Saturday, August 04, 2012

Jean-Marie Patte


« Les artistes ont le droit d’être modestes, et le devoir d’être vaniteux. » (Karl Kraus.)




A Avignon, j’ai voulu voir la pièce de Thomas Ostermeier dont on m’avait dit du bien (Un ennemi du peuple) et j’étais donc avec mon petit carton « cherche une place » et j’ai été souvent dérangé de ma concentration à en trouver une par tout un tas de gens qui sont venus me féliciter pour ce que j’avais fait au Rond-Point. Je n’avais pas idée que tant de gens l’aient vu. Jusqu’ici… Oui, certes, cela me faisait bien plaisir, mais j’étais de nouveau incognito, là, mes chéris, je cherchais une place (et ce n’était pas Vincent Baudriller, là, qui discutait avec Isabelle Huppert, qui risquait de m’en donner une). Il y a aussi que malheureusement je suis plus sensible aux mauvaises critiques qu’aux bonnes. Les bonnes me soulagent, passons à autre chose, les mauvaises me pèsent, je voudrais retoucher les choses. Ce serait plus facile que ça plaise à tout le monde, franchement ! Plus logique ! Même s’il n’y a aucune chance. Mais personne ne fait ça pour déplaire, même Charles Baudelaire… Parmi ces gens, se trouvait la délicieuse Micheline Servin, adorable parmi les adorables, et qui, en plus, m’a révélé qu’elle avait amené avec elle rien moins que JEAN-MARIE PATTE ! Et que Jean-Marie Patte avait aimé ! Alors, ça ! Si quelque chose pouvait me toucher… Jean-Marie Patte !
Aujourd’hui, je reçois une lettre – ce qui est déjà rare – d’une très belle écriture et signée seulement de « j.m.p. » (au dos de l'enveloppe). Je pense que c’est lui. Je recopie ici car elle est très belle.

cher yves-noël genod

une grande paix m’était donnée par vous, ce soir-là dans cette maison que vous avez su si bien faire nôtre, avec ces retours d’âmes, ses averses, ses visites d’êtres, cette audible croissance d’êtres végétaux habitants du pavé hélas aujourd’hui presque entièrement (illisible).
accueilli ? cueilli ?
par votre grâce, quelque chose passé par nous très autrefois tenté vit, respire, « à paris, de nos jours » dans cet instant « contemporain » suspendu avec une indépendance inédite et intrépide.
…il m’a semblé voir passer, en visiteur, l’ombre de jean-louis b. dans ses meilleurs soirs, comme un chat qui serait passé par les portes ouvertes de cette maison qu’il appelait la suite !

merci de continuer to be yourself

un abrazo fuerte
o fantasma
j.m.

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Thursday, July 19, 2012


François Rodinson
Cher Yves-Noël,

Pardonne-moi, c’est un peu tard pour revenir sur ton très beau spectacle Je m’occupe de vous…. Personnellement, j’y pense beaucoup depuis… Merci beaucoup pour ce temps suspendu, cet enchantement, cette merveille donnée à voir, à entendre, à ressentir. Ça m’a beaucoup touché, en tout cas. J’ai aimé comment tout se lit et se lie. Fleurs du bien*, certes, mais il y a tout de même une âpreté et une mélancolie qui affleurent parfois. Et c’est très bien aussi. C’est une leçon pour moi, comme une éthique du temps et de l’espace où juste la justesse est admise. Et comme c’est bon, cette douce exigence, importante, capitale, fondamentale ! J’ai l’impression que tu as trouvé une sorte de nombre d’or de la scène. Une maîtrise et un souffle où ton poème se déploie avec ampleur et grâce dans une mesure où retenue et don écrivent l’Art dans ce qu’il a de plus exact pour moi, très individuel et très collectif aussi. Concret, présent, où « le temps se dilate et se contracte » comme disait l’autre. Alors, tout ça m’habite encore et vit en moi et reste comme un rêve auquel je tiens. Je serai à Avignon les jours prochains, si tu as un moment, ça me ferait plaisir de boire un verre avec toi,
Je t’embrasse,
François






* C'était le titre du spectacle que François a vu.

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Thursday, July 05, 2012

Clara



Cher Yves-Noël, 

J'aurais adoré participer à ce stage... Malheureusement je travaille tout le temps à cette période et je ne peux pas du tout venir, même pour une semaine, à Pontempeyrat… J'attends avec impatience qu'on se retrouve sur le film de César pour enfin pouvoir être au plateau sous ton regard. 
J'ai vraiment beaucoup pensé à toi ces derniers temps, dans ce que je partageai avec mes « élèves » mais aussi dans ces représentations d'autoportrait, qui ont été très influencées par ces quelques semaines à tes côtés en février. 
J'ai d'ailleurs vu Jean-Pierre Thibaudat, qui est venu assister à une représentation Autoportrait (le jour de la fête de la Musique, il n'y avait que 10 personnes dans la salle, dont lui, c'était magique !) et avec qui j'ai bu un café la semaine d'après. Il m'a tout de suite demandé comment était ton spectacle, je sentais en lui la frustration de ne pas l'avoir vu cohabiter avec ce serment intime qu'il s'est fait à lui-même de ne plus jamais remettre les pieds au Rond-Point. Ça m'a touchée... Je lui ai dit évidemment tout ce que j'en avais pensé et que je t'ai dit, ou que tu auras compris dans les blancs. 
D'ailleurs, il est peut-être temps, mais tu l'auras compris j'en suis sûre, que cette « C. » qui poste des citations de Par les villages sur ton blog ne peut être que... moi ! Je suis contente d'avoir participé par ces petites phrases aux notes que tu as faites aux acteurs et que j'aime tant. Je me les répète aussi souvent à moi-même, elles m'aident et me font du bien. Et c'est un joli remerciement d'avoir intitulé une représentation avec ces quelques vers d'Aragon que j'aime tant aussi – Philippe m'a fait passer le message. d'Alfortville, je me suis sentie proche de vous. 

Voilà, cette petite pensée du soir, presque du matin,
j'espère te voir bientôt
Je t'embrasse 
C. 






Ah, ben voilà ! C'est drôle, comment n'y ai-je pas pensé ? C'est parce que j'aime le mystère, sans doute. Et Philippe était dans le coup... m'étonne pas... Oui, tes phrases ont fait un tabac ! Elles sont passée en boucle dans à peu près tout le monde...

Des bises du lac du Bourget, ce matin

Yves-Noël

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La Petite-fille d’Hélène Bessette



Bonsoir,
Il me semble que jusqu'ici je n'ai pas pris le temps de vous remercier, d'une part pour les places, mais également pour le travail que vous avez effectué. Je suis vraiment ravie que vos pas aient croisé ceux de ma grand-mère.

Au plaisir d'être de nouveau touchée par votre énergie,

Myriam Brabant






C’est moi qui vous remercie !
Je suis maintenant en vacances et – sans doute sous l’influence d’un livre qu’on m’a donné hier et que je lis, ici, en Savoie, Dialogues avec l’Ange – je sens que la parole de votre grand-mère – qui est pour moi la plus haute littérature, Rimbaud, Shakespeare… – a la force de celle d’un ange. Evangile. Cela dépasse la littérature. Enfin… ça n’en est que parce que ça la dépasse. (En fait, c’est pareil.) C’est ce dont rendait compte admirablement Valérie Dréville. J’ai pensé à Valérie dès que j’ai commencé à découvrir Hélène Bessette (avec la publication du Bonheur de la nuit, il y a des années).
« Comment est-il possible d’accueillir la souffrance et d’être en même temps joyeuse ?
Avec un sourire :
– C’est possible parce que tu es sur le bon chemin. »
Je vous ai rajouté à mon carnet d’adresses, vous aurez ainsi de mes nouvelles (mais rien de prévu pour l’instant à part un stage que je donne en septembre). Donnez-m’en aussi des vôtres !

Au plaisir

Yves-Noël Genod

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Tuesday, July 03, 2012


Wilfrid Haberey 
Bonjour Yves-Noël !
Je suis un ami de Marlène. Nous nous sommes croisés dans un taxi après une représentation de ton spectacle. Je suis compositeur et vidéaste. J'aurais bien aimé prendre un café avec toi pour voir si mon travail pouvait glisser dans ton espace.
J'ai bien sûr beaucoup aimé Je m’occupe de vous personnellement et + encore.
Je ne connaissais pas tes spectacles avant, mais j'ai vu beaucoup de choses depuis sur Internet.
J'habite Lyon et serais 2 ou 3 jours à Paris à partir de ce soir.
C'est un peu nunuche comme présentation !
Je t'appellerai sur Paris si tu le veux bien et si tu es disponible
Wilfrid



C'est pas nunuche du tout ! Les amis de Marlène sont mes amis. Ce qu'il y a, dans l'immédiat, c'est que je pars de Paris justement ce soir. Je prends la bagnole de mon père (à Bourg-en-Bresse) et je me balade sur les petites routes... Du coup, si vous revenez sur Lyon (ou mieux encore, à la campagne), prenez mon téléphone : 0684609458. 

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Monday, July 02, 2012

Irraisonnable assujettissement à la liberté



Oui, je suis content que tu aies triomphé à Paris ! Dieu sait si je te trouvais bien dans 1er avril, mais, je ne sais pas, tu t'étais laissé un peu voler la vedette par le trio Balibar/Philippe/Felix arrivé en renfort et bien foutu pour être efficace... Je me suis demandé si ce n'était pas que tu n'aimes pas répéter. Parce que là, à Paris, tu n'as pas répété, et, certes, le premier soir, tu étais un peu perdu, mais dès le lendemain, tu étais génial, le surlendemain génialissime... Enfin, bref, Paris t'aime !

(Ce soir, fête au Rond-Point, je vais encore entendre parler de toi...)

Des bises

Yvno



Oui, le trio barbare de La Raffinerie... Avec leurs facilités que je ne m'étais pas accordées et auxquelles j'ai un peu refusé de m'intéresser. 
A l'époque, j'avais aussi besoin et envie de travail (au sens intime, « métabolique ») pour retrouver mon métier après une création chiante et douloureuse.
Et c'est vrai que là, au Rond-Point, j'ai eu la part belle, et j'ai pu jouer sur la facilité et le savoir-faire (surtout après que tu m'y aies invité), tout en y alliant le plaisir. La virtuosité, et le travail, là, qui m'a beaucoup intéressé, c'était de maintenir ce plaisir sur la longueur. Quel pied de pouvoir jouer autant !

J'espère que tu te remets de toutes ces émotions dont les contradictions doivent être parfois compliquées à gérer.

Cet été, oui, je fais un petit tour de famille pour finir du côté de Toulouse... et puis j'attaque pour 15 jours de résidence à Marseille dès le 1er août.

Merci pour tout, pour l'aventure, pour ta folle simplicité complexe, pour ton irraisonnable assujettissement à la liberté.

A la prochaine

Lorenzo

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Sunday, July 01, 2012


Bonjour je vais commencer un message je ne sais trop quel en sera la teneur je vais tourner autour d'une impression d'une idée et d'un plaisir
Je suis venu voir Je m'occupe de vous personnellement je vous avais entendu avec Valérie Dréville à la radio je dois avouer que je ne connaissais pas du tout votre travail et au fur et à mesure de cet entretien des phrases sonnent si fort que je me déplace jusqu'au théâtre pour voir Dréville dont j'aime la rigueur et la poésie et découvrir cette singularité
Ceci sans doute est venu comme un prélude ce qui va suivre sera peut être sans construction
C'est la première fois que j'écris à un comédien-performeur-danseur-metteur en scène vous excuserez je l'espère mes quelques maladresses
Peut-être pour aller au plus simple je me suis trouvé en face d'une chose d'un objet de ce dont j'avais besoin
Je ne voulais pas que l'on s'échine à me raconter maladroitement et malheureusement une histoire je voulais je pense me retrouver en face d'un vivant de vivants de temporalités cohabitantes de corps-poèmes
De hurlants de balbutiants de chuchotants de poumonnants de hoquetants je voulais être au théâtre sans être considéré comme spectateur
Que l'on déplace temps et espace
En face d'une réalité possible autre
Peut-être balbutiante enfin d'une tentative
C'est ce que j'ai vu sur le plateau ce que j'ai vu dans votre accueil un instant pendant lequel on tenterait de ne pas faire semblant de partager quelque chose avec ceux qui sont venus en voisins ou en curieux un moment enfin ou le théâtre semble avoir osé pour une fois de « faire vivre présent » chaque soir
J'ai aimé cette légèreté avec laquelle toutes ces épreuves, tous ces jeux toutes ces danses étaient croquées
J'ai senti le hasard agir lorsque ma voisine a regardé son pantalon souillé par un oiseau posté au-dessus de nos têtes
Peut-être que ça doit s'interrompre ici
Merci vraiment j'ai été très curieux et excité de découvrir ce travail
Bravo
Au plaisir de vous rencontrer peut être un jour
Pierre-François Garel







Oui, vous avez raison. Cette phrase parmi d’autres tirées de Par les villages, de Peter Handke, que j’ai lue une fois aux acteurs avant de jouer et que Valérie m’a demandé, je me souviens, de répéter pour la prendre en note : « Ceux qui aiment seuls transmettent : aimer une chose – suffit pour tout. » Elle vous va aussi comme un gant ! Merci (et bien sûr avec plaisir pour la rencontre, je pars mardi soir, mais keep us in touch, comme on dit…)

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Thursday, June 28, 2012

Camille Laurens



Cher Yves-Noël,
je suis terriblement en retard pour te le dire, mais ça n'en est pas moins vrai : j'ai adoré ton spectacle, dont j'ai vu la dernière dimanche. Une telle présence des comédiens, des surprises si joyeuses à tout moment, des instants de grâce déchirants et drôles en même temps, ce n'est déjà pas si fréquent, mais là tout y était – tout y est, je n'ai pas envie de parler au passé car les images, les visages et les voix sont toujours là. Toi et tes comédiens nous donnez du théâtre dans tout le sens du mot. Et la nage, la danse-nage, quelle merveille ! Bravo, bravo, et mille mercis.
Camille



C’est si touchant ce que vous dites ! J’ai transmis aux comédiens… Oui, la nage dans un centimètre d’eau est une trouvaille bouleversante. D’ailleurs, ça colore mon été : je crois que je ne vais faire que ça, nager ! Ça et puis la lecture… Olivier me passera bien un ou deux de vos livres… Au plaisir !

Yves-Noël

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Sunday, June 24, 2012

Valérie est magique comme toujours




Bonsoir,



Pour vous dire ma surprise de vendredi soir, le plaisir de découvrir votre travail, de me trouver suspendue là, sur le pont de « C. »


Comédienne allemande, j'ai le compliment plutôt revêche.
Puis, dès que je suis entrée dans la salle, et d'une façon très inattendue, je me suis soudain retrouvée chez Robert Walser, chez Rilke aussi, à quelque endroit secret où s'enchevêtrent les désirs.
Merci à vous et aux acteurs de m'avoir emmenée au coeur du jardin, avec toute la force et la délicatesse que ça exige...

Je serais heureuse de pouvoir vous rencontrer un jour proche dans le travail et aussi, de vous inviter à venir voir le nôtre cet automne,

Un bel été à vous,
Jana Klein

p.s.: J'ai retrouvé la traduction du texte de Walser auquel je pensais: « La nature, mon cher frère, est grande d'une façon tellement mystérieuse et tellement inépuisable qu'au moment même où l'on s'en réjouit, on en souffre déjà (...) »



C’est merveilleux que vous ayez associé votre soirée à des auteurs si prestigieux. Je connais très peu Rilke (mais je sais que c’est grand) et beaucoup mieux Robert Walser que j’adore. Il est vrai que nous étions sur les crêtes grâce à Hélène Bessette, l'écrivain français inouï revivifié par Valérie Dréville. C'est vrai, cette phrase de Walser, il y a qqch d'une souffrance, d'une pensée, d'une conscience, qui va contre la vie et sa jouissance, mais dont nous pouvons aussi nous reposer... C'est ce que nous avons essayé de faire avec ce spectacle qui attirait tout comme la foudre, et les rires et les larmes, nous avons essayé... de regarder un peu derrière la scène et de nous reposer... Restons en contact, moi, je n'ai aucun projet sauf ce stage en septembre et je serai ravi de voir votre travail d'automne...






Jenna Hasse

merci pour ce dimanche qui a débuté sous la grisaille et qui s'est transformé au théâtre en une pluie poétique :-) à bientôt!







You're welcome ! Merci infiniment à vous. Oui, l'effet pluie, dimanche, était peut-être le plus réussi de toute la série...







Nicolas Cartier
J'ai découvert votre travail ce soir
Vraiment un très grand merci






Yann Gonzalez
Merci Yves-Noël, merci pour la beauté, elle était partout jeudi soir, sur les visages de tes comédiens, dans la lumière, dans ces gestes si singuliers, magiques presque, dont toi seul a le secret. Je t'embrasse,
Yann



Très ému que tu aies pu voir ça ! (et en ressentir de la magie...) Bises






Cher Monsieur Genod,
Je suis une jeune étudiante d'Isabelle Barbéris en dramaturgie contemporaine. J'ai eu la chance d'assister à une représentation de Je m'occupe de vous personnellement le 19 et en ai fait une critique, que je souhaitais vous faire parvenir.
Merci beaucoup pour ce très beau moment.
Bien à vous,
Aline Esquembre



Yves-Noël Genod s'occupe de vous en personne : dès l'entrée du théâtre pour vous prendre la main, vous saluer et vous mener jusqu'au plateau. Laissez-vous guider par le metteur en scène, il vous tendra alors des cartes qu'il vous faudra tirer : un tirage sous l'égide de la chance, délivrant des citations, des œuvres d'arts et que sais-je encore. Il faut y aller chaque soir pour le savoir.

« Fais les pièces comme ça te vient »

Sur fond de Casta Diva par la Callas, le ton est donné par Virginia Woolf, et c'est ainsi que commence la rêverie théâtrale promise par ce dramaturge à l'allure de magicien.

Hors-cadre, hors champ : théâtre soulagé

Le théâtre est un rond-point qui organise la circulation, ordonne le flux ; Yves-Noël Genod un prestidigitateur capable de montrer dans un même mouvement les codes dramatiques et leur délicieux dépassement. La scène est sans limites. Alors, le jeu saisit toutes les aires: dehors et dedans n'existent plus, le corps découpe des scènes dans l'espace à chacun de ses pas. Impossible de se débarrasser du metteur en scène, tantôt dans le hall du théâtre, tantôt assis à vos côtés. Cependant on se demande si, ce faisant, Yves-Noël Genod ne délivre pas le théâtre de cette figure parfois pesante. La présence d'un plateau n'a de sens qu'en tant qu'objet de sa propre mise en abîme : le monde est une scène qui les contient toutes. L'acteur est tel un enfant qui ne pose aucune limite au jeu, toute chose crée une rêverie, déroule un imaginaire, le fil d'une histoire. Cette ouverture à chaque possible n'est pas sans rajeunir chacun et si l'on rit, c'est bien dans le souvenir de cette audace, cet entrain que l'on n'a que trop perdu. Rien d'étonnant alors dans le fait de recouvrir le sol d'eau pour nager un crawl, d'ouvrir une fenêtre pour s'adresser aux passants. Que chaque lieu soit scène, que chaque chose soit accessoire, même le sapin absent que l'on décore, que tout le monde soit acteur : abolir les règles, émanciper. Où le théâtre commence et où finit-il, qu'est-ce qui sépare encore le spectateur de l'acteur ? La question ne se pose même plus, Genod dépasse cela, il suffit de lâcher prise pour profiter de cette délicate catharsis. En ce sens, ils nous confessent, nous instruisent, nous transmettent, dans une énergie proche de la performance – et les passages d'improvisations ne manquent certainement pas : n'est-ce pas cela le renouvellement des arts vivants ? Dans ce jardin théâtral poussent des plantes aux mille vertus, la scène est un croisement où s'entrechoquent l'hortus conclusus et un terrain sans limite, celui de toute rêverie, de toute possibilité. Ce que Genod a bien compris c'est que ce mixe de la scène, plus que de nous faire accepter notre monde, l’adoucis : purge les esprits et les corps.

Quand le jardin d'Eden se fait purgatoire

Plateau quasi nu dont le seul linge est de verdure, un nombre considérable de plantes aux qualités médicinales – un herbier en somme, dont Yves-Noël Genod nous énumère les espèces. C'est à la fois l'Eden qui baigne dans la lumière des deux fenêtres ouvertes côté jardin, caressées par un léger courant d'air et dans lequel un homme nu fait sa toilette ; mais pourtant, cette nature empotée se fait aussi bosquet érigé par la main de l'homme : jardin profane. Alors on les arrose, on les taille sur scène. La flore se donne dans une dimension de purgatoire car ç'en est fait de la nature toute puissante et indomptable, la plante sur scène constitue une passerelle, un continuum entre la vie et le théâtre. Non seulement la nature s'invite sur scène, mais c'est aussi le cas de la faune : une poule, un oiseau participent eux aussi de cette représentation en abyme de la vie ; ainsi « Ce qu'on maintenait autrefois hors de l'enclos, le sauvage, la mauvaise herbe, pénètre aujourd'hui le théâtre », dit Genod. Ainsi, même en sachant que le plateau possède cette capacité à mettre la vie au carré, on sort surpris de l'allègement prodigué par cette expérience, le voyage a été effectué en douceur. Toutefois, ce n'est pas sans prévenir, nous n'y avons peut-être pas cru en entrant, mais Yves-Noël Genod s'est occupé de nous et personnellement. Il nous a concocté un filtre capable d'apaiser les plus grandes violences de la vie. Aussi appuie-t-il toujours là où ça fait mal : l'amour, le désamour, la mort, l'envie de mort, l'ignorance et le besoin de reconnaissance, l'envie de se sentir être, etc. Chaque plaie de la vie est triturée, cependant on n’en sort que plus serein. Douce abréaction. Ce n'est pas qu'un jeu : ils nous font entrer en état de rêverie et cela pour mieux nous implanter dans le monde tel qu'il est. Rien n'est faux ici, c'est bien la vie telle qu'elle sait l'être et pour nous la faire accepter, quoi de mieux que le théâtre ? L'art de la scène remplie ainsi sa tâche la plus précieuse, celle de nous aider à démêler les nœuds de l'existence ou au moins à la traverser.

Je m'occupe de vous personnellement, mise en scène : Yves-Noël Genod, Théâtre du Rond-Point, 19h, jusqu'au 24 juin (dimanche : 15h30). Avec : Valérie Dréville, Marlène Saldana, Alexandre Styker, Dominique Uber, Lorenzo de Angelis, Yves‑Noël Genod.



Merci ! Et bravo ! Tout est agréable dans ce que vous dites. Une phrase comme celle-ci : « La présence d'un plateau n'a de sens qu'en tant qu'objet de sa propre mise en abîme : le monde est une scène qui les contient toutes » reprend un poème d’Arthur Rimbaud qui m’est cher (Plates-bandes d’amarantes…) et dont j’avais extrait le titre du spectacle présenté en novembre dernier sur l’île de la Réunion : Réunion des scènes infinie. Dans la représentation que vous avez vue, Lorenzo de Angelis remplaçait Marcus Vigneron-Coudray.
Bien à vous,
Yves-Noël Genod













Flavien Giorda

Bonsoir Yves-Noël,



Nous nous sommes déjà croisés (ayant quelques amis communs), et je tenais à te féliciter pour Je m'occupe de vous personnellement, que j'ai vu aujourd'hui, et qui – comme tes autres pièces que j'avais pu découvrir – marque par sa singularité, en terme de gestion de l'espace scénique, du temps, des sensations. Les comédiens sont tous formidables (quel plaisir de retrouver les yeux bleus et le sourire malicieux de Valérie Dréville) et l'irruption de l'extérieur (la lumière, la pluie) dans la pièce était remarquable. Comme si le réel, l'immédiat, influait sur la performance.

J'espère que tu étais heureux de cette dernière et que les retours sur cette dernière création ont été bons.



Très bonne semaine à toi et à bientôt,

Flavien







Objet : Amicalement
Tout proche un homme nous lit, sourire légèrement désarmant aux lèvres, de petits mots du Tao Te Kin ou de quelque autre sagesse orientale, de Marina Tsvétaéva, encore de Peter Handke. Nous l'écoutons et pensons à d'autres mots que nous aimons, d'autres phrases qui selon les jours sont aides pour leurs traversées.
Une femme défait ses bas, mange une pastèque, une autre lit Hélène Bessette, des plantes poussent et se balancent, quelqu'un nage à vive allure sur le sol ou se saisit d'une poule pour en faire une mitraillette. Ça caquette. François Hollande métamorphosé en Madame Verdurin (Cf. Le Théâtre retrouvé) s'avance dans le silence ahuri et programmatique qui ne peut être que le sien devant la délicatesse véritable et la beauté. Nous partageons des instants dont chacun tire une luminescence qui l'accompagnera longtemps. Parfois éclate un feu d'artifice(s). Nous sommes au théâtre. Une femme dit je t'aime et nous « aillerions » la croire. Ils vont traverser le mur. D'autres retirent leur culotte et le toit s'ouvre et se referme. Un homme, au loin, s'exerce au tub comme chez Degas.
Nous avons partagé le temps d'un jardin, appris le noms de tiers herbes. La rumeur nous parvient. Les fenêtres sont ouvertes. Champagne.

Hola.

N. S. (Struve)






Floriane Comméléran
Merci merci merci pour cette après-midi.
Il y avait l'infiniment petit et l'infiniment grand, c'était à la fois un jardin et à la fois une forêt.







Garance Clavel
Merci encore, merci pour hier, Valérie est magique comme toujours – ç'était magnifique !







Cécile Mathieu
Merci pour ce dimanche en votre compagnie.

En flânant avant Je m'occupe... je pensais soudain aux nœuds d'Eva Hesse.

Les mots de Valérie Dréville me portent encore. A un moment, c'était vraiment pour moi, plantée devant moi, elle s'adressait à moi en parlant de cette jeune femme.

Il ne se passe rien et il se passe tout.

J'écris ces mots avec, en fond sonore, un film de Fassbinder, ne parlant pas allemand, la situation n'est pas très claire, je ne comprends rien et pourtant ce « chaos » s'organise.

Bien à vous,
Cécile



Et merci à vous de vous être sentie concernée... Preuve de génie... Au plaisir !







Alain Neddam
Magnifique dernière ce soir au Rond-Point...













Marine Fourniol
…J'étais là de nouveau le samedi 23... surprise d'une pièce autre !!! Avec la lumière, nouvelles présences, textes et émotions...
Merci pour ce bon moment de contemplation...
(…)
Marine

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Friday, June 22, 2012

J'ai traversé les ponts de Cé



Je republie ici un commentaire à l'article intitulé Général désarmé parce qu'il m'avait échappé (je tombe dessus par hasard en fouillant pour autre chose) et qu'il contient de si belles phrases (que je lirai tout à l'heure aux acteurs).



« Oui, Claude Degliame jouait Nova ! Je regrette de n'être pas née à ce moment-là. Cette phrase est initialement dite par la Vieille Femme (jouée par Muni à la création en France par Régy) mais en fait tu ne trompes pas, puisque Nova, dans cet illustre monologue final qui pourrait être le négatif parlant de ton spectacle, reprend cette phrase de la vieille femme : (« Voyez le miracle et oubliez le. »)

Quelques extraits choisis (à peine) au hasard : 
« Oui, s'incliner devant une fleur, c'est possible. / Le papillon jaune est le cœur du bleu du ciel. / Ici, c'est le contraire d'un hôpital et ce qui de loin semblait la tête menaçante de la mort se révèle en approchant un jeu d'enfant. / La force a sa demeure dans le visage de l'autre. / Ceux qui aiment, seuls transmettent: aimer une chose – suffit pour tout. / Marchez jusqu'à voir les détails, jusqu'à distinguer dans l'embrouillamini les lignes de fuite ; marchez si lentement que le monde vous appartienne à nouveau, si lentement qu'on voie bien combien il ne vous appartient pas. / Inventez sans cesse l'énigme : et déchiffrez-là, éclaircissez la seule énigme : nous réveiller le matin et aller nous reposer le soir. / Faire semblant est une force./ Jouez le jeu  mais qu'il ait de l'âme. / Vous pleurez, ça pleure – vous riez, ça rit. / Voyez danser les pulsations du soleil et fiez vous à votre coeur qui bout. (...) »

Pensées, C. »

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L'Aura



Il y a beaucoup de spectateurs qui décrivent leur expérience, leurs sensations, qu'ils traduisent avec des images, des associations d'idées, des souvenirs d'autres spectacles, mais évidemment, ce n'est pas de la critique au sens strict. J'ai discuté un peu hier soir avec ton génie de la lumière et Valérie, on a parlé de l'« aura » de Benjamin, que je suis en train de lire. De mémoire, je disais: « l'aura, c'est ce qui est proche, aussi lointain soit-il », et en reprenant le texte, c'est, plus exactement : « Une singulière trame d'espace et de temps : l'unique apparition d'un lointain, si proche soit-il. Suivre du regard, un après-midi d'été, la ligne d'une chaîne de montagne à l'horizon ou une branche qui jette son ombre sur lui, c'est, pour l'homme qui repose, respirer l'aura de ses montagnes ou de cette branche. » Tout ça pour dire que si j'étais critique (si c'était mon métier), je fonderais mon commentaire, d'un point de vue théorique, sur cette question de l'aura, qui me semble une voie possible pour parler de ton spectacle, au-delà des sensations immédiates et du choc de certaines images (le « choc »: autre notion développée par Benjamin dans son texte sur Baudelaire... et là aussi, plein de choses à dire : les fenêtres – le poème en prose de Baudelaire –, la ville et la foule qu'on observe depuis la fenêtre, la figure du « flâneur »...). Enfin, tu connais peut-être ces textes-là !
Bisous,
Pierre

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Thursday, June 21, 2012



Dsl, j’ai dû me sauver comme une voleuse, la vessie prête à imploser. Merci Yves-Nono pour ces merveilles. Bravo ! C’était l’épreuve de la grâce et de la liberté. Merci pour ces poésies, tes audaces, ces errances… Comme tu sais, j’en suis proche plastiquement et scéniquement. J’aime la grandeur de tes espaces… et tu as fait une très belle direction d’acteurs. Ils sont parfaits ! J’adore. Keep touch bello !!! Rémy (Yadan)

Merci, splendeur ! Oui, je sais que tu travailles sur des choses similaires, content que ça t’ait plu ! Je t’embrasse et regrette de ne pas l’avoir fait plus… Yvno













Laure Wolf
Merci encore pour ton soin d’hier, il m’a ouvert une porte apaisée et sauvage... Comme ce spectacle porte bien son nom...

Eh, merci ! Tellement heureux de te revoir si en forme et si bien accompagnée ! Je t'embrasse (Qu'on ne se perde pas de vue !)

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Wednesday, June 20, 2012



Laurence Garel
Cher Yves-Noël Genod,

Je travaille à Marseille à partir du 3 septembre. Je ne pourrais donc pas suivre ce stage.
J'espère néanmoins que nous pourrons nous rencontrer à une autre occasion, avant ou après. Olivier a raison, j'ai envie de travailler avec vous.
Le déclic s'est produit hier soir au Rond-Point. Pour être tout à fait honnête, cela fait bien longtemps que je n'étais pas sortie d'un spectacle aussi enthousiaste, simplement heureuse. Je m'occupe de vous personnellement:
C'est gracieux comme le vent dans les arbres,
voluptueux comme un morceau de Chet Baker.
C'est nous, homme ou femme, « nus, dans la splendeur de vivre » (Robert Musil, je crois).

J'espère à très bientôt.
Amitiés,







Eh, bien, on le fera, oui ! (se rencontrer)
Merci de ces mots qui touchent infiniment...

Au plaisir, tenez-moi au courant de tout 

Yves-Noël

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