur la décision que j'avais prise, croix-de-bois-croix-de-fer-si-je-mens-je-vais-en-enfer, de ne plus jamais voter (on avait été tellement floué). Non, plutôt, ce que j’allais faire la fois prochaine, ce serait d’aller voter, mais alors comme Pablo me l’indiquerait. Il paraît que ce jeune député (que je ne veux pas nommer) est pressenti pour être le ministre de la culture du prochain gouvernement. C’est un proche, actuellement, de Bruno Le Maire, mais aussi d’Alain Juppé. Dans le cas où Nicolas Sarkozy gagnerait, ce ne serait sans doute pas lui, mais — à mon grand étonnement — pas non plus notre ami Jean-Paul Scarpitta, me dit-on, mais un autre nom tout à fait évident pour tout le monde, que je n’ai, par dépit de me tromper — ou par paresse —,  pas retenu. Pablo se demandait, je change de sujet, s’il n’était pas à l’origine de cette rumeur envahissante du tout Paris, à savoir qu’Emmanuel Macron et Mathieu Gallet étaient sortis ensemble, parce qu’il les avaient vus une fois ou deux s’en aller ensemble, qu’il l’avait dit à quelques-uns et qu’en quelque temps, l’« information » lui était revenue. Pablo, d'extrême gauche plutôt, se demandait aussi comment allait bien pouvoir se comporter dans l'opposition les socialistes : tout ce que la droite allait faire, comment les socialistes vont-ils s’y opposer ? La droite n’aura qu’à répliquer (parce que c’est vrai) : « Mais comment ? ce que vous dénoncez, vous l’avez fait vous-mêmes, en pire ! » Backstage, il y avait cette jeune diva, Sabine Devieilhe, d’une simplicité désarmante, d’une modestie invraisemblable après ce qu’elle avait réalisé sur scène pendant trois heures (et Krzysztof, bien sûr, ne tarissait pas d’éloges). Je remerciai pour la place le jeune député éclatant qui s'enfonçait dans la nuit chaude d'un festival du Sud et déclarai : « Je m’en souviendrai toute ma vie ».

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Friday, July 24, 2015

L e Château, le matin


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Tuesday, October 07, 2014

C e n’est pas un rêve


A Avignon, un type me vend sa fille. Il me dit : « Ma fille, une ravissante blonde de 25 ans ! qui va venir vous voir — quel âge vous avez, vous ? » Alors, je dis : « 43-44 », je m’embrouille un petit peu. Il me dit : « Oh, ça, 43-44, c’est pas vieux ! Ça peut aller... ça peut aller... 25-44, ça peut aller… »



Ça a l'air d'être un rêve, mais ce n'en était pas un. J'ai été tellement soufflé que je l'ai pris en note sur le dictaphone de mon téléphone (et j'ai bien fait parce que j'aurais oublié, je viens de le retrouver). Le type me parlait comme si j'étais vraiment qq'un de bien avec qui il aimerait voir sa fille, vraiment comme un homme qui le propose à son meilleur ami. Ces rencontres — ici, dans la rue d'Avignon, à peu près à la hauteur de La Mirande, derrière le palais — sont étranges, vraiment étranges. C'est comme des rêves. Il y en a une aussi, plus récente qui a un très haut niveau onirique. Un type (un autre) a fait le voyage de Paris à Pontempeyrat, 7 heures de bagnole, un dimanche pour venir me parler. Au début, j'ai eu peur, quand même, je ne voulais pas le recevoir, puis peu à peu, j'ai vu qu'il ne disait pas de bêtises, je me suis radouci. Il est venu, il est resté 3 heures, il a repris la route dans l'autre sens, juste pour rien, pour me voir, comme ça, 14 heures de bagnole. Pourquoi pas à Paris ? je ne suis pas sauvage. Non, il sentait que c'était à ce moment-là, que ça aurait eu du sens pour lui comme ça. Autant dire que je ne me sens pas vraiment à la hauteur de ces rencontres... Elles existent, dans ma position. Je reçois aussi des cadeaux, des envois. Ceci dit, moi aussi, je voudrais rencontrer qq'un, je voudrais rencontrer Jean-Philippe Varin et je ne sais pas trop comment m'y prendre. Je voudrais travailler avec des animaux.  

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Tuesday, August 26, 2014

Les Mots d’Avignon


VITALITE, PATIENCE, SMILE, UNITE, LOVE, DOUCEUR,
ce sont des mots que je piochais chez le traiteur bio vegan cru sublime (qui a fait que je n’ai jamais mieux mangé pendant le mois d’Avignon que de toute ma vie entière — et que je cherche désespérément l'équivalent à Paris). Y en avait pas tous les jours, mais j’étais content quand j’en trouvais et que le mot me donnait la perspective de ma soirée... Comme je fais un peu le ménage chez moi, ce matin, je les jette et les redonne pour stage !

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Sunday, August 03, 2014

N oir c'est noir


Sing Sing
Bonsoir, vous m'excuserez de venir vous importuner sans qu'on ait été présentés, mais je voulais vous dire que ça m'avait l'air terriblement excitant, votre Baudelaire pour nyctalopes. j'ai vu votre 1er Avril aux Bouffes et ça continue de me hanter tout à fait.
(Vraiment, pardon si je suis inélégant de surgir ainsi sans crier gare.)

— Mais bien sûr que non ! Un compliment fait toujours plaisir (on a beau dire). Merci !

C'est très raccord, à vrai dire, l'idée que je me fais du Baudelaire après ce 1er Avril, donc, où l'on a rarement tant eu l'occasion de se coltiner le noir, déjà.
Je veux dire, on nous le donne rarement à voir, le noir. Comme espace, comme matière, comme durée, comme profondeur.

— Oui, c'est rare. C'est pourtant la matière même — ou l'anti-matière, enfin, ce qu'on veut, mais la base du théâtre, en tout cas...

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Saturday, August 02, 2014

A titre tout à fait personnel


Cher Yves-Noël, je ne vous connais pas, et c'est à titre tout à fait personnel que je vous écris bien que je sois par ailleurs conseiller à l'ONDA (où je m'occupe de musique essentiellement). (PS : Effectivement, on n'écrit pas ces choses-là dans ces fonctions.)
Je vous écris parce que dans la fournaise et la superficialité avignonnaise, vous avez été paradoxalement une lumière. Ce fût presque ma dernière expérience avant mon départ (j'aurais dû m'abstenir de la dernière) et vous m'avez ému comme rarement. Je ne vous ferai pas la description de ces émotions, vous savez ce que vous avez donné, je sais ce que j'ai reçu. Je sais ce que j'ai payé, non pas un service, mais une dette à équilibrer pour ne pas boiter. On fait ce qu'on peut !
Alors ce matin, en lisant ce récit de voyage auprès de ce jeune garçon, et alors que je viens d'attraper un homme perdu devant la porte fermée de la soupe populaire pour lui proposer un peu d'argent pour m'aider à mon déménagement, je me suis senti une petite communauté d'esprit avec vous.
Et puis je me suis dit, tiens, voilà un type qui comprendra peut-être quelque chose à René-Nicolas Ehni. Vous connaissez ?
Je veux donc simplement vous remercier pour le voyage avec vous et Baudelaire, pour le récit de ce voyage et pour ce que je n'ai pas encore découvert de votre travail, mais dont je pressent qu'il a bien des choses à me dire.
Bonne journée à vous,
Adrien Chiquet




Bonjour Yves-Noël,
Nous nous sommes croisés à la sortie de ton spectacle, magnifique par ailleurs, au cours duquel j'ai beaucoup pensé à ce que je vivais à ce moment-là, et cela m'a rappelé la lecture du livre de Tahar Ben Jelloun Cette aveuglante absence de lumière, édité au Seuil, dans lequel les prisonniers du bagne de Tazmarat au Maroc survivent des années dans l'obscurité totale grâce à leur esprit... notamment dans le récit de poèmes...
Evidemment quand je lis sur la carte que j'ai sous les yeux maintenant que « Le poète est ce soleil d'un monde sans soleil », je pense que cette lecture, un peu dure, est pleine de l'esprit du poète et que c'est un récit qui devrait t'interpeller…
Voilà, c'est tout, je me réjouis de pouvoir t'écouter à nouveau parce que tu as beaucoup de sensibilité avec les gens, rien que la façon de te voir te bouger et t'occuper de ton public c'est un bonheur...
Je te suivrai...
Amicalement,
Alain [Fidanza]




Bonjour Yves-Noël,
D'abord, vous, te dire combien j'ai regretté de ne pouvoir venir te voir à la Conditions des soies. J'étais juste de passage à Avignon ce jour-là. J'étais présent pour Des visages et des corps. Alors que j'attendais que l'orage se calme dans l'entrée, tu es arrivé, lumineux et souriant. Je garde cette belle image associée à mes regrets. Baudelaire que je connais si mal en plus ! Moi, le prof de français, je le confesse.
De plus, j'ai lu ton post ce matin à propos de ce jeune Rom. Ça m'a ému : j'ai revu ton sourire et d'autres images encore que je te décrirai un jour peut-être.
J'ai juste envie de t'envoyer un sourire, un beau sourire. Digne des tiens.
Merci.
Thierry [Jallet]




Bonjour. J'ai vu votre spectacle Rester vivant au festival d'Avignon cet été. J'ai cherché un moyen de vous contacter. Car je voudrais vraiment vous remercier, et vous féliciter.
J'ai très rarement (jamais ?) vécu un tel moment. Le noir si complet peut au premier abord effrayer certaines personnes. Mais qu'est-ce que c'est beau. En ne voyant rien on voit finalement tout, tout s'ouvre, on est à l'écoute, présent, à l’affût des moindres perceptions. Plongé dans ces textes magnifiques et votre voix pour les porter. On se sent presque plus léger, on se sent presque voler, tous ensemble, vous, le public, le texte. C'est un atmosphère assez dingue. Comme un autre monde que vous nous offrez pour quelques instants.
Je n'ai que 17 ans, je commence seulement à me plonger dans le théâtre et l'Art du Spectacle, alors c'est vrai que beaucoup de choses me plaisent, mais quand je suis touchée à ce point par quelque chose je sais que c'est vraiment une exception.
Un grand merci à vous
Lou Bernard-Baille

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Tuesday, July 29, 2014

« D aniel »



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Monday, July 28, 2014

A dieu Baudelaire


Dans le train d’Avignon à Lyon, j’ai encore mon maquillage d’un mois (je ne me démaquille jamais, à force ça tatoue) et j’entre dans un compartiment sans porte où un garçon parlant mal français se met à se toucher la bite, à travers son survêtement sale. C’est un Roumain. (Un Rom.) Il est en cavale. Il vient de Marseille, il voudrait rejoindre Rome, on lui a dit qu’il fallait passer par Lyon, changer à Lyon. Il n’a pas mangé depuis 2 jours. Je lui dis que je lui payerai à manger à l’arrivée. Et puis je lui propose de dormir. Nous pouvons chacun nous allonger sur les banquettes à l’ancienne. Je pose mes chaussures, lui pas. Il s’endort vraiment. Son bras bouge dans son sommeil, au-dessus du vide qui nous sépare. A l’arrivée (à Lyon Part-Dieu), je comprends enfin à quoi servent les flics dans les gares. Nous sommes arrêtés, mis de côté. Lui et moi. Parce que je dis : « Il est avec moi ! » Contrôle d’identité, fouille des bagages. Mes nombreux bagages. On me demande si j’ai des seringues, des couteaux, etc. Lui n’a rien. Mais quand même un papier (dans une pochette plastique), puisque finalement on nous laisse. C’est tout ce qu’il a. On va manger. J’insiste pour qu’il prenne aussi pour un autre repas, pour plus tard. C’est de la nourriture empoisonnée que je ne peux pas manger, la nourriture qu’on trouve dans les gares — et partout — partout — empoisonnée. Ensuite on va se renseigner pour l’Italie. Il faut qu’il rejoigne la gare de Saint-Exupéry par le tram puis Turin, à Turin il change de gare et, par un train de nuit, il arrive à Rome le lendemain matin. Je lui donne le papier imprimé. Il parle un peu français et le comprend, mais je ne suis pas sûr qu’il le lise. Il ne parle pas italien. Sa mère est à Rome. Je lui ai donné de l’argent aussi, la monnaie qu’on m’avait mise dans le chapeau la veille, mais pas assez pour qu’il se paye un billet TGV pour Turin. Je m’inquiète de savoir comment il va faire. Lui non plus ne sait pas. Il n’a absolument rien. Il est comme un animal. Il ne peut compter que sur la chance. Directement relié à Dieu. Le monde entier est une prison. Il erre. On le remarque comme une cible. Comme s’il était vêtu de l’uniforme orange fluo de Guantanamo. Je regrette, après l’avoir laissé, de ne pas avoir été plus princier, de ne pas lui avoir payé son voyage jusqu’à Rome. J’aurais pu. Je ne suis pas riche, mais j’aurais pu. Je ne suis pas assez pauvre pour tout donner. J’ai gagné ma vie pendant le mois à Avignon. Même si c’est une vue de l’esprit. La « recette » ne couvre même pas les frais de location de la salle. Une impression. Ça tient à si peu, la différence : s’en sortir, s’y faufiler, dans la société, comme un être humain et s’en sortir, s’y faufiler dans la société comme un animal. Nous sommes des animaux. Et c’est la guerre. Mais pour vivre caché, il faut vivre heureux. Je me demande pourquoi il n’essaye pas le stop. Il me dit que c’est encore plus compliqué. On ne doit pas le prendre, j’imagine. J’imagine louer une voiture et l’emmener à Rome. J’imagine tout. J’imagine lui payer des vêtements propres. Une douche. L’emmener en voiture jusqu’à Rome. Qu’une fois, il ait connu le luxe. Je m’imagine prince homo comme Jean Genet. Comme Pier Paolo Pasolini. Il Caravaggio. Pierre Guyotat ou Stéphane Bouquet...

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Célia Houdart
Quel splendide spectacle. Où les poèmes sont comme des diamants noirs qui brillent dans la nuit de cette salle sublime, entre tombeau, enfer et voûte du ciel. « Noire et pourtant lumineuse ». Ta voix, cette façon de t'adresser à nous, de convoquer Borges ou Nathalie Sarraute, ces phares de la modernité, pour mieux avec eux s'orienter dans cette nuit. Quelle joie. Le Don du poème. Je t'embrasse.
Célia

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G urshad



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Sunday, July 27, 2014

E t plus tard un Ange, entr'ouvrant les portes


Voilà, c’est fini, Avignon ! (demain, Lyon, pour 2 jours). Encore une fois, splendeur de ce moment du festival assez équivalent, oui, à ce qu’on appelle le bonheur… Joie d’avoir travaillé avec une équipe jeune, enthousiaste, précise et efficace, en bonne santé, pleine de rêverie et d’exactitude, d’une gentillesse sans fond, sans fin qui est celle de la Condition des soies. Joie de ce lieu inouï dont je cherche l’équivalent à Paris (en dehors des Bouffes du Nord) et dans d’autres villes… (dont je cherche désespérément l’équivalent). Merci à toutes ces aides aussi tous les jours pour la billetterie et servir le champagne, ce soir : Victorine et Estelle, trop belles ! (rappliquez pour le stage !) valent pour toutes et tous. Merci à Bastien pour son regard accompagnant les premiers plâtres, à Gildas pour son indéfectible fidélité, aux journalistes qui écrivent et disent des choses si bouleversantes, aux relais des amis (et pardon encore aux « pros » que j’ai jetés dehors certains jours où je me suis pris pour le Christ dans la scène des marchands du Temple) — et, pour finir, merci au public, au grand public, au public de tout âge et de toute espérance qui a bien voulu me suivre dans cette errance sur cette étagère, dans le noir de la mort et du tombeau — et sa lumière paradoxale, sa lumière de fleur. Tous, restez vivants ! Oui, que Dieu vous regarde !

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L e poète est le soleil d'un monde sans soleil


Allez, pour fêter la dernière (la vingt-quatrième, la première en partant de la fin) représentation du Baudelaire dans le noir (ou du « Baudelaire les yeux fermés » comme a dit joliment une spectatrice avant-hier), 3 citations trouvées ce matin :

« L’esprit ne peut être compris que dans son rapport de lutte ou de conflit avec les ténèbres. » (Frank Smith.)

« Il y avait 24 interprètes de rêves à Jérusalem.
Un jour, j'ai fait un rêve et je suis allé auprès de tous.
L'interprétation de l'un n'était pas l'interprétation de l'autre.
Or toutes se sont accomplies pour moi.
Comme il est dit :
« Tous les rêves suivent la bouche ». » (Midrash du Talmud de Babylone.)

« Il nous met comme tout nu dans un désert dans le noir. Mais on se rend compte au bout d’un moment qu’on peut vivre là et que même ça apporte une forme de bonheur de n’avoir rien. » (Valérie Dréville.)

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